CARACTÈRE ET AVENIR DE LA RELIGION GAULOISE
demande s'il n'a pas été imaginé en sacrilège par les chroniqueurs hellènes, hahiles dans Fart de défigurer un ennemi et de dramatiser une bataille \ A l'autre extrémité de l'hellénisme, les gens de Marseille représentaient au contraire un roi celtoligure comme un pieux philhellène, recevant en songe les ordres de leur divinité, gravissant l'acropole phocéenne pour y faire ses dévotions, et offrant un collier d'or à la déesse protectrice de la cité^ Les Grecs furent le premier des peuples poètes et théologiens avec lequel les Gaulois se trouvèrent mis en relation; le contact avec eux a duré des siècles; il s'est produit partout, à Marseille, près de l'Adriatique, sur le Danube, le long de rilellespont, dans l'Asie phrygienne ; et cette poésie et cette théologie grecques étaient si aimables, si claires, si peu abstraites! Les druides, quand ils avaient besoin d'écrire, usaient de lettres grecques^: et il est rare qu'un alphabet d'emprunt ne serve pas de véhicule à des idées étrangères. Ces marchands, qui donnaient et vendaient tant de choses aux Gaulois, qui sillonnaient leur pays en tous sens\ ont bien pu apporter quelques formules religieuses. Ils paraissent avoir laissé chez les Arvernes des statuettes d'Héraklès^; nous avons vu qu'ils ont peut-être montré aux Gaulois que Tentâtes était l'image de rilermès hellénique"'. On dira plus tard que les druides avaient reçu des leçons de Pythagore sur l'immortalité ou la métempsycose'. Pure légende, à coup sûr ; mais cela pouvait signifier qu'ils n'étaient pas demeurés étrangers à ces mythes grecs qui
1. Justin. XXIV, 6, 4-3; Pausanias, X, 21, 1; Diodore. XXi,', 9, 4; t. 1. 3.50-S.