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VI. - LES BARDES

Car la Gaule avait une classe d'hommes spécialement roués à la poésie -, ainsi que la Grèce eut ses aèdes et le Moyen Age ses jongleurs. Certes, la poésie n'était qu'une cliente de la guerre et de la religion; et ces bardes formaient un groupe d'hommes assez misérables, subalternes plutôt que citoyens, partagés entre le service des druides et celui des chefs '. Mais enfin on les jugeait indispensables à la nation; et s'ils chantaient pour un salaire, ils n'en étaient pas moins respectés, agréables et écoutés.

Nous ne savons rien des bardes sacerdotaux. Ceux des nobles ont fort étonné les voyageurs qui, à la fin du second siècle, visitèrent les Gaules. On ne voyait plus rien de pareil dans le monde gréco-romain, dont les chefs souverains, tels qu'Hannibal ou Marins, n'associaient guère la poésie à la brutalité de leurs aventures. Chez un grand de la Gaule, les bardes étaient, au même titre que des porte-boucliers, les auxiliaires constants de la toute-puissance, l'ornement verbal des beaux cortèges. Ils paraissaient à sa table, célébraient sa gloire pendant le repas, l'imposaient par le chanta la pensée des convives*. D'ordinaire, ils s'accompagnaient de la lyre ' : et cet instrument était si bien devenu chez les Gaulois le symbole religieux de la musique et de la poésie, qu'ils en multipliaient l'image sur leurs monnaies ^

1. D'Arbois de Jubainvillc, Introduction à l'étude de la litt. celt., 1883, p. 51 et s.; à titre de curiosité, Hersart de La Villernarqué, Chants populaires de la Bretijne, G' éd., 1807, p. XIV et s.

2. Posidonius apud Athénée, IV, 37, et VI, 49; Diodore, V, 31, 2 et 5; Appien, Celtica, 12; Ammien, XV, 9, 8: Strabon, IV, 4, 4; Lucain, I, 447-9; Festus, p. 34, M. ; C. Gl. L., IV, p. 487, 37; p. 660, 15; V, p. 270, 43; Hésychius, p. 291, Schmidt. — Le radical bard- est celtique et se retrouve dans les langues britanniques avec le sens de ménétrier. •

3. Cf. Posidonius, VI, 49, p. 24G d. 11 est vrai qu'on les place parmi les çOa Twv Ti(j.(i)u.£v(j)v S'.a:p£povT(.); (Strabon, IV, 4, 4), mais Diodore (V, 31, 2) et César (VI, 13, 1) réservent aux prêtres ce qualificatif de rroiTTiô; TijAtô|ji;vo'., qui sunl honore.

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