MYTHOLOGIE CLASSIQUE ET DIEUX ORIENTAUX
longtemps achevé entre les dieux des anciens Celtes et ceux du panthéon officiel. L'échec de l'Empire gaulois, le silence définitif des druides et des bardes, avaient laissé la voie libre à Jupiter, 3Iercure ou Minerve. Ils s'étaient emparés des sanctuaires indigènes, et, sans en expulser à vrai dire les dieux primitifs, ils les avaient absorbés dans leur propre image. A part les divinités et les pratiques de la campagne, à l'ordinaire plus tenaces, croyances et cérémonies étaient passées au service des dieux de l'Olympe et du Capitole '.
Mais la Gaule ne pouvait tarder à sentir l'ennui profond qui se dégageait alors de ces dieux, de leur culte et de leurs légendes. Que les colons venus d'Italie, les marchands venus de Grèce, les riches bourgeois et les personnages officiels aient multiplié dans les A'illes statues et bas-reliefs, images et scènes tirées de la mythologie classique, je le comprends, mais je doute que tout cela fît grande impression sur les yeux du populaire ou sur les pensées de l'élite. Dans le grand temple de Champlieu en Valois, bâti en pleine campagne à la lisière des forêts du Nord, une longue série de sculptures représentaient les épisodes les plus fameux des fables helléniques, Icare et ses ailes, Jupiter et Léda, Prométhée et son rocher, Thétis trempant son fils Achille dans les eaux du Styx-. Ces noms et ces gestes pouvaient paraître plaisants ou graves à quelque Gaulois lettré, gagné au culte d'Homère ou de Virgile. Mais quelle vertu mystérieuse, quelle espérance ou quelle crainte y attachaient ces milliers de paysans qu'attiraient à (Champlieu les jeux et les dévotions, laboureurs du Valois, bûcherons de la forêt de Compiègne? et quel goût, d'autre part, prenaient à ces récits et à ces figures bizarres les âmes inquiètes des hommes épris d'idéal? Dépaysées loin des cieux et des terres où elles avaient pris nais-
1. Ici, t. 11. p. 121. II. :j. p. l.j.ï; t. 111, p. 143; l. IV. p. 17 et 280; ol siirloiit t. V.
2. Espérandicu, Bas-reliefs, V, p. 96-100; CaucheiiK', Descr. des fouilles urck exéc. dans la foré l de Compiègne, i" fasc, 1912.
sance, ces divinités perdaient ici tout leur sens, vides et mensongères comme des défroques de Saturnales. En Gaule plus que partout ailleurs, la religion classique susa dans le temps même oîi elle triompha ^
Les dieux orientaux y arrivèrent à point nommé pour leur faire concurrence. C'est après Trajan, le glorieux ministre de Jupiter Capitolin-, qu'ils purent s'installer librement dans les Gaules . Je pense que son successeur Hadrien , qui venait d'Egvpteet de Syrie, en amena quelques-uns dans son cortège ^ Marc-Aurèle, au plus fort du danger de TEmpire, fît appel à toutes les divinités : par condescendance pour la foule ou par raison d'Etat, et peut-être par désarroi de son âme pieuse, il crut bon de ne mépriser aucun des dieux et de les convier en masse au salut de Rome '.
L'Isis égyptienne s'était établie à Marseille, où elle possédait ses prophètes \ Elle dut compter de nombreux dévots à Nîmes, à demi fille d'Alexandrie '^. Le dieu des Perses Mithra se répandit dans les camps des frontières", et, j'imagine, dans les colonies de vétérans \ Mais la mieux accueillie, la plus populaire de ces divinités orientales, ce fut la Grande Mère des Dieux, que l'on