Et sans doute une organisation nouvelle (cf. p
CARACTERE DES NOUVELLES INVASIONS. 5i5
les Alamans le menaceront de Mayence à Ratisbonne, sur les lignes de la Germanie Supérieure. Il semblait que ces Germains se fussent organisés à la manière des Romains leurs adversaires, se groupant pour l'offensive comme ceux-ci l'avaient fait depuis longtemps pour la défensive.
On a dit que. si ces hommes voulurent entrer dans l'Empire, ce fut surtout par désir d'y vivre en soldats ou en laboureurs : ils cédèrent à une invincible admiration pour ce monde splendide. au rêve d'y trouver une place à son soleil et à son bonheur. — Il est vrai que beaucoup de ceux qui vont franchir isolément la frontière le feront en solliciteurs, prêts à vendre leurs services et au besoin leur liberté, en échange de beau pain, d'or et d'armes brillantes. La plupart de ceux-là mêmes qui se forment en grandes bandes et forcent la barrière des Gaules, n'ont pas d'espérances supérieures : il s'agit pour eux de rester, de gré ou de force, sur des terres romaines, de s'y faire accepter de l'empereur à quelque titre que ce soit; mieux vaut l'esclavage dans le joyeux Empire que la liberté dans la triste Germanie '. Mais c'est méconnaître et l'intelligence et le caractère de ces hommes du Nord, que de A'oir en eux des éternels quémandeurs de soldes et de terres. Aussi bien que les Gaulois d'aA^ant César, les Germains d'avant Clovis furent capables de pensées supérieures, de tenir à un nom national et à sa gloire, d'aimer une patrie et son indépendance-. S'ils avaient pris le titre de Francs, ce n'était point afin de l'échanger contre celui de Romains. Plusieurs de ceux qui partirent des bords du Weser pour piller et vaguer dans l'Empire, même de ceux qui allèrent le plus loin, sur les rivages de l'Orient, finirent par revenir chez eux, au prix de mille dangers'. Ils ne fuyaient donc j)as leur sol natal, si lugubre qu'en fût parfois l'horizon \
1. Fustel de Goulaiiges, L'Invasion iji-rianniquc (Instituliuns, II), [). 322 et s.