‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 413 sur 792 · IV. - NOMS DE PEUPLES ET NOMS DE VILLES · texte numérisé non relu

IV. - NOMS DE PEUPLES ET NOMS DE VILLES

Deux noms dominaient donc l'existence de chacune de ces cités, celui de la cité elle-même, et celui de sa capitale : Parisiens et Lutèce, Allobroges et Vienne, Eduens et Autun, ce furent toujours deux noms pour désigner les deux êtres solidaires du peuple et de la ville. Ce qui, du reste, se voyait dans tout le monde antique, où l'on citait côte à côte Sparte et les Lacédémoniens, Rome et les Quirites, Jérusalem et les fils d'Israël. — Car, plus on analyse les institutions de la Gaule, plus on discerne des analogies avec celles des Méditerranéens, Hellènes, Italiens et Sémites.

Il était arrivé ceci en Grèce et en Italie, que la grandeur et la force des villes, la gloire de leur nom avaient fini par étouffer le nom des peuplades ou des régions placées sous leur dépendance. Qui parlait maintenant de l'Attique à côté d'Athènes?

L'histoire grecque et l'iiistoire romaine ne prononçaient plus guère que des noms de villes, S3Tacuse, Carthage, Marseille ou Rome.

Pareille chose se produisit en Gaule, à mesure que les villes grandissaient au milieu de leurs peuples.

En Narbonnaise, la création de colonies amena rapidement la fin des noms de peuples. Du jour où le vieux mot de Vienne ne fut plus seulement l'appellation d'une bourgade gauloise, mais le vocable d'une grande ville neuve, bâtie à l'image de Rome, il relégua celui des Allobroges dans l'ombre d'abord et ensuite dans l'oublia Du jour où les Cavares furent morcelés en cinq cités coloniales, et les Salyens partagés entre Arles et Aix, il ne fut plus besoin de parler de ces deux peuples : la ville fournissait désormais au territoire et le nom et la loi. C'est ainsi que jadis, au début de l'histoire de cette Provence, la tribu des Ségobriges avait perdu toute réalité et même

1. Cf. p. 32. Il ne se trouve mentionné dans aucune inscription (C. /. L.,XII, p. 931), si ce n'est peut-être (XII, 1531) comme nom de dieu, Allobrog. (deo?). Il ne se trouve pas dans les Notes Tironiennes comme nom politique (cf. t. 84, 1, 43-60). Et ce n'est plus qu'un souvenir populaire (Tac, Hist., I, 66) ou une expression géographique (Pline. III, 36: XIV, 26; XVIII, 85; Ptolémée, II, 10, 7). L'inscription de La Forclaz (C. /. L., XII, 113) montre bien que l'expression de Viennenses s'étendait dès le temps de Vespasien jusqu'à l'extrémité du territoire. — Même remarque pour tous les autres peuples de la Narbonnaise, sauf les exceptions suivantes. — Chez les Voconces, le nom a persisté même après le dédoublement en cités de Vaison et de Die (p. 336). et on a dit aussi bien Vasienses Vocontii (XII, 13.Ï7, 1362. 1363, 1374, 1379, 5842, inscriptions des premiers temps) que Dea Augusta Vocontiorum (XII. 690) : le nom de Vocontii a fini, je crois, par se fixer sur Die (XII. 690, 1567, 1589; Itin. Ant., p. 357, W.; Itin. de Jérusalem, p. 554. W.). — Chez les Tricaslins, le nom de la ville, Augusta Tricastinorum (Pline. III, 36), a fini par s'effacer devant celui de la peuplade et est devenu Tricastini (C. I. L., Xlll, 1913; cf. Ilolder, II, c. 1948-9), .Saint-Paul-Trois-Chàteaux. Le fait est unique en Narbonnaise (cf. p. 526). — Il est possible que le nom des Helvii ait persisté quelque temps contre celui d'Aps, Alba (Pline, III, 36; XIV, 43) : mais il a disparu au m' siècle (C. /. L., XII. 1567). — Dans ces trois cas. l'exception se justifie par l'absence de colonisation. — En ce qui concerne Riez (C. /. L., XII, p. 49 et 936), qui fut colonia, que Pline appelle Alehœce Reiorum Apollinarium (III, 36), que d'autres textes et les inscriptions appellent Reii ou colonia Reiorum, il serait possible que Reii fut le nom de la tribu ou de la peuplade indigène : en ce cas, le maintien de ce nom pour une colonie serait un fait unique dans le Midi. Toutefois, la chose n'est point certaine, car je croirais plus volontiers que le peuple de Riez était celui des Albici (t. II, p. 460). Il est possible, mais non certain, qu'il y ait un rapport entre ce nom et celui à'Alebœcc.

Page 1