XXI. - QUELQUES SUPERSTITIONS; LE GUI
Des milliers de superstitions auxquelles donnaient lieu les choses de la nature, le hasard ne nous a conservé le souvenir que d'un très petit nombre.
Sous le nom d' « œufs de serpents » les Gaulois désignaient ces oursins fossiles qui se rencontrent assez souvent dans les terrains de notre pays'. Voici ce qu'à leur sujet ils racontèrent plus tard aux étrangers - : « C'est pendant l'été que les serpents produisent ces œufs : réunis en foule et enlacés ensemble, ils finissent par former, de la bave et de l'écume de leurs corps mêlés, une sorte de boule compacte qu'ils rejettent en l'air au milieu des sifflements. » Comme c'est toujours le cas pour les procédures magiques, la prise de possession du talisman devait se faire dans des circonstances déterminées et sous la forme d'un rapt ou d'une conquête. « Il fallait qu'elle eût lieu pendant, une certaine lune; l'œuf devait être recueilli dans un sayon avant que, lancé par les bêtes, il n'eût touché terre. Aussitôt pris, on l'emportait à cheval, et le ravisseur n'était à l'abri de la poursuite des serpents qu'après avoir mis une rivière entre eux et lui. » Il détenait dès lors un merveilleux talisman de gloire et de victoire : « l'œuf de serpent était souverain pour assurer le gain d'un procès et l'approche des rois »'. D'autres vertus sans doute, plus humbles et plus pacifiques, étaient attachées à sa possession. Il n'est point rare de trouver de ces objets dans les ruines gallo-romaines, témoins du rôle qu'ils ont joué* : l'œuf remplaçait ou garantissait la présence du sor-
1. De Belloguet, p. 331. » Celui que j'ai vu », dit Pline, « était de la grosseur d'une pomme ronde moyenne, la croûte carlilngineuse, avec de nombreuses cupules comme celles des bras du poulpe ■ (XXIX, 53'.