Pour ce qui suit, p. 137. n. 3 et 4, p. 296. n
Lingons, de Nerviens, de Bituriges, de Séquanes, d'Helvètes. Celles des nations qui, pour un motif que nous ignorons S ne donnent pas leur nom à des troupes auxiliaires, groupent leurs conscrits dans des cohortes dites de Gaulois, de Belges, d'Aquitains, de Ligures : et cela est également pour eux un vocable national. Presque toujours, dans ces ailes ou ces cohortes, les soldats servaient, par contraste avec les légionnaires, sous leurs armes et leurs enseignes traditionnelles, et les vieux sangliers gaulois les conduisaient toujours aux batailles germaniques -. Il y a plus : ils avaient pour officiers des hommes de leur nation, chefs naturels dans leur patrie, fils ou petits-fils de leurs anciens rois ^ Plus encore peut-être que dans la vie civile, le Celte et le Belge retrouvaient dans les camps l'image du passé et l'illusion de l'indépendance. Cent vingt ans après la conquête, sous le règne de Néron, ces pratiques duraient encore. On eût dit que les empereurs fussent moins désireux d'abolir les souvenirs que les Gaulois de les perdre.
Ce fut imprudence de la part de Rome. La révolte de Classicus et de Tutor. l'Empire militaire des Gaules, lui montrèrent le danger qu il y avait à perpétuer sous des noms de guerre les choses d'autrefois \ Il semble qu'à la suite de cette leçon elle
1. Un niolif peut iHre que les auxiliaires sortis du pays étaient trop peu nombreux, les recrues en étant surtout envoyées dans les légions (par exemple pour les Allobroges). Remarquez l'absence des noms des deux cités les plus privilégiées de la Gaule, Rémes et Éduens. et cette dernière a certainement formé des cohortes avec ses nationaux (p. 137, n. 4: cf. p. 1.57, n. 9). — La condition de cité libre ou fédérée ne parait pas devoir être indiquée à ce propos; p. 252, n. 2.
2. Tac, Hist.. II, 89 : Quattuor et Iriginta cohortes ut nomina gentiiiin aat species armoru m forent; von Domaszewski, Die Fahnen iin rœinischen Heer, 1885: Leliner, ici, p. 1.37, n. 4. Voir les listes, p. 137, n. 3 et 4, p. 296, n. 1-3. — Cf. Tac, H., IV, 62: t. Il, p 198-200.
3. Tac, Ann., III. 40-3: Hist., IV. 35; IV, 13. loi, p. 136-7 et 201.
4. Je crois que Tibère Va vu après la révolte de Sacrovir (p. 156-160) et (ju'il y eut sous son règne un déplacement et une fusion des corps auxiliaires gaulois (cf. Tacite, Ann., IV, 5 : Iluc illuc mearcnl). Caligula et Néron ont pu renoncer à ces précautions, auxquelles il me semble que Claude a songé (cf. p. 108). L'état antérieur se retrouve en 68-69. — 11 y a eu, en cette matière du recrutement, plus do iluctuulions que nous ne pensons, et, aussi, bien des prescriptions pure-
ait cherché à éviter ce danger. Vespasien et ses premiers successeurs renoncèrent souvent aux pratiques libérales de l'ancien système de recrutement. D'ailleurs, cela se fit avec moins de peine qu'on n'en aurait eu au début de l'Empire : car la révolte une fois finie misérablement, et la liberté condamnée par euxmêmes, les Celtes s'attachèrent de moins en moins aux formes traditionnelles et aux apparences nationales. On déplaça plus volontiers les troupes auxiliaires'. Les recrues des diverses provinces se mêlèrent davantage dans les corps de troupes-. Un Biturige put servir en Afrique dans une « aile de Thraces » % des Thraces en Egypte dans r« aile des Voconces ». Cette dernière troupe, par exemple, installée en Orient et n'en bougeant plus, finit par ne plus être composée que de soldats étrangers à la Gaule, et. de cette Gaule où elle avait pris naissance, elle avait perdu le contact, la langue, la nationalité; elle n'en retenait plus que ce titre d' « aile des Voconces », devenu bizarre pour les Grecs qui le portaient". On le conservait cependant, on laissait à toutes ces troupes leurs vieilles appellations. Car elles rappelaient et impliquaient encore un armement distinct : elles annonçaient, suivant les cas, — les « ailes de Gaulois », des escadrons de cavalerie lourde ou légère, — les « cohortes de Ligures », des compagnies de tirailleurs ou des bataillons de chasseurs de montagne % — les uns et les autres, auxiliaires de l'infanterie de ligne, que formaient toujours les
ment locales ou accidentelles. Il peut èlre parfois dan^^:ereu.\ de tirer des conclusions de statistiques épigraphiijues. résultats souvent de hasards, et enfermant des textes d'époques et de cités différentes (cf. p. 139, n. 3). Cf. p. 259, n. 2.
1. Uala Gallorum Pctriana, par exemple (cf. p. 133, n. 2l, fut envoyée en Bretagne (cf. lieal-Enc. I, c. 1244). De même, Vala Gallorum Indiana (ib.). Les cohortes des Nerviens et des Tongres disparaissent du Rhin et reparaissent en Bretagne (id., IV. c. 318-9, 343- i). J'incline cependant à croire qu'après une première série de déplacements sous les Flaviens on y renonça le plus souvent (p. 459 et 474-5).