VII. — DIVINITÉS LOCALES s
Il n'a été question jusqu'ici que des grands dieux et de leur situation théologique et officielle, et on a déjà vu à quelle variété d'espèces ils étaient en train de donner naissance. Ce qui compliquait encore cette société divine, c'est qu'au-dessous d'elle vivait toujours la plèbe innombrable des Génies locaux ^ Ceux-ci, les Gaulois en avaient hérité lorsqu'ils avaient pris la terre. Le dieu de l'endroit suit les destinées de sa demeure : en acceptant leurs nouveaux domaines, les Celtes avaient conservé les êtres qui les protégeaient.
Mais ne parlons plus seulement, à propos d'eux, des Celtes et de leurs nations. Les grandes divinités étudiées plus haut sont propres aux communautés gauloises; elles ont été apportées ou constituées par elles; nous ne les trouvons pas chez les Ligures des Alpes, chez les Aquitains de la Gascogne et des P3'ré-
1. En (l'aulros loriiios, le monde gaulois arrivait ou pouvait arriver au même morcellement de la reli,^ion politique que le monde gréco romain : mais le point de départ de soi histoire religieuse n'est pas ce morcellement. De mùmc. au surplus, (|ue l'état religieux des cités antiques, si admirablement décrit par Fusli'l <lc (loulanges dans La CUc antique (p. c.\. 1. 111, ch. G), résulte en partie de la décomposition d'antiques divinités générales.
2. Outre les travaux cités p. 113, n. 1, et p. 131, n. 12: FI. Vallenlin, Essai sur les ilivinilés indiijàles du Voconlium, Grenoble, 1877 (fJull. de /'/le. Delphinale); le même, Les Dieux de la cité des AUohrorjes. Rcv. cell., IV, 1879-80; Bulliot et Tliiollicr. La Missiim et le Culte de saint Martin... dans le pays.éJuen Société Èduenne, n. s., XVI-X1.\, 1S88 ISt)l).
3 (ir. t. I, p. 13.") et suiv. Voyez ce qu'a dit Allmer, avec force et justesse, sur l'importance du polvdémonisme topique et ronluinier dans la religion gauloise [liccue éiiiijr(i[tlii(jue, MI, p. 299 ol S.).
no LA HELir.idN.
iié»'s'. Kn revanche, toutes les |M)|iulatiuns d'entre le Itliin et les montcignes du Sud, celles des plaines comme celles des hauts pays, quels que soient leur idiome et leur tempérament, continuent d'adorer les forces immuables et innombrables qui engendraient la multitude des choses du sol*.
Les plus nombreuses et les plus populaires' étaient les eaux courantes : sources, fontaines, ruisseaux et fleuves. Celles des flancs des Pyrénées ou des vallons de la Provence, des prairies du Mftrvan ou des clairières des Ardennes*. vivaient é^'alemenl dune vie divine, dont les guerres et les conquêtes humaines n avaient j)oint interrimipu le cours.
Cette vie n'était pas la même pour toutes ces eaux. Leur naf ure sacrée variait à l'inlini. Chaque canton se figurait à sa manière TKsprit de sa source. Il fut homme pour les uns. et femme pour les autres : la « Fontaine » de Nîmes, .Xnnausus, était un dieu', comme aussi quelques-unes des sources thermales*^. (A'Iles de Bibracle', de Bordeaux', de Cahors*, étaient des
1. Snuf pxrrption», dues k la ponélrotion graduelle de ces rr^ions jnr les inducm-es frauloi!«es.