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DESTINEES DE LYON A L EPOQUE GAULOISE

tence de ces deux cités. Elles étaient limitrophes et partout rivales : en amont du confluent, les Allobroges possédaient les deux rives du Rhône et les Éduens les deux rives de la Saône. Le carrefour demeura incertain ou inutile, il n'était qu'un point d'une frontière disputée, il ne pouvait devenir un centre de vie et de travail. Tel fut, avant la fondation de Rome, le sort de ses collines et des bords de son TLbre, disputés entre Étrusques et Latins.

Les Allobroges réussirent sans doute les premiers à occuper la colline de Fourvières, qui dominait la rencontre des fleuves, et à y bâtir une forteresse avancée, protégeant leurs terres et surveillant les routes les plus lointaines. — L^ne tradition, née tardivement parmi eux', racontait que, sur l'ordre d'un oracle, deux chefs du pays, Momoros et Atépomaros, chassés par un troisième, Séséroneus, vinrent à Fourvières pour établir une colonie : au moment où l'on creusait les fondations, apparurent soudain des corbeaux, qui volèrent tout autour et remplirent les arbres des environs. Et Momoros, expert en aruspicine, décida qu'il fallait appeler la nouvelle ville Lugdunum, ce qui signifiait en celtique « la hauteur du corbeau » '. — Il n'y a, je crois, aucun des récits anciens de fondations qui doive être totalement rejeté comme inutile. Tous ont leur part de vérité et leur part de fable, au reste si étroitement enchevêtrées que les démêler est à peu près impossible. Yoici, mais encore sous les plus expresses réserves, ce que je retiendrai de cette histoire des origines lyonnaises.

!. Rapportée dans le traité De Jluviis, 6, 4, attribué à Plutarque, et empruntée au livre 13 des a Fondations de villes • (Kt-'tîojv) de Clitophon {Geogr. Gr min., II, p. 044). Que cette tradition renferme des éléments indigènes, cela résulte des noms propres, Mwixopo:, 'ÀTcnôaapo;, qui sont celtiques; (ju'cllc ait été formée par !»*« Allobropes, cela me parait résulter du De Jluviis, G, 1, qui précède ce passage, et où il est dit (jue la Sa(^ne rejoint le Rhône xa-:i tT|V x^pav t'ov 'A/yoSpovwv.

2. Aoûyov fàp 'Ô ffçwv ôiaXî/tTM tov x6pxy.% y.a>oÛTi, SoOvov ôà T-iiov è;r/ovTa. Il n'est peut-être pas inutile de remarquer que, si l'on s'en tient à la leçon du mnnu- *trit, le lieu se serait appelé .Vdiôo/zo; avant de recevoir le nom de .\ùjfôo-Xov.

Le nom de Lufjudunu'm ', Lugdunum, n'a pas signifié à l'origine « le mont des corbeaux », mais a la ville-claire » ou « la montagne-claire », lug ou luyu correspondant au latin iucidus', et r/M^j/mayantà la fois le sens de «montagne» et de « ville forte » '; «Clairmont» ou a Clairville», nom de gaîté et de bon augure, donné par ses fondateurs à la nouvelle cité, lorsqu'ils ont vu la colline se détacher, nette et lumineuse, dans le rayonnement du soleil levant*. — Mais ce mot de luyu, lug, ressemblait de très près à un autre mot dune langue indigène qui désignait le « corbeau » ^; et puis, qui sait si la colline de Fourvières n'avait pas SCS corbeaux familiers, Esprits du lieu auxquels on rendait quebjue vieux culte rustique''? Il n'en fallut pas davantage pour faire du corbeau le Génie éponyme de la cité : étymologie née d'une assonance, comme le populaire et les demi-savants en ont fabriqué pour toutes les villes de France et d'ailleurs".

1. Forme priinilive : Dion Cassius, XLVI, 50, 5; CI. L., X, 60>T.

2. Ilciricus, Vila Germani, IV, 297-8 iod. Tmubc, Mon. Germ. Ii:.< . :

Lugduno célébrant Gallorum famine nomen Impositum quondam, quod sit mons lucidus iJein.

3. Le premier sens n'est pas douteux : outre les textes cites p. 251, n. I, et '\n, n. 2 : Actasanclorum, t" nov., I, p. 100; Siirebort, \'i!a Deoderiti, Scriptores, IV, p. <77, l'ertz; Glossaire d'LndIicher, Chronica minora, 1, p. G13(J/on. Germ. hist.); ilolder, I,c. 1375. L'autre sens, qui eu dérive peut-ùtrc, résulte de ce que ce mol n'est employé que pour des villes, dont queUiues-unes en plaine-, Zeuss, Grammalica. p. 52.

4. Vidi duohu.'i inminens Jluviis jugum, Quod Phœbus ortu semper obverso vidct,

dit de Lyon Sénèquc, De morte Claudii, 7, 2.

5. Cf. le prec >.jxo;, nom d'oiseau qu'on croit tire le choucas ou la chouette. Mais je ne trouve ce nom que chez Aristole \Hist. anim., IX, 21), dans un passage qui n'est pas clair (cf. édit. Schneider, p. 107 8).

6. IliMuarquez : 1° le médaillon représentant le Génie de Lyon cl la colline surmontée du corbi'au (Déclielelle, Vases céramiques, 11, p. 270-i); 2° plombs cl monnaies de Lyon avec le corbeau (l)issard, CoUrction ^^'camier, Cat. des plombs antiques, 1905, n'^ 050 et I07S; Cabinet des Méd., 40t'.O-4); 3' l'association fréquente du corbeau & la corne d'abondance, cl Lyon appelé Copia (Allmcr et Dissard, Musée de Lyon, II, p. U7-I5i; de La Tour, Ac. des Inscr., C. r., 1901, p. 82 et s.). — Sur le corbeou, t. I, p. 139-UO. — Peut-être y a-t-ii quelque rapport entre ce corlieau de l.yon cl la peuplade des Drannovices, « les Fils du Corbeau >, qui n'habitaient paa loin (p. 42, n. 7).

7. Allmer {.Musée. II, p. 154) accepte l 'étymologie donnée par le Defluriis; Dev ix (p. 43), d'accord avec d'Arbois de Jul)aiiiville ('-'yck mythologique, 1884, p. 13U, 'L ici, p. 118, D. 2), songe ii « la ville du dieu Lug •.

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Voilà pour le nom. — Quant au récit de la fondation, il nous présente Lyon comme né dans les mêmes conditions que Rome. Une colonie couvrant un angle de la frontière d'une vaste peuplade, Latins ou Allobroges; une colline isolée dominant le point essentiel du cours d'un grand fleuve. Palatin ou Fourvières, Tibre ou Rhône; des oiseaux messagers divins, vautours ou corbeaux, venant sanctionner le choix des hommes ; un chef, Numitor ou Séséroneus, abandonnant à deux autres la conduite des colons; deux héros fondateurs, l'un, presque un simple figurant, Rémus ou Atépomaros, l'autre, expert en art augurai, Romulus ou Momoros : — les mêmes détails se rencontrent autour des origines des deux capitales, et l'on doit se demander si le récit gaulois n'est pas un décalque des aventures des fils de la Vestale, imaginé pour donner à Lyon des motifs de plus à se dire la Rome des Gaules'. — Mais il n'en demeure pas moins très vraisemblable que les Allobroges, à un moment de leurs longues querelles avec les Éduens, ont bâti à Lyon un poste d'avant-garde contre leurs éternels ennemis du Nord (entre 15C et 121 ?)^

Ils ne l'ont pas gardé longtemps. Après avoir appartenu aux hommes du Midi, Lyon passa à ceux du Nord (vers 120?)'. Au temps de César, il relevait des Ségusiaves, peuple client de celui des Eduens*. Ce coin de terre, où finissent tant de voies, où se menaçaient tant de peuples, n'accomplira ses destinées que lorsque la paix sera imposée à tous, et qu'il ne viendra que des marchands par ces routes.

1. De môme (De fluviis, 0, V, la fable de la Saône appelée d'abord Drigoulos, puis, à la suite de la mort d'Arar, de ce dernier nom, rappelle celle du Tibre, appelé /4i6u/a, puis recevant son nom de Tiberinus, qui s'y noie (Tite-Livc, 1, 3, 8).

2. Cela résulte aussi de De Jluviis, G, 1 (cf. p. 251, n. 1). Je suppose que le fait s'est passé au temps de la domination des Arvernes, qui étaient associés aux Allobroges (lite-Livc, Ep'Uome, CI). Sur les forteresses frontières, p. 54.

3. Je suppose, après les victoires des Homains sur Arvernes et Allobroges : les Romains laissèrent Lyon en dehors de leur province. Sur la limite du territoiro des Allobroges au sud de Lyon, cf. p. 54, n. 2.

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