‹ Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants Germains (volume 2)Chapitre 14 sur 51 · II. Il · texte numérisé non relu

II. Il

162 RiGVE DES FILS l>I CM>VIS.

Du reste sa victoire se borna à cette vengeance domestique; elle n'avança en rien la conquête de la Bretagne 9 dont les chefs continuèrent à se faire la guerre entre eux et à s'entre-égorger , mais à résister aux Franks.

Fiu DE CLOTÀIBE 1. — ROUTELLS DIVI9IOIf DE LA,

CA.DLE. ■ — IRRUPTIONS DES LOMBA.RDS EW BDBGOIT-

DIE. PREMIÈRE GUERRE d'aQUITJUHË. DÉMÊLÉS

DE SIGEBEAT ET DE CHILPÉBIC.

Clotaire mourut en 56i, n'ayant été chef unique de h monarchie franke que trois ans au plus, court intervalle durant lequel il ne put rien tenter pour clianger la marche déjà décidée qu'avait prise en Gaule le gouvernement de ses prédécesseurs*..

Des sept ou huit fils qu'il avait eus de différentes femmes, il en laissait quatre pour lui succéder, Cliaribert, Contran, Sigebert etChilpéric. Le règne de ces quatre frères s'ouvrit par un trait qui en pï^sageait bien toute la suite. On a vu les premières tentatives des leudes franks pour se détacher des fils de Clovis, ou pour se maintenir vis-à-vis d'eux dans les simples relations de guerriers libres avec leurs chefs. On les a vu menacer Thierry de l'abandonner, maltraiter Clotaire et le contraindre à faire leur volonté. Mais ce n'étaient encore là de leur part que des actes de violence et d'indisciphne; ce

(i) Greg. Tur. Hitl. IV. ai.

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xi'ëtaient point de véritables défections. Les ieudes de Sigebert et de Contran furent les premiers qui usèrent du droit qu'ils croyaient avoir de se livrer au chef le plus offrant, et ce fut Chilpéric qui les acheta.

Clotaire tenait son trésor à Brennac (Braine), proche Soissons. A peine avait-il rendu le dernier soufHe que Chilpéric , se jetant à Timproviste sur ce trésor, Tenleva tout entier, s'en servit comme d'un appât pour attirer à lui les principaux Ieudes de ses frères , et vint s'établir à Paris , se croyant déjà le chef unique de la monarchie *. Il s'était trop hâté ; il restait à ses frères quelques forces qu'ils eurent bientôt réunies et à la tête desquelles ils vinrent l'assiéger. Us le pressèrent vivement, et finirent par le contraindre à partager avec eux le trésor et le royaume de leur père. Comme ce partage fut très passager et qu'il ne s'y rattache aucun fait intéressant, je me dispenserai d'en donner le détail assez compliqué. Il suffit d'observer en passant^ qu'il fut fait sur les bases des partages antérieurs et non moins bizarre.

Sigebert, à qui était échue la Caule rhénane, fut le premier des quatre frères qui eut une guerre à soutenir. Dès l'année 562 ou 563 , les Âbares parurent de l'autre côté du Rhin , cherchant un chemin pour pénétrer dans la Gaule. C'était une puis-

(i) Chilpericus vero ad Fraocos utiliores petiit, îpsosque mnoeribus moUitos subdidit. Id. IV. 22.

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saDte peuplade d'Ouïgours ^ qui^ détachée , on ne sait à quelle époque, du corps immense de la na« tien turke, et s'avançant toujours de Test à l'ouest, avait passé, vers le milieu du cinquième siècle, des côtes orientales de la mer Caspienne aux bords du Volga. Au sixième siècle elle avait quitté cette dernière station pour descendre en Mœsie , sur la rire méridionale du Danube. De là elle était partie, peut-être à l'instigation du gouvernement de Cons* tantinople , et s'était acheminée vers la Gaule , en quête de nouvelles demeures*.

Vainqueur des Abares à la première rencontre, Sigebert fut défait par eux dans une seconde ba* taille et ne les écarta de ses frontières que par dçs présents.

Chilpéric régnait à Soissons , et ses États étaient limitrophes de ceux de Sigebert. Dès qu'il vit cehiici périlleusement engagé avec les Abares , il ne rë^ sista pas à une occasion si belle de s'emparer de son royaume. Ayant rassemblé ses leudes, il se porta d'abord sur Reims, puis sur les autres villes du royaume de Sigebert, et les prit l'une après l'autre sans difficulté ^. De retour de son expédition plutôt et avec plus de forces que Chilpéric ne s y attendait, Sigebert avait beau jeu pour reconquérir immédiatement son royaume; mais il vou lait quelque chose de plus, il voulait se venger. Il

(i) Id. IV. a3. — De Guignes, Hist. des Huns, tom. II^p. 35^. (2) Greg. Tur. loc. cit.

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se jeta donc d'abord sur le royaume de Soissons, en prit la capitale , en pilla et dévasta tout le reste ; après quoi, marchant contre son frère qui occupait encore l'Austrasie, il le battit^ le chassa ^ et recouvra d'un seul coup toutes ses villes*.

Ce fut peu de temps après cette victoire , que Sîgebert épousa Brunehaut. C'est le premier mariage d'un roi frank qui, par ses conséquences, mérite d'être compté parmi les événements publics. Le scandale et le cynisme de la plupart des mariages des fils de Clovis sont connus. La facilité avec laquelle ils prenaient, répudiaient ou gardaient leurs femmes, sans égard au nombre, au rang ou à la parenté, prouve de reste qu'ils ne cherchaient en elles que de ser viles instruments de leurs plaisirs.

Les fils de Clotaire se distinguèrent peu à cet égard de leurs prédécesseurs. Charibert ne se fit guère connaître que par ses mariages et ses divorces, et l'on ne voit pas ce que l'histoire aurait eu à dire de lui s'il n'eût répudié Ingoberghe, sa première femme, pour épouser, Tune après l'autre, la fille d'un ouvrier en laine ^ et celle d'un pâtre. Sigebert fut le seul d'entre eux qui eut sur ce point des sentiments moins grossiers; les historiens lui attribuent l'intention formelle de contracter un mariage honorable et de le respecter *.

(i) Greg. Tur. loc. cil, (7,1 hl IV, ?.;,

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Âthanagilde, roi des Yisigoths, monté sur lé trône en 554 ^ avait deux filles, dont Taînée se nommait Galswinta, et la plus jeune Brunehild ou Brunehaut, comme nos historiens modernes ont pris l'habitude de dire. On ne sait rien du caractère ni des qualités de la première, sa mémoire *s*étant comme perdue dans la renommée de 8a sœur; quant à celle-ci, elle était encore au-dessus de sa renommée. A une rare beauté et à tous les charmes de son sexe, elle joignait des qualités de grand homme , les lumières et la culture d'esprit possibles de son . temps , une vigueur de caractère peu commune, des vues élevées, et la capacité d'attendre ou de saisir les occasions les plus convenables pour agir d'après ces vues.

Ce fut elle que Sigebertfit demander pour femme, à la condition néanmoins qu'elle abjurerait l'arianisme pour se faire catholique. La condition fut acceptée, et Brunehaut devint l'épouse de Sigebert. A peine lui fut-elle unie qu'elle prit sur lui un ascendant que jamais femme jusque là n'avait eu sur un roi frank. Pleine de fierté, avide de pouvoir, et d'ailleurs profondément imbue des idées ecclésiastiques sur les prérogatives des rois, elle intervint, comme une puissance d'un ordre nouveau , dans ta lutte déjà engagée entre la royauté franke et la liberté germanique.

Chilpéric, un moment jaloux du mariage illustre de son frère, se prit de la fantaisie d'en faire un semblable. 11 fît demander à Athanagilde Gals<-

winta, i^ >v9?P. ^V^ée dçBruqeb^t, qui lui fatfSLO cor4^^ <)m^ \\ i^ut GO^Si^nti à répudier , loute»^ ^3 f V^ire^. fepimes ou concvibipjes ^. 6al$wipta ne fut, pas lo^^rlemp^ à $e rçpentir d'2i:yoir quitf^. sa fainUle .e^t le^^au ciel de Toiéde pour vepir au fond 4^ |a Gaule épouser ui^ )>ar];>arq; çpmmç 0ii}péric. . P^uû les preniièrfss. femm^^ 4^ cç)ui<i;i^. îl:y .en.^jvait upedont il ét^it 4pris^ Yexoès^; c'ét^ cette JF|réd^gQpde , bientôt après ci fanieuse. £Ue jçpploya : ,4'aliKprd . toute son iuflu^pce.à rem^ç Gal$>;rjinla 4^ |)][.iiis ,en plus m^lhe^^^se^ 'Iftr.^ abre^y(^ d'putr^eç, ^t ne s'en t^n^ p^ff là. ,G^t mnts^ f^t..(:r^uy4s^ un matin étr^çgléçdfMP^ aon Ut^ et peif de JQu^s après ]frédégpn4e ^étsut fefm^e d/e Chilpéric et reine 2.

rUxie fçis &ur le trône , elle était sure de ^'y jinzûnt^nir. ^uSjSi belle 9 aussi alubi(i^usç..q^e GrunebaiU^ f^ssi f(^ripe qu'elle dans ses projeta ^ be^coup pi^^ simple d'ailleurs d^n^ sa politique qui se.r.éfolyait d'ordinaire en meurtres, elle figura ijk ^n çàjLéf çpmn^ une puissance de plus daasl^s déy^lo|>peT ments de la royauté franke^ et 1^ pioment vint ou l'on vit deu;^ femmes jouer le pr^pûçr rôle dao^ des bouleversements inouïs.

Brunehaut n'était pas femme à se contenter die pleurer la mort de sa sœur ; tout porte à croire que ce fut à son instigation que les trois frères de £hi^

(i) Greg. Tut. IV. 28.

(2) id. loc. cit.

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péricy aussitôt après l'assassinat de Galswinta, se i:*^unireiit contre lui pour en tirer vengeance. JBntre toutes les guerres où Ton vit les descendants cie Glovis s'engager les uns contre les autres , cellelà est remarquable, comme la première et la seule entreprise par un motif moral. Mais Grégoire de Tours n'ii pas jugé à propos de nous en donner les détails; iLse contente de dire que Chilpéric fut c^hassé de son royaume par ses trois frères, et nous laisse à deviner par quel événement il fut reporté sur le . trône presque aussitôt après en avoir été x^nversé K

Ce fut peut-être par la mort de Charibert, airivé^ cette méine année (667 ). Cette mort, en elle-même l'événement du monde le plus indifférent, devint, J)ar le concours naturel ou fortuit des circonstances qui s'y rattachèrent, un événement capital, dont mon plan exige que je cherche à faire ressortir la nature et l'importance.

Toutes les divisions de territoire qu'avait suc- ^^essivement amenées en Gaule l'usage germanique tle partager TEmpire par lots égaux entre tous les filsdu même roi n'avaient été que des divisions fortuites et passagères. La mort de chaque roi ,. <;haque usurpation, chaque guerre , donnaient lieu ^un nouveau partage, et chaque nouveau partage

(1) Pos| qaod factinn^ reputantes ejus fratres, quod sua einissione aatedicta regina fiiertt interfecta» eum de reffno dcjiciunt.

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était un bouleversement plus capricieux que les précédents, tant des divisions primitives de la vieille Gaule que des circonscriptions plus récentes de l'administration romaine. On ne visait, dans ce morcellement sans fin y qu'à l'égalité matérielle ded divers lambeaux de l'Empire. Il n'y avait point de limite, si naturelle ou si ancienne qu'elle pût être, qui ne fût négligée ou traversée dans cette vue d'un moment.

Néanmoins , il s'était formé peu à peu en Gaule durant la conquête, et par suite même de la conquête, des divisions territoriales moins arbitraires çt moins variables que celles qui résultaient des. partages journaliers de l'empire, et il ne fallait à ces divisions y d'abord sans importance et comme inaperçues, pour leur donner de la force et de l'effet, qu'une circonstance qui exigeât le partage de la monarchie en trois parts distinctes. Or, cette circonstance se rencontra à la mort de Charibert. Les trois frères survivants eurent alor3 à partager dâ nouveau entre eux les conquêtes des Franks, et. par une coïncidence singulière, les trois portions obligées de ce nouveau partage se trouvaieni comme faites d'avance. La première, sous le noie d'Austrasie, comprenait le nord-est de la Gaule la seconde, nommée Neustrie, en comprenait tou le nord-ouest, à l'exception de la Bretagne armo ricaine; la Burgondie formait la troisième portion

C'était un usage caractéristique de toutes le tribus germaniques issues d'une même souches

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