ROLE MUNICIPAL DU COLLÈGE
route. On appellera ainsi les collèges auxquels donnaient naissance les affaires de transport : nautes de la mer', nautes des fleuves", « utriculaires » ou fournisseurs d'outrés de passage^, bateliers de barques ' ou de radeaux '. Je doute fort que tous
i. Navicularii marini, à Arles (XII, 672, 692, 697?, 704, 982, 3318?, ici, p. 397, n. 5); à Narbonne (p. 397, n. 4), il n'est pas sûr qu'ils fussent groupés en société (4398, 4406). — Les naviciilarii d'Arles, les plus imporlanls corps de métier dans cette colonie, formaient cinq corpora (Revue épigr., n" 1331 ; C. I. L., XII, 672) : sans doute étaient-ils trop nombreux pour un seul corpus et la loi u"acceptait-elie qu"un certain nombre de membres dans chaque collège (cf. Pline, Lettres, X, 33; ici, p. 391, n. 9). — Ce ne devaient point être des matelots, mais des armateurs, maîtres de barques, maîtres-portefaix, entrepreneurs d'arrimage et acconiers. C'étaient leurs esclaves (p. 393, n. 11, p. 394, n. 1) qui servaient de matelots.
2. Nautes de la Saune et du Rhône, à Lyon : nautx Ararici (Nil, 1005: XIII, 1972. 5489); nautœ Rlwdanici (XII, 1797): nautœ Rhodanici et Ararici (XII, 3310, 3317; XIII, 1688, 1693, 1918); nautœ Rhodanici Rhodano navigantes (XIII, 1996); nautie Rhodanici Arare navigantes'} (XIII, 1960. 1966); etc. C'est peut-être, sous divers noms ou en diverses sections, le même corps ou groupement de corps, le plus important de Lyon après celui des vinarii, et exerçant, en fait ou en droit, le monopole des transports d'Arles à Lyon et peut-être sur la Saune. — Nautes de la Saône et de la Loire, à Lyon, nautœ Ararici et Ligerici (Xlll, 1709). Il résulte bien de ce titre que cette société se chargeait aussi des transports par terre entre ces deux rivières, sans doute chez les Éduens. de Chalon ou de Màcon à Roanne. Et cela est confirmé par un monument portant à la fois l'épitaphe d'un nauta Araricus et les figures d'un porteur et d'un charretier (C. 1. L., Xlll, 3189: Espérandieu. n° 3521). — Nantes de la Durance, nautcc Druentici : à Arles (Nil, 721 et 731), il Ernaginam ou Saint-Gabriel (Xll, 982). — Nantes de l'Ardèche et do rOuvèze?, Atr. et Ovid., XII, 3316, 3317, 4107, peut-être chargés surtout des transports par terre chez les Ilelviens; cf. p. 271, n. 1, — yautœ Parisiaci, à Paris, sur la Seine (XIII, 3026). — Nautœ Ligerici, sur la Loire, à Nantes (XIU, 3103, 31 li). — JVautx Mosallici, sur la Moselle, à Metz (XIII, 4333). — Xautœ Aruranci Aramici, sur l'Aar et une autre rivière, à Avenches, sans doute société de transport pour les Helvètes (Xlil, 3096). — C'est, je crois, un pur hasard de ne pas trouver des naulœ Garonnenses : il serait possible que les milites Garronenses qu'on rencontre plus tard à Blaye (Not., Occ, 37, 15), fussent une société de nautes organisée militairement au Bas Empire (cf. p. 402, n. 2).
3. Utricularii : île de Saint-Iionorat (XII, 187), Cavaillon (X.ll, 130 ' : authentique), Nîmes (XII, 3331), Arles (Nil, 729, 731, 733, 4107), Riez (372), Yaison (1387), Vienne ( 1813), ÊV/ia^mum (Nil, 982), Lyon (NU, 1742; NUI, 1934.2039), .\utun (NUI, 2839). — Sur l'emploi des outres pour passer les rivières, t. I, p. 467-8; Calvet, p. 11 et s. — Je crois, d'ailleurs, que cet usage avait disparu en grande partie à répoijue romaine, et ([ue nos utricularii étaient de simples passeurs, leur nom demeurant, comme si souvent dans les collèges et les gens de métier, la survivance d'un ancien état de choses. — Calvet. Dissertation sur un monument singulier des utriculaires, Avignon, 1766; Schwarz, De collegio utriculariorum, dans ses Opuscula academica, 1793, p. 33 et s. ; en dernier lieu. Héron de Villcfosse, Bull, arch., 1912, p. 103-116; Bonnard, La Navigation intérieure de la Gaule à l'époque gallo-romaine, 1913, p. 197 et s
4. Je suppose que les nautœ Arecarii et Condeates, à Lyon (.Xlll, 1709, 1088), sont des passeurs. Mais ce peuvent être aussi les entrepreneurs do transport du pays de Lyon (cf. n. 2).
5. Ratiarii superiores à Genève, .\II, 2397 : i)eut-être pour •• le haut lar ■•, partie
ceux-ci ne fussent point chargés, pour le compte de la cité, d'assurer la circulation des fournitures publiques, du blé de réquisition, des dépêches et des fonctionnaires. Les plus importantes sociétés de ce genre, celles des « nautes d'Arles ». avaient en tout cas la mission de transporter, moyennant subsides et sous le contrôle de l'État, les grains destinés à l'approvisionnement de Rome*. Et, comme certaines d'entre elles, telles que les « nautes parisiens », conservaient encore le droit de porter des armes, lances et boucliers, je suis tenté de croire qu'on leur confiait le soin d'exercer la police sur les eaux et les bords des rivières, d'y pourchasser et d'y arrêter maraudeurs et contrebandiers -.
Une ville s'en remettait souvent à ses collèges du devoir de prier ses dieux et de divertir ses habitants : on doit unir ces deux choses, car fêtes religieuses et jeux publics étaient alors inséparables. Ce fut un collège, celui des sévirs Augustaux. qui assuma partout, pour la moitié, les offices du culte impériaP. Les corporations professionnelles, nautes, bouchers ou autres, ont si souvent élevé des monuments aux Césars, qu'on se demande si ce ne fut point parfois au nom de la cité tout entière'. Des sociétés de jeunes gens ou de veneurs donnaient
haute du lac; ratiarii Vobidnicnses (XII, 233i). à Saint-Jean-de-La-Porte près de Montmélian, à l'endroit où devait s'organiser la batellerie sur l'Isère : actuellement, c'est près de ce point, en remontant l'Isère, qu'elle cesse d'être navigable et qu'elle n'est plus regardée que comme flottable pour des radeaux.
1. Annorife deserviunl; cf. p. 397, n. 5 : ils menacèrent même, si on ne leur rendait pas justice, de cesser le service, autrement dit de faire grève, cum quadain denuntiatione cessaturi propediem obsequii.
2. P. 273, n. i, p. 280, n. 2. Les hastiferi également? (p. 392, n. 1). Les ursarii peut-être? (p. 391. n. 5). En 245, les juniores de Béda chez les Trévires élèvent à leurs frais une tour de guette, farator (XllI, 4131). C'est ce qui explique pourquoi un certain nombre de ces collèges seront, je crois, transformés en milices publiques au Bas Empire (voyez dans la Notitia les milites Ursarienses à Rouen, Occ, 37, 21), Cf. p. 471, n. 4. "
3. Ici, p. 347-348. Peut-être aussi, à partir d'.\ntonin ou de Marc-Aurèle, les dendrophores, du moins dans leurs rapports avec la Mère des Dieux : de là, dans certaines villes, leur surnom de Awjustales (p. 400, n. I); cf. p. 483, 319-520.
4. XII, 2331; XIII, 3026, 941, 1732, 4131. Peut-être est-ce ce que signilîe le publiée posierunt des nautes parisiens (XIII, 3026).