‹ Histoire de la GauleChapitre 51 sur 718 · LA MAGISTRATURE · texte numérisé non relu

LA MAGISTRATURE

Ces nations celtiques ont été plus sages et plus expertes en matière politique que nous ne le croyons. — Les Eduens avaient des lois précises et habiles \ où Polybe aurait pu trouver d'aussi bonnes choses que dans les lois romaines.

Le peuple des Eduens obéissait, en temps de paix, à un magistrat unique, annuel et électif, que les Celtes appelaient le « vergobret ))^ : il ressemblait fort au dictateur ou au consul des temps primitifs; car il avait en lui, sauf le titre et la durée, toute l'autorité royale. C'était un juge souverain, ayant droit de vie et de mort. Sa puissance risquait d'autant plus de devenir dangereuse, qu'on n'hésitait pas à appeler à ce poste souverain des jeunes gens, hardis et ambitieux. Mais des précautions nombreuses étaient prises contre le vergobret : sa magistrature ne durait qu'un an ; il ne pouvait franchir les frontières de la cité ; il ne paraissait pas à la tête des armées, si ce n'est après être sorti de charge^ : s'il leur donnait des ordres, c'était de loin, comme un ministre de la guerre qui ne combattrait pas', et son autorité était déléguée, lors des campagnes, à un ou plusieurs commandants militaires, préfets des fantassins ou des cavaliers^ Il lui était donc malaisé de devenir conquérant ou usurpateur; sa présence continue dans la cité était une garantie de double sécurité pour son peuple : il le gardait et il était gardé par lui.

civitatis, prxfecto equiium chez les Rèmes (VIII, 12, i): principatus citque impcrluni chez les Trévires (VI, 8, 9) : tout cela, il est vrai, en 53-51, temps de crise décisive et de guerre contre l'étranger. Ce principe de la séparation a été bien vu par de lielloguet, p. 411. Chez les Nerviens, qui summam imperii tenebat (II, 23, 4) peut s'appliquer aux deux pouvoirs ou à un seul. De même chez les .\llobroges, ô -oj TiavTÔi; aÙT<i)v ï6vo-j; 'j-ç.oi-zr,'(ôi (Dion, XXXII, 47, 3).

1. Ce qui suit, d'après César, 1, 16, 5; VII, 32 et 33; 37, 1.

2. Le nom, attesté par César chez les Eduens (I, 10, 5), se retrouve, au début de l'Empire, chez les Santons (C. /. Z,., XIII, 1048) et les Lcxovicns (Cab. des Méd., Muret, n"' 7159-65, vercobreto); virgobretus, Comm. nolaruni Tironianarum, 30, 37, Schmitz. Ver-= « ôjiÉp ».

3. Ce fut sans doute le cas de Dumnorix, princeps (magistral) avant 58 (I, 3, 5), et, en 58, commandant de cavalerie (I, 18, 10).

Page 1