II. — LA SOU\ EHAIXETÉ DE ROME
Kntre l'empire de Rome et ses deux plus célèbres précurseurs, celui de Cy,rus et celui d'Alexandre -, il existait cette dilTérence essentielle, qu'il était l'empire d'une ville, et non point celui d'un homme.
Alexandre fut roi de Macédoine. Mais combien peu la Macédoine, ses villes et leurs peuples, pesaient dans l'esprit des sujets, des ennemis et des dévots de l'empire! Ce qui fit l'unité, la force et la majesté de cet Etat,- c'étaient la fortune de l'homme qui l'avait fondé, la suite de ses victoires héroïques, les légendes de sa naissance surhumaine, son ascension graduelle à la divinité. Les peuples ne voulurent admirer dans l'empire d'Alexandre que le nom et la personne du nouveau dieu ^
Tout autre se présentait l'Empire romain. Les chefs et les héros s'effaçaient derrière un peuple souverain ". Il était l'apothéose, non de l'homme, mais de la cité. Le régime municipal, sous lequel avait A'écu le monde méditerranéen, recevait de cet Empire une formidable consécration. Ce qui commandait aux nations, c'était le nom d'une ville, les remparts qui marquaient son enceinte, la société politique que cette enceinte abritait, citoyens, sénat et magistrats, et c'étaient les dieux qui y séjournaient. Les quelques arpents de terre qui formaient cet enclos, étaient devenus le lieu maître du monde ''.
1. Polybe, I, 3. 7-lÛ; Tile-Live, XXI, .30, 10; XXXVl, 17, 1.5; XXXVII, 2.-), 5; 45,8; Florus, l,pr.,2; 11,33-34,04; elcent autres. Cf. .Mommsen, Slaaisrecht, III, 1'° cdit., \). 826-7.