VIVANTS ET MORTS DIVINISÉS. 14S
cortège, les cadavres de ses esclaves et de ses clients' : il avait, comme Teutalès, ses victimes humaines. De ces honneurs rendus aux plus grands, l'adoration devait être la conclusion naturelle. La ville d'Alésia posséda, dans les temps romains, un temple élevé « au dieu Moritasgus » : je suis porté à croire que ce nom est celui d'un roi passé à l'état divin-. — Voici ce que les Grecs racontaient d'Hercule^ : à son retour d'Espagne, il vint en Gaule avec une grande armée, Tunit aux indigènes, épousa la fille d'un roi du pays, engendra et conquit des peuples; ce fut lui qui fonda Alésia, la grande ville sainte, qui établit les meilleures des lois celtiques, qui défendit le meurtre des étrangers et le pillage des marchands, qui ouvrit les Alpes et en traça les routes. Dirons-nous que cette légende est simplement l'épopée herculéenne appliquée à la Gaule par cc3 menteurs d'Hellènes? N'est-ce pas au contraire quelque tradition des Celtes, narrant les exploits d'un ancêtre de leur sang, tradition que les Grecs, suivant leur habitude, auront adaptée à la vie de leur héros national?
Mais cette religion de l'homme divinisé ne se maintenait pas indépendante de celle des forces souveraines. Comme le culte des lieux et des fétiches, celui des héros collaborait à la fortune des grands dieux. — Cet Hercule gaulois, fondateur d'i i peuple et rédacteur de ses lois, protecteur des marchands et des routes, ressemble fort à Tentâtes, qui, dit César, a été tout cela'. Les Grecs n'auront-ils pas transformé le maître divin de la Gaule en simple héros? ou plutôt, les Celtes n'auront-ils pas fini par appliquer à leur dieu national les entreprises d'un de leurs législateurs mytbi((ues, comme les lois de Moïse tournaient à la gloire de Jaliveh et [)assaicnt pour son œuvre? — Je crois,