TRANSFORMATIONS DU MONDE GERMANIQUE
les terres romaines et les mers helléniques: ils purent s'informer et s'instruire de la culture gréco-latine. Leur nom ne fut bientôt plus celui dun amas incohérent de tribus, mais d'un royaume assez ordonné, bien gouverné, capable de civilisation, et que l'on put comparer à l'ancien Etat des Daces, fondé par Burbista dans ces mêmes contrées'.
Pour arriver jusque-là. les Goths durent frôler et froisser les Germains de l'Oder et de l'Elbe. Des tribus, ébranlées par leur passage, se déplacèrent vers l'Occident ou le Midi- : ce qui, sans doute, contribua à la descente des Quades et des Marcomans du côté du Danube ^ Mais alors, arrêtés par Marc- Aurèle à la frontière romaine, comprimés entre elle et la poussée du dehors, les peuples barbares durent en quelque sorte s'allonger et s'appliquer le long de l'Empire. Il y eut entre eux de formidables remous, et. à la iin, Rome vit sur l'autre côté des Carpathes et du Danube se dessiner, du sud au nord, des voisins jusque-là inconnus : Goths, Gépides, Hérules, Vandales, Burgondes et Lombards*. Toutes ces nations étaient venues du Nord : on eût dit que la Germanie septentrionale s'était retournée pour se rabattre et s'appuyer sur le flanc de l'Empire.
Il ne semble pas que ce mouvement de migration se soit
des Carpathes, Cotini et Bastarues (t. I, p. 298, n. 4, p. 303, n. 2: t. 111. p. 115; cf. ici, p. 541, n. i), comme celles des Suèves ont fait disparaître les États celtiques sur la route du Mein, de l'Elbe et du Danube (t. 111, p. 147; t. IV, p. 105).
i. T. III, p. 144-6; cf. Jordnnès, Getica, XI, 07. — Les Cotini (p. 540, n. G) semblent avoir été accueillis dans 1 Empire, y avoir formé une civitas; Dion, LXXI, 12, 3; G. /. L., VI, 2831. Les Baslarnes le seront ensuite: ici, p. fiOD. n. 2. Sur ces transferts, cf. Seeck, 1, 2" éd.. p. 576-8.
2. Gcntibus, qiiœ puisse a superioribus barbaris fugerant: IL Aug., Marcin. 14, 1. — C'est le cas des Lombards de l'Elbe moyen (t. 111, p. 48), que nous voyons, vers 166, apparaître, je crois sur la haute Theiss (Dion, LXXI. 3, i n). — Vers le même temps, il semble que le Brandebourg- des .Semnons (t. III, p. 48) ait été en partie déserté par ses habitants (LXXI, 20, 2, p, 275, Boissevain).
.{. P. 475 et s.
4. P. 540, n. 6. — Un exemple curicu.\ de ces déplacements est fourni par les Dulgubnii, que nous avons vus jadis (juelque part dans le Hanovre (t. III, p. 47, n. 4), et que nous trouvons maintenant sujets de Borne, au sud du Danube, entre Vienne et Pestli (von Domaszewski, Rcem.-Germ. Korr., 111, l'.tlO. p. 84-.')K
542 l'empire en DANGER.
étendu jusqu'au Weser et jusqu'au Rhin. Mais iii, à défaut de nouveaux peuples, nous trouvons de nouveaux noms.
Dans les terres basses de l'Elbe et du Weser. sur les côtes de la mer du Nord, le nom des Saxons a remplacé ceux des Cimbres et des Chauques'. — A leur gauche, vers l'ouest, celui des Frisons persiste encore, là où nous l'avons toujours connu-. — Mais à leur droite, du côté de la Baltique, voici des peuples nouveaux. Angles, Jutes et Danois, qui se partagent les îles, presqu'îles et détroits \
Au sud. plus près de la frontière, les changements apparents sont plus grands encore. — Le long du Rhin inférieur, dans les vallées de ses affluents, sur les rives de l'Ems, les débris de ces peuples (|ui avaient si longtemps vécu sous les menaces ou l'influence de Rome, Chamaves, Sicambres, Usipètes, Tenctères, Bructères et Chattes, se sont rapprochés pour se confondre en un nom nouveau, celui de « Francs » '\ — Plus au sud encore,
1. Cf. t. III, p. 45, 47. — Les Saxons paraissent avoir été d'abord une petite triiju de l'ancien pays des Gimbres (Plolémée, II, il, 7 et 16). peut-être dans le Holstein. Le nom des Chauques, après Marc-Aurèle (p. 477, n. 4), n'apparait plus que comme partie des Saxons (Zosime, III, 6, 1). L'extension des Saxons est du lii' siècle (Eutrope, IX. 21: Orose, VII. 25, 3), et peut-être faut-il en voirie point de départ au moment de l'ambassade de peuples de ce pays a Caracalla en 213 (p. 531, n. 8). — Elle correspond assez à celle du nom des Ingyévons (t. 111. p. 50).
2. T. III, p. 4.5-6: t. IV. p. 109, 2\- : Panegyrici, Bwhrens, V [VIIF, 0. — 11 y avait en ce temps-là dans l'armée romaine de Bretaçne un cuneus Frisiorum, Frisionum (p. 474, n. 3), auquel appartenaient entre autres des Germains cives Tuilmnti. Ces derniers étaient sans doute tirés du pagus de la Twenthe, voisin de la Frise, ancien domicile des Tubanlcs (cf. t. III, p. 46, n. 3, t. IV, p. i76, n. 5), et il est possible que ces Frisons au service de Rome fussent des indigènes de la Frise indépendante plutôt que des Frisons transportés à l'ouest du Zuiderzée (cf. p. 131, n. 4). Ces régions des Pays-Bas étaient donc peut-être revenues sous rinfluence romaine ;cf. p. 217. n. 8). — Sur eux et les précédents, en dernier lieu L. Sclimidt. Geschiclite der deulschen Slâinme, II, I, 1911.
3. Les Danois arrivés sans doute de Suéde dans les lies (cf. Bremer, g 111; ici, p. 540, n. 4). et sans doute avec les Jutes, ceux-ci dans le Jutland (cf. Bremer, § 135). Les Angles, à leur dilTérence. ne sont pas des immigrés : ils sont devenus le nom dominant de la ligue de .\erUnis à l'est du Jutland (Ptolémée. II, 11, 8: cf. t. m, p. 45, n. 5).
4. Si on examine cbronologiquement les textes relatifs aux Francs, on les voit apparaître pour la première fois entre 241 et 257 du coté de Mayence {Hist. Aug., Aurclianus, 7. I et 2; 33, 4: cf. p. 551, n. 1) : et alors le nom ne peut s'appliquer