ET BRUNEHAUT
particulières à ce dernier pays, s'ëtepdirent à TAustrasie, et ce fut un Gallon-Romain nommé Aletheus qui les exerça *.
Dans cet état de choses , Brunehaut était plus puissante qu'elle n'avait jamais pu raisonnaiblement espérer de le devenir; mais l'éclat de cette situation couvrait des périls imminents. Exaspérés de leurs récentes défaites, de la prépondérance de la Burgondie et de la mort deleur^roi Théodebert , abhorrant et craignant plus que jamais la femme qu'ils accusaient de leurs pertes , les Austcasiens se liguèrent de nouveau contre elle. On vit alors figurer pour la première fois, dans cette conjuration peroianente des leudes austrasiens contre l'autorité royale, deux personnages qui commencèrent en cette occasion, pour leurs descendants, une destinée plus glorieuse que celle de Clovis; je yeux parler d'Arnulphe et de Pépin, surnommé le Vieux, pour le distinguer de ses successeurs '^.
D'après les témoignages les plus anciens et parlant les moins suspects, Arnulphe était iss>u d'une puissante famille de Franks - Austrasiens ; mais le nom et la condition de son père sont ignorés; Il avait reçu son éducation dans le palais de Théodebert , et s'était distingué parmi les Franks , encore alors en très petit nombre, qui avaient quelque teinture des lettres romaines, avantagequi, parla suite,
(i) Id.XUl.
(2) Id XL.
4lO FRUJL>£GONDIi:
lui valul le siège épiscopal de Metz. Mais il débuta par, les honneurs temporels, et s'éleva de grade en grade jusqu'aux premières dignités de la cour d'Austrasie. Des chroniqueurs non contemporains disent qu'il fut maire du palais; c'est un fait très douteux et que l'on ne saurait, guère à quelle date rapporter. Quelque chose de plus certain, c'est qu'en 6iï2 et 6 f 3, quand Brunehaut recommença à régner en Austrasie sous le nom dcses fils, Arnulphe était encore un des plus puissants seigneursdu royaume.
Jusqu'à l'époque où nous en sommes , la vie d^ Pépin-le- Vieux est moins connue encore que celle* d'Arnulphe. Tout ce que l'on sait de son père, c'est qu'il. se nommait Karlômann et avait été fait duc^ ou comte par un roi d' Austrasie ; seule circonstance d'où 1 on puisse inférer qu'il descendait de quelqu'une des familles illustres desFranks. Quant à Pépin lui-inéme on n'en peut rien dire , sinon que les honneurs et le pouvoir de son père s'étaient plutôt accrus qu'ils n'avaient déchu .entre ses mains , et qu'au moment où Brunehaut rentra en Austrasie , il n'y avait guère qu'Arnulphe d'aussi puissant que lui et d'aussi intéressé à la destinée du pays *,
Ce furent ces deux personnages qui se mirent à la tète de la nouvelle conjuration des Austrasiens
(i) Annal, rci. francicar. Metlens. I. — Vila Pippini Ducis ap. Boiland. 21. febr.
EE BRUN£HAUT. ^l I
contre firuneliaut; conjuration qui eut sans doute de plus grands résultats que les précédentes^ niais qui n'en diffère en rien par les motifs , par le but ni par les moyens. Comme leurs devanciers, Arnulphe et Pépin offrirent la couronne d'Austrasie au roi de Neustrie, à la simple condition de certains avantages personnels pour eux et pour leurs complices, et Clotairell accepta leurs propositions, avec un empi;esseitient proportionné au désir qu'il avait de se relever de l'état d'humiliation où l'avait réduit sa défaite à Doromelle *.
11 était important, pour les conspirateurs, de gagner, les Burgondiens qui, comme Warnakaire et Aletheus, occupaient les prepaiers offices de l'Etat. Rien n^annouce que ces officiers eussent des griefs personnels contre Brtinehaut; mais il semble qu'en vieillissant et en perdant sa beauté, cette femme eût perdu son ascendant et sou génie. Warnakaire et Aléthée, ayant mis à leur trahison le prix qu'ils voulurent, entrèrent dans les projets des conspirateurs et leur gagnèrent un grand nombre de leudes et d'évéques burgondiens, les uns ennemis de Brunefaaut, les autres amis de tout changement ^
Ces dispositions préliminaires arrêtées , Clotajre entra en Austrasie avec la plus forte armée qu'il put lever, et, la traversant tout entière, vint pren-
; i) Fredeg. ïoc. cit. (2) Id. XL.
4l^ FRÉDEGONDC
dre poste sur la rive gauche du Rliin , à Antonnac, entre Bonn etCoblentz. De Worois, où elle se trouvait pour lors, Brunehaut envoya à Clotaire par des messagers une sommation de se retirer du royaume des fils de Thierry. A cette som^» mation, Clotaire répondit vaguement qu'il ferait * là-dessus ce qui serait décidé par le jugement des Franks convoqués à cet effet. A cette réponse Brunehaut comprit qu'il fallait se préparer à la guerre, et, comme elle ne se fiait pas aux Austrasiens, elle résolut de lever uûe armée en Thuringeet dans les autres pays d?Outre4lhin,. parmi les populations sujettes des Franks. Pour cela, elle envoya dans ces pays son ffls Sigebert, accompagné du maire du palais Warnakaire et de plusieurs autres leudes, dont Alboin est le seul nommé ^.
On ne voit pas si Brunehaut avait déjà quelque connaissance de la perfidie de Warnakaire avant de l'envoyer, outre Rhin, ou si elle n'en fut instruite qu'après son départ ; il est seulement dit qu'elle adressa à Alboin un ordre écrit de tuer Warnakaire. Alboin était sans doute , en cette occasion, l'homme en qui se fiait Brunehaut; néanmoins, l'ordre ne fut pas exécuté; il vint même à la connaissance de Warnakaire, qui n'en mit que plus d'ardeur à consommer sa trahison. H dissuada toutes les populations d'Outre-Rliia
(i) 7rL loc. cit.
ET BRUNKHAUT. 4*^
de suivre Sigebert, et de tirer le glaive pour lui.
Réduite par cet abandon des Germains aux seules forces de la Burgondie, firunehaut y vint elleméme, avec ses quatre petits-fils et quelques leudes d'une fidélité équivoque, pour presser la levée d'une armée; et cette armée ne fut que trop tôt prête, commandée qu'elle devait être par des chefs vendus à Clotaire.
Elle se mit en marche sous le commandement de Sigebert, du patrice Aléthée, de plusieurs ducs burgondiens dont Frédégaire ne nomme que les troiwS plus distingués, Roccon, Sigoald et Ëudelan. Des chroniques anciennes, quoique non contemporaines, ajoutent que le maire du palais lui-même, Warnakaire, se trouva à la tête de cette armée. Mais c'est une circonstance difficile à concilier avec le fait , mieux affir.mé et plus probable , de la connaissance qu'avaient le conspirateur et la reine de leurs desseins réciproques *.
Les Burgondiens, •prenant leur direction vers le nord , passèrent la Seine et la Marne et s'avancèrent jusqu'à l'Aisne. C'était aux bords de cette rivière, dans une position qui n'est point marquée avec précision par les chroniques, que campait l'armée neustrienne; déjà grossie de beaucoup de leudes austrasiens.
(6i 3) Les deux armées| s'approchèrent comme pour combattre; mais à peine les fiurgondiens fu-
(i) id.XUJ.
4l4 FRÉDléGONDIi:
vetit-ils à portée de leurs prétendus adversaires qu'à un signal convenu ils tournèrent le dos et reprirent tranquillement la route par laquelle ils étaient venus ^ sans avoir tiré une flèche, et suivis, non poursuivis, parles Austro^Neostriens, auxquels ils s'étaient engagés à livrer firunehaut et ses quatre petits-fils. Trois de ceux-ci furent pris, on ne sait comment, dans le voisinage de la Saône, et livrés à Clotaire; le quatrième, Childebert, se sauva à cheval, et se réfugia dans la ville d'Arles, où il parait qu*il fut d'abord recueilli par Rusticula, abbesse d'un monastère de cette ville. On ne sait ce qu'il devint par la suite; il ne reparut plus dans le nord de la Gaule *.
Quant à Brunehaat, ceux qui étaient chargés de s'emparer d'elle la trouvèrent à Orbe, avec sa fille Theudelane, et Clotaire ne s'était point encore éloigné des bords de la Saône quand les deux captives lui furent amenées.
Le premier ordre de Clôtairl fut relatif à Sigebert et à Corbus ; îl les fit mourir tous les deux. Il épargna le jeune Mérovée qu'il avait tctiu sur les fonts baptismaux; car le titre de filleul était le seul que les franks, rois et sujets, respectaient dans leurâ vengeances. Débarrassé de ses neveux, il put à loisir s'occuper de firunehaut. H là tint trois jours entiers dans des tortures dont heureusement TliiV
(i) 7r/. loc. cit.
RT BRUNKH4UT. 4 • -"^
toire n'a point su ou point osé révéler les détails. Ce qui se passa, le quatrième joiir, à la face du soleil et en présence de la nation entière des Franks, fut, selon toute apparence, la moindre des cruautés de Clotaire envers la vieille reine. Il ordonna d'abord de la promener, à travers tous les rangs de Tarniée, montée sur un chameau ; après quoi il la fit attacher à la fois par les cheveux , par un bras et par un pied, à la queue d'un cheval indompté, qui la traîna long-temps au galop, elle ou l'horrible je ne sais quoi qui restait d'elle *.
Brunehaut suppliciée, s^s petits-fils nàorts, exilés ou réduits à la condition privée, Clotaire II se trouva, comme son aïeul du même nom, à la tête de l'empire frank, ou, pour parler plus exactement, à la tête de trois royaumes distincts dont chacun conservait sa personnalité. L'Austrasie et la Burgondie gardèrent, avec leur nom, leurs anciennes limites, et furent immédiatement gouvernées par un maire du palais, subordonné, ou censé l'être, au roi de Neustrie.
La mairie d'Austrasie fut donnée à Rado, personnage dont le nom est prononcé pour la première fois en cette circonstance, mais qui avait sans doute joué un grand rôle dans la dernière conjuration. A Warnakaire fut conférée celle de Burgondie, avec l'assurance, de la part de
(i) Id. loc. cil.
4l6 FREDIÊGONDE ET BRUVEIIAUT.
Clotaire, de n'être point destitué de son vivant^. Pour ce qui est de la Neustrie, il est à sup poser qu'elle avait aussi alors son maire du palais et que ce maire était toujours Landric, le même à qui Frédégonde avait donné cet, office après la. mort de Chilpéricv
(i) Id. loc. cit.
le
CLOTjURii it cmssÊ mnQus DE va: xoir archis FRAinuEi
miOlfB PE DAGOBitRT. — ^ PSEXIBES SUCS DBS
TASCOirS nrDÉPElfDAirTS. *~ ipbsmiee botavme
D^AQTJITAINB.
La: réunion des trois royaumes Iranks sous un .eulseeptre était un éréne!»! aussi gnnd qu'imprévu y et, selon i^ apparences , tout à l'avantage du pouvoir royal, La fortune semblait atoir iait au profit de Giotaire II ^ pour le repos et l'unité de la monarchie mérovingienne, tout ce que Qrunehaut avait pu concevoir et au-'dela de ce^ qu'elle aurait jamais pu faire dans le même but.
Ces belles apparences furent de courte durée. Le triomphe de Clotaire, bien loin d'être celui de Tautorité royale, était au fond l'échec le. plus marr que que cette autorité eût jusque là subi, dans sa lutte avec l'esprit germanique. Et d'abord l'unité monarchique n'était qu'une, pure illusion , la Burgondie et TAfListrasie ayant été rétablies chacune dans son intégrité , et sous un. gouvernement particuUer décidé d'avance à dépendve Ip moins possible du monarque. Le maire d'Austrasie en était plus que jamais le vrai chef, à la condition seulement de se montrer indulgent et complaisant pour les hommes puissants du pays.