NATURE DE LA VOLONTE
Sur le champ de bataille, dans les marches, dans les camps, les cris et les chants font autant de bruit que les armes*. C'est un peuple de bavards et de braillards. Mettez-en plusieurs ensemble, vous entendrez tout de suite d'abominables clameurs : ce n'est pas qu'ils se soient pris de querelle; mais, pacifiques ou furieux, peu importe, ils ne s'entretiennent pas sans hurler de concert ^
Le calme était exclu de leur esprit comme de leur langue. Les Anciens ne virent jamais des hommes aussi excitables ^ Il ne se passait guère de repas sans qu'on en vînt, pour les motifs les plus futiles, à des disputes, des provocations, des combats'' : c'est un pays de duellistes aussi bien que de guerres civiles". La voix, la main, la pensée et l'épée y sont également promptes et immodérées. Il y gronde sans cesse des colères d'hommes et de peuples ^
Ainsi qu'il arrive chez ces natures toutes d'élan, le découragement se montrait aussi vite que la colère'. Même à jeun, il y avait chez le Gaulois quelque chose de l'ivrogne qui ne s'exalte que pour s'assoupir, à moitié fou et à moitié brute. Qu'une défaite survienne, l'abattement est insurmontable. Il faut que les chefs cachent au soldat une bonne partie de la vérité, pour n'être point lâchés dans les moments difficiles : il est plus avantageux de l'exciter par de folles illusions, que de faire appel au sentiment du devoir*. Vercingétorix aura à se méfier, autant que de César, des défaillances des siens.
1. Tite-Live, XXI, 28, 1; Polvbe, III, 43, S; Diodore, V, 29, 2-3; César, VII, 21, 1; 81,2.
2. Ammien Marcellin, XV, 12, 2:Melaendx voces conplariumel minaces placatoriim juxta et ira.<c/'nlium.
3. Avidijurgiorum et sublalias insolentes, Ammien, XV, 12, 1; yi/.ôvî'./.o;, Strabon, IV, 4, 6.