‹ Histoire de la GauleChapitre 31 sur 718 · Tite-Live, XXL 26, 6; t. L P · texte numérisé non relu

Tite-Live, XXL 26, 6; t. L P

5. César, I, 11, 5 : il s'agit, sur ce point, en particulier du va! Romey, qui me semble être le domaine transrhodanien des Allobroges, ayant autrefois appartenu au diocèse de Genève. Il est possible que, inversement, les Séquanes aient possédé des terrains sur la rive méridionale du Rhône (cL Ammien, XV, 11, 17) : peut-être ont-ils occupé en partie le Bugey et, au sud du fleuve, une partie de la vallée du Guiers (futur évéché de Belley). La géographie ancienne de cette région de la Gaule est du reste des plus difficiles à établir; cf. d'Anville, p. 53-54; Debombourg, Atlas historique du dép. de l'Ain, Lyon, 1859; le môme, Les Allobroges d' outre-Rhône, dans la Revue du Lyonnais, 111' s., IV, 1867, p. 9 et s.; Valentin- Smilh, Reme des sociétés savantes, IV* s., VIII, 1868, II, p. 18-22; Dict. arch. de la Gaule, I, p. 43. CL eh. XIV, § 14.

ces peuplades : et cependant, même là, il leur a fallu avoir les deux rives du fleuve. Ils possèdent, sur le bord ultérieur, u.e bande de domaines qui, si étroite qu'elle soit, leur assure la tranquille jouissance de ce bord. Et de celte façon, dans la section fluviale qu'elle détient, la cité peut à son aise embarquer et débarquer ses marchandises et ses soldats, percevoir ses droits, s'assurer les deux attaches ou les deux tètes des gués. des ponts et des passages, et surveiller les montées et les descentes'.

Toutes ces combinaisons de tribus et de pays que nous avons appelées des peuplades ou des cités furent donc les produits d'intérêts commerciaux et militaires nés sur le réseau de nos routes. EUes sont des sociétés d'échanges, d'initiative commune, de protection mutuelle, de solidarité matérielle et morale.

Aussi, et surtout dans la Celtique, le territoire d'une cité stst souvent trouvé correspondre à une grande région naturelle. Car les intérêts varient avec la nature du pays et la direction de ses eaux; les peuplades, à moins d'ambition maladroite, ne s'étendaient pas au delà de certaines limites indiquées par le sol lui-même. Les Volques ne sortirent pas des plaines du Languedoc et des montagnes qui les encadrent; les Santon.s ne dépassèrent pas au nord les grands marais de la Sèvre, celle fin septentrionale des terres de bonne culture\ de celles qu'arrosaient les méandres de la Charente et de ses affluents; les Cadurques des terrasses du Quercy évitèrent à la fois la vallée trop basse de la Garonne et les gorges du Cantal; les Rèmes de la Champagne ne s'aventurèrent pas dans la grande forêt du Nord'. Il y eut une sorte d'adaptation entre peuplades et régions. Aujourd'hui encore, sur certaines grandes voies de la France,

1. Strabon (IV. 3, 2) dit des Éducns et des Séquanes sur la Saône : 'Exattpo;. TOJ à'9voj; îJiov àÇto-jvTo; eKai to> "A papa xx; iavTÛ iipo<rr,xtiv ti Ux^^l»y^*a téXr,.

3. Leur frontière parait aroir suivi la lipne des bois des Ardennes qui séparent la Semoy et la .Meuse; cf. p. 10.

l'aspect du pays change précisément à l'endroit où. se trouvait une limite de cité gauloise. Quand, sur la route d'Orléans à Paris, on quitte les éternels et maussades champs de blé de la Beauce pour les vallons découpés et gracieux du bassin d'Etampes, on passe en même temps de la cité des Garnutes dans celle des Parisiens'. De Lorient à Bayonne, le long de la voie ferrée, la nature présente tour à tour les landes grisâtres du Morbihan, bordant une mer semée d'îles, les molles ondulations du Nantais, les terres basses de la Vendée, coupées de mille canaux, le sol en travail de la Saintonge, verdi par les arbres et les prés, puis la plaine des vignobles girondins, largement ouverte par ses grands fleuves, et enfin, tout de suite après Bordeaux, les pinèdes interminables, reposant sur leurs tapis de fougères et de bruyères : à chacun de ces spectacles l'historien peut attacher le nom d'un peuple, Vénètes d'Armorique, Nantais, Pictons de Vendée, Santons, Bituriges de Bordeaux et Aquitains des Landes. A Eygurande, sur la voie de Clermont à Bordeaux, on quitte l'Auvergne, puissante et variée, verte et limpide, pour les plateaux plus tristes du Limousin : Eygurande était la borne entre les Arvernes et les Lémoviques^ Au nord des Alpines, ce sont des terres constamment irriguées, riches en fruits et en fleurs, le jardin de Saint-Remy et le verger de Vaucluse ; au midi, ce sont les pierrailles de la Grau et les nudités des dernières Alpes : les Alpines séparaient autrefois Gavares du Gomtat et Salyens de la Provence'.

C'est pour cela que les citoyens d'une même peuplade, Arvernes ou Lémoviques, Santons ou Garnutes, ont pu prendre

1. La dernière localité méridionale du diocèse de Paris était Arpajon (Chastres, Castrumj : Étampes même parait avoir appartenu aux Sénons. Cf. Longnon, texte, p. 107.

2. Le mot vient de 'Icoranda, cf. p. 54, n. 2. C'est du reste aujourd'hui la limite entre Corrèze et Puy-de-Dôme, comme autrefois entre les seigneuries limousines (vicomte de Ventadour) et le comté d'Auvergne.

3. Bien que Ptolémée place Saint-Remy chez les Salyens (II, 10, 8), je suis convaincu que les Cavares d'Avignon allaient jusque-là (C. /. L., XII, 1029}, tout comme y arriva le diocèse de cette ville.

des habitudes communes, acquérir un tempérament propre, se constituer entre eux une sorte de parenté physique et morale qui ne s'est pas encore effacée chez leurs derniers descendants. C'est aussi pour cela que les territoires de ces nations ont en majorité survécu à la liberté de la Gaule et au monde antique. On les retrouve, sans de notables changements, dans les subdivisions religieuses et civiles de !« France médiévale. Sans doute, quelques cités trop étendues, produits artificiels d'une ambition tenace, ont été morcelées d'assez bonne heure, se sont décomposées au profit des régions naturelles qui les formaient : ce fut le cas de la nation des Eduens, d'où sont sortis Nivernais, Charolais, Avalois, Auxois, Autunois et Bourgogne. Mais ce fait est presque unique ' : la plupart des autres cités ont conservé, sous le nom de diocèse ou de province, une existence profonde. Les Arvernes sont devenus l'Auvergne, les Bituriges le Berry, les Lémoviques le Limousin, et ainsi pour bien d'autres. Les Volques, après avoir été morcelés en six ou huit cités par les Romains, se retrouvèrent en unité géographique sous le nom de Languedoc. Certaines frontières dialectales ne sont autres que d'anciennes limites de cités ^ Et même, quand la Révolution supprima, découpa ou refit les provinces et les diocèses, elle ne put pas cependant abolir tous les vestiges de ces unions territoriales vieilles de deux millénaires. Plus d'un département fut h. peine autre chose qu'une cité gauloise : celui de la Dordogne répond aux Pétrocores. la Lozère aux Gabales, le Lot-et-Garonne aux Nitiobroges, l'Indreet-Loire aux Turons. Les trois départements de la Vendée, des Deux-Sèvres et de la Vienne sont le démembrement de la cité des Pictons; ceux des deux Charentes viennent de la cité des Santons. Aujourd'hui encore, à la limite de deux départements, on

1. L'klat bourguignon, au xt* s., reronslituera IVmpire et Ips nmhitioDS des Éduens. Cf. ch. XIV. § 17.

2. Voyei les caries, Grundrist de Grœber, I, 1" éd., iXSS, 2* .-.l., 1904^

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