‹ Histoire de la GauleChapitre 80 sur 718 · DEGRÉS DANS LA NOBLESSE · texte numérisé non relu

DEGRÉS DANS LA NOBLESSE

qui aspira au premier rang dans sa patrie, était sorti d'une humble origine, et il devint l'égal des plus nobles de son pays et de la Celtique ' : il est vrai que c'était un Eduen, et que peutêtre, dans cette nation riche et intelligente, la plèbe a été plus prompte qu'ailleurs à se libérer du patriciat.

m. — DEGRÉS DANS LA NOBLESSE

Je viens de dire les plus nobles : car le patriciat de la Gaule offre ceci de particulier que, comme la plèbe, il n'était pas une caste immuable, imposée par le rang et la naissance. César distingue en lui « les hommes d'une origine honorable » -, qui sont les simples nobles, et ceux qui appartiennent à une très haute condition, « les hommes illustres»' ou « les plus nobles »^

Ces distinctions provenaient en grande partie de l'antiquité des familles", et par là. du rôle qu'elles avaient joué dans la vie publique, des fonctions qu'elles y avaient exercées. Les nobles gaulois avaient peut-être des arbres généalogiques; en tout cas, des poésies ou des chants maintenaient parmi eux le souvenir de ceux qui avaient illustré leur lignée* : qui alléguait le plus d'ancêtres, et les plus fameux à la guerre, était le plus noble ".

1. César, VIL 39, 1 : Eporedorix, summo loco natas... et ana V'iridomaras, pari xtcUe et gratta, sed génère dispari... ex humili loco.

2. Loco nalus honeslo, V, 45, 2. .\obiUtas dans on sens collectif, l, 2, 1 ;31, 6; VL

12, 3; V, 6. 3 ; VIL 38, 2 ; V, 3, G; Tacite, Ann., III, 40 : Hist., IV, 53; nobiles. César, VI,

13, 2; E>Ev£r;, Diod., Y, 28, 3; nobili duce chez les Bretons), César, V, 22, 2. To-,; àvaOo'J; avôpx;, V, 28, 4 (sens de nobles?;; cL omnibus bonis, Hirtius, VIll, 22, 1.

3. Illustrem adulescentem, VIL 32. 4 ; Ulustriore loco, VI, 19, 3.

4. Summo loco natus, VII, 39, 1; nobilissimos civitatis. I. 7, 3 ; 31, 7; nobilissimo. I, 18. 6; très nobilissimi Hxdui, VII, 67, 7; summa nobilitate, 11, 6, 4; nobilissimos gentis, Mêla, m, 2, l'J; o xsâT-.TTo;. Posidonius ap. Athénée, IV, 36 (mais ne désigne pas nécessairement le plus noble).

5. César, VIL 32, 4 : Anliquissima familia natam; le même personnage est classé (VIL 67, 7) parmi les nobilissimi.

6. Appien, Cellica, 12 : Tov irpîcSî-jrr.v a-jTov ï; -t -^ivo;... itivûiv; Diodore, V, 20, 3; cL Nicolas de Damas, fr.' 105. Didot.

7. Rapproi-hez les textes précédents, n. 5 et 6, de ceux de la p. 70, n. 1-4, et de ccuxH-i : Lui-ain, I, 447-9; Tatile, Hist., IV, 53; Ann., III, 40 : yobilitas... et majorum. bona facta.

70 ORfiAMSATlON SOCIALE.

Quelques-uns niènie rattachaient leur race à des héros ou à des dieux, se disaient enfants du Rhin ' ou descendants de Brennus*; les fils et les petits-fils des rois dcchus, même rentrés dans le rang, conservèrent avec soin la mémoire de l'ori^fine ïoyale de leur maison \ '

Un autre élément de notoriété, parmi les noldes, était la parenté. On se faisait gloire d'avoir beaucoup daUiés, de se rattacher à une abondante lignée*, et il y avait sans doute -des familles (jui se croyaient plus anciennes (»u plus illustres parce qu'elles étaient plus nombreuses.

Enfin, la fortune accomj)agnait presque toujours la noblesse*, et peut-être j)ermettait-elle de l'acquérir''. Les Gaulois étaient à ce moment de la vie d'un peuple (à supposer que la chose no soit j)oint éternelle) où la richesse, autant que la naissance, détermine les rangs sociaux.

Ces rangs, une fois établis, étaient sévèrement observés. Dans les repas, une hiérarchie rigoureuse réglait les places des grands. La place d'honneur, celle du milieu, était réservée h celui qui avait le premier rang; près de lui s'asseyait l'amphitryon; et des deux côtés, à droite et à gauche, les convives se disposaient suivant les degrés de leur noblesse'. Cette société a le goût du classement, l'habitude des distinctions extérieures, le respect du protocole. Mènie par leur manière de jiorter la moustache, les nobles se distinguaient des autres hommes*.

1. l'roptTic. V, 10. il : Mrdomari : gmus hic liltmo jactabat ab ifno: « f. I. 1, p. 450. u. 4 : c'est un lU'Ipe ou un ri(''snte. par ronst-qucnl sa crovancc à uno descendance riiénane ^-tail toute naturelle.

2. Silius, IV, !50 : 7pse, lumens atavis. Brcnni te ttirpe ferebal (chex les noiens d'IUilic).

3. Dsar. I. 3. 4 (Sé(junncs); V. 54. 2 (S^-nonsi ; V. 2.%. 1 (Carnules); Tnrile, Ihst., IV, .%5 : Classicus (Trevire) nohililale oi'il>us(jur anie alios : rrgium itli genus et i-ncé belloque clam oriijo; ij>se majorilius suis, etc.

4. Cotunt, anitqutssima familia noium,... magnr cognationit (Usar, VII, 32. 4).

5. I, 2, 1 : Kobilissimus et dttissimus; VII. 31.', 4 : Fhrenlrm et illustrem; cf. n. 3 et VII. 3». I ; ici. p. 74.

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