TEUTATÈS
les druides voulaient-ils rappeler aux Gaulois le sentiment de leurs intérêts et le devoir de l'entente. La vie de Tentâtes, éducateur de son peuple, était une leçon d'alliance.
Il est probable qu'il n'avait point toujours cette allure de roi intelligent et débonnaire que César s'est plu à lui donner. Dans les jours de danger, il prenait les armes à la tête de son peuple et le conduisait au combat : contre l'ennemi du dehors, il redevenait un dieu de sang, de feu et de mort, ambitieux et implacable '.
"^ Les druides enfin, nous dit César, racontaient que la race gauloise était issue d'un très grand dieu, d'espèce ou d'origine souterraine-. — Ce Saturne du Nord, ancêtre des Gaulois, n'était autre, selon toute vraisemblance, que Tentâtes luimême' : les hommes et les peuples se disent d'ordinaire issus du dieu qu'ils ont l'habitude d'honorer.
1. C'est pour cela que l'on a, sur tant de points, interprété Teutatès par Mars (p. 11!), n. 2 et 3; Usener, p. .32). Il ne serait pas impossible que le Mars des locis consecralis de César (VI, 17, 4) ne fût le dieu national, interprété ici de cette manière par le proconsul.
2. VI, 18, 1 : Gain se omnes ab Dile ['aire prognalos prœdicanl, idque ab druidibus prodilum dicunt.
3. Il semble en eiïet que les peuples classiques aient souvent aussi interprété Teutatès en Saturne (Varron ap. Augustin, De civ. Dei, Vli, 19; Denys, I, 38, 3). Dans le même sens que nous : Cluvicr, p. 63; doni Martin, I, p. 323-334; de Belloguet, p. 143 et suiv., p. 211 etsuiv. — On idenlific d'ordinaire le dieu au marteau des monuments gallo-romains avec le Dis Pater gaulois dont parle César (Grivaud de La Vincclle, Hecueil de monumenls anliques, 1817, II, p. 21-22; Chardin, liev. arch., 1834, XI, p. 309 et s.; A. de Barthélémy, Eev. cell., I, 1870, p. 1 et s.; Flouest, Tieu. arch., 188.?, I, p. 10 et s.; Gaidoz, hev. cell., VI, 1883-3, p. 437 et s.; Ileinach, en dernier lieu Bronzes, p. 137-183, et Culles, 1, p. 220-232). On peut accepter celle identification, mais sous une double réserve : 1° ce dieu au marteau, comme le Dis Paler de César, ne représente qu'une forme, une des figures du grand dieu gaulois; 2' ce dieu au marteau encore, dans la plupart des cas où nous trouvons sa ligure, parait faire fonction moins de dieu infernal que de dieu local, protecteur de champs et de demeures, de Sylvain domcslicus (cf. C. I. L., XII, p. 927) : ce que devint si souvent le grand dieu gaulois, lorsque la domination romaine l'eut exclu, au moins sous ses formes indigènes, de son rôle souverain, cl ce qui est du reste le sort ordinaire des grandes divinités déchues. Cf. p. 134, n. 1, p. 139, n. 9, p. 149, n. 8. — Il peut paraître extraordinaire, au premier abord, fju'un seul et même dieu ait pu donner naissance ù laiit de formes cl d'intirprtHnlions différenlcs (Mercure. Mars, l>is Palcr, Saturne, même Hercule et Sylvnin). .Mais voyez tout ce (|ue le monde classique a ilit et fait du Jahveli des Juifs, devenu Saturne, Liber Palcr, peul-clre JupiL-r (Tacite, llisl., V, 4-3). Cf., sur
.U-'.i.iAN. — Histoire do la (iaulo. T. 11. — J
Ainsi, le dieu nutiunal des (îuulois avait été à la fuis leur ancêtre et leur léfrislateur : il était le gardien, l'arbitre et le défenseur de leurs tribus. On l'avait vaguement es(|uissé à l'image de la royauté patriarcale des temps primitifs' : les traditi«jns du passé, les besoins du présent grossissaient le lot de ses attributs. Il était le résumé symbolique de l'histoire et de la vie de sa nation.