DES FILS DB CLOTAIRJS I. I7T
quand elles venaient à se multiplier et à s*étendre un peu dans tin pays et dès l'instant où naissait pour elles le besoin de se diviser, de se diviser d'abord en deux moitiés, à raison de leur position orientale ou occidentale. Nous avons vu cette division primitive s'établir parmi les Goths, sur les bords du Danube; elle ne tarda pas à s'introduira chez les Franks de la Gaule, une fois qu'ils eurent poussé leurs conquêtes jusqu'à la Loire. Ceux-ci la trouvèrent chez les Saxons. Le premier document historique où je vois marquée, ou du moins sousentendue, la distit^ction des Franks de la Gaule en orientaux et en occidentaux, est un acte de Tan 558*; mais il est très probable qu'à cette époque la distinction dont il s'agit était déjà en vogue; elle remonte, selon toute apparence, à des temps très voisins de Qovis, et il n'y aurait rien d'étrange à supposer qu'elle se fît sous le règne même de ce conquérant. Seulement, loin d'entrer pour quelque chose dans les divers partages de l'empire entre les fils de Clo vis , cette distinction avait été au con-r traire perpétuellement troublée et comme effacée par ces partages.
On avait appelé jéustrie, ou Austrasie^ la portion orientale de la Gaule située le long du Rhin , à prendre le cours de ce fleuve à la pointe méri-*
(i) C*est on diplôme de Cbildebert en faveur du monastère de Saint- Vinrent de Paris. — Il te trouve dans le 4* vol. du recueil <its Historiens d« France, p. ^ai.
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dionak de l'Alsace , pour le suivre jusqu'à son embouchure dans l'Océan. Il aurait fallu > pour observer exactement l'usage germanique , donner le nom de fFestrie ou de fTestrasie à la portion de la Gaule qui s'étendait des limites occidentales de l'Austrasie à la Bretagne et aux côtes de l'Océan ; mais on se contenta de désigner cette portion d'une manière plus implicite et plus vague ^ par la dénomination de Neustrie^ dénomination purement négative par laquelle on entendait ce qui n'était pas l'Austrie.
Du reste ce nom de Neu strie ne me parait point un synonyme exact de celui de Westrie. Je serais plus tenté de le croire destiné à désigner un pays distinct de TAustrasie par quelque chose de plus que par sa position géographique , un pays moins» complètement conquis et possédé par les Frank^ que ne l'était ce dernier. Aussi, dans ce même document où se trouve pour la première fois c^ nom de Neustrie y les Austrasiens sont-ils désigné^^ par le titre simple et absolu de Franks, comme opposition aux Neustriens qui , dans ce cas particulier^ ont à peine l'air d'être regardés con^me frères des premiers ^. '^
Du reste y que l'on eût voulu ou non Texprimei par les termes de Neustrie et d'Austrasie, la différence énoncée entre la partie occidentale et la pai
(i) Ego Chtidebertas Rex, unà cum conseosu et volunUte Françorum et Neustrasiorum, etc.
lie orientale de la Gaule n'en était pas moins un fait. L'Âustrasie renfermait leâ provinces gauloises les premières occupées par les peuples germains , celles où les Franks s'étaient d'abord établis après avoir franchi ce fleuve, où leur population s'était fortement concentrée et avait fini, sur plusieurs points, par exclure ou absorber totalement l'an* cienne population, celles enfin où la langue, les moeurs et les institutions germaniques avaient tellement prévalu que tout le pays semblait plutôt une extension de la Germanie elle-même qu'une simple conquête des Germains.
C'était de là que les Franks étaient partis, comme de chez eux, pour envahir la Neustrie, et c'était là que, cette conquête faite, leur masse était restée plus compacte, plus forte et plus germaine. En Neustrie, au contraire, la grande majorité delà population était gallo-romaine , et de cette première différence s'ensuivaient naturellement beaucoup ^'autres. La division formelle et permanente du l:iord de la Gaule en Neustrie et en Austrasie n'était ^onc point une division insignifiante et purement Nominale ; elle était l'expression et le résultat d'un fait persistant. Elle était elle-même un fait notable fqui, selon toutes les apparences, devait finir par ^voir quelque influence sur l'avenir. Il était à présumer que, dans le cas où la lutte entre les rois et leurs leudes en se prolongeant viendrait à s'exaspéi^r, la Neustrie et T Austrasie n'y joueraient pas \>T*éclsémcnt le même rôle.
Le parti anti-germanique y qui poussiCit ou laissait marcher les rois frauks ver$ un pouvoir tout autre que leur pouvoir primitif, avait bien plus da moyens et de chances de succès en Neustrie qu'eu <.\ustrasie. Ici , au contraire , le parti germain, plus fort et plus entreprenant que nulle autre part, j pouvait opposer plus de résistance aux progrès da la royauté absolue. Toute guerre accidentelle entra les deux pays devait tendre naturellement à uns guerre politique dans laquelle chaque pays porterait la prétention de faire triompher celle des deuz causes pour laquelle il se sentait le plus de peia chant et le plus de forces.
Pour ce qui est de la Burgondie, moyennan Tadjonclion d'Orléans et de quelques autres cais tons de Tancien royaume de ce nom y elle forma.~: une troisième division de la Gaule, égale en éteiz: due à la Neustrie ou à TAustrasie, et avait comnci celles-ci, par ses antécédents, son unité, $a ph^ sionomie et ses tendances propres* Depuis qu'eL J avait été soumise par les fils de Clovis, elle av été plusieurs fois partagée et morcelée, mais conservant son nom et une, sorte d'individualit:^ Devenus sujets des Franks, les Burgondes o'avaiem^ point été dispersés ; ils avaient continué à vivre ^ corps de nation, sous leurs propres lois, sous d^ lois faites exprès pour eux et que le tenips et l'sJ sage avaient déjà commencé à leur rendre chèr^^ La partie romaine du pays n'avait pas subi plus ^< changement; de sorte que, pour faire de la Bas*'