T. I, p. 281 et suiv., p. 448 el suiv., p. 497 et suiv
DU NOMBRE DES HABITAxNTS DE LA GAULE, 5
jamais été, à moins de dix millions *, c'est-à-dire tout au plus au sixième des êtres qui Auvent aujourd'hui entre le Rhin et les Pyrénées ^.
C'est remplacer une exagération par une autre. Entre ces deux frontières, co n'étaient certes pas des myriades infinies d'hommes qui naissaient sans cesse, pareilles à la multitude grouillante de la Chine des grands fleuves; mais les tribus n'y vivaient pas cependant en de rares petites troupes disséminées dans des clairières ou des oasis, comme les indigènes des forêts ou des déserts africains. L'immensité des espaces sylvestres et marécageux n'était pas, en ce temps-là et sous ce climat salubre, un obstacle à la vie humaine : les bois et les palus avaient leurs habitants à demeure^; Gaulois ou Ligures étaient moins sensibles que nous au froid, à la fraîcheur ou au brouillard; et, comme ils redoutaient surtout la chaleur, ils ne fuyaient pas le contact des terres humides et ombragées*. Ce qui n'empêchait pas les hommes de fréquenter aussi, beaucoup plus qu'aujourd'hui, les hauts plateaux et les sommets aux rebords escarpés. Les assises de la civilisation actuelle sont, pour ainsi dire, des pavés secs et des routes planes ; celle d'autrefois s'accommodait tout aussi bien d'un sol boueux et de chemins montants. Que de ruines de cette époque ne trouve-t-on pas dans des régions que les époques suivantes ,ont à demi désertées, jadis foyers d'habitation constante, aujourd'hui lieux de rendez-vous tem-
1. Hume, p. lo7 : 8 millions; Valentin-Smilh, p. 40 : 6 millions; Levasseur, p. 101 : 8 millions; Beloch, Bevôlkerung, p. 460 : 4 81)0000 = 7,0 au kil. carré; il a depuis évalué plus haut, Rh. Mus., LIV, p. 438 : 5 700 000, et p. 429 : 0 millions 1/4. On est mf'mc descendu jusqu'à 4 millions, Michel Chevalier, Dict. de la conversation, XLlll, IS:j8, p. 470. Seul, VVallace (p. 143), allant d'ailleurs à l'excès contraire, parle de 48 millions rien que pour la Gaule combattue par César, les trois ([uarts fournis par les esclaves.
2. I-'rance avec la Corse : 39 252 207 (1900); Suisse correspondant à l'Hclvétie : 2238 305 (1900); Belgique : 7 100 547 (1905); Luxembourg : 2 46 4.j3 (1905); Hollande au sud de la Meuse : 1 140 292 (1905); Allemagne au delà du Rhin : environ 8 millions Total approximatif : 58 millions.
3. Strabon, IV, 1, 2 : Ki: toOto rjvoixsÎTai TroXjavôpwTitot. Cf. t. I, p. 94-97, 98.