‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 666 sur 792 · Cf. Duchesne, Fastes, 1, 2' éd. p · texte numérisé non relu

Cf. Duchesne, Fastes, 1, 2' éd. p

2. Citer tous les travaux auxquels ces Vies ont donné lieu, est impossible, et il y a trop de non-valeurs parmi eux. On trouvera la bibliogiapbie ancienne chez Tillemont, aux discussions et aux résultats duquel on doit encore s'en tenir. La bibliographie récente peut être faite à l'aide des Acia, publiés par les Bollandistes, editio novissima, des Analccla Bollandiana, qui paraissent depuis 1882, et aussi de la Revue Bénédictine, I, 1884-5, et s.

SAINT IRENEE. 509

homme d'État dans la cité de Dieu. 11 est douteux qu'il se soit livré, à l'endroit des cultes publics, à des actes d'inutile provocation. La lecture de ses ouvrages fait songer à un esprit avisé, qui s'interdit les excès de langage. Ce n'est pas un ennemi de la culture classique. Il cite Homère, Hésiode et Pindare\ Cà et là, on sent un effort littéraire, on devine qu'il ne veut pas être traité de Barbare par ses compatriotes, les rhéteurs et les philosophes de la Grèce-.

Il y avait alors, dans le monde des églises, un vif désir de s'entendre avec la pensée classique ^ Revêtir des belles formes helléniques les saintes vérités de la foi, emprunter à la philosophie quelques-unes de ses théories ou de ses métaphores sur la nature et la raison afin de compléter les maigres ressources de la dogmatique ou du vocabulaire chrétiens : tel est le rêve que faisaient les plus intelligents des fîdèks, et qui inspirait parfois au discours d'Irénée un vague parfum d'atticisme*.

Ces vérités, qui sait même si le ciseau du sculpteur n'arriverait pas à les rendre vivantes et visibles, comme il le faisait pour les épisodes de l'histoire des dieux païens? n'était-il point permis de présenter les mystères de la religion sous les figures aimables de l'art hellénique? Quelques-uns le croyaient déjà. Un riche Chrétien de Provence lit reproduire sur son tombeau, en belles images humaines, les allégories les plus chères aux fidèles : le pêcheur de poissons, pareil à l'évangéliste qui capte les âmes pour les amener au salut, le berger diligent, qui retrouve la brebis égarée et la rend au père de famille, le bon maître d'école, qui enseigne à l'enfant les leçons de la vie nouA^elle, tous ces gracieux symboles, nés autrefois dans la pensée de Jésus sous le

1. Adv.hœr., 1, 9, 4: I, 12, 2; II, 14, 2 et 5; II, 21, 2: H, 22, (i.

2. Gela a été très bien noté par Tillemont, Mémoires, 111. p. 80.

3. Cl'. Renan, L'Église chrétienne, p. 386-9; Marc-Aurcle, p. 10()-8. En dernier lieu, Puech, Les Apologistes grecs, 1912, p. 287 et s.

4. Tillemont, III, p. 80 : " Génie vif, agréable et élevé, ce (lui |)nroist parliculièreinenl dans les belles comparaisons dont il se sert. »

ciel de l'Orient, le marbre grec a réussi à les traduire en scènes éloquentes et simples, qu'on dirait empruntées aux sculptures funéraires des stèles attiques'.

€'est par de tels procédés qu'on amènerait au Christianisme les lettrés et les grands de l'Empire, qu'on le ferait sortir des foules vulgaires où il avait planté ses premières racines. Pour convertir la terre, la foi ne suffirait pas, et il fallait aussi de l'éloquence. A côté de sainte Blandine, l'église de Lyon avait eu son orateur-, et un évèque comme Irénée était homme à savoir parler aux plus habiles des Grecs.

Par là, Irénée servait en Occident la cause de la civilisation. Il contribua à révéler aux Gaulois les idées et la poésie même de l'Orienta Dans ce monde de petites gens qu'il gouvernait, il introduisit l'habitude de la réflexion et de la discussion, il rendit familiers des propos qui s'inspiraient de pensées très nobles. C'est une justice que l'on n'a pas assez souvent rendue aux évêques et aux écrivains chrétiens. Ils ont forcé les humbles et les ignorants, si souvent négligés par les philosophes de la Grèce, à méditer sur de graves problèmes, à rêver sur des mystères ; ils les ont détournés des rites machinaux, des dévotions grossières ou stupides; ils ont demandé à leur esprit un efTort plus grand A^ers l'intelligence des choses et le sens de la beauté. Car, à savoir la lire, la vie du Christ, telle que les apôtres la racontaient, avait l'émouvante simplicité d'une œuvre d'art.

Tout en s'opposant encore à l'Empire, le Christianisme s'apprêtait donc à continuer son œuvre, à propager comme lui la culture gréco-latine. On peut presque ajouter que, dès le temps d'Irénée, il se préparait, sans doute à son insu, à prendre la succession de cet Empire. Durant le règne de Commode, la coalition de ses églises est devenue plus forte, leurs rapports

Page 1