T. II, p
au morcellement et où persistait avec plus de vigueur la tradition des temps ligures'. Partout ailleurs, là oij avaient passé les Celtes, les cités demeuraient des sortes d'Etats, grands en moyenne comme un de nos départements ou un beau comté de la France médiévale. Entre les Ardennes et la Garonne, il n'y en avait pas plus de soixante ; Allobroges, Pictons, Santons, Eduens, Carnutes, chacun de ces peuples, comme population ou domaine, valait le Latium ou l'Ombrie. Avec quatre d'entre eux, on eut fait toute la Grèce -.
Le régime municipal prenait donc en Gaule une allure différente de celle qu'il avait eue en Italie ou chez les Hellènes. Dans le monde classique, à Marseille ^ à Rome, à Athènes, le territoire de la cité était comme étriqué et écrasé à côté de sa ville vaste et somptueuse. Celle-ci manquait de domaines : du sommet de ses remparts, on pouvait apercevoir la terre de l'ennemi. Le municipe gaulois, au contraire, rayonnait de partout sur dix lieues de sol et davantage. Il reposait au centre d'un empire, riche en bois, en prairies, en cultures, en sources et en dieux. Devant lui, l'horizon était libre. Dix bourgades sujettes lui obéissaient, formant autour de lui une couronne de villes filleules, avant chacune son rôle et sa beauté propres. Auprès d'Autun, souveraine de la cité des Eduens, c'est Nevers féconde en troupeaux, Chalon et son port, Màcon et ses blés, Beaune et ses vins, Bourbon et ses eaux divines '. Sur ces immenses territoires où s'exerçait l'autorité d'une ville, rien ne manquait de ce qui donnait à la vie humaine plaisir ou profit. Et ces deux forces, la ville bâtie par les hommes, la région créée par la nature, pouvaient s'y entr'aider dans une œuvre commune. — Le malheur pour notre pays fut qu'il n'arriva
1. Ici, p. Gi), n. i. p. 62, n. 5. p. 71. n. S. p. 'JU, n. 8; cf. t. 11. p. 22-3. p. 450-466.