T. I, p. 180-2, 251-2; t. II, p. 18 et s
l'esprit municipal. 363
erreurs et de leurs faiblesses, le patriotisme municipal ne mourait point dans ces cités de la Gaule. Qu'on lise Tacite, qui soccupe d'elles plus de cent ans après la conquête : Helvètes, Eduens, Lingons, Rèmes et Trévires connaissent toujours leur histoire et parlent fort haut de l'antiquité de leur origine ou de Téclat de leur gloire. Peu importe que leur vanité tire honneur de faits inexacts ou contradictoires, de l'amitié de César ou des gestes d'un roi : l'essentiel est qu'elles se souviennent de leur passé et qu'elles le racontent avec amour ^
Les pires de leurs erreurs, après tout, sont venues de l'excès de leur amour-propre. Une nation transalpine, au temps des empereurs, n'a abdiqué aucune de ces rancunes qui firent jadis la faiblesse du nom gaulois -. Y a-t-il plusieurs candidats à l'Empire, chaque cité patronnera le sien, le plus souvent afin de tracasser la cité voisine. Quand il y a guerre civile. Rèmes et Trévires, Lingons et Séquanes, Lyon et Vienne ne veulent point se rencontrer dans le même camp. Si, en 70, la plupart d'entre elles restent fidèles à l'Empire, c'est parce que la suzeraineté de l'une leur coûte plus que la domination d'un maître étranger. Cela, certes, n'est point beau : mais la jalousie n'en demeurait pas moins un ferment utile de l'esprit municipal.
Des sentiments et des actes plus nobles nous montrent que cet esprit survivait avec une rare vigueur à la chute de la liberté. Marseille et Bordeaux ont beau ne plus être que des villes d'Empire : leurs citoyens ne cessent de les aimer dans leur sol, leurs monuments, leurs dieux familiers\ Je ne trouve rien, dans la Gaule romaine, qui ressemble à une émigration des indigènes. Arlésiens et Nîmois peuvent arriver au sénat de Rome : ils n'oublient jamais le chemin de leur ville natale et de leurs domaines paternels \ Les vieilles familles de l'aristo-
1. Tac, Ann., 111, 40. et .surtout HisL, 1. 07: IV, 55, 6'J. Cf. p. 328.