DE L'ORIGIN'E DE LA PLÈBE. 6T
qu'elle ait eu pour conséquence la transformation en parias de plusieurs millions d'hommes? Qui nous dit que les bandes conquérantes n'ont pas agi à la manière des armées franques ou wisigothiques, respectant les droits, les terres, les conditions de beaucoup '? — Un tel aisservissement eût amené des révoltes sans fin, des haines incurables; il eût laissé entre nobles et plébéiens des différences physiques et religieuses visibles de tous; il est probable qu'ils n'eussent pas parlé de sitôt la même langue. Or, de distinctions et de luttes de ce genre, il n'est nulle part question dans les textes. — On peut supposer que les Celtes, en arrivant en Gaule, ont eu leurs plébéiens avec eux; on peut supposer aussi que les Ligures, leurs sujets, furent de même séparés en deux classes. Qui empêche alors de croire à une réunion de ces deux noblesses, à un mélange de ces deux multitudes-? — Après tout, il est un coin de la Gaule, la Provence, où nous savons ce qu'a amené l'invasion celtique : avant elle, il y avait des tribus ligures'' ; après elle, il y eut des tribus celtoligures, groupées sous le nom de Salyens*, et, dans cette fédération, une même place souveraine a été faite aux deux éléments : un roi celtique l'a commandée % et son nom même de Salyens lui fut fourni par une tribu ligure'.
Que parmi les plébéiens de la Gaule, les ancêtres de nom ligure aient été plus nombreux que ceux de nom gaulois, c'est probable. Mais on peut affirmer qu'au second siècle, les conséquences de la conquête ne pèsent plus sur la Gaule. Ce n'est pas le sang qui fait le plébéien et qui fait le noble \ Beaucoup
1. Une trace de cette fusion entre vainqueurs et vaincus paraît se trouver dans la légende de l'Hercule gaulois, si du moins cette légende est d'origine celtique ; Diodore, IV, 19, 2 : lIo>).oJ;... tûv Èv/wpitov àvéaiîïv.
2. • Nous disons arrangement », dit de Beiioguet (p. 382), qui de tous a vu ces questions avec le plus de netteté et d'intelligence.
3. Aviénus, 029 et suiv. ; slrabon. IV, 0, 3. Cf. t. I, p. 180, 203, 213.
4. Strabon, IV, 6. 3. Cf. t. I, p. 249-250, 311-2, 393-4, t. 11. p. 19.
5. Justin, XLIll, 5,5 (d'après le nom, Catumarandus ; cf. t. I, p. 393-4).