‹ Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants Germains (volume 2)Chapitre 36 sur 51 · LUTTE DE LA NEUSTHIH · texte numérisé non relu

LUTTE DE LA NEUSTHIH

le feiiiplacer un certain moine nommé Daniel, que l'on alla chercher au fond d'un cloître, fils véritable ou prétendu, légitime ou bâtard de Childéric II, et à qui Ton donna pour nom mérovingien celui de Chilpéric 11^. Cette formalité rem[4ie, Raginfred n'eut plus qu'à s'occuper dé la guerre contre TAustrasie; il la poursuivit avec ardeur et habilement. Hadbode, duc des Frisons, qui aspirait à se rendre indépendant et s'était déjà plusieurs fois révolté contre Pépin , était fort disposé à se sour lever de nouveau contre le faible gouvernement de ses successeurs ; Ragtnfred l'y décida eh s'alliant avec lui 2.

Envahie à la fois au nord par les Frisotis et au midi par les Neustrien^, l'Austrasie était en péril imminent d'être conquise. Dans leur détresse , l^s Àustrasiens s'avisèrent d'avoir recours au fik disgracié de Pépin, à Charles; ils le tirèrent de $a prison et le mirent à leur tête. Charles répondit en héros aux espérances de son parti; battu dans les premières rencontres , il ne perdit point courage et finit par relever la fortune de sa famille. En 7 1 7 , il se trouva en état de prendre l'offensive et s'avança contre les Neustriens, résolu de leur livrer une bataille décisive*.

Ce ^ue des chroniqueurs carlovingiens ont noir

[%) Id. loc. cit.

^ (9.) Id. CVI.

(^J U. loc. cil.

IT DE l'aU8TRAS1E. 4^7

de la différente composition dé Farmëe néùstrienne et de celle d'Austrasiê est Tiiilique fait un peu positif qui nous reste, pour constater que cette nouvelle guerre était, comme les précédentes, une guerre d'opposition politique, utiè gUerré entre une aristocratie et une royauté à peu près également barbares. Ils disent que Tarmée de Charles « était la moins nombreuse^ maiâ composée eti entier de bravés éproîivés à la guerre ^. » Ce détail indique une armée dont les rangs sont principôleraeilt formés de guerriers de profession , d'hommes de la race conquérante, dé leudes de tout ordre, combat tant pour leurs privilèges.

L'armée des Neustriens, ajoutent-ils -, était composée d'une innombrable multitude, mais entremêlée de peuple commun , » c'est-à-dire sans doute , mi-partie de Franks et d'anciens habitants du pays , deGallo-Romains combattant pour le maintien d'un pouvoir qui les protégeait parfois contre les leudes, et dont l'intérêt était naturellentient plus d'accord avec le leur que celui de ces derniers.

Ces deux armées se rencontrèrent à Vincy, proche Cambrai, en 717. Jamais les Neustriens et les Austrasiens n'avaient combattu, les uns contre les âu-

(i) Hilpericus cum innumèraihili éxerciiti, sed vtilgàri quidem coromixta plèbe, Caroli adventum expectabat; Karolus yeroprincepscuin pauciori quidem agmine, sed probatissimis ad cerlamen vins aciem in hostem dirigcbat. Arnlal. Melt. ad an. 717.

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très, avec^tant d'obstination et de fureur que cette fois. De part et d autre le carnage fut tel qu'il fil oublier tout ce que les traditions rapportaient des plus horribles tueries des batailles passées. Les A.ustrasiens gagnèrent celle-ci et poursuivirent les débris de larmée neu^trienne jusque sous les murs de Paris.

Cette victoire de Charles à Vincy ne fut cependant pas si .avantageuse pour lui que l'avait été pour Pépin celle de Téstri^ Elle ne lui donna que TAustrasie, dont il se fit nommer duc , titre nouveau qui lui suffisait pour le moment; il voulut aussi, par un surcroit de prudence, faire un roi d'Austrasie; il appela Clotaire IV, le fantôn;ie mérovingien, qu'il mit alors sur le trône, et Ton sait à peine où il le prit.

Les Saxons s'étant révoltés contre les Franks en 718, Charles mena les Austrasiens contre eux pour les soumettre de nouveau*, et les Neustriens profitèrent de ce répit pour, se refaire de leur déroule de Vincy. La principale mesure de Raginfred, pour se mettre en état de poursuivre la guerre, fut de conclure une alliance avec Eudon, duc souverain de Vasconie et d'Aquitaine. L'année d'après, ce duc, passant la Loire à la léte d'une armée, vint se réunir aux INeustrieuis , et marcha avec Raginfred

contre les Austrasiens. Charles ne les attendit pas;

(0 Fiedcg. Conl. IL CVIII.

ET DE l'aUSTRASIE. 4^9

il vint au-devant d'eux et les poussa sans combat jusqu'à Paris*.

A son passage par cette ville -, Ëudon en enleva le roi Chilpëric II et son trésor, et continua paisiblement, avec cette proie, sa retraite vers la Loire. Mais peu de temps après, Charles lui ayant proposé son alliance, à la condition de lui remettre entre les mains le roi enlevé et son trésor , il accepta le traité et renvoya aussitôt Chilpéric II en Neustrie.

Chilpéric ne pouvait arriver plus à propos; le roi d'Austrasie, Clotaire IV, venait de mourir, et Charles cherchait quelqu'un pour le remplacer. Chilpéric n'avait aucune vertu qui le rendît impropre à cet usage; il fut donc reconnu roi d'Austrasie, comme il était déjà censé l'être de la Neustrie et de la Burgondie, et Charles fut dès lors le vrai souverain des trois pays.

(i) Td. Joe, cit.

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