‹ Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants Germains (volume 2)Chapitre 7 sur 51 · S FRAUKS DANS LA GAULE · texte numérisé non relu

S FRAUKS DANS LA GAULE

Ëiifia^ au nombre des usages geriDaniques priliiitifs iCODsâorës par la loi salique il faut comprendre'l«>cérémôDie par lac^uelle un homme en dlési-^ pliait un autre pour héritier ou pour donataire de laftotalité où d^une partie quelconque de Son bien> Cette <^remopie se bornait, de la part du donateur^ h^ jéief dans le sein du donataire ou à lui mettre entre les mains une brandie de verdure, un jonc, un briq d'herbe ou tout autre chose pareille , en. nôintndtit et 'Spécifiant là chose donnée^.

J'auraii pat* ia suite mainte occasion de revenir sur le^ mceurs et les institutions primitives des Franks; mais je crois dès à présent en avoir dit assez pour constater Tunique chose que j'eusse besoin de constater ici sur eux. Je crois avoir mon* tré qu'à l'époque où ils commencèrent à être régis par la loi salique, c'est-à-dire un peu avant Clovis,, les Franks étaient encore, dans toute la force et toute la propriété historique du terme, un peuple germanique; je veux dire qu'il n'y avait encore,, dans ce qui est connu de leur condition sociale et politique , rien qui se présente comme le résultat obligé d'une influence étrangère, romaine ou autre, rieti; c^ui ne se déduise facilement des anciens usages gern(ianiques , qui ne s'annonce clairement pour en être un simple développement, une pure modification.

Maintenant, y £^vait-il dans cette condition des.

( I ) T'a. XLYIII. De afTaloniio.

AVANT CLOVIS. a 5

Fraoks, comparée à celle des Germains de Tacite^ nn petfectionnement quelconque, un progrès dans Je sentiment et la pratique de la vie politique et civile? A s'en tenir à des vraisemblances un peu vagues et fondées sur des raisonnements plutôt que sur des faits, on pourrait, on devrait même croire à ce progrès. La loi salique sous laquelle ils vivaient (peu importe ici qu'ils Teussent faite ou adoptée) semblait être, à tout prendre, plutôt un perfectionnement qu'une altération des anciens usages, des institutions traditionnelles de la Germanie; et ce perfectionnement, s'il était réel, en impliquerait naturellement plus d'un autre. Mais pour conclure quelque chose de la loi salique relativement à la culture générale des Franks, c'est moins au texte, à la substance de cette loi qu'il faudrait avoir égard, qu'à la manière dont elle était entendue et pratiquée. Or, c'est là sur quoi Ton ne sait rien de positif et sur quoi l'on est embarrassé à former des conjectures.

Le fait est qu'en rapprochant et en combinant toutes les données d'après lesquelles ou arrive à se faire quelque idée des Franks, à l'époque dont il s'agit et long-temps après, on ne peut se les figurer que conmie un peuple de mœurs très rudes et très, gi'ossières , comme un peuple encore franchement et décidément barbare, ne connaissant encored'autre force que la force matérielle et ne pouvant en mettre d'autre à rien de ce qu'il enlreprenait^ Jeté brusquement par la conquête au milieu d'une

a6 L£S FRANKS DANS LA GAULE aVaNT GLOVIS.

civilisation corrompue, amollie et désorganisée, un tel peuple ne devait y chercher que les moyens de satisfaire ou d'exalter les passions naturelles du Barbare, l'avidité, la cruauté, le besoin eflréné de jouissances matérielles. Mais je ne veux point anticiper sur les événements, et je reprends, parle tableau du règne de Clovis, des récits trop longtemps interrompus.

CLOVIS. — TABLEAU DE SES GUERRES ET DE sis

CONQUÊTES. LE SUD-EST DE LA GAULE R^UIfl

DE NOUVEAU A l'iTALIE. — CONSIDÉRATIONS GÉ- NÉRALES.

Je reprends à Fannée 483 le récit des ëyénements depuis lors suspendu. C'est là que j'ai laissé Syagrius, gouvernant encore, on ne sait comment ni avec quel degré de force , les débris de la Gaule romaine; le vieux Gondebaud dominant à Lyon sous les titres disparates de patrice romain et de roi des Burçondes; Alaric^ le fils et le successeur déjà amolli d'Euric, régnant à Toulouse sur les puissants Visigoths; Clovis à Tournai déjà recbnnu roi des Franks mérovingiens , mais n'ayant encore eu ni donné aucun présage de sa destinée; et enfin les Bretons indépendants^ qui , restés ou redevenus plus qu'à demi barbarçs^ ravageaient et pillaient sans relâche les 'terres de leurs voisins gallo-romains.

Chacun de ces divers peuples aspirant à s'étendre aux dépens de Syagrius, et cliacun d'eux ayant plus ou moins de chances d'y réussir, il était facile de prévoir que toute cette portion centrale de la

nS RÈGNE

Gaule se disant encore romaine allait comme Ie& autres passer sous la domination des BarbareSi. Desquels? C'était là toute l'incertitude.

Nous savons que, des trois peuples germains dès lors établis dans les limites de la Gaule romaine,, deux, les Visigoths et les Burgondes, étaient chrétiens, mais ariens, et le troisième, les Franks, encore pJongé dans toute la barbarie du paganisme germanique. Nous avons vu que l'arianisme des Bur* gondes n'était ni oflensif ni redoutable pour le catholicisme, mais qu'il n'en était pas de même de celui des Visigoths. On se rappellera le projet hautement déclaré par Euric de faire régner sa secte partout où il régnait lui-même. Alaric n'avait , il est vrai, adopté sur ce point ni les sentiments ni les plana d'Ëuric ; loin d'inquiéter les évéques catholiques de ses États, il semb a dès le début de son règne avoir pris à tâche de leur faire oublier le$ terreurs et les soucis que son père leur avait causés. Mais un roi plus fanatique ou plus religieux qu'Alaric pouvait lui succéder, et l'arianisme restait pour te clergé gallo-romain un sujet perpétuel de terreur et de souci. Cette hérésie, étant celle des Barbares de la Gaule les plus puissants, les plus éclairés et les plus policés, semblait par cela seul destinée à gagner de jour en jour du terrain sur le catholicisme jusqu'au jour où elle (inirait par le détrôner. Il n'en fallait pas tant pour rendre la domination des Visigoths odieuse ^u clergé catholique ; celle même des Burgondes lui était suspecte^

DE Clovis. ag

Les Franks restés païens lui faisaient moins d'ombrage ; il pouvait sp flatter de les convertir, et au pis aller, leur grossier paganisme ne pouvait être contagieux pour les Gallo-Romains. S'il était facile à ceux-ci de tomber dans une hérésie spé* cieuse qui avait été plus d'une fois sur le point de devenir la croyance de TEmpire et puissante encore, il leur était impossible de rétrograder jusqu'à un paganisme dont le culte commandait ou admettait les sacrifices humains. Le clergé galloromain, je veux dire la portion active de ce clergé, fonda sur ces considérations un plan de conduite qui peut seul expliquer les succès des Franks , succès hors de toute proportion avec leurs moyens matériels. Au lieu de voir avec terreur les tribus de ce peuple s'agiter le long de la Meuse et de la Mor selle, au-delà de l'Aisne et de la Somme, aux environs de Tournai, les plus entreprenants des évéques catholiques les considéraient plutôt avec une certaine satisfaction, fondant sur elles de vagues espérances pour l'avenir.

Déjà antérieurement à 481, Childéric régnant encore, il y avait eu parmi les Gallo-Romains de la frontière septentrionale des Burgondes (à Langres et au3^ environs) des intrigues et des mouvements qui avaient pour but d'attirer les Franks dans le pays et de leur en livrer la seigneurie. C'était l'évéque de Langres, Apruncule, qui s'était mis à la tête de ces intrigues *; elles avaient été décou-

(i) Intereà, cum jam terror FraDcorum resonarct în his partibus.

3o Ri:GN£

vertes et dénoncées à Gondebaud, qui avait aussitôt expédié Tordre d'arrêter Apruncule; mais, averti à temps, celui-ci s'était évadé et avait couru chercher un refuge au-delà de la Loire , chez les Arvernes qui plus tard le firent leur évéque.

Je ne sais s'il serait exact de dire que la tentative d' Apr uncule fut man quée ; cette tentative se réduisait à un appel aux Franks ; or, il y a lieu de croire que cet appel ne fut pas tout-à-fait perdu. U est permis de le compter pour quelque chose parmi les raisons qui un peu plus tard déterminèrent Qovis à s'avancer en conquérant dans l'intérieur de la Gaule.

Ce fut vers 486 que ce chef, à peine âgé de vingtdeuxans,s'associantàson parentRagnakaire,roi des Franks de Cambrai, entreprit avec lui une expédi* tion contre Syagrius et se dirigea sur Soissons, dont ce dernier avait fait le chef-lieu des.pays sur lesquels il régnait encore *. On ignore la force des deux tribus frankes momentanément confédérées ; mais , à l'évaluer par conjecture, on ne peut guère la supposer de plus de dix ou douze mille combattants. Syagrius s'avança contre elle avec les troupes dont il pouvait disposer, et la bataille se donna dans le voisinage de Soissons. Tout ce qu'en dit l'histoire, c'est que Syagrius fut battu, s'enfuit, et courut à Toulouse chercher un asile chez le roi des

et omnes eos amore desiderabili cuperent regnare, Sanct. Aprunculus, LÎDgonicx civitatis épiscopus, apud Burgundiones cœpit haberi suspectus. Gregor. Tur. Hist. II. 23. (i) Gregor. Tur. II. 27.

DE CLOVIS. 3l

Visigoths. Soissons fut pris, pillé et occupé par les vainqueurs ^.

Il fallut encore au moins deux campagnes à Govis pour achever de conquérir ou d'occuper le reste du pays, de l'Aisne à la Loire *. S'il éprouva des résistances, comme il y a diverses raisons de le présumer, s'il fit ces deux campagnes seul ou avec les secours de quelque allié, quel intervalle il y eut entre les deux expéditions, ce sont des choses que l'histoire ne dit pas et qu'il faut se «^soudrè à ignorer.

Nous avons déjà vu que les Franks étaient restés beaucoup plus barbares que les Visigoths et les Burgondes , et il y parut bien aux débuts de leur conquête. Partout où ils passèrent, il^ pillèrent et dévastèrent tout, et de préférence à tout les églises *. Ces pillages l'appellent aussitôt l'histoire du fameux vase de Soissons, histoire si fréquemment répétée et si connue que j'éprouve une certaine répugnance à la dire encore une fois, mais néanmoins trop caractéristique pour être omise. La voici donc dans les termes même de Grégoire de Tours, dont rien ne pourrait remplacer l'énergique naïveté.

a Les Franks avaient enlevé d'une certaine église tous ses ornements , et, entre autres choses , un

(i) Id. loc.dt.

(a) Gesta Franoor. XIV.

(3) Gregor. Tur. loc cit.

vase d'une grandeur et d'une beauté merveilleuses L'évéque du lieu envoya des messagers au roi pour le prier de lui restituer , sinon les autres ornements de réglise , au moins ce vase. Le roi ayant entendu la demande dit au messager : « Suis-oous « jusqu'à Soissons; là se fera le partagedu butin; « quand ce vase sera entré daets ma part , je ferai « ce que Tévêqup désire. »

«Les Franks étant donc arrivés à Soissons et tout le butin ayant été entassé en un lieu y le roi se prit à dire : « Braves guerriers, je vous prie de me don- « ner, en sus de ma part, ce vase que voici. )> C'était le vase en question. Le roi ayant parlé de la sorte, les plus sensés répondirent : « Glorieux roi, toutes « les cfaoses^ue nous voyons ici sont à toi et nous-^ « mêmes nous sommes soumis à ton commande^ « ment; fais donc ce qui te p)ait, car nul ne peut « résister à ton pouvoir. »

« Quand ils eurent ainsi parlé, un Frank envieux, étourdi et vain, éleva la voix, et frappant le vase de sa hache, a Tu «n'auras de tout cela que ce que le « sort te donnera. » À ces paroles tous restèrent stu*» péfaits; mais le roi prit l'insulte en douceur. Ayant ensuite obtenu le vase, il le rendit au député de l'évéque; mais il garda au fond de sou cœur le ressentiment de son afTront.

K Un an se passa, au bout duquel il ordonna à toute sa troupe de s'assembler au Champ-de-Mars pour y montrer ses armes reluisantes. Ayant passé tous les autres en revue, il vient à celui qui avait

frappé le vase et lui dit : « Personne ici n'a des armes aussi mal tenues que toi; ta lance ^ ton épée et ta hache ne sont pas en état de servir. » Et làdessus , lui arrachant sa hache, il la jeta à terre. L'honune 3e baisse pour la ramasser , et le roi, levant alors des deux mains sa propre hache , la hii enfonce dans le crâne, a ^nsi as-^tu fait au vase de Soissons, lui dit-il. » Ayant de la sorte tué celui-là, il ordonna aux autres de se retirer et se fit par cette action grandement redouter *. »

C'est là ce que Ton pourrait.nommer le premier acte connu de la royauté franke de Clovis dans la Gaule, le premier indice de ses relations ordinaires avec ses sujets germains. Il débuta d'une manière non moins énergique , non moins significative dans ses rapports avec les Gallo-Romains, comme leur conquérant et leur roi. Informé de la i;etraite de Syagrius à Toulouse, il se hâta de le réclamer, ^t Âlaric le lui livra avec une lâcheté de sinistre augure pour lui. A peine au pouvoir de son vainqueur Syagrius fut décapité , et Clovis se tint dès ce raoment, pour le maître de tout le pays sur lequel le fils d'iEgidius avait régné 2.

On sait que les Visigoths et les Burgondes avaient obligé les GaHoJlomains à leur céder une portion considérable de leurs telles; on ignore si les Franks firent quelque chose de semblable. L'opi-

(i) Id. loc. cit.

(2) Id, loc. cit.

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