‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 593 sur 792 · LES DANGERS DE L EMPIRE · texte numérisé non relu

LES DANGERS DE L EMPIRE

reur'. Mais il en était d'eux comme des règles politiques : ils se heurtaient sans cesse à l'obstacle des faits, et ces faits provenaient de l'immensité de l'Empire ou de l'exagération de l'autorité publique.

Il fallait sans doute craindre les dieux. Le devoir était facile autrefois, quand on ne connaissait que les dieux de sa patrie. Mais le dévot vient de découvrir, dans l'horizon infini de l'Empire, des milliers d'autres dieux également dignes d'adoration. Son àme reste éperdue entre tant de maîtres, et elle erre, indécise dans son choix, depuis les sources du sol natal chères à ses ancêtres, jusqu'à l'invisible Père de l'univers que lui annoncent les amis dEpictète ou les fidèles du Christ. Il n'est aucun de ces dieux qui n'aura son heure solennelle dans le monde, Apollon sous Auguste-, Minerve sous Domitien', la Mère des Dieux sous les Antonins et les Sévères % le Soleil sous Aurélien', Jupiter et Hercule sous Dioctétien''. L'Etat ne réussira pas à lier à son existence l'hégémonie d'une divinité. Jupiter a beau trôner sur le Capitole, il est souvent indifférent à la majorité des hommes, et son autorité est soumise aux caprices de l'opinion publique. Les dieux ne se combattent pas encore, mais ils ne savent déjà plus se commander les uns aux autres. Et la vie religieuse de l'Empire est livrée à l'anarchie.

Restera-t-il au moins, comme principe d'union morale, l'obéissance, la dévotion à l'empereur? Or, à chaque changement de règne, les raisons de ne point obéir ont paru plus évidentes. Tout nouveau César, d'Auguste à Vitellius, a fait connaître au monde un vice de plus, une dégradation plus forte de l'autorité suprême. Si bien doué qu'un prince se soit montré

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