‹ Histoire de la GauleChapitre 476 sur 718 · II. — HABITUDE DE LA PAROLE · texte numérisé non relu

II. — HABITUDE DE LA PAROLE

Si pénétrant que fût leur esprit, la parole allait peut-être plus vite que la pensée. C'étaient les plus bavards de tous les Barbares. Ils avaient la loquacité du Grec, et le langage était pour eux le geste le plus habituel. Dans les assemblées publiques, ils ne se dispensaient pas d'interrompre, si bien qu'un huissier était chargé de rappeler à l'ordre*. S'ils aimaient à écouter, c'était surtout afin de raconter, et il fallait prendre des mesures à l'endroit des propagateurs de nouvelles, se prémunir contre les commérages politiques, les griseries des orateurs de carrefours'. La Gaule était déjà un pays de nouvellistes et de harangueurs.

Bien parler y fut une vertu. On l'a dit des Romains^, on doit le dire plus encore des Gaulois . L'éloquence était, chez un chef, un instrument de puissance et d'action aussi efficace que son or et que sa clientèle. C'est surtout en orateur ardent et persuasif que Vercingétorix a commandé : la terreur n'a jamais été, pour lui, qu'un moyen provisoire de régner*. Lisez les Commentaires de César : tous ces nobles gaulois sont de beaux parleurs, et si on interrompt les uns, on écoute et on applaudit les autres. Les soldats aiment à se laisser convaincre et entraîner par le langage. Ils subissent l'enthousiasme de celui qui s'émeut devant eux. Et les chefs, de leur côté, quêtent les acclamations et étudient leurs effets ^ Dans les conseils de guerre, devant les troupes assemjjlées, lors des entrevues solennelles, les Gaulois se plaisent à exposer leurs idées copieusement, avec l'enchaînement rigoureux familier à des routiers de rhétorique ^ Je sais bien que César a pu arranger les paroles qu'il leur prête. Mais,

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