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V. — LITTÉRATURE VERBALE

Pour le moment, l'alphabet ne sert que dans les monnaies, les documents publics, les actes et les comptes privés * : il est un instrument, peut-être encore à demi religieux, pour authentiquer, et pas autre chose. Il n'est pas devenu l'auxiliaire de la vie intellectuelle. La littérature se fait toute entière en dehors de l'écriture. Elle est parlée ou chantée, et ses œuvres ne sont conservées que par la mémoire et transmises que par les sons.

Car, de ce qu'un peuple n'ait point laissé d'ouvrages écrits, n'en concluons pas qu'il était inapte aux productions de l'esprit. C'est une faute, dans l'histoire littéraire des nations, que de tenir un si faible compte des légendes, des hymnes de guerre, des traditions populaires : ne sont-elles pas œuvre de l'esprit et choses de style, autant que des strophes ou des lignes lentement écrites? Un peuple qui n'est point stupide ne peut laisser sa pensée et son imagination inactives : la France du dixième siècle a fort peu rédigé, elle ne compte pas dans nos histoires littéraires, et c'est alors surtout que se forme chez elle cette merveilleuse flore verbale de légendes, de contes et de récits qui s'étaleront en écrit dans les siècles postérieurs.

A ce point de vue, la Gaule indépendante a été, de toutes les nations à production orale, celle dont le travail littéraire fut le plus puissant et le plus varié : ce qui est encore un argument en faveur de l'excellence organique de son langage^. Sauf, bien

1. P. 370-7. Jusqu'à nouvel ordre, on peut croire que les constitutions nationales, si minutieuses qu'elles fussent, se conservaient par la tradition (p. 47-8); en admettant l'existence, chez les Éduens, d'annales i)ubli<iues (p. 93, n. 4), rien ne prouve qu'elles aient élu écrites avant le temps des Roniains. Il existait peutêtre des listes généalogiques, cf. p. 09-70.

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