LE MILLENAIRE UE ROME
à Lj^on, et, en lisant les documents qu'il a laissés pour cette époque, nul ne se douterait des tragédies qui ensanglantent l'Italie et des malheurs qui menacent aux frontières. Il n'y est trace que des préoccupations habituelles à ce genre d'assemblée : accusera-t-on le gouverneur? à qui élèvera-t-on une statue? et ce sont alors lettres de recommandation, témoiirnaïes d'électeurs, projets d'honneurs à décerner. On dirait que la grande assemblée ne sort pas des affaires du jour et des questions personnelles'. Comme elle, le monde provincial vivait dans une sorte de vie stagnante, si peu agitée qu'elle semblait ne pouvoir plus changer.
Qu'on renouvelât trop souvent les maîtres de l'Empire, c'était un mal plus apparent que réel. Aucun de ces princes ne fît tort au nom d'Auguste. Tous eurent leur mérite, même Maximin. Le temps de Commode s'éloignait de plus en plus dans le passé, tel que le cauchemar d'une seule nuit. On doutait qu'un nouveau Néron fût jamais possible à la tête du monde. Philippe, Décius furent des chefs bien doués, et les braves gens n'avaient point de scrupules à prier pour eux la Terre-Mère.
L'Empire put donc célébrer, avec une joie presque sans mélange, les fêtes du millénaire de Rome, qui se présenta sous l'empereur Philippe (248). Mille ans de progrès continus, d'une marche régulière vers la conquête de l'univers, une telle pensée était de nature à provoquer le délire des Romains, à surexciter leur imagination et leur foi. Et je crois que les fêtes du millénaire furent en elTet prodigieuses, par le bruit, la dépense. TaHégresse des hommes, le concours des multitudes.
IIIUO, IJIUS; XII. 55;il). de Décius (.\III, mC,'.). S903. 893!», 9000, 9097, 91U1-2, 91(}9- 10, 9123, 9126), de Gallus (XII, 5."jI8, 0.5.38; XIII, 8880, 888."), 9008, 9056, 9070-1).
1. Monument de Vieux, daté du 10 décembre 238 (C. /. L., XIII, 3162). Remarquez que le monument est d'une des années les plus troublées de l'Empire, celle ([ui vit les luttes entre Maximin, l'upien, Balbin et les trois Gordiens (p. 549-.").jO). Et la grande innovation (|u"annonce ce monument, c'est qu'il est le premier élevé par les Trois Gaules hors du Confluent, dans le pays d'origine du bénéliciaire : Très [irov. Gall. primo umquam in sua civitatc posuerunt.
5j8 L empire en DANGER.
Le luallieiir est qu'elles se passèrent comme tout se passait alors dans la Rome païenne, de façon grossière et banale. Ce furent des combats, des courses de chars, des exhibitions de bètes rares, des jeux, des sacrifices aux vieux dieux, et rien d'autre '. De ce miraculeux anniversaire, il n'est resté ni un grand monument ni une belle œuvre de poésie ni une page superbe de discours. Le corps de l'Empire était demeuré vigoureux, mais son esprit était devenu incapable de rien créer.