‹ Histoire de la GauleChapitre 88 sur 718 · V. — LES CLIENTS · texte numérisé non relu

V. — LES CLIENTS

On a vu que la plèbe no formait pas un corps politique, et qu'elle était en dehors du cadre régulier de la vie publique. Mais enfin les plébéiens avaient pour [eux le nombre, et chacun d'eux valait son prix d'homme. Par des largesses d'or ou des concessions de terres, parla force ou la menace, l'aristocratie dominante les lia ù sa fortune ; ils furent la réserve où elle puisa les ressources humaines de ses ambitions et de son pouvoir. Dans cette masse inorganique, elle tailla et façonna à sa guise des sociétés domestiques ^

Les Romains ont appelé ces sociétés du nom de « clientèle » ', et ils employaient ce même mot pour désigner les liens religieux et civils, les rapports et les devoirs qui unissaient le patron et ses fidèles. IMais ces clients étaient de sortes très diverses, et leurs devoirs variaient avec leur condition.

Les plus nombreux et les plus humbles étaient les plébéiens proprement dits : ouvriers des villes^ et des champs*, tous ceux que la loi de la cité ignorait ou défendait mal, mettaient leurs outils ou leurs corps à la disposition des chefs, se livraient à leur protection, et échangeaient leur indépendance précaire contre une sécurité à demi-servile. C'est à la clientèle que recouraient les mi.sérables comme à l'unique chance de salut : petits propriétaires écrasés par les impôts, débiteurs insolvables, les vaincus de la vie prenaient une sorte de revanche en entrant dans l'armée permanente d'un des puissants du jour^

1. César, VI, 13, 1 et 2; II, 4; l.j, 2; I, 4. 2; 18, 4 et 5; II, 1, 4; VII, 4, 1 ; VIIL 21, 4; 32,2.

2. VI, lî), 4; I, 4, 2; 18, 4 et 5; VI, 1.5, 2; VII, 4. 1; 40, 7; VIII. 32, 2. C'est ce que Polyhe, en Cisalpine, appelle rà; iratpî'a; (II, 17. 12).

3. Cf. Vlll, 32, 2 : Uxellodunuin, o;>['idum iinpuilant, est dans la Llicnlèle de Lucler; cf. plus loin, p. 77, n. 3, p. 32C-'J.

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