W. VIII
de fréquenter une maitresâe. Le frère de la jeune femme lui en fu des reproches, qui nefureot point écoutés. K quelque!» jours de là^^e fr^e et le mari se reucontriepl:, chacun ep coippagqie dé quelques amÎ3# Le premier se jeft^ sur le s^ixmd et le tue; un des anais du mort tue alors le meprtrier; le combat continue entre les deux compagnies, ejt bientôt U nVn reste plus qiu'uo seuï individu vivant. De là, ^fltrie les d?ux fymilhs^^ nne guerre furieuse qui pouvait deyisnir générale daus la vilii^.
Fr^édégiQpde voulait faire ces^r çett^ querelle; fMe eihorta pl^sj/qurs fois les chefs de ces deuic famîUes à fairf ta f^ïl^i n^ais il y avait iroi^ hommes
de V^w dejft deux qui ?'y refusaient ph&tiném0nt.
Vioyailt ipela, Frédégonfl^ prit son parti} elle dfHllia MinJe^tii^ 0(1 elle invita beavQOupdeFran)^s, et lfi# Jlrp*. ?eflaiçitrapts avec ewti L^ fiçsti» §e pa^sa gaiment ; les con vi v^ bjen repus, r^tère&t à hoire, ^fifi^^ky^Y^V^^9 et comme les autres ^ I^s trois qifer^kHf^ indociles, as W toupl^Bs t|\Qi^4^ file sur
kl m4ra^ hsm^- Cependant troiç Iwwaii?^, qm ftvaiept Uwf inst»uf*jofl^t s'«ç>pf!^heot ep ^i^cç paMerrière, tenaiH à la wai^ M»^ b*çbe q\^ ebacM» lève
et lai^a tombi^/ danqs )e Qhême eUn d^^iU «lur le crâne d'un d^a qnfareHeurpi *.
Le&paretHs dea trois mortis^ se rétmireut pour les. V0nger. U parait» d'après. le récit très peu dair et
très concis de Grégoire de Tours, qu'ils assiégèrent
(i) Id. X. 27.
ET BRUNKHJlUT. 391
Frédégonde dans son palais et envoyèrent aussitôt en ÀMstrasie l'avis de ce qui se passait 9 esi^hortant les Austrasiens à marcher bien vite sur Tournai^ pour enlever Frédégonde et en faire ce que bon letnr semblerait. Sur cet avis, les Champenois se mirent en mouvement; mais ils perdirent du temps en chemin 9 et dans Tintervalle Frédégonde fut délivrée par les siens *.
Le mouvement des Champenois^ dans celte cir<*constance y était une véritable hostilité de TAustrasie contre la Neustrie;.niais Contran vivait encore et y de peur de lui déplaire, Brunehaut et sou fils ne songèrent pas à convertir en guerre décidée cette menace de guerre. Ce ne fut qu'après la mort de Gontran , et après avoir été paisiblement installé comme son héritier dans le royaume de Burgondie, que Childebert se sentit libre d'attaquer l'Àustrasie.
Dans Tété de 693, Wintrio, ce même duc de Champagne ({ue nous avons déjà vu figurer dans deux topéditions où il ne défît que les habitants désarmés des lieiix où il passa, s'avança contre la Neustrie, à la tête d'une grande armée d'Austro* Burgondiéns. Frédégonde et Landric, son maire du palais, ne furent ni effrayés ni pris au dépourvu. Us eurent bientôt rassemblé une armée avec laquelle ils arrivèrent à firennac, sur la frontière de l'Aus* trasie , au înoment où Wintrio venait de camper à Soi3s6ns. S'il en fsfut croire d'anciennes chroniques ,
^xj /#/, lot. cil.
39'^ FREDEGONOE
ce fui Frédëgoncle elle-même qui coirçut le pla» d'une attaque nocturne à laquelle les Austrasiens ne s'attendaient guère. Ce qui est certain, c'est que l'attaque réussit aii-delà même des espérances des assaillants;- une partie considérable des Aiistro^ Burgondiens fut taillée en pièces, et le reste prit la fuite, poursuivi par les vainqueurs qui poussèrent jusqu'à Reims, brûlant, pillant et dévastailt selon l'usage^.
Cette défaite inopinée des Â.ustrasiens calma un peu l'animositébelliqueuse de Childebert et de sa mère contre Frédégonde. Celle-ci , de son côté, ne songea pas à tirer trop d'avantage de sa victoire. Contente d'avoir prouvé que le royaume gouverné par elle ne serait point une proie facile , elle persista à- se tenir sur la défensive et donna ainsi à Childebert le Ipisir de faire en 694 ^ contre les Bre** tons, la campagne dont j'ai parlée ailleurs, et une autre, l'apnée suivante, contre les Warnes., peu^ pkde germanique d'Outre-Rhin, sujette dedEranks, contre lesquels elle s'était révoltée et qui fui alors remise sous leur domination; mais les plans de Frédégonde changèrent bientôt avec. Tétat des af» faires de FAustrasie. .
Childebert mourut au mois d'avril S96, laissant deux fils que j'ai déjà eu l^occasidn de noinmer, Théodebert II, l'aîné, alors âgé de dix ans, et Thierry IL, qui en /avait à peine neuf. Celuinsi était
(i) Fredegar. Clironic. XIV.
ET BAUNEHAUT. SqS
né de la reine Faileuba , épouse légitime de Cbil^ debert, l'autre d'une concubine. Théodebert fut déclaré roi d'Àustrasie, et Thierry vint régner en Burgondie, sous la tutelle d'un maire du palais nommé Varnakaire. •
Théodebert lui-même avait besoin de tutelle, et ce fut à qui s'en emparerait. Les vieilles animosités entre Brunehaut et les leudes austrasiens se réveillèrent et s'aigrirent encore à ce sujet, et il en résulta une nouvelle lutte où se trouva engagée une bonne partie des forces cju pouvoir royal. Fré^ dégonde saisit ce moment pour faire une guerre offensive à son ennemie. Elle commença par s'emparer de la ville de Paris ^ dont un tiers appartenait à Théodebert II et un autre à Thierry II, Forçant ensuite les frontières de l'Austrasie , elle s'avança jusqu'à Latofao, un peu à l'est de Soissoni^. Là, elle trouva une arhiée austro-burgondienne accourue pour l'arrêter; elle lattaqua, la batUt et h dispersa après en avoir fait un grand carnage^ On ne sait jusqu'où elle aurait poussé cette ^grande victoire; mais elle mourut presque aussitôt après l'avoir 'gagnée, laissant son fils Clotaire II, âgé seulement de treize ans , sous la direction de son maire du palais, Landric ^.
Le repos- que la mort de Frédégonde rendit à l'Austrasie ne fit, à ce qu'il parait, qu'affranchir de toute contrainte les haines mutuelles de Brunehaut et des chefs austrasiens. H est sûr que cesi
(i) Fredeg. Chroii. XVII.
3(^4 FaKJ>KGUtfD£
haines furent aussi actives que jamais; mais les effets en sont ignorés, si ce n'est la mort du duc de Champagne 9 Wintrio. Bruneliaut fit mourir cet odieux personnage à qui l'histoire n'atiribue que des lâchetés et des brigandages. Rien n'avait d'abord signalé en lui un ennemi de l'autorité royale; mais en voyant comment et par l'oindre de qui il {>érit, on oe peut guère douter qu'il n'eût fini par se ranger du parti des leudes ^.
I^ condamnation de Wintrio fut le dernier acte de pouvoir de Brunehaut en Austrasie, sous le règne de Théodebert. Tous ceux qui haïssaient et craignaient la superbe reine se concertèrent pour faire contre elle un effort décisif, effort que seconda probablement son petit-fils, Théodebert lui-même- Brunehaut fut exilée d'Autrasie et passa en fiurgon— die, à la cour de Thierry IL Les particularités d& cet exil, telles que les rapportent Frédégaire et les autres chroniqueurs, ont une certaine teinte romanesque qui les a rendues suspectes. D'sqprès c^s historiens, Brunehaut aurait été jetée et abandonnée , seule et dénuée de tout-, sur les confins de k Neustrié. Dans cet état, elle aurait été rencontrée par un pauvre et compatissant Neustrien ^ sous la conduite duquel elle serait arrivée en Burgondjye> et qu'elle aurait fait ensuite évéque d'Auxerre, en récompense de ses bons offices K Cette dernière circonstance parait difficile à concilier avec des do-
(i) Id, XVIII.
(i) Id. XIX.
cuiu^nLi authentiques concernant Diistoire des évéques d'AujLerre* Las autres n'ont, ce me semhLe^rien d'inproyable dans des temps et parmi dmhon^i^ies tels que ceux au^i^quels^ on les rapporte.
Quoi qu'il en soit de ces particularités , il est sûr q^'en 599 Brunehaut passa d'Austrasie en Bur^ gonçUe , et que cette retraite fut une suite de ses querelles ^vec les leudes^ austrasiens. Du reste, ces querelles étaient loin d'être terminées î elles n'étaient que suspendues jusqu'au jour ou Brunehaut iiurait pris à la cour de Burgondie l'ascendant qu'elle avait jusque là pris partout.
Lorsqu'elle arriva en Burgondie , le patrice du royaume venait de mourir et avait été remplacé par ^olène, p^nsioimage d'origine fraqke. Bientôt après était mort au9si le maire du palaii^, le Germain W^irpal^ire, dont le successeur fut de même un Biirgpndifii ou un Frank, nommé Berthoald ^^ Rien, dans, le peu qu^ i'on sait des actes de ces deux offk^vê j D'annoncé des hommes affectionnés à Bruuehaut'y jui par conséquent élus sous son influence f il y aiU*Ait plutôt syjçt de présumer qu'ils lui fu^ rént CQntraires et qu'elle eut à se garder d'eux.
I>epM^s leur commune défaite à Lato&o^ Théodebert et Thierry étaient restés unis et s'étaient préparés de concert à prendre de ce revers une revQPch? rendue plus facile par la mort de Frédégonde. La première année du septième siècle, il&
(i) id. xvill. XXI v.
396 FRJBOÉGONDE
réunirent leurs armées, envahirent ensemble la INeustrie et s'avancèrent jusqu'aux bords de la petite rivière de l'Ouvaine, près d'un lieu aujourd'huinomméDormeille, nom dans lequel se reconnaît encore aisément l'ancien nom de Doromelle. Là, l'armée deClotaire, venue à leur reticontre, leur offrit la bataille qu'ils acceptèrent. L'action fut des plus sanglantes; les Neustriens y furent taillés en pièces, s'enfuirent et se dispersèrent de toutes parts, livrant les bords de la Seine aux ravages des Austro-Burgondiens. Les villes situées le long du fleuve furent pillées , brûlées , saccagées et dépeuplées *.
Dans la détresse où Tavait réduit cette défaite y, Clotaire n'avait rien de moins (àcheux à faire que de traiter avec ses cousins aux conditions qu'il plairait à ceux-ci de lui imposer. Ces conditions furent rigoureuses j les deux vainqueurs se partagèrent la plus grande portion de la Neustrie. Thierry II garda pour lui toute l'étendue de pays entre la Seine et la Loire, jusqu'aux frontières de la Bretagne. Théodebert s'empara d'abord de tout l'espace entre la Seine , l'Oise et les frontières de l'Austrasie, et occupa de plus les pays au-delà de la Somme, de l'Océan à l'Escaut. Le royaume de Neustrie se trouva par-là réduit à douze comtés entre la Seine, l'Oise et la mer *.
Thierry et Théodebert auraient mieux fait politi
(i) Id, XX.
(i) Id, loc. cil.
BT BRllNEHAUT. 307
quement de pousser leur victoire aussi loin que possible et de détruire le royaume de Neuslrie , que de s^en tenir à le mutiler. Bien que réduit à l'étendue d'un duché, ce royaume, tant qu'il subsistait sous un nom auquel se ralliaient déjà des idées, des habitudes et des affections patriotiques, avait des chances de recouvrer son étendue et sa force premières.
Les résultats de la victoire deDoromelle n'étaient pas tous également favorables aux vues deBrune* haut. La fière exilée ne se résignait pas à l'humiliation et à la défaite qu'elle avait subies dans ses démêlés avec les leudes auslrasiens; elle aspirait de tous ses vœux à rentrer en Austrasie pour se venger de ses ennemis, parmi lesquels elle comprenait désormais son petitrfils Théodebert , ne voyant plus en lui qu'up bâtard dénaturé, indigne du nom de roi. Il lui fallait pour cela décider Thierry II et les chefs burgondiens à rompre avec Théodebert et avec les Â.ustrasiens , pour leur faire une guerre à outrance. Or la chose, qui n'était pas facile d'ellemême, l'était moins encore après une victoire qui avait démontré si bien les avantages d'une alliance avec l'Austrasie. Cependant Brunehaut ne désespéra pas, et dirigea habilement ses manoeuvres vers le but qu'elle avait en vue.
Le parti germanique, opposé à la royauté romaine, n'îivait jamais été très fort ni très compacte en Burgondie. Les Gallo-Romains , disposés à se-
3q8 rnKDÉGowDE
conder le pouvoir monarchique dans ses prétentions et dans sa marche, y étaient encore nombreux; et c*était parmi eux que Contran , à Fekemple des anciens rois nationaux des Burgondiens , avait cherché d'abord des serviteurs. Mais la rébe)Rott de Mummole avait amené des changements àccjt égafd; elle avait fait don ner, de préférence à des hommefs de race germanique, ces mêmes offices où Ton n'avait guère vu dans le principe que des Gallo**Romlains; c'est ce qui était particulièrement arrivé ptraf Toffice de patrice. Accoutumée à chercher et à trouver des auxiliaires parmi les héritiers de^ idées romaines plut6t que parmi les hornsnes de la t^ce conquérante, Brunehaut se vit à peine transportée en Borgondie qu'elle s'y entoura de &allo-Romains , aux plus dévoués et aux plus habiles desquels elle chercha à assurer les grands offices de l'Étal. Ainsi s'établit , entre la masse des leudes burgondiens et là vieille reine, une lutte plus directe et plus personnelle encore que celle où elfe venait de âuccôtnber ea Austrasie.
Ce Kolène , que Brunehaut en arrivant en fiufgondie vil élever au poste de patrice , n'y resta pas long*temps. Fut-il destitué ? Put-il tué? on rîgnôi-e. Mais eft 6oîi il était remplacé par ^ila, dont U nom semble indiquer un Germain. Il fut lé premier des leades burgondiens contre lequel 6rUnehant essaya son crédit naish^ant; elle le fit destituer et condamner à mort. Prédegaire dit que ce fut pr
ET BHUKCHÂtt. 399
iirarice et pour s'emparer de ses richesses; il est )éku€oup plus probable que ce fut par des motifs le politique et d'ambition *.
Vers le même temps , Brtiiiehaut se ligua aTec kridius , ëvéque de Lyon , qui en toute rencontre a servit de tous ses moyens ; c'était un des plus puissants personnages du royaume. Enfin elle dé* îouvrit, parmi les leudes de Thierry II, un Galio<- S^omàin déjà ep faveur, et dont elle résolut de (aire Gagent de ses 4^seins politiques. C'était un nommé Protade, que Frédegaire représente comme uan bomme habile , rusé , zélé pour les isitéréts du fisc, mais dur pour les personnes et toujours prêt à 1«9 dëpo^iiller; il était surtout l'ennemi des grands et opposé à leurs usurpations. En d'autres termes , c'était an homme qui entendait les tntéréts du pouvoir royal , ^t doué de Ténef gie tfécéssaire pour les faire prévaloir contre l'akibition anarchique dies leudes. C'était l'homme qui convenait à Bnniehattl ; elle le fil d'abord nommer patrIce *.
Dans l'ordre légal des choses en Burgdndie, cet office de patrice, si important qu'il fût^ n'étaîi néanmoins qu'un office dot}t les âttribtitioûs toutes spéciales se bornaient au commandement des ar^ mées; ce n'était que le second du royaonïe, le premier était celui de ma>ire du palais. Avec les fondions générales do gouvernentônl , l'officier re^
(1) Fredeg. Chroti. XXI.
(2) Id. XXIV.
4oO FA£Di:GONdli:
vêtu de ce titre exerçait une sorte de pouvoir di$' crétionnaire sur les personnes^ et, sous un roi mineur, il était de fait le véritable roi.
Le patriciat n'était pour Protade qu'un premier pas vers le poste suprême, vers la mairie du palais; c'était là que Brunehaut souhaitait son favoH. Il fallait se débarrasser du maire actuel , de ce métne Berthoald, successeur de Warnakaîre , et qui^ comme je l'ai dit plus haut , était opposé à la vieillereine; mais la chose ne présentait pas de grandes difficultés. Berthoald était un homme timide et mo-déré, peu capable^ à ce qu'il semble, de tenir contre des adversaires tels que Brunehaut et Protade. Il se laissa d'abord donner la comipission périlleuse d'aller, à la tête seulement de trois cents hommes ^ lever l'impôt des pays neustriens récemment soumis à Thierry II. Landric , le maire de Clotaire II, l'attaqua avec une armée , le chassa, et reprit dès lors sur la Burgondie une portion de la Neustrie. Berthoald fut envoyé iTne seconde fois contre Landric^ et lui livra une seconde^ bataille qu'il gagna, mais où il périt. Frédegaire dit expressément qu'il se fit tuer parce qu'il savait que Protade (Frédegaire aurait dû dire Brunehaut) avait résolu de le dépouil^ 1er de son office *.
Berthoald étant mort, Protade fut aussitôt .élu à sa place maire du palais , et remplacé dans son ein-
(i) Dam senserat se de sni gracias honore à Protadîo degradandiim. — Chronic. XXVI.
ET BRUWEHAUT. 4^1
ploi par un nommé Wulf. Comme ce Wulf était Germain et de la faction contraire à firunehaut, il y a lieu de présumer que son élection et celle de Protade furent le résultat d'une transaction entre les deux partis. ^
Maire de Burgondie , Protade se trouva en situation de .déployer toute son habileté et toute son énergie; aussi né tarda -t- il pas à se rendre trèà odieux, mais plus terrible encore aux kudes du pays. Bru nehaut crut alors le moment venu pour elle de faire déclarer la guerre à TAustrasie. La guerre fui en effet déclarée, malgré l'opposition et les répugnances des ennemis de la vieille reine , et l'armée partit, sous la<x>nduitedé Protade et de Thierry lui-même. Arrivée à Carisiac (Kiersy) sur l'Oise,
elle y campa, comme pour. prendre haleine, avant d'entrer sur le territoire austrasien qui était en. vue' et de marcher /contre l'armée de Théodebert, qui l'attendait peu loin de là.
Rapprochés tous par cette halte , les ennemis de Brunehaut en reprirent courage pour s'animer à de nouvelles tentatives. Ils supplièrent d'abord Thierry dfi ne pas pousser plus loin un projet de guerre fui^este et de renouer son alliance avec son frère; mais Protade, organe fidèle des volontés de la vieille ' reipe, soutint énergiquement qu'il fallait poursuivre la guerre, et Thierry se déclara pour lui. Piqués de cet échec, les ennemis de Protade eurent alors recours à des moyens décisifs; ils soulevèrent
4oa FIl£0£GOIfl>E
rarinée , et les soldats en tumulte se mirent à chercher de toutes parts le maire du palais pour le tuer.
Il était dans la tente de Thierry à jouer aux échecs avec P^truSy premier médecin de celui-ci; mais Thierry n'était point là; ses leudes avaient eu soin de l'en tirçr et le tenaient à^ l'écart j pour que sa présence ne gênât point les séditieux. Néanmoins il savait le péril que courait son maire du palais, et , voulaxit le . sauver, il envoya Uncitène , un de ses officiers , . à la soldatesque mutinée , avec l'ordre de ne point porter la main $ur Protade.
Uncilène part^ se présente aux mutins, et avec une ipcrqyable impudence leur donne, de la! part daroi, un-ordre contraire à celui dont il est porteur^ l'ordre de tuer Protade. Aussitôt la tente royale est envaliie , Piotade est entouré de furieux, et tombe frappé de tîent coups.d'épéeàla fois. Tout con triste^ tout courroucé qu'il est de cette violence, Thierry est contraint à faire la paix avec son frère et a ramener son armée en.Burgondie^. .
Gejlte paix et l'assassinat de Protade étaient une grande victoire des leudes bûrgondiens sur Brunehaut, qui cependant n'en perdit point Pespérance ; elle songea d'abord à se venger d'Uncilène et du patrice Wulf, qni s'était déclaré contre- Protade. Sur des ordres indobitablemenlt dictés ou
(i) Frcdeg. Chron. XXVU.
ET BRUWEHAUT. 4^>3
pressés par elle, le premiet eût un pied coupé et iil dépouillé de tous ses biens; Wulf fut tué àFaveraiac, entre Dijon et Auxonne*.
ApVès avoir été ainsi vengé , Protade fut retnplacé, et ce fut encore par un Gallo-Romaîn nonirti^ Claude. C'était un- homme Hloins; énergique qde Protade, moins prononcé cofttre l'avarice et Tanatrckie des leudes, plus enclin qtfe lui aux procédés conciliants , mais d'ailleurs habile aux affait^es , poli, lettré et tenu pour un modèle de bon ne foi. Lé pa trice Wulf eut pour successeur Richomer^j que son nom aurait certainement fait prendre pour urt Germain , sans rattention qu'ont eue les chtx>niqueurs de nous avertir qu'il était Rotnaiâ *.
Que <^es deux nominations capitales fussent Tœuvre de Brunehaut ou dû moins faiteis dé son avéU , tout oblige à le présumer; carr le crédit de la vieille reine s'accrut plutôt qu'il ne déchut scfù$ ces deMU chefs do gouvernement burgondien. Cependant des années se passèrent durant lesquelles elle i^ pût rien tenter de grand y et où' toute son activité se ^nsuma à des actes isolés de justice ou de police intérieure, dont quelqués^^unsy cotnmeFexit de saint Coiumban et la mof t de Didier, é^'èqxte de Vi^nn^', ont été pour ses ennemis^ fe thèÉaedé déclamations bruyantes. . -
A la fin {en 610) les- événements? prirent» mt tour
(i) JrL XXIX.
[1) Id, loc. cit.
4c>4 FR^DÉGONDE
plus favorable à ses vues; Théodebert envahit inopinément, et sans aucune déclaration de guerre, l'Alsace que Thierry avait jusque là possédée en vertu d'une donation particulière de son père Chil* debert. De là , entre les deux frères , un grave dé- mêlé pour la terminaison duquel un plaid fut indiqué à Saloissa (Sellz).
Il était convenu que chacun des deux rois se rendrait à ce plaid avec ses leudes et avec une simple escorte d'hommes de guerre. Thierry ne fut point censé manque^ à cette convention en arrivant au plaid avec un cortège de dix mille hommes; mais Théodebert s'y présenta avec utîe nombreuse armée d'AustrasienSyà la tète de laquelle il se trouva le mai" tre de dicter la décision du plaid. Il la dicta, et se fit déclarer souverain, non-seulement de l'Alsace, mais d^autres pays ciVconvoisins. Enveloppé avec ses dix mille hommes par toutes les forces de Théode))ert, Thierry fut obligé de souscrire à* tout ; maiis( il en eut un ressentiment tel que Brunehaut pouvait le souhaiter pour l'accomplisseinent de ses vœux les plus ardents. .
Le premier soin des conseillers de Thierry fut de conclure avec Clotaire II un traité portant que celui-ci ne se joindrait point à Théodebert contre Thierry. A cette condition , et dans le cas où ce dernier serait victorieux, le duché de Dentelin devait être restitué à la Neustrie*.
(i) Z^/. XXXVII.
ET BRUJyfiHAUT. 4o5
Ce traité signé, Thierry convoque de toutes les parties de son royaume un' nombre immense d'hommes d^ guerre auxquels il assigne Langres pour lieu commun de rendez-vous. De là cette ar* mée se met en campagne , prend la direction d'Andelot y emporte en passantia place de Nasium ( Na^ sur la rivière d'Orne), et se rend à Toul où elle rencontre l'armée austrasienne. Les deux partis combattirent avec le plus grand acharnement, et perdirent l'un et l'autre l'élite de leurs guerriers; mais à la fin les Burgondiens^ l'emportèrent , et les Austrasiens furent mis complètement en déroute. Théodebert, obligé de fuir, traversaMetz sans s'y arrêter, passa les Vosges avec La même rapidité et ne fit halte qu'à Cologne^ Décidé à poursuivre ses avantages, Thien*y s'avança dans l'intérieur de l'Austrasie^ traversa les Ardennes,'et de là tournant à l'est, pour s'approcher du Rhin , vint s'établir à Tolbiac, lieu déjà célèbre par une des grandes victoires de Qovis*.
Théodebert avait levé à la hâte , au-delà du Rhin , des bandes de Saxons, deThuiingiens et d'autres peuples germaniques soumis aux Franks . d'Austrasie; et sachant que son frère était campé à Tolbiac il marcha droit à lui , résolu de livrer une seconde bataille. Elle fut plus sanglante encore et plus disputée que celle de Toul. Les chroniqueurs franks, pour en donner une forte image, disent que les
(i) id. XXXVIII.
f\()t] FAÉUEGOArDC
filçs des combattants étaient si compactes et si serrées que tes morts, faute d'espace où tomber , restaient debout parmi les vivants, ayant l'air de cpmbattre avec eux ^.
Les Burgondiiens battirent les Germains et les poursuivirent, la lance au dos, jusqu'au *-delà du Rhin* Théodebertfut pris et amené devant son frère^ qui le fit dépouiller de tous ses ornements royaux^ et conduire à Chalons avec un filis encore enfanM auquel on avait donné le nom de Mérovée. Ce dernier eut la cervelle brisée sur la pierre; quant Théodebert , il fut dit-on , remis entre le9 mains d Pr^nehaut, qui le fit d'abord tonsurer et renfermera ppis mourir^. . •
Ces victoires de Toul et deTolbiap étaient, à tous égards , des événements de haute importance. Thierry, devenu par elles le, maître de FAustrasie^ établit le siège de sa nouvelle domination à Metz^ de sorte que Brun^haut était à la fin ramenée, comme en triomphe , dans le royaume dcmt elle avait été chassée; il lui restait probablement bien peu de choses à faire pour se venger des ennemie qui lui avaient fait cet affront. Plusieurs devaient être morls dans les batailles de Toul et de Tolbiac; d'autres, errants ou cachés dans leurs domaines, ne pouvaient guère ambitionner pour l'i^venii? rien de plus que d'être oubliés ou pardonné».
(i) Tir/. !oc. cit.
(v.) I(i. loc. cil.
Et BRUNEHAUT. ^O'J
Du reste, les intérêts pei*sonnels de Bruuebaiit dans ses victoires se confondaient avec les intérêts généraux de la monarchie et de la conquête frankes. Le triomphe de l'ambitieuse reine était, par le fait, un triomphe de la royauté romaine sur la barbarie germanique, et un grand pas vers l'unité de l'em* pire. En effet, la Gaule franke appartenait tout entière à Thierry, à l'exception des douze comtés auxquels était réduite la Neustrie. Il y avait peu d'apparence qu'un Etat si fkible se maintint longtemps à côté d'un autre si fort, et l'occasion, pour celui-ci , d'envahir l'autre se prAenta comme d'ellemême aussitôt après la bataille de Tolbiac.
Par le simple fait de la victoire de Thierry, Clotaire II s'était cru le droit de s'emparer du duché de Dentelin et s'en était emparé. Thierry soutint que Clotaire n'avait point rempli les conditions auxquelles ce pays lui avait été promis , et le somma de l'évacuer, s'il ne voulait voir fondre sur lui toutes les forces de la Burgondie et de l'A'ustrasie. Clotaire ne tenant point compte de cette tommation , Thierry s'apprête à l'appuyer par les àrities ; il asseiiible une puissante armée; mais au moment de se mettre à sa tête , il tolnbe malade et meurt. Jamais mort n'entraîna des révolutions plu6 brusques , tant dans les choses que âans la destinée des individus. Thierry laissait quatre enfants , dont l'aîné, Sigebert, n'avait pas plus de onze ans; le puîné était Childebert, dont l'âge n'est marqué nulle part;
4o8 PRÉDÉGONDK
Corbus et Mérovée étaient les deux plus jeunes; ce dernier n'avait guère que cinq ou six ans. Les chroniqueurs franks, tous ennemis d^ Brunehaut ^ ont laissé dans un grand \ague ce qu'elle fit, à cette d^ernièr^ période de sa vie, comme tutrice de Ses peiils-fils. Cependant, ce que Ton entrevoit de sa conduite est fort remarquable et propre à jeter quelque jour sur les vues politiques de cette femme extraordinaire. D'un côté , maîtresse de deux royaumes différents accoutumés à avoir chacun son roL et son gouvernement particuliers, ayant 4*un aptr^côté quatre petils-ffls dont chacun , selon les idée^ germaniques, pouvait et devait être roi, elle ne fifccependant qu'un seuL royaume^ qu'un seul roi ^^^ qu'un seul gouvernement, donnant ainsi le premicME* exemple formel de l'autorité de la victoire employé^^ à substituer une véritable unité politique aux ant ci^ns partages de la conquête.
Des deux royaumes dont elle était en posses-t sion, l'un, l'Âustrasie, était pour elle un royaume conquis; l'autre, la Bui^ondie, le royaume conquérant; iV était naturel que^ dans la réduction des deux gouvernements à un seul^ ce fût celui du pays victorieux qui fût donné au pays/ vaiiicù. Brunehaut choisit donc pour maire du palais austto-burgondien un personnage probablement burgondieo. Il se nommait Warnakaire et descendait peut- ii être de cet autre maire du pakis de Burgondie d" même nom. Les fondions de palrice, jusque là /