Cf. Tacite, Germanie
?i46 L" EMPIRE EN DANGER.
Chez les rois et les chefs, il faut parler aussi d'amour pour la victoire, l'empire et la gloire, d'ambitions et d'espérances plus nobles que celle d'être un légat d'Auguste. Ces Germains, les Goths comme les autres, avaient des poètes qui chantaient les hauts faits de leurs héros, et ils eurent des princes qui voulurent être chantés à leur tour'. Un roi goth. Hermanaric, se montrera bientôt digne de fonder un très grand Etat, bien plus vaste que celui du dace Burbista, embrassant toutes les plaines de l'Est, depuis la mer Noire jusqu'à la mer Baltique, et ses contemporains auront raison de le comparer à Alexandre (330?- 375)-. Pourquoi cette idée d'un empire national, à nom franc, goth ou germain, ne serait-elle point venue à l'esprit de ces chefs, ainsi qu'elle s'était emparée autrefois des àmesd'Arioviste et de Vercinsrétorix, de Burbista. d'Arminius et de Marbod"? Germains et Gaulois étaient-ils donc incapables de réfléchir et d'imaginer par eux-mêmes, de se sentir autre chose que des sujets de Rome, avant ou après la lettre? Refuser à des Francs une ambition germanique, c'est vouloir ramener tout l'idéal des Anciens aux formules de l'Empire romain et de la cité grecque. Il y avait chez eux, chez les Alamans, les Saxons ou les Goths, comme il y avait eu chez les Gaulois de Bellovèse et de Ségovèse '. des façons de rêver et des mobiles d'agir qui leur étaient propres. Et c'est ce qui va rendre ces nouveaux peuples si redoutables à l'Empire.
J'ai nommé, face à l'Occident gaulois, les Saxons, les Francs et les Alamans. et, contre la ligne centrale des Carpathes et du Danube, l'empire des Goths. A l'Orient, les Perses, héritiers des Parthes, viennent aussi de constituer un puissant Etat au delà du Tigre et de l'Euphrate (227) '. Par un extraordinaire
1. Jordancs, Getica. XllI. 78; XIV; Tacife, A.. Il, 88; Germ., 2. Cf. Ivurth, Hist. poétique des Mérovingiens, 180.3, p. 31 et s.