‹ Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants Germains (volume 2)Chapitre 32 sur 51 · MONARCHIE FRANKE · texte numérisé non relu

MONARCHIE FRANKE

Vascons que l'aperçu des forces auxquelles Dagoberi eut recours pour le réprimer. Il leva iousles bommes de guerre de dix duchës et de plusieurs comtés qui n'étaient point subordonnés à un due; c'étaient autant dé contingents militaires dont chacun for* niait à lui seul une armée ordinaire. Frédégaire rap porte les noms de tousr les chefs de ces divers corps de bataille; il marque leur nation ou leur race avec un scrupule auquel sa rareté semble donner quelque chose de solennel. On voit qu'il s'agit de héros élus pour uiie grande entreprise;- la plupart sont des Franksy en tête desquels est nommé Arimbert; un seul est Burgondien, le patrice Willibald, per* sonnage que nûus retrouverons bientôt aiUeurs; lin autre est un Gallo-Romain déguisé sous le nom germanique de Chramnolène. Enfin ^ un est Saxon ^ et c'est ce méitie i£ghinan , un instant^duc de Vas* conie sous Clotaire II, et diassé de son poste à la suite d'une insurrection ou avait figuré i'évéque d'Eauze. A tous ces puissants personnages Eta^obert avait donilé pour chef suprême Chadoinde ^* référendaire de son palais, qui s'était fait un renom dans les guerres entre Théodebert et Thierry , et auquel il parait qu^on attribuait une grande part aux victoires de Toul et de Tolbiac^.

Entrée en Aquitaine, cette puissante arjoëe fondit d'abord sur la malheureuse ville de Poitiers qui^ souvent assiégée, n'avait probablemcal JMXiaîs été

(i) Fred«g. CKronkî. LXXVIII.

sous DAGOBEBt. 447

pressée par un si grand flot d'ennemis. Elle ne pouvait guère espérer de tenir contre eux; cependant elle eut le courage de le tenter et ferma ses portes. Les Franks furent donc obligés d'en faire le siège; ils la prirent et la saccagèrent. D'autres villes de rÂquitaine furent sans doute traitées de même y mais on ignore lesquelles.

Quanï au duc Amandus y on ne sait pas si Tarmée de Dagobert le trouva . encore en Aquitaine ou alla le chercher au-delà delà Garonne. Du reste, en Aquitaine ou en Yasconie, il ne pouvait attendre en plaine une armée tellement supérieure à la sienne, et ce ne fut qu'à l'entrée des Pyrénées, et renforcé par la masse dés Vascons, qu'il s'arrêta pour faire face.

Les Franks essavèrent de forcer les Vascons sur les hauteurs et dans les gorges où ils se cachaient ou se retranchaient; mais à en juger par le seul détail positif de cette guerre rapporté et tronqué par Frédégaire, les assaillants durent s'apercevoir bien vite que le champ de bataille était mal choisi pour eux. Le duc Arimbert qui s'était aventuré avec son corps dans la vallée de Soûle, y fut surpris et taillé en pièces par les Vascons, avec les chefs et les hommes les plus distingués de son armée, ajoute Frédégaire, pour ne pas dire tout court avec son armée entière *.

Mais des succès partiels ne décidaient point pour

(i) Arembertus dux y maxime cum senioribus et Dobilioribus, inlerfectus. Chron. loc. cit.

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Aiiiandus du succès de la campagne. Maitres de tout le plat pays et de tous les débouchés des vallées dans la plaine, les Franks y ravageaient tout; ils enlevaient le bétail, pillaient ou détruisaient les récoltes, brûlaient les maisons, égorgeaient les laboureurs, et menaçaient de ne faire de la Vasconie entière qu'un hideux désert. Plutôt que de laisser venir leurs pertes à cet excès, les chefs vascons se soumirent et s'engagèrent à se présenter dçvant Dagobert, pour faire ses volontés. Là-des3.uâ les Franks se retirèrent, satisfaits d'avoir terminé si vite une guerre qui leur déplaisait, et qui avait menacé d'être plus longue ^.

Dagobert, qui cherchait à soutenir ou à restaurer sur tous les points de la Gaule l'honneur et les privilèges de la conquête franke, ne voulut point laisser se disperser une si belle armée , sans la montrer auparavant, comme un épouvantail, à d'autres ennemis moins ambitieux et moins entreprenants, mais aussi obstinés que les Vascona; c'est aux Bretons qtie je veux dire. Depuis l'année 694, où ils avaient pris sur les Franks les villes de Vannes et de Rennes, jusqu'en 636, avant-dernière année de la monarchie de Dagobert , les Bretons avaient joui de l'indépendance la plus entière. Hoêl III avait régné paisiblement sur eux, depuis le commence^ ment de cette période jusque vers 61 a, où il était mort laissant deux fils , Salomon etrJudicaëL

Ces deux frères s'étaient disputé quelque temps

(i) Id. loc. cit.

sous DAGOfiERT. 449

la couronne; Judicaël^ le plus jeune, avait «u le dessous dans ce débat et s^était retiré dans un monastère. Chef unique des Bretons gaulois , Salomon était intervenu plusieurs fois avec gloire dans les; affaires des Bretons insulaires. En 618, par exemple, il avait envoyé dans la grande Bretagne une armée qui avait rétabli sur le trône Cadwalon, roi de je ne sais quelles peuplades de Kimrys , vaincu et chassé par un autre. U était mort en 63^2, sans laisser d'enfants, et son frère Judicaël était alorg sorti du cloître pour lui succéder^

Sous ces divers règnes, les relations des Bre* tons avec leurs voisins gallo-romains ou .^franks n'avaient changé en rien; les premiers avaient persisté dans l'habitude d'en vahir à main armée la terre des autres, d'y enlever la vendange ou les autres récoltes, le bétail ou les hommes. Us avaient probablemeiit fait plus d'une de ces incursions hostiles durant le règne de Dagobert; niais celui-ci eut l'air de ne s'en apercevoir qu'en 636, préciisénient à l'époque oîi sa grande expédition contre les Vascons touchait à son terme ou venait d'être terminée^ Il envoya alors saint Eligius ou Eloy en Bretagne, avec commission de sommer le roi Judicaël de* réparer les dommages causés par les Bretons sur le territoire frank et de reconnaître sa suprématie, le tout sous peine d'être assailli par l'armée aux dix ducs^.

Judicaël, trou vaut plus sage d'éluder que de bra-

(1) Td. loç. cil.

45o MOMAHCHIH: FRàNKE

ver la ^ommaùon de Dagobert, se rendit en personne auprès de lui et par de vaines promesses dont la teneur n'est pas même bien constatée ^ satisfit h peu de frais le monarque frank y sans rien perdre de son pouvoir ni de son indépendance^.

Ce démêlé de Dagobert avec les Bretons n'était^ en quelque sorte ^ qu'un incident de la querelle plus grave et plus compliquée du monarque avec le duc Amandus^ et fut terminée avant celle-ci, dans le cours même de l'année 636. Ce fut seulement l'année d'après que les chefs vascons se rendirent à la cour de Dagobert , en exécution de rengagement pris par eux de paraître devant le roi pour lui faire directement leur soumission. Ils y vinrent sous la conduite et sous. les auspices do saxon i£ghinan^ qui avait été par conséquent réin^ tégré dans son ancienne dignité de duc de Vas^ conie^ à la nouvelle conquête que Dagobert venait de faire de ce pays *.

Mais à peine entrés au palais de Clichi ^ les che6 vascons y saisis on ne sait de quelle tefretnr son* <laine | s'échappèrent tous à la fois et coururent se réfugier dans l'église voisine de Saint '^Debis. 11 est permis de soupçonner que Dagobert avait projeté contre eux quelque vengeance tragique dont il^ eurent vent; il fallut^ pour les tirer de leur asile^ leur garantir la vie. Introduits enfin devant le oio-

(i) Id. loc. cit.

(a) Id. loc. cit.

sous DAGOBERT. /^5l

narque, ils lui jurèrent fidélilé et soumission; mais on ne sait pas si, ni à quel titre, le duc Amandus fut admis à prêter ce serment. On ignore de même quels antres arrangements purent être pris, en cette occasion , entre Dagobert et les chefs vascons, concernant les fils de Charibert et leurs droits, tant sur FAquitaine que sur la Vasçonie.

Mais en supposant qu'il y eut en' effet quelques

<^nvetitions à ce sujet, il importe assez peu de les

connaître, puisque, loin de faire ou de maîtriser les

^vëDements ultérieurs ^ elfes fufent au contraire

dominées et annulées par eox. A peine, en effet,

les chefs Tascons qui avaient juré fidélité a Dago^

bert eurent • ils retiré leurs otages et obtenu la

permisdioû de s'en retour^ner, que les affaires de

la Vasçonie reprirent leur courâ accoutumé ; il n'y

fut plus question d'Mghitïan ni d'aucun autre duc

tenant ses pouvoirs d'un roi mérovingien. Quand

nous reprendrons un peu plus loin le récit des évé-

nements particuliers àcepays, nous en trouverons

lesfieiiples et les chefs plus que jamais etinemis des

Franks^ plus que jamais indépendants, et donnant

le ton à l'Aquitaine et k tout le midi de la Gaule.

PJÉRIODE DES MEAOVINGIEirS WJLlNÉJLVTS. LUTTE

NATIONALE DE LA NEUSTBIE ET DE l'aUSTRASIE. . — PREMIERS GABLOVINGIENS. — CHARLES MARTEL.

Dagobert mourut en 638 , laissant pour héritiers de l'empire frank ses deux fils^ Sigebert III et Oovis II; le premier âgé de neuf ans ^ rai d'Austrasie ; le second de quatre ans ^ roi de Neustrie et de Burgondie. Par le règne de ces deux en&nts commence cette période de l'histoire des Mérovin*. giens vulgairement dite des rois fainéants ou des maires du palais; période d'environ quatre-vingts ans, durant laquelle on ne vit régner sur lés Franks que des rois mineurs de raison et de caractère comnûie d'âge y et dégénérés en tout de la vigueur barbare de leurs ancêtres , sans avoir plus ménagé qu'eux les intérêts de la civilisation*

Sous de tels rois^ il était inévitable que des maires électifs, chefs naturels de tous les officiers du palais, et choisis parmi ceux des leudes qui avaient le plus de puissance personnelle , c'est-à-dire le plus de terres et d'hommes attachés à>leur clientelle, il était inévitable, dis-je, que de tels maires devinssent les véritables chefs de l'Etat, surtout après le

LUTTE 1>E LA JNEUSTRIË ET DE l'aUSTRASIE. 4^3

surcroit d'imporlance qu'avait pris cet office sous les règnes de Clotaire II et de Dagobert. On a vu , en effet, Tunité fortuite de ces deux règnes en quelque sorte rompue par cette institution ; on a vu l'Austrasie et la Burgondîe exiger ou se donner pour chefs, à défaut de rejetons mérovingiens, des maires du palais sous lesquels elles s'étaient maintenues en Royaumes distincts, ayant chacun, comme son nom et ^es limites , ses intérêts et sa vanité propres.

Du reste, si les maires du palais s'élevèrent partout à peu près au même degré de pouvoir, si leur volonté et leurs passions devinrent partout le mobile des événements généraux, cette volonté et ces passions ne se manifestèrent point partout sous les mêmes apparences ni ps^r les mêmes effets ; elles lurent partout modifiées par des circonstances locales qui leur étaient antérieures et les dominèrent Jans leur action. C'est un fait capital qui doit ressor- :ir du tableau rapide de cette triste période.

A la mort de Dagobert, son plus jeune fils, Clom II, resta sous la tutelle de Nantilde, sa veuve, et lu maire du palais qu'il s'était choisi, quand il ivait envoyé Pépin en Austrasie comme tuteur le son fils aîné Sigebert; ce maire neustrien se lommait Mga. «C'était, dit Frédégaire, un habile iCHume, de race illustre, très riche, ami de l'équité, nstruit et lettré, mais avare*.» Pris isolément,

(i) Fiedeg. Chion. LXXX.

45/i LUTTE DE LA N£USTai£

quelques traits de cette é!:auche de portrait indiquent un Romain plutôt qu'un Frank ^ et leur ensemble parait caractériser uii homme de mœurs douces y assez éclairé pour envisager le pouvoir royal comme un moyen d'ordre et décidé. à le défendre y mais avec prudence et modération. Favori de Dagobert, il faut bien croire qu'il en partageait les idées et en approuvait la conduite relativement aux prétentions des leudes en général ; cependant le premier acte qu'il fi.| au nom de Clovis II fut de restituer aux leudes de Neustrie et de Burgondie les biens dont les avait dépouillés le monarque défunt^. Il crut sans doute par-là les réconcilier du moins momentanément avec le pouvoir royal. Il mourut en 64o, mais $a Oiort n'amena point de nouveauté ;, l'ioipulsion monarchique du gouvernement de Dagobert détermina le choix du nouveau maire; ce fut Ërkinoald.y personnage de tout point ressembbot à ^a^. et qui aspira comme lui à mfûnlenir ea Neustrie la prépondérance établie de l'autorité royale K

Quant à la B^rgondie^, depuis la mort de Varnakaire, elle n'avait point de maire du palais^ mais il s'y était élevé ^ sous un uutre. titre, m personnage qui le représenjtait et le remplaçait exactement. C'était le patrioe Willibald, ce mêiœ

'î) Id. loc. cit.

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