TOUTE-PUISSANCE DES GRANDS DANS LA CITÉ
refuse le pouvoir politique, ils donnent la force à qui veut le prendre.
La nation des Eduens avait, comme importante source de revenus, la ferme de ses douanes et péages. Un des nobles, Dumnorix, se présenta un jour pour adjudicataire : il était redouté à cause de son audace et de sa popularité dans la plèbe; personne n'osa surenchérir. Il fut déclaré fermier pour plusieurs années, et à un prix dérisoire : la cité se trouva privée de ses ressources normales, et, pendant ce temps, Dumnorix, à l'aide des taxes publiques mêmes, voyait croître sans relâche ses richesses, sa clientèle et son ambition*. — Le pouvoir d'un seul faussait le jeu des institutions financières.
L'Helvète Orgétorix s'était rendu coupable de conjuration. Il fut traduit en justice parles chefs de la cité. C'était le plus noble et le plus riche de la nation* : le jour de sa comparution, il amena tous les siens devant ses juges; il avait, lui faisant cortège, ses esclaves et ses affranchis, au nombre de dix mille; il avait ses clients et ses débiteurs, qui formaient une autre foule. Orgétorix n'eut pas à se défendre : la force de sa bande suffit à l'arracher au tribunal. Pour avoir raison du coupable, les magistrats à leur tour durent faire appel aux armes^ — Mais ce n'était plus la justice qui suivait son cours.
Chez les Bellovaques, en 51, le sénat et la plupart des grands ne voulaient plus de la lutte contre lîome. IMais un des principaux chefs, Correus, avait résolu cette guerre. La plèbe était pour lui : chefs et sénat furent obligés de le suivre *. — La direction des affaires revenait donc au plus fort\