‹ Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants Germains (volume 2)Chapitre 13 sur 51 · II. Q · texte numérisé non relu

II. Q

)3o . - Rioirs

Du restée si dure qué^ Pon puisse supposer la conduite de ce dernier, on> n'y aperçoit du moms aucune apparence d'opposition à Tautorité royale. Le mal qu41 faisait n'était tpjke le mal qui se&isaiC partout ; il ne touchant que les Arvemes , et œux-^i lé souffrpisfit sans murmurer, ti^p cohsternës en^ ùore de la récente visite de leurs conquérants pour oser former aucun projet de résistance ou de vem geanœ. Cependant Thierry frappa son parent Sigek iirald par le glaive^. Voilà tout ce que Grégoire de lîqurs nous apprend snrla fin de ce duc. Il y a dans cette concision quelque chose c^ tragique qtii mar* que assezi bien où en étaient déjà, dans leurs discordes, les rois et les leudes. ' ' Tandis que ces choses se passaient en Aquitaine, les Franks a\^aient repris et poursuivaient le cours de leur conquête dans le reste de la Gaule. De 53i à 534 inclusivement, ils firent quatre expéditions consécutives , deux contre les Goths et les deux autres contre les Burgondes. Je dois en tracer rapi* dément le tableau. • .

Le roi goth d'Italie, Théodorio, était mort en 5a6 , et avec hii étaient tombés tout projet et tout espoir de cette espèce de restauration morale et politique de l'Italie- dont il s'était fliltté que sa na^ tion serait l'instrument. Aussi long «temps qu'il avait vécu , les Franks avaient reculé devant lui et semblaient avoir perdu l'idée de recouvrer les par-

(i) Greg. Tur. m. a3.

DES FILS DE CLOVIS. l3l

lies delà Gaule occupées psu* les-Ostrogoths. Aprè^ sa mcdrt ila reprirent le cours naturel de leurs tentatives pour pousser leur domination jusqu'aux bords de la Méditerranée. ^

£o 53i Childeberty immédiatement après son coup manqué sur l'ArYernie^ marcha avec toutes ses forces contre les Vi&igotha de la Septimanie. Son préte:>(te était de soustraire Clotilde, sa sœur , aux mauvais traitements d'Amalaric, à qui elle avait été donnée pour femme ^ et qui s'était feit procla* mer roi des Vi&igotlis après la mort: de Tbéodoriô. Il y avait «u alors^à ce qu'il parait, entre les deux grandes braïKdies de la nation gothique une espèiee de scission dont les Franks clierchaient à tirer parti après l'avoir favorisée.

Les mêmes ^raisons qui, dans la guerre d'Alaric et de Oovis, avaient donné tant d'avantages à celuici, persistaient dans toute leur force entre leurs successeurs^ Les Viaigoths étaient toujours ariens zélés, au milieu de preuves ou de laïcs gallô«romains catholiques toujours prêts à intriguer contre eux. A en croire des insinuations graves, mais obscures, de Jk>rnandès^ l'expédition de Childebert ne Ait que la suita d'intrigues et de trahisons ourdies par les Franks ou en leur>%)ireur, tant en Septimanie qu'au-delà des Byrénâgs4;

Quoi qu'il en soit , Childebert se mit en marche à travers l'Aquitaine, reprit, selon toute apparence,

(i) Jornand. de reb. gtt. (iVIII.

en passant y le pay^ d'Albigeois qui lui appai*tenait et s'avança jusque sous les mtirs de Karbonne. Là seulement se montra Amalaric, qui fut complètement battu et périt y sinon dans le combat, du moins des suites de la déroute ^z Childebert voulut pousser son invasion jusqu'en Espagne, et les Franks traversèrent alors, pour la première fois, ces Pyrénées qu'ils n'avaient encore aperçues que de loin et s'avancèrent jusqu'à Barcelone^, Mais Theudis , cet ancien écuyer de Théodoric que celui-ci avait donné pour tuteur à son"petit-f]^ Âmalaric , après la défaite de Vouglé , Theudis ^ qui venait de se faire roi et qui méritait de l'être, les contraignit à se retirer plus vite qu'ils n'étaient venus et sans avoir gagné un pied de terre "en Sep» timanie, mais riches, à ce qu'il pavait, de butin '. il restait encore aux Ostrogoths diverses parties de l'Aquitaine , le Rouergue, le Gévaudan et le Vêlai. Tlûerry , à qui ces pays appaitenaient en vertu du partage fait avec ses frères, mais qui n'en avait pas encore joui, résolut enfin de les reprendre et s'allia dans cette intention avec son frère Clotaire. Au printemps de 533 , les deux rois rassemblèrent leurs forces, et chacun des deux donna le commandement des siennes à son fils. Théodebert commanda donc celles de Thierry et Gonthaire celles de Qotaire. Mais ce dernier , s'étant mis ^n

(i) Isidori Cliron. Gothor.— Gregor. Turon. Hist. III. 3o. (a) Isidor. Cbronic. Gothor.-^Greg. Tor. loc. cit.

DES FILS DE CLOVIS. l33

marche 9 s'arrêta, l'on ne sait pourquoi, à michemin, et Thëodebert s'avança seul contre les Goths K II leur enleva aisément toutes les villes qu'ils possédaient encore au-delà du Rhône , entra dans la Septimanie où il s'empara de quelques châteaux. Encouragé par ces succès il se crut en état d'attaquer les Ostrogoths 6n Provence, passa le Rhône et voulut tenter un coup de main sur la ville d'Arles; mais cette fois il échoua et fut rejeté avec perte sur la rive droite du fleuve. Il y resta pour garder les conquêtes ^ qu'il ayait faites, ou peut-être seulement retenu par l'amour dont il s'était pris pour une matrone gallo-romaine nommée Deuterie r<qu'il avait rencontrée' dans un dés châteaux de la Septimanie, et dont il avait fait sa femme , bien qu'elle fût celle d'un autre ^.

C'est à l'intervalle de ces deux expéditions contre les Goths, â l'année 53a, qu'appartient une autre expédition dont yai déjà fait mention par incident et dont c'est ici le lieu de dire expressément quelques mots. Il s'agit de cette campagne de Childebert et de Clotaire conti*e Godemar, roi de Burgondie, et dont Thierry, qui n'y voulut jamais prendre part, détourna ses leudes en les menant en Arvernie.

Mieux concertée sans doute que les précédentes, cette campagne fut aussi plus heureuse. Les Franks

(i) Gregor. Tur. IIL 21.

(2) Id, loc. cit.

1 34 RiGurr

prirent des places importantes où ils s'établirent^ et entre autres celle d'Autun. Cependant leur entreprise aurait peut-être échoué de nouteaii ou traîné en longueur s^ils n'eussent à la fin réuni leurs forces pour Facbever. Thierry qui^ en 532, avait montré tant de répugnance à marcher avec ses frères^ contre la Burgondie , ne fit depuis aucune difficulté de joindre se^ forces aux leurs. Attaqué par leurs armées i^unies, Godemar ne fut plus en état de résister. Vaincu et abandonné des siens^ en 534r il s'enfuit l'on ne sait où> et la Burgondie occupée par les Franks , à l'exception de sa moitié méridionale qui restait au pouvoit* des Ostrogotbs, cessa d'exister comme royaume à part*. Les trois vainqueurs se la partagèrent également f mais les détails de ce partage ne sont pas connus.

Cette acquisition de la moitié à peu près de la Burgondie peut, ce me semble, être signalée comme le terme où s^arrêtent, en Gaule, la capacité et l'énergie conquérantes des descendants de Clovis. Après cette conquête ils n*en ' firent plus d'autre que l'on puisse dire le résultat pur et simple, le prix immédiat de leurs victoires.

Thierry jouit peu de ce surcroît de puissance ; à peine en était-il en possession qu'il fht atteint de la maladie dont il mourut. Son fils unique, Théodebert, n'était point auprès de lui ; nous avons vu qu'il était resté en Aquitaine avec sa belle Deute-

(i) M«irii Cbrooic. ad. an. 534>

D£S FILS I^K GLOVIS. l35

rie. L'occasion en p^rot d'autant 'fins propice à Clotaire^t àChiJdebc^t de ^'^o^parerd^i royaume de leur frère^ à l'exclusion de leur neveu ^ et de rédMJre ainsi à deux les trois parts actuelles des oonquétes frankes. Les détails de leur tentative ne sont point connus; on sait seulement qu'elle échoua*

Averti de ce qui se passait^ Tfaéodebert accourut eo toute hkte d'Aquitaine, trouva son pèoe enoere vivant et ses deux oncles déjà eji masure de lui disputer son héritage* Le récit de ce qui 8e'|)assa entre ^ux et lui est on .ne peujt plus vague dajps Grégoire de Tours A^ Je cnois cependibtity voir qu'il y eut entre les oncles elle neveu tturgueiye formelle, où ce dernier, vigQurei^semefïit soutenu par ;ses leucbs, remporta., iOiiad ^nou toutefois au poititde Q'étrepas obligé de. ^îredes présetàts aux vainQUS pour adbever de les écarter. <îfftce h ce nM^UUige de bravoure et de coitiplaisanc^ ,: Théadebertf'j0j(M*a>^n possession de tous lea Étais de âon pèr^v yfiir^l$i au de l'année. 53â* '^ .:...'irx,.; ■ ..v m 'm- . .. u

Dç tous les petits-fils de Clovis,:Théodeb^ i^ peut«»éire celui donit •le;CarMèf€t(iaéi?iA9iile/f)tos d'être observé,. «mIuî: 4ai»s la bai?bai?ieidut{ik«t»iliy A le plus de tteiniee^d'hénoisme ei; le ^«s td'i^^slinat de civilisatLQf^IJk (fini constamment pots^rir^iftAèil- 1ers intimes itsteribkis et^SèeundinoAi» deiso»Gallb- RomaîKis^ dé ^eux qui^ à ces époqu^a idei déiriKfence,

(i) Hifttor. III. 3a. . .• '1 ......... ir : lo'-;)*:»»

1 36 RiECICE

passaient encoi^e pour de beaux génies. Ce fut au dernier qu'il s'en remit principalement de ses fi^quentes négociations avec Tempereur de Constan* tinople. Un autre Romain, un certain Parthenius, apparemment financier habile, ne fut pas moins en crédit auprès de Théodebert, auquel il fit adopter une des idées les plus téméraires et les plus anti-germàniques qui pussent entrer dans la tête d'un roi frank, celle d'établir un système régulier d'imp6t sur les terres des Franks comme sur celles des Gallo-Romains» La chose eut lieu malgré la clameur, générale^ et Parthenius, long-temps en butte à l'exécration générale \ ne fut massacré qu'après la mort de son patron.

- Ce ftit pour célébrer et pour encourager cette partie toute civile de& inclinations de Théodebert qu'Aurélien , ^véqu^ d'Arles, loi écrivit une lettre dàfis laquelle- on trbûve te trait qui marque bien, quoi<^^' 1» «Minière- recherchée du temps , ' cette iiefidatice à Ipi civilisation qui frappe dans plusieurs actes de ce roi. <x Courage ! lui dit l'évêque, cou- 4^è*! < restaurateur de Fûntiquité , inventeur de ^Yiè^veieiutés,' cootaigeU Je n'ajoute plus qu'un fait, ^éodebert est , entre les> roitf fnanks- de < cette • pé- >riode',i le'^ttji dont rhistoirè>atpporte des traits de -^ënûfsitéet de bonté. Il dè«mà> sept tnille pièces 'dTtn^ %iDi:jhabitat>ts Tuidés dei<^erdAn Bt. saAïva la . vie ii>ihràIfaiGibntiitt^p]toscrit^ pa^^son^pèfe^^. TeLétait

( i) Gregor. Tur. Htstor. III. 34, 35.

Théodebert ; mais le Frank et le Barbare n'avaient pas pour cela complètement disparu en lui; c'est de quoi l'on put s'assurer dès le début de son règne.

Childebert, ayant manqué son coup contre Théo* debert et fait sa paix avec lui , se mit à réfléchir sur sa situation. Il n'avait point d'enfants et découvrit que ce qu'il y avait pour lui de plus convenable était d'adopter Théodebert pour fils et pour héritier, de s'allier étroitement avec lui , de fondre ensemble à rimprovLste sur Clotaire, de le luer et de se partager ses États qui autrement couraient le risque d'être morcelés en six ou sept parties , Clotaire ayant six ou sept fils.

En conséquence de ces réflexions, Childebert écrivit à Théodebert ce peu de paroles : « Viens me trouver; je n'ai point d'enfants, et je veux te traiter comme un fils^. » Théodebert n'hésita pas à se i*endre auprès de lui, et le fruit de ce rendezvous fat une conspiration contre Cloitaire , conspiration qui n'éclata cependant que deuic ou trois ans' après. •

Attaqué à la fois par son frère et par son neveu, et pris au dépourvu , Clotaire n'eut que le temps de fuir et de se réfugier dans la vaste forêt d'Arlaune, sur les bords. de la Seine. Il y fut suivi et assiégé par ses ennemis , n'ayant contre eux d'autre défense queies immenses abattis d'arbres qu'il

(i) Histor. III. 2/|.

I 38 hàQNE

fit ùdve de tous côtés ^autour de lui. Ainsi traqué cKmuiie une béte fauve, il semblait perdu , et il n'est pas (acile de deviner comment il fut sauvé. Grégoire de Tours est sûr que ce fut par un miracle opéré par le bienheureux saint Martin ^^d Id prière de la .reine Clotilde. Suivant lui^ un^ effroyable tempête assaillit les troupes de Cbildebert et d^ Théodebert, battit , abima, dispersa les hoonnes et les chevaux ^ tandis que, dans l'enceinte où était enfermé Gotaire, il ne tomba pas une goutte de pluie ni ne souffla le moindre vent^. Tout ce qu'un historien peut conclure de ce védt j c'est que l'entremise et les efforts de Clotilde furent en effet pour quelque chose dans la réconciliation inopinée de ses fils.

Cette réconciliation , qui dura au moins jusqu'à la mort de Théodebert, permit aux Franks d'intervenir dans^ une guerre étrangère qui, durant près de vingt ans,. absorba les forces et l'énergie guerrières dont ils auraient eu besoin pour terminer la <îonquéte de la Gaule.

La rapidité avec laquelle Bélisaire venait de reconquérir l'Afrique sur les Vandales avait décidé l'empereur Justinien à tenter.de chasser les Ostrogoths de l'Italie. Les Franks étaient alors la seule •puissance militaire à portée de prendre part à cette guerre et capable de donner la victoire au parti dont ils se rangeraient. Aussi l'empereur Justinien

(i) Uist.111. a8.

DES Firs DE CLOVIS, iSg

et Théodat, alors roi des Ostrogoths, s'adressèrentils à eux presque en même temps et avec le même empressement de les avoir pour auxiliaires. Ce fut à qui des deux leur oflrirâit le plus haut prix de leurs services.

Les trois chefs qui régnaient sur les Franks s'en* tremirent collectivement et de concert dans celte grande querelle ; mais ils ne s'y engagèrent pas au tnéme degré. Théodebert était celui des trois auquel il cônvettait le mieux, à tous égards , de prendre sur lui les fatigues et les risques d'une telle guerre. Il était le plus jeune , le plus brave, le plus capable de concevoir et d'exécuter des choses hài^dies , ^ c'était lui aussi qui avait à sa disposition la plus grande masse de population guerrière. La portion de la Gaule où il régnait était celle où il y avait te plus de Franks, et il commandait en outre à plusieurs peuples germaniques d'Outre-Rhin ^ toujours prêts à suivre à la guerre quiconque les y appelait. Ce fut donc Théodebert qui dirigea les expéditions militaires des Franks au-delà des Alpes et qui les commanda tantôt en personne, tantôt par ses capitaines , de SSg, époque de sa première descente, à 547, année ^^ ^* mort. Il est curieux de voir avec quelle facilité et quelle assurance ce chef, une fois jeté d'une situation politique, difficile et complexe, où il avait montré des côtés d'homme civilisé, dans une situation simple où tout pouvait être décidé par la force , reprit les idées ,. les passions et les plans aventuriers d'un Barbare^

1 4o R^.GN£

Ayant vendu ses services aux Goths et aux Romains en même temps , son projet était de les tromper les uns comme les autres , de les aidçr à s'entre-dé vorer; après quoi^ tombant sur les débris des vainqueurs et des vaincus , il, les aurait facilement exterminés et conquis ritalie pour lui-même. £t ses desseins ne s'arrêtaient pas là ! A la tête de tous les peuples barbares qui auraient voulu le suivre et dont plusieurs^ déjà d'accord avec lui, n'attendaient que son signal, il aurait pénétré dans la Thrace par l'iUyrie et porté la guerre à Constantinople même , pour la seule vanité de la porter si loin et à qui ne l'attendait pas de lui K

Les choses n'arrivèrent pas selon ses vœux; mais le tableau même sommaire de ces événements n'entre point dans les bornes de mon plan. Je ne puis décrire ni les exploits gigantesques des Franks au-delà des Alpes, ni leurs immenses défaites, ni leurs incroyables perfidies., ni la stupidité plus que barbare avec laquelle ils se précipitèrent à plusieurs reprises dans des situations désespérées, où ils n'avaient pas même la ressource de se faire tuer par l'ennemi et ne pouvaient mourir autres ^ent que de faim, de soif et de maladie. Je me bornerai à marquer les points par lesquels l'histoire de ces expéditions touche à celle de la domination franke dans la Gaule. . D'abord les premières négociations qui,. dès

(i) Agtthift HUtor. L 4-

Vannée 535, eurent lieu entre les Ostrogoths et les Franks au sujet de la guerre prochaine, donnèrent à ces derniers une portion de la Gaule qu'ils avaient vainement jusque là essayé de conquérir par les armes. Outre deux mille livres d'or que Théodat s'était engagé à leur payer pour prix de leur alliance, il devait leur céder tout ce que les Ostrogoths possédaient actuellement en-deçà des- Alpes. Théodat étant mort sur ces entrefaites, l'article conceruantrcette cession ne put être exécuté; mais il le fut bientèt après sous Vitigès , successeur de Théo^ dat. En 536 celui-ci donna l'ordre à Markias , général des Ostrogoths au-delà des Alpes, de revenir en Italie avec toute son armée et d'abandonner aux Franks tous les pays occupés par lui. Ainsi tomba tout d'un coup et de la manière la plus imprévue, sous la domination des Franks, une grande et belle portion de la Gaule, celle qui s'étend des Alpes au Rhône et de l'Isère à la Méditerranée*.

D'un autre côté il dut périr, dans le cours de cette longue guerre dltalie, des milliers d'hommes de race franke , et la masse de la population conquérante dans la Gaule en dut diminuer d'autant et par-là mémeJa force et l'influence de la conquête. C'est bientôt après cette guerre , et peut-être par un de ses effets , que l'en voit les Gallo-Romains admis ou contraints à porter les armes et à combattre dans les rangs des Franks.

(i) Procop. de Bello gothico. lib. I.

l4^ RÈGNE

Le seul événement d'une certaine importance qui se passât dans la Gaule, tandis que Tbéodebert guerroyai! aurdelù des Alpes, est une expédition de Childebert et de Qotaire réunis contre les Visi* goths. Us pénétrèrent jusque dans la vallée de l'Ëbre et mirent le siège devant Saragosse; mais ils y furent battus, et tellement qu'ils repassèrent les Pyrénées à grande peine et cotmme par mira^ de. Cette expédition eut lieu en 54^ , et fut le derniei* effort des fils de Clovis contre les Visigotha. J'en prends note ici comme d'un fait sur lequel j'aurai l'occasion de revenir ailleurs*.

Tbéodebert étant mort en 547 9 ^^^ ^^^ unique Théodebald lui succéda sans opposition , à ce qu'il semble, de la part de qui que ce fut. Il régna cinq ou six ans, durant lesquels il poursuivit avec des succès divers les expéditions de son père en Italie, et mourut en 553. N'ayant point laissé d'béritier, ses États, selon l'usage et le droit mérovingiens, devaient être également partagés entre les deux grands*oncles qui lui survivaient^ entre Childebert et Clotaire; mais ce dernier s'appropria de vive force, au préjudice de l'autre, tout ce qu'avait laissé le défunt, sans^ en excepter Vultrade, sa veuve>, qu'il épousa. Ce mariage occasionna du scandale, et l'église s'en plaignit. Clotaire céda Vultrade à un duc de ses vassaux, mais il garda tous les États de Théodebald, tant en Gaule qu'en

(i) Gregor. Turon Histor. III. 29.

DES FILS 0E CLOVIS. l43

i^quildine, et €hildebert, si piqué qu'il pût être de

ce procédé y fut réduit à attendre Foccasion d'en

prendre sa revanche *.

De tous les peuples qui avaieilt été soumis à

Théodebald^ ]es Saxons furent les seuls qui refusèrent de reconnaître Qotaire pour seigneur. Celuici fit plusieurs campagnes contre eux, et une entre autres en 555, dans laquelleil se passa des choses à Doter pour l'histoire ^es relations de$ lendes avec leurs chefs devenus rois absolus. Faciles à surprendre et à frapper un à un, quand ils étaient épars sur la terre conquise, ces leudes reprenaient impunément leur fierté, leur égolsme et leur indépendance dès rinstant où ils étaient réunis pour marcher en guerre.

Effrayés de l'approche et des forces de Gotaire, ks Saxons lui envoyèrent des députés pour lui demander la paix, en lui offrant le tribut accoutumé. Clolaire était fort disposé à accepter leurs ofTres; mais ses leudes, à qui il était obligé d'en faire part, les rejetèrent. Alors vint une seconde députation des Saxons, avec des offres plus avantageuses que les premières , qui furent de même agréées par le chef et de même refusées par les leudés. Les Saxons, voulant à tout prix éviter la guerre, envoyèrent à Clotaire une troisième dépulation qui, selon Grégoire de Tours, probablement exagéré sur ce point ,. lui offrit tout ce qu'ils pos-

(i) Marii Chronic. — Agathiae Histor. L — Gregor. Tur. lY. 9.

i44 RÈGNE

sédaieDty leurs troupeaux, leurs vêtements , et la moitié dateurs terrçs*.

Pour le coup Clotaire insista auprès de e^es leudes pour les déterminer à accepter des offres si avantageuses, a Renoncez, leur dit-il , renoncez , je ce vous en prié, à votre projet; nous n'avons pas le a bon droit pour nous; ne vous engagez pas dans « une guerre où vous seriez mis en déroute, ou', si « vous voulez absolument y aller, sachez que je ne « vous y suivrai pas. d Transportés de colère àce discours, les leudes de Clotaire se jettent sur lui, l'arrachent par force de sa tente qu'ils mettent en pièces, l'accablent d'injures et le menacent de le tuer s'il ne marche à leur téte^. Il y marcha; mais les Franks furent ignominieusement battus et obligés de demander la paix à ceux auxquels ils l'avaient si durement refusée '. Cette guerre fut la dennière de celles que les fils de Clovis firent hors des limites de la Gaule, et les dangers que Gotairé y courut entrèrent pour beaucoup dans les singuliers événements qui se passèrent en Aquitaine et qu'il est temps de raconter.

Les États de Clotaire étaient contigus à la portion de ceux de Théodebald dont le Rhin faisait la limite orientale; il avait donc des facilités pour s'en

(i) Histor.IV. 14.

(7) Tune illi^ ira coinmotî contra Chlotharium regem, super eum îrrnunt. . . ipsufnque convjciis exaspérantes aut vi detrahentes, interficere voluerunt, si cum illis abire differret. Id, loc. cit.

(3) Id. loc. cit.

emparer avant que Childebert pût accourir pour l'en empêcher. Mais il est plus difficile de concevoir comment Childebert laissa son frère s'emparer à son aise des Provinces a<![uitaniques de Théodebald, lui dont il fallait que Clotaire traversât les États pour s'approcher de la Loire, et qui était déjà puissant eit Aquitaine , où Ton sait qu'il possédait le Berry, le Toulousain, l'Albigeois, et peutêtre encore quelque autre district. Cette considération me porte à soupçonner que ce ne fut pas sans la coopération d'un parti aquitain que Clotaire . parvint à s'emparer de l'Arvernie, du Limousin et des contrées adjacentes, à l'exclusion de Childebert devenu odieux à ces contrées pour la part qu'il avait eue aux maux qu'elles avaient endurés sous Thierry.

Mais que celte conjecture soit fondée ou non , Clotaire n'eut pas plutôt en son pouvoir les Provinces aquitaniques annexées à la Gaule rhénane qu'il s'occupa du soin de les gouverner. On ne voit pas bien si ce fut dès le début de sa possession, ou quelque temps après, qu'il envoya Williàkaire dans ces pays avec le titre de duc d'Aquitaine. Il est seulement certain que ce personnage est le premier leude d'un roi frank connu pour avoir gouverné sous ce titre uue portion de l'Aquitaine. Il parait que Williakaire établit sa résidence à Poitiers. '

A cette disposition qui était dans l'ordre habituel et régulier de l'administration , (Clotaire en IL ï o

i46 RÀGrrE

ajouta une autre qui ne Tétait pas. U envoya un de ses fils chez les Ârvernes , sans aucun titre spécial , mais au fait comme son lieutenant, pour gouveiv ner tout le pays avec des pouvoirs illimités^.

Clotaire avait de différentes femmes jsept fils au moins, tous d'âge viril , et tous plus oU moins capables de le seconder dans les soins du gouYerne«ment. Chramne, le fils unique de Khunsena, la dernière de ses trois femmes, se distinguait entre tous ses frères par ses brillantes qualités-. 11 était beau de figure et de personne, entreprenant, avide de nouveautés , et joignait un esprit souple et rusé à beaucoup d'énei'gie de caractère. Ce fut celui que Clotaire choisit pour l'envoyer en Arvernie. Chramne fixa sa résidence dans la capitale, où il parait qu'il eut une espèce de cour,c'est*à-dire, comme les rois, un certain nombre d'officiers qui, sous divers titres, remplissaient auprès de lui des fonctions civiles ou militaires. Aussi est-il quelquefois nommé roi dans l'histoire. ^

Voici comment Grégoire dé Tours caractérise la conduite de ce jeune roi : a Chramne , dit-il , fit en « ArVernie beaucoup de choses contre raison , ce - « qui fut cause de sa fin prématurée; car il était fort-n <c maudit par le peuple. Il n'aimait personne dont:^ «il pût recevoir un bon conseil; toujours entou « de jeunes vauriens fougueux , il ne chérissai « qu'eux et ne suivait que leurs conseils; au poim

(l) Gregor. Tur. Histor. IV. 9.

DES FILS DE CLOYIS. ll^'j

c de donner des ordres pour faire amener devant « lui les filles des sénateurs, sous les yeux mêmes de «leur père*. »

Peut-être en effet Chramne ne chercha-t-il d^abordy dans sa nouvelle situation , que dés moyens de satisfaire des passions fortement empreintes de barbarie, maigre quelques tendances plus humaines, et fut-il turbulent pour le simple plaisir de Tétre. Mais cela durn peu, et toutes les actions de Chramne en Ârvernie, toutes celles du moins qui nou^ sont connues d'une manière un peu positive, se rapportent certainement à un plan politique arrêté , à ce même plan dans l'exécution duquel nous le verrons tbut k l'heure se précipiter avec audace. , '

Avant de parler des actions dé Chramne , il ne sera pa$ inutile de signaler les influences sous lesquelles il agissait. Pas un Frank ne %ure parmi se^ conseillers ; les deux hommes cités pour être sans cesse autour d^ lui, et seuls admis à lui donner des ayis , jsont deux Aquitains^ Le premier, désigné par le nom d'Âscèvinde (pur nom Gaulois ), était un Arverne^ que Grégoire de Tours Uaite d^homqie magnifique, es^pellent 'en' toute chose ^ et qui cberôhait, mais avec peu de fruit, à détomrnw Chraiane de mal Êiire ^. ^ V

(x)lAW.i6. ..

(i) Virummagnifioam, et iaomni bonitateperspicuuni, civem ^rvermun.Hîst.iV. i6.

l48 Rftr.NE

Le second était up Poitevin nommé Leo^ signalé |>ar Grégoire coinme un ^ des adversaires du pouvoir ecclésiastique, qui avait osé dire, eu je ne sais quelle occasion, que saint Martin et -saint Martial, ces deux grands confesseurs de Dieu, n'avaient laissé au fisc rien qui vaille^. C'était lui que Cliramne écoutait le plus volontiers et qui lui conseillait les choses les plus téméraires. La conduite du jeijne roi envers Tévêqucdes Arverpe^ offre quelques indices de la nature de ses projets et de la tendance des conseils aquitains.

C'était un Gaulois nommé Cautinus, qui occupait le siège épiscopal des Arvernes lorsque Chramne arriva dans la province. Cautinus avait été promu à cet évêché par le roi Théodebald sans le concours du clergé ni du peuple, et sa promotion était le résultat d'une espèce de surprise^ au détriment d'un autre prêtre nommé Caton, dont l'élection aurait été plus canonique que la sienne. Aussi quand Cautinus avait été iùstàtlé sur soii siège, son compétiteur Caton n'avait jamais «voulu le reconnaître ni se soumettre à lui, et le clei^é, ainsi que le peuple, s'était partagé entre les deux adversaires, de sorte qu'il y avait eu alors 'dans réglise des Arvernes comme deux évéipies^ entre lesquels il était fâcheux d'avoir à choisir. Caotinus était un prêtre ignorant, lâche, d'une avarice et d'une férocité que Top eut remarquées *dans un

(i) Nihil fisc! juribus utile reliqHÎssent. liOc, cit. .

guerriep frank. Caton est représenté comme un ecclesiastique.de mœurs régulières et même .austères, mais qui ne cherchait dans l'accomplissement de ses devoirs extérieurs que le droit d'être orgueilleux et dur pour autrui. Le premier était en quelque sorte l'évêque du roi et l'autre celui du pays^ de sorte que les partisans de l'un ou de l'autre avaient trouvé, sans le vouloir, un étendard sous lequel se ranger *.

Chramne ne s'en tint pas à se déclarer pour l'évêque du pays; il se lia étroitement avec lui, prit rengagement, Clotaire venant à mourir, de chasser €autinus de son siège et d'y nommer Caton à sa place, £n attendant, et comme pour préluder à l'accomplissement de s^ promesse , il se mit à persécuter de tout son pouvoir l'adversaire de son protégé., ^

Le roi Qotalre et Cautinus crurent un m^ment avoir trouvé l'occasion de rompre cette ligue offensive* du jeune roi Chramne avec le prêtre Caton. Levêché de Tours étant venu à vaquer , ils s'entendirent pour le faire proposer à ce dernier. Mais le vieux prêtre, qui soupçonnait leur vrai motif, se garda bien de leur complaire ; il préféra à l'évêché de Tours la chance de conquérir celui des ^rvernes sur l'ennemi qui le lui avait enlevé 2.

^vec ou après Cautinus, l'homme que Chramne

(0 Greg. loc.<«it.

W Id. loc. cit.

f 5o RJCGïCE

haïssait le pIUs était le comte du pays, Firminus, de l'ancienne et illustre famille de ce nom j dont plusieurs membres , sous les derniers empereurs d'Occident, avaient exercé les plus hautes charges de l'Empire , celles de préfet du prétoire et de pa*trice. Firminus était sans doute d'un parti contraire à celui qui s'organisait peu à peu autour de Chramne. Chramne le destitua et le remplaça par un de ses dévoués nommé Salluste, fils de je ne sais quel Ëvodius ^ peut-être de celui qui avait été comtç de Brioude sous le règne de Thierry.

On ne saurait rapporter à une date bien précise ces divers actes du jeune Chramne. Tout ce qu'on peut dire avec assurance, c'est qu'ils- sont de quelques mois ou de quelques semaines antérieurs à cette funeste campagne contre les Saxons que les. Franks firent en 555. Clotaire, à qui les déportements^polttiques de Chramne avaient été dénoncés et qui en soupçonnait vraisemblablemtent le but, si peu apparent quHl pût être encore, ne voulut pas laisser à son fils le temps d'aller plus loin; il lui donna l'ordre de quitter l'Arvernie et de revenir sur-le-champ auprès de lui. Mais les circonstances au milieu desquelles il parait que Clotaire donna cet ordre furent pour Chramne un encouragement à n'y pas obéir; il fut donnée au milieu des apprêts et presque au moment du départ du roi pour sa grande et malencontreuse expé4ition.

Chramne quitta bien l'Aryernie presque aussitôt après en avoir reçu l'ordre de son père , mais ce fut

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pour s'enfoncer en Aquitaine^ au lieu d'en sortir. 11 se rendit à Poitiers ^ où il y a lieu de présumer (ju'il fut entraîné par le plus intime de ses conseillers, par Léon, qui y était né et devait y avoir des amis K L'esprit aquitain , c'est-à-dire un certain goût fier et un peu sauvage d'indépendance, une haine profonde pour les Franks, une grande facilité à se décider pour les partis aventureux, un singulier mélange de vanité et d'énergie, de vivacité et de dissimulation , d'inconstance et d'adresse , tout cela dominait plus en Poitou qu'en Arvèrnie et permettait aux meneurs du pays d'y hasarder davantage contre la domination franke.

Aussi , à peine Chramne fut-il établi k Poitiers que ses plans, jusque là indécis et couverts , furent aussitôt invariablement arrêtés. Son projet, tel qu'il résulte strictement , non des termes explicites des historiens, mais des faits eux-mêmes, était de se d^ager de toute soumission envers son père et de se faire reconnaître par les Aquitains roi indépendant de l'Arvernie , du Poitou , du Limousin et sans doute aussi des autres provinces d'Outre- Loire qui étaient échues à Thierry dans le partage dé TAquitahie entre les enfants de Clovis. Une partie considérable des Aquitains aurait eu de la sorte un chef de son choix et dans ses intérêts, qui, bien que Frank d'origine, serait devenu un des liens par sa position isoléd au milieu d'elle.

(i) Greg. Tur. loc. cit.

1 5a RieGNE

Que cette conspiration téméraire ne fut qu^une manœuvre aquitaine , les faits le démontrent par leur nature et leur connexion. Gfégoire de Tours le déclare lui-même quand il dit que Chramne, arrivé à Poitiers 9 y fut induit par des méchants à tendre des embûches à son père^. En nommant chefs du parti aquitain ceux que Grégoire nomme ici des méchants, je ne fais que substituer un terme précis à un terme vague.

Si hardi que fût ce plan des Aquitains, les circonstances semblaient en favoriser Texécution. Glotaire était engagé avec la plus grande partie de ses forces contre les Saxons, et il n'y ^vait pas de^ doute que Childebert n'acceptât avidement la .première proposition qui lui serait faite d'une ligue contre l'usurpateur des États deThéodebald.Le premier soin de Ghramne et des conspirateurs aquitains fut donc de chercher à s'eiiteridre avec Childebert, et la chose ne. fut pas difficile. Quelques messages suffirent à l'oncle et au neveu pour conclure un traité d'alliance offensive et défensive

contre Qotaire. Les conditions n'en sont pas venues jusqu'à nous; mais les événements qui en. suivirent immédiatement la conclusion peuvent être regardés comme l'accomplissement des plus importantes de ces conditions.

(i) Ad Pictavis civitatem venif ubi. . . seductus per malorurn consilium^ad Childefoertum patruum suinntraosirecupit^patri insidias parare disponens. Loc. cit.

Il y avait, comme je Tai dit, à Poitiers un des grands leudes de Clolaire, nommé Williakaire. On ne peut pas lui supposer un grand pouvoir pour s'opposef à une conspiration favorisée par le mouvement du pays ; mais son pouvoir , quelle qu'en fût la mesure, au lieu de se tourner contre les conspirateurs , fut employé à leur setrvice. Williakaire devint l'un des complices de Chramne les plus dévoués et lui donna en mariage sa fille unique nommée Kalte *.

Enfin il fallait à Chramne des soldats à opposer à ceux que son père ne manquerait pas de faire marcher contre lui dès qu'il le pourrait. Peut-être avail-il avec lui quelques bandes de Franks , quoique la chose ne soit pas probable par elle-même et qu'il ne s'en trouve pas le moindre indice dans l'histoire. Cependant il rassembla une assez fort« armée, et il faut de toute nécessité la supposer composée en grande partie d'Aquitains qui marchaient pour soutenir le roi qu'ils croyaient s'être donné. A la tête de cette armée, Chramne sortit de Poitiers et se mit à parcourir toutes les parties de l'Aquitaine dont il entendait prendre possession, et s'arrêta à Limoges comme au centre de son royaume 2.

La nouvelle de la révolte et des mouvements de

(i) Gregor.Tur. Hist. IV. 17.

W Id. ly. 16.

Chramne eurent bientôt rempli toute la Gaule et passé jusqu'à Clotaire, au-delà de FElbe. Il est impossible de dire si elles lui parvinrent avant ou après cette fameuse bataille contre les Saxons ^vpù les Franks l'ayant traîné maigre lui , furent taillés en pièces ; mais, dans l'un comme dans l'autre cas, il était obligé de rester sur l'Elbe, avec ses princi* pales forces pour contenir J'ennemi. Tout ce qu'il put faire, relativement aux troubles d'Aquitaine, fut d'envoyer à deux de ses fils , à Charibert et à Contran , l'ordre de marcher contre Chramne avec tous ceux de ses leudes qu'ils pourraient réunir, et particulièrement avec les Burgondes qui apparemment ne l'avaient pas suivi en Saxe. L'ordre fut exécuté rapidement ; Charibert et Contran passèrent la Loire et se présentèrent d'abord en Arvernie où ils s'attendaient à rencontrer leur frère rebelle. Ne l'y trouvant pas ils allèrent le chercher en Limousin. H y ^tait en effet, et à l'approche des Franks et des Burgondes il s'avança jusque vers le massif de montagnes d'où descendent la Vienne , la Creuse et la Vezère, alors nommé la Montage- Noire , et s'y établit dans une forte position. Ses frères l'eurent bientôt atteint et canipèrent à portée de lui. Us commencèrent par lui envoyer un message portant sommation de restituer tout ce qu'il avait envahi des Étals paternels, avec injonction, en cas de refus, de se préparer au combat. Chramne répondit, d'une manière évasive et ambig^uë, qu'il

ne pouvait rendre les pays dont il avait pris possession en en faisant le tour, mais qu'il comptait les garder avec le bon plaisir de son père. Peu satisfaits de celte réponse, ses deux frères se disposent àFattaquer et lui se prépare à la défense. On vit, quelques moments , des deux côtés les apprêts , les menaces et les mouvements d'une grande bataille, et il n'y çut point de bataille. Une tempête soudaine , accompagnée d'obscurité , de foudres et d'éclairs, et dont Grégoire de Tours parle sans donner à entendre s'il la prend ou non pour miraculeuse, empêcha, dit-il, les combattants de se mêler; chaque parti retourna à son camp comme il en était sorti, et il est permis de croire que ni l'un ni l'au-? tre n'avait «u une grande envie d'en venir au]^ mains ^.

Tout était encore incertain entre Chramne et sea deux frères, lorsqu'une nouvelle, adroitement f^e^ mée dans le pays par le premier, arrive d'écho en écho jusqu'à ceux-ci, une nouvelle qui les consterne autant qii'aurait pu le faire une défaite, celle que Clotaire a été tué en combattant contre les Saxons. Us lèvent précipitamment leur camp et prennent la rouie la plus directe vers la Burgondie. Chramne, charmé du succès de sa ruse, les poursuit avec ardeur, passe la Loire derrière eux, se jette sur Chàlons, l'assiège, s'en empare, et pren4^

(x) Greg. Tut. toc. cit.

I 56 RÈG£f K

de là sa route vers le Nord, impatient de rejoindre Childebert, qui l'attendait sans douté avec le même empressement.

Son entreprise faisait de plus en plus du bruit dans la Gaule , et; tout le monde en attendait l'issue avec inquiétude et curiosité. Je crois voir un indice de cette agitation générale des esprits dans ce qui se fit à Féglise de Dijon, lorsque Ghramne s'y arrêta à son passage. C'était un dimanche et au moment des solennités ordinaires en pareil jour. Les prêtres de cette église, ne résistant pas' à la tentation d'avoir quelque augure de la destinée future de Ghramne , le cherchèrent par uii procédé que le christianisme avait approprié à cette in'tention encore assez païenne. Il était d'usage à la messe de faire ce qu'on appelait trois lections ou lectures, tirées l'une de la Bible, la seconde des écrits des apôtres et la troisième de l'Évangile ; et quand on cherchait une illumination prophétique sur un événement à venir, on convenait de prendre pour présage de cet événement ce que portaient de concorde ou d'analogue entre eux les trois premières phrases des trois différentes lectures. Les augures ne furent pas favorables à Ghramne; la lecture de l'Évangile, qui lui fut appliquée dans la pensée des prêtres, commençait par ces mots : « Gelui qui n'écoute pas mes paroles ressemble à celui qui a » bâti sa maison sur le sable; la pluie est tombée, les torrents ont coulé, les vents ont soufflé et ont

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battu contre cette maison , et elle est tombée , et grande a été sa ruine. » Et les passages des deux autres lectures n'étaient pas moins menaçants que celui-là *.

Du reste rien ne transpira de ces augures; tout en cherchant à savoir si Chramne serait long-temps roi, le clergé de Dijon le reçut comme s'il l'eut toujours été, et le rebelle reçut la communion des raains d'un prêtre que l'histoire nomme saint Tetricus.

Arrivé à Paris Chramne se présenta aussitôt devant son oncle Childebert , à qui il renouvela les serments déjà faits de oe jamais se réconcilier avec son père. Les circonstances Continuaient à être on ne peut plus favorables aux conjurés. Excités en secret et avertis par Childebert de tout ce qui se tramait en Gaule contre Clo taire, les Saxons ne laissaient pas respii^er ce dernier et l'avaient réduit à une défensive laborieuse. Enfin le bruit de sa naort,qui s'était répandu dans la Gaule comme une nouvelle sérieuse, n'était que l'exagération des dan* gers qu'il avait courus.

Childebert qui, selon toute apparence, n'attendait que l'arrivée de son neveu pour envahir avec 'ui les États de Clotaire , se mit aussitôt en marche ^Vec ses leudes, et s^avança d'abord à travers la ^hanoipagne, prenant, selon l'usage, possession du

(i) Gregor.Tur. loc. cit.

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pays par le pillage, le dégât et Tincendie. Il remonta jusqu'à Reims, dont il s'empara de la tnéme manière; le reste de sa marche n'est pas connu; mais il est probable qu'il ne s'arrêta qu'après avoir soumis et ravagé une grande partie du nord-fest de la Gaule. Toutes ces hostilités de Childebert et de Chramne contre Clotaire appartiennent à Fannée 556, et il parait qu'elles se prolongèrent encore toute l'année suivante.

Il faut croire que, pendant ces deux années , Clotaire resta aux prises avec les Saxons, sans pouvoir» opposer de résistance à son frère et à son fils. Du moins Thistoire ne tait-elle pas mentioh de lui^ durant cet intervalle fni d'aucun effort de sa part pour reprendre ce qui lui avait été pris; mais en 558 les choses changent d'ellôs-mêraes , et comme par enchantement. Childebert meurt, et avec lui tombent les espéranoeà de Chramne, incapable de fixer à lui seul le dénouement encore suspendu de sa conspiration. Clotaire reparait tout d'un coup^ et non-seulement il redouvre ce qu'il avait perdu de ses États, il s'empare de ceux de Childebert^ mort sans enfant, et pour la première fois depuis Clovis la monarchie des Franks est réunie^ isôua un seul chef.

On ne ëait point ce qui arriva aux Aquitain» instigateurs de la révolte. L'histoire ne fait .phi9 mention d'eux après le retour de Clotaire, et ce silence semblerait attester leur impunité plutôt que leur châtiment. Quant à Chramne, il se soumit

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à son père qui lui pardonna ou qui en eut l'air; mais soit que ce jeune homme eût des défiances à cet égard, soit que les habitudes du pouvoir et des intrigues d'ambition l'eussent dégoûté d'uiie existence privée et soumise, il se révolta de nouveau contre son père. Les détails et le théâtre de cette seconde rébellion sont ignorés. Grégoire de Tours se contente de dire que Chramne , voyant qu'il ne pouvait échapper, se réfugia en Bretagne. Or, ces paroles impliquent des faits antécédents, la réorganisation d'un parti en faveur du jeune chef, et cela dans un pays limitrophe ou voisin de la Bretagne, probablement encore en Aquitaine. Elles supposent une nouvelle guerre, ou du moins les apprêts d'une nouvelle guerre du rebelle contre SQn père*.

La retraite de Chramne chez les Bretons est un fait remarquable, comme le seul bien constaté à raison duquel les fils de Clovis aient eu quelque chose à démêler avec le reste des vieux Celtes àrmoricains. Ce peuple avait assez bien maintenu son indépendance contre les conquérants de la Gaule , mais en devenant de plus en plus barbare. Dans les premiers temps de l'indépendance bretonne, ^es chefs du pays s'étaient* succédés avec ^ne certaine régularité, et chacun de ces chefs avait régr la totalité de la Bretagne ; mais en 545 , lun d'entre eax, Hocl !•*, eut, en mourant, l'idée

(i) Gregor. Tur. IV. ao.

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d'imiter les rois des Franks el d« diviser son royaume par portions égales entre tous ses fik. Il y en avait cinq, dont l'un, nommé indifférejn* ment Cannao ou Connober, fut bientôt le plus fameux. Il rétablit l'unité de l'État et s'y prit pour cela comme s'y prenaient de temps à .autre les enfanta de Clovis pour prévenir le trop grand naorcellement de leur empire. Il fit mourir trois de ses frères^ tint long^tempsle quatrième en prison , et finit par régner seul sur toute la Bretagne*.

Il y régnait encore en .566, lorsque Chramne, fuyant devant son père, y vint cherclier un refuge avec sa femme Kalte, et deux filles dont la plus âgée ne pouvait guère avoir plus de trois ans. Cannao l'accueillit très bien , sachant le risque où il s'exposait d'attirer sur lui la vengeance de CIptaire. Celui-ci, en effet, ne sut pas plutôt son fils en Bretagne qu'il prit, en grande colère, la route de ce pays. Cannao et Cliramne s'étaient préparés de leur mieux à le faire repentir d'y être venu. Selon une tradition populaire fort douteuse, ils étaient campés dans le voisinage de Dôl, lorsque Clotaire parut devant eux, avec son armée. Une journée entière se passa en escarmouches , ou en préparatifs de bataille. La nuit venue , Cannao vou« lait, à la faveur de l'obscurité, fondre sur le camp des Franks, se croyant sûr de le surprendre et de le tailler en pièces. Il communiqua son projet à

(i) (iregor. Tiir. IV. /,.

i>es FILS DE CLOvîs. t6i

Chramiie, et Gr^ôiré de Totrrs lui prête en cette occasîêrnf des paroles ^emarquafbles , qui attestent que , si barbare quMI pût être , le vieux chef Breton éptoUTaît une rëpugnance pieuse à avoir pour compagnon de guerre un fils arme contre son père. « Je crois, lui dit-il, qu'il serait injuste à toi «de t'avancer en armes contre ton père. Laisse- «moi donc fondre seul sur lui, cette nuit, ^t l'ex- « terminer avec toute son armée*. » Le jeune Frank n'approuva ni les scrupules de Cannao ni son plan, et la bataille fut remise au lendemain^.

Les Bretons la perdirent; Cannao y fut blesse mortellement et Chramne prit la fuite du côté de la mer qui était peu éloignée, et où il avait un vaisseau tout prêt à l'emmener. Mais un moment retardé par le soin de sauver sa femme et ses enfants, il fut surpris avec eux par un détachement de l'armée franke, qui envoya aussitôt annoncer cette nouvelle à Clotaire, en lui faisant demander ce qu'il voulait qu'on fît de ces prisonniers. Il y avait là, sur le champ de bataille, quelques chaumières de paysans bretons; Clotaire ordonna d'enfermer la femme, les deux filles de Chramne, et Chramne luimême dans une de ces chaumières, de les y atta- <îher tous solidement de manière qu'ils ne pussent ni fuir ni se mouvoir, et de mettre le feu à la chaumière. Tout cela fut fait de point en point.

(i) Gregor. Tar. IV. lo.

(a) Id. loc. cit.

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