‹ Histoire de la GauleChapitre 551 sur 718 · NATURE DE LA VOLONTE · texte numérisé non relu

NATURE DE LA VOLONTE

Sur le champ de bataille, dans les marches, dans les camps, les cris et les chants font autant de bruit que les armes*. C'est un peuple de bavards et de braillards. Mettez-en plusieurs ensemble, vous entendrez tout de suite d'abominables clameurs : ce n'est pas qu'ils se soient pris de querelle; mais, pacifiques ou furieux, peu importe, ils ne s'entretiennent pas sans hurler de concert ^

Le calme était exclu de leur esprit comme de leur langue. Les Anciens ne virent jamais des hommes aussi excitables ^ Il ne se passait guère de repas sans qu'on en vînt, pour les motifs les plus futiles, à des disputes, des provocations, des combats'' : c'est un pays de duellistes aussi bien que de guerres civiles". La voix, la main, la pensée et l'épée y sont également promptes et immodérées. Il y gronde sans cesse des colères d'hommes et de peuples ^

Ainsi qu'il arrive chez ces natures toutes d'élan, le découragement se montrait aussi vite que la colère'. Même à jeun, il y avait chez le Gaulois quelque chose de l'ivrogne qui ne s'exalte que pour s'assoupir, à moitié fou et à moitié brute. Qu'une défaite survienne, l'abattement est insurmontable. Il faut que les chefs cachent au soldat une bonne partie de la vérité, pour n'être point lâchés dans les moments difficiles : il est plus avantageux de l'exciter par de folles illusions, que de faire appel au sentiment du devoir*. Vercingétorix aura à se méfier, autant que de César, des défaillances des siens.

1. Tite-Live, XXI, 28, 1; Polvbe, III, 43, S; Diodore, V, 29, 2-3; César, VII, 21, 1; 81,2.

2. Ammien Marcellin, XV, 12, 2:Melaendx voces conplariumel minaces placatoriim juxta et ira.<c/'nlium.

3. Avidijurgiorum et sublalias insolentes, Ammien, XV, 12, 1; yi/.ôvî'./.o;, Strabon, IV, 4, 6.

Page 1