‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 309 sur 792 · XII · texte numérisé non relu

XII

G. Voyez, là-dessus, les belles pages de Fustel de Coulanges, La Gaule romaine {InsLilutions jjoliliques, I), p. 177-182.

7. Par exemple, autour de l'autel municipal de la plèbe à Xarbonne, XII, 4333.

8. Dévolus nuniini majestatique ejus; C. I. L., XII, 1831 (sous Caracalla). La formule ne se répand dans les inscriptions qu'à la fin du second siècle; mais elle est plus ancienne; cf. Dion, LUI, 20. 4.

9. A la mort d'Auguste, Germanicus cii'j(a<es in verba {Tiberii) adiyil: Tac, Ann., I. .34.

MOYENS D AGTIÛx\ DU DESPOTISME. 235

choisissaient comme « patron » ou protecteur attitré'. Pour toutes les colonies du Sud et de l'Est, environ trente cités, presque le tiers des Gaules, César, Auguste et Claude étaient des héros fondateurs, dont le nom faisait corps avec celui de la patrie municipale. L^^on, depuis Claude, s'appelle Claudia, Narbonne, depuis César, s'appelle Julia, et de cette façon, dans le Midi, sur près de vingt-cinq villes capitales, il n'y en avait qu'une seule, ^larseille la Grecque, dont le nom ne rappelât point la majesté impériale-. Dans la Gaule Chevelue, douze villes sur soixante portaient un vocable princier, et parmi elles les héritières des plus célèbres métropoles de la Gaule indépendante, Autun, Augustodunum, fille de Bibracte, Clormont, Aufjuslonemetum, fille de Gergovie. Bien des marchés et des villages même prirent aussi les noms des maîtres ; Aire sur l'Adour s'intitulait Viens Julii , « le bourg de Jules », Aime en Tarentaise, F^orum Chmdii, « le marché de Claude »\ Et, dans les croj'ances d'alors, le nom d'un lieu était bien autre chose qu'un mot, c'était un lien éternel qui attachait la vie de la terre et des hommes à la souveraineté d'un dieu.

En tant qu'homme, l'empereur était le plus riche des mortels, le maître qui possédait le plus de biens et le plus d'esclaves. Il avait dans la Gaule des propriétés considérables, comme les grandes mines d'argent du Bouergue \ Pour les administrer,

1. Caius César, pelit-fils d'Auguste, pour Nîmes (G. /. L., XII, :U35); Auguste lui-nirme, pour les cités des Alpes Pennines, les Seduni de Sion, les Nantuales de Saint-Maurice (C. /. L., XII, 1.30 et U5). Il est possible que cet usage n'ait pas duré après Auguste.

4. CI. L., XIII, lo.30(cf. p. 236. n. 1). — La présence du nom de \ icusJulius (Julii) à Aire (Xolice des Gaules, 14, 9). d'un nombre important, à cet endroit, de Tiberii Claudii et d'Altii (dont le nom rappelle celui de la mère d'Auguste, C. I. L., XIII, 420-6), permet d'y supposer l'existence d'un grand domaine impérial. — On peut faire une supposition semblable pour Lecloure, à cause du procurator Lactorœ (C /. L., XIII, 528; V, 875). — Res Csesarum en Tarentaise (G. /. L., XII, 103; mines surtout? cf. Pline, XXXIV, 3). — Si le mot saltus est employé ici par Pline dans

ce fut une armée d'intendants, d'alïranclils et d'esclaves. Dans la plupart des services officiels, postes, finances, travaux publics, bureaux d'administration, les serviteurs du prince remplissaient l'office de fonctionnaires ' : le fameux Licinus, tyran des Gaules, fut un de ses affranchis -. Cela faisait plusieurs milliers d'hommes pour qui César était le maître unique et absolu, et qui, disséminés dans la Gaule, espionnaient et disposaient toute chose à son intention.

Ajoutez, comme hommes liges du prince, ces soldats campés aux frontières, ces légionnaires en congé dans leurs villes ou ces auxiliaires dans leurs villages, ces vétérans installés dans les grandes cités : pour ceux-là aussi, le peuple romain n'était rien, et l'empereur était tout. Le vétéran portait fièrement le nom du prince dont il tenait son diplôme^; le soldat, en échange de la solde, jurait de faire passer avant tout le salut de César \

Devant un tel pouvoir, qui prenait ou assiégeait les hommes de tant de manières, ils ne s'attardaient guère à respecter les quelques formules de liberté tolérées par Auguste. Tous ceux qui, dans la Gaule, désiraient ou craignaient quelque chose, ambitieux d'honneurs ou avides d'argent, intrigants habiles ou dévots crédules, tous regardaient vers César comme vers l'unique dispensateur des biens de la terre. « Plus de guerres, plus de combats, plus de bandes de brigands et de descentes de pirates :

le sens de domaine impérial, le prince possédait un salins Pyrenœus, forêts et peut-être carrières ou mines de la vallée d'Aure? (IV, 108), un sallus Vasconuin, Jaiz(juibel et mines de la llaya? (cf. t. I, p. 80; Pline, IV, ilOj. — Les ferrariœ impériales en (Jaule étaient assez nombreuses pour avoir une administration distincte, prociiralor en tète (C. /. L., X, 7583-4, proc. Augj. ad vectig. ferr. Gallic. ; Xlll, lldl), prœposUus vecligalium'? {\Ul, 1799), <«6uiar(/ affranchis du prince (XIII, 1808, 1823). — Cf. p. 312, n. 2, p. 424, n. 4.

1. Tac, Ami., XIII, 27; CI. L., XII, 117 (dans la douane?); 4449 (collegum salutare fuiniliœ tabcUariorum quœ sunt Narbone); XIII, 1550 {fainilia Cœsaris quse est in metallis); p. 304, n. 5, p. 303, n. 4, p. 30[), n. 4, p. 307, n. 4; etc.

3. C. /. L., Xli, 3179 : Ti. Augusli miles missicius; XII, 2230.

4. Arrien, Entretiens d'Épictète, I, 14, 15. Cf. Mommsen, Staatsrecht, II, 2" éd., p. 768.

César nous a procuré une large paix^ » Il est le « salut du genre humain » -. — Mais pour les sages, comme Epictète, qui placent le souverain bien dans la dignité morale, l'empereur est devenu le tyran par excellence, qui gouverne les corps et qui gâte les âmes : c'est le rival de leur dieu, l'ennemi et le mauvais démon ^ « Quand il vient avec son cortège, tenant et lançant la foudre, je reconnais bien en lui mon maître : mais c'est à la façon dun esclave fugitif'. »

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