U LXXXIV
ET DE l'âUSTRASIE. 4 55
seigneur burgondien que j'ai nommé tout à l'heure parifii lés chefs de la grande expédition contre les Vascons*. Willibald avait d'abord exercé son emploi dans les vues de Dagobert et s'était rendu redoutable aux leudes séditieux ou suspects; mats il s'était ensuite radouci , avait fini par se faire parmi eux un parti puissant et par $e constituer le chef de l'aristocratie burgondienne. C'est un fait qui n'est pas clairement énoncé dans les chroniques , mais sur lequel ne laissent guère de doute d'autres faits corrélatifs bien constatés.
£n 641 ^ la reine veuve Nantilde et le maire du palais Erkinoald convoquèrent à Orléans les leudes de la Burgondie^ pour les engager non-seulement à se donner un maife du palais , mais à élever à cet emploi le personnage que la reine y avait destiné comme le plus convenable aux intérêts communs de |p royauté et de la Neustrie. C'était un Frank nommé Flaokat, ennemi personnel de Willibald, auquel ii s'agissait de l'opposer , dévoué à la reine Nantilde par politique et peut-être par des sentiments plus tendres; car, à travers quelques expressions obscures de Frédégaire , on entrevoit que Nantilde iivait eu le dessein de le prendre pour second époux ; mais ce projet ayant rencontré des obstacles, la veuve de Dagobert se contenta de donner sa nièce Ragnoberte pour femme à son favori 2.
(i) Id. LXXXIX. xc.
(:») Sponsalia h«c nescio qiia factîone fiuntur; nam alind consi-
/|:)G LUTTE DE lA ?iia:STRIE
Rieu ue prouve mieux le crédit de Wiiiil)ald en Burgondie que la peine qu'eut la reine Nantilde à lui donner Flaokat pour maire du palais. Elle (ut obligée de gagner un à un tous les leudes bui^ondiensy et encore ces leudes lui vendirent-ils plutôt qu'ils ne lui accordèrent la chose qu'elle désirait. Ils n'élurent Flaokat pour fnaire qu'à la condition de n'être point troublés par lui dans la possession viagère de leurs emplois*. C'était une nouvelle victoire de l'aristocratie burgondienne sur la royauté; c'était un pas de fait vers l'hérédité de3 grands emplois de la monarchie et de la part de pouvoir qui y était attachée. Mais il parait qu'Erkinoald et la reine furent plus touchés delà réussite du moment que des chances périlleuses de l'avenir. Le maire de Neustrie et celui de Burgondie ^ après s'être concertés pour le succès de leurs projets futurs, se séparèrent également satisfaits du résultat actuel d% leurs manœuvres 2.
A peine Flaokat eut-il pris possession de son poste de maire du palais qu'il entra aussitôt en lutte avec le patrice Willîbald. Essayant d'abord de le surprendre, il lui tendit divers pièges quft le patrice, sur ses gardes comme il l'était, évita facilement. Mais aux hostilités secrètes succéda bien-
Hum secrète Flaoehatus et Nantechildis regina roachinaotur, quod rreditur Deo non fuisse placibile. Chronic. LXXXIX.
(i) Ifl. loc, cit.
(%) I<1. loc. %'\\,
KT DE l'aUSTUàSIE. 4^7
tôt une guerre ouverte, et la querelle finit par une bataille livrée en 64 1 aux environs d' Au tu n, dans laquelle chacune des deux factions combattit avec toutes ses forces. Willibald y fut vaincu et tué, mais le vainqueur ne lui survécut que peu de
jours*.
Depuis la mort de Willibald, laNeustrie n'avait plus d'intérêt à donner un maire du palais aux Burgondiens, ni ceux-ci à en avoir un. La Burçondie fut donc réunie a la Neustrie et entra sous sa direction politique immédiate. Maisau point de force et d'indépendance où en étaient les leudes burgondiens, une telle union ne pouvait être que précaire, et il était clair q^ie la moindre querelle entre ceux-ci et le gouvernement de Neustrie séparerait, de nouveau les deux pays en deux États, ou qu'au premier choc accidentel entre les deujt con- Irées récommencerait la lutte de l'esprit monarchique, qui dominait dans l'une, contre les tendances aristocratiques ou anarchiques de l'autre.
L'état de l'Âustrasie n'était guère moins incertain ni moins précaire. Aussitôt après la mort de son père , Sigebert III avait été unanimement proclamé roi par les A.ustrasiens et Pépin était resté son maire du palais. La mort d'un roi énergique et ombrageux comme Dagobert était pour ce chef des leudes austrasiens la circonstance la plus favorable ; elle laissait un jeu plus libre à son ambi-
(i) /c/. XC.
/|58 LUTTE DE LA NEliSTRIE
tion et k ses machinations pour accroître encore son pouvoir. Saint Àrnulfe qui, comme leude, avait été d'abord son collègue de conjuration contre Brunehaut, et puis, comme évéque de Metz, son conseiller fidèle , avait depuis quelque temps renoncé aux poursuites mondaines pour mener la vie d'anacborète. C'était une perle réelle pour Pépin, qui sentait de que) prix était pour lui la faveur de la classe sacerdotale. Mais il eut bientôt trouvé dans Kunibert, évéque de Cologâe, un nouvel appui aussi sûr que celui d'àrnulfe. Secondé par lui, il s'appliqua plus ouvertement que jamais à gagner les leudes d'A.ustrasie, à se les attacher par des caresses, par des bienfaits pu des promesses; et il était définitivement reconnu pour leur patron et leur chef lorsqu'il mourut en 639, un an après Dagobert^
U laissait un fils nommé Grimoald, héritier de ses immenses possessions et de sa popularité , qui aspirait à le remplacer comme maire du palais. Il échoua d'abord; ce fut un leude de la faction opposée et son ennemi personnel, un personnage nommé Otto, gouverneur de Sigebert III, qui fut élu maire d'Austrasie ; mais ce triomphe d'Otto ne fut que d'un moment. Le parti du vieux Pépin, dirigé par Kunibert, eut bientôt repris le dessus; Otto fut assassiné (en 64^1), et Grimoald, nommé à sa place maire du palais, continua dans ce poste
(1^ Fiedciç. Chioriic. I^XXXV.