‹ Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants Germains (volume 2)Chapitre 8 sur 51 · II · texte numérisé non relu

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nion commune est qu'il y eut, à teur arrivée, un pillage -désordonné de teiTes, comme de richesses mobiliaires , mais point de partage régulier. Il est \rai que l'histoire ne parle pas d'un tel partage , mais la vraisemblance oblige presque à le supposer.

Nul doute que les Fraiiks qui suivirent Clovis ne possédassent déjà des terres dans leurs premiers établissements en Belgique. Plusieurs sans doute s'en retournèrent d^ns ces terres, et ceuxlà n'eurent pas besoin d'en prendre ou de s'en faire donner d'autres dans les pays nouveUement conquis. Mais une chose encore plus certaine, c'est que la plupart des guerriers de Govis s'établirent avec lui en -deçà de l'Aisne ^ dans le nouveau royaume, et à ceux-là il fallut bien de nouvelles demeures^ et de nouveaux champs. Le plus probable est qu'ils en eurent à la suite d'un partage plus ou moins régulier, comme les autres Barbares.

Grégoire de Touris dit qu'aussitôt après s'être établi dans le pays qu'il venait de conquérir, Clovis fit beaucoup de guerres où il remporta beaucoup de victoires*; mais il n'indique ni les causes, pi le théâtre, ni les dates de ces guerres, il n'en rapporte pas le moindre incident. Q^lle contre les Bretons armoricains dut être l'une des premières ; mais il n'y remporta point de victoire. Il attaqua ces peuples à diverses reprises; mais ils lui résis-

(i) Milita bella vicloriasque fecit. Hist. II. 27.

tèrent area succès; il assiégea Nantes, mais il ne put le prendre.

* Procope^ qui parle de cette guerre , dit qu'elle se termina par un traité d'alliance en vertu duquel les deux nations n'en firent plus qu'une. Procope a certainement confondu dans cette notice les Bretons de l'Armorique avec les Gallo -Romains dont Syagrius avait été le roi. Les faits subséquents prouveront assez que les Bretons et les Franks furent long-temps les uns pour les autres des ennemis acharnés^*

Clovis eut ensuite avec les Thurii\giens des démêles dont les motifs ne sont point connus; tout ce que l'on entrevoit des relations de ce peuple aVe« les Frànks , c'est qu'il avait pour eux une horreur dont l'histoire cite des traits efSrayants, En 49%^ Clovis mena son armée en Thuringe, en battit les habitants et les soumit à $on pouvoir, dit Gré^ire de Tours 2 ; mais c'est là une de ces expressions du bon évéque qu'il faut s'accoutupGier à prendre avec une grande latitude ,, sous peine d'y être souvent trompé.

Jusque là Clovis était resté païen ; mais son paga-^ nisme ne l'empêcha pas de rechercher pour feiume une princesse chrétienne et de l'obtenir. J'ai raconté ailleurs comment Gondebaud, le roi des Burgondes, fît périr son frère Chilpéric, en repré-

( ] ) De bello GoCbîco. I.

(a) Eosquc suis ditionibus subjugavit. II. 27.

sailles d'avoir été par lui chassé du trône. On : rappellera que Chilpëric avait laissé deux fiUes i bas âge 9 que Gondebaud avait recueillies aupr de lui j sans s'inquiéter de l'effet que pourrait pr dnire sur elles la vue journalière du meurtrier < leur père. Chrona, Tatnée de ces filles ^ avait en brassé de bonne heure la vie religieuse; Clotilc était restée auprès de son oncle, menant une v pieuse et retirée. Elle n'était déjà plus à la flei de la jeunesse; mais il parait qu'elle était belle < attrayante.

Le renom de^sa beauté parvint aisément à Clov par Fintermédiaire des ambassadeurs qu'il envoya fréquemment en -Burgondie. Il la fit demanda pour femme à Gondebaud, qui n'osa pas la li refuser, et il Tépousa cette même année , ayant de; un fils nommé Thierry qui, bien que né d'une coi cubine, n'en fut pas moins réputé par la suite ] légitime alué de ses quatre fils ^.

On ne sait si , durant les sept ou huit première années du règne de Govis , le clei^é avait été portée de faire des tentatives un peu sérieuses pou le convertir au christianisme; mais dès l'instant o Clotilde fut devenue sa femme, tes prêtres eurer un moyen assuré et facile de parler au conquérant la jeune reine chrétienne devint naturellement leu

(i) Gregor. Turon. Hist. II. a8. Voir à Pappendice decevo quelques observations sur les récits romanesques du mariage d Clotilde et de Clovis.

interprète et leur organe auprès de lui^. Elle pré«* chait assidûment le roi, dit Grégoire de Tours ^ sans ajouter expressément , il est vrai , que ce fui k l'instigation du clergé; mais le langage et les raisons qu'il lui met* dans la bouche suppléent de reste à ce qu'il ne 'dit pas. Il fait doctement disserter la jeune reine contre les dieux païens ; il la fait déclamer contre Saturne chassé et détrôné par son fils Jupiter , et contre Jupiter lui-même dont elle a Taîr de savoir tous les scandales, sans en excepter celai de Ganymède , et auquel elle reproche son mariage incestueux , citant en preuve du fait Thémistiche de Virgile où Junon se glorifie d'être à la fois réponse et la sœur du souvet*ain des dieux ^. S'il est vrai que Clotilde étalât toute cette mythologie à Clovis, on croira aisément qu'elle ne faisait que lui réciter des leçons dictées par les prêtres,

Clovis aurait pu répondre que ses dieux ger' mains étaient étrangers à tous ces scandales des dieux de la Grèce et de Rome; il se contentait de manifester sa répugnance à changer de religion, répugnance principalement fondée sur la crainte qu'il avait de déplaire à ses guerriers par ce changement.

Les choses restèrent dans cette indécision jusqu'en 496, où Clovis fut obligé de marcher contre Jes Allemanes, qui venaient de passer le Rhin avec

(i) Vila S. Armiltî. apud Bolland. 18. jun. (2) IL 29.

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des projets hostiles. Il leb rencontra à Tolbiac, quelques milles en avant de Cologne. La bataille fîit sanglante , long-temps douteuse j et Clovis semblait au moment de la perdre , lorsqu'il s'avisa d'a-^ dresser une prière à ce Dieu inconnu' que lui prêchait Gotilde, lui demandant la victofre et lui promettant y s'il l'obtenait, de croire en lui. A peine eut-il achevé sa pri^e que les Allemane%» ayant vu leur roi tomber mort, se mirent à fuir et finirent par se soumettre à Clovis ^.

Miracle à part, cette victoire de Clovis sur les Âllemaùes est. importante comme premier indice d'un &it à noter. Jaloux de la conquête que les Franks venaient de faire du Nord de la Gaule, les autres peuples germains restés au-delà du Rhin se tenaient incessamment, selon l'antique habitude, aux aguets des occasions de passer le fleuve pour venir ^ de gré ou de force, prendre leur part de cette terre qu'ils regardaient comme la proie commune des hommes de leur race. Tel était sans doute le projet des AUemanes; mais ils arrivaient trop tard; la Gaule était échue à des conquérants bien résolus à en interdire l'entrée à tout nouvel arrivant, et qui ne manquaient ni de force ni d'énergie pour maintenir leur t'ésolution.

De retour auprès de Clotilde, Clovis lui raconte tout ce qui vient de lui arriver, le danger qu'il a couru, la prière et le vœu qu'il a faits, la victoire

(i) Orcgor. Tur. Hist. II. 3a.

DE CLOYIS. 39

qu'il a remportée. Clotilde fait aussitôt appeler saint Rémi, évéque de Reims, afin qu'il décide par ses exhortations pieuses la conversion si désirée. Saint Rémi eut dès- lors avec Clovis des entretiens où il put le presser sérieusement d'embi^sser enfin le culte de ce Dieu qui l'avait rendu victorieux. « Je t'écouterais volontiers, lui répondit Govis (au « témoignage de Grégoire de Tours ) , si ce n'était « que le peuple qui me suit ne veut pas renoncer « à ses dieux. Cependant j'irai à eux et leur répéa terai tes paroles. » Là-dessus, continuer l'évéque historien, ilassembla les siens, et la grâce divine ayant devancé l'effet de son discours, le peuple s'écria tout d'une voix ; ce Nous renonçons aux dieux «mortels, 6 roi pieux, et nous sommes prêts à a croire au Dieu immortel que prêche Rémi ^. »

Le prodige ne fut pas tout-à-fait aussi complet que Grégoire semble le croire et le proclamer ici. Parmi les guerriers de Clovis il y en eut un grand uombre (trois mille, selon quelques témoignages) qui, mécontents de la conversion de leur chef et; n'en voulant pas être les témoins, se retirèrent derrière la Somme , païens comme ils étaient venus, et passèrent , à ce qu'il semble , au service de Ragnakaire , chef de la tribu franke de Cambrai ^.

(i)II.3i.

(2) MuUi de Francorum exercitu, necdurn ad fidem cooverai, cum régis parente RagaDario ultra Summam aliquandiu degerunt.

HiDcniar. ViU S. Remigii.

4o RÈGN£

Malgré cet échec , ce fut une grande fête que celle du baptême de Govis ^ et l'on se figure sans peine avec quels transports de zèle et d'allégresse saint Rémi et le clergé catholique en firent les apprêts. Grégoire de Tours qui, à l'intervalle d'un siècle, décrivait ce baptême, semble avoir essayé de réunir, pour eu tracer le tableau, tout ce qu'il pouvait mettre dans son langage de poésie , d'élévation et d'éclat. « Transporté de la plus extrême joie, dit-il. Je saint évêque ordonne d'apprêter le bain purificateur. L'église est ombragée de voiles ornés de peintures, et ses murailles sont décorées de tapisseries blanches; le font baptismal est pré-> paré, l'encens est répandu, les cierges odorifères sont allumés , tout le temple du baptistère est rempli d'une odeur céleste, et Dieu comble les assistants d'une grâce telle qu'ils s'imaginent être ravis au milieu des parfums du Paradis. Le roi demande au pontife à être baptisé le premier. Le nouveau Constantin s'avance vers le saint lavoir, pour s'y purifier de la lèpre originelle, pour effacer par l'ablution nouvelle les souillures des vieilles taches ; et à peine est-il entré dans l'eau baptismale que, d'une voix éloquente, le saint évêque lui dit :<c Baisse la tête, fier Sicambre; adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré*. »

Grégoire de Tours évalue à plus de trois mille le nombre des guerriers de Clovis qui furent bap-

(i) Hisior. II. 3i.

DE GLOVIS. 4l

tisés avec lui. Je suppose que ce nombre faisait à peu près la moitié de son armée. Avec lui reçurent aussi le baptême ses deux sœurs , Âlboflède et Lantehild, la première encore païenne et la seconde déjà chrétienne, mais arienne*.

Jusque là Clovis n'avait guère été, au milieu de la Gaule, qu'un conquérant barbare isolé, le clei^é ne pouvant ni ne voulant faire pour lui rien d'important et de hasardeux avant de l'avoir fait luimême chrétien et catholique. Mais Clovis converti devient tout à coup un autre homme et sa destinée une destinée nouvelle. C'est un roi que le clergé peut désormais recommander à la piété et à l'obéissance des Gallo-Romains , sur lequel il peut agir par ses doctrines et ses conseils, avec lequel il a, dès ce moment, une multitude d'intérêts communs. C'est un champion qu'il peut opposer aux hérétiques visigoths et burgondes. Aussi sa joie éclata -t- elle vivement, près. et loin, à la nouvelle de la grande conversion du fier Sicambre, devenu en un clin d'œil le nouveau Constantin.

Anastase venait d'être élu pape, et l'un des premiers actes du nouveau pontife fut d'écrire à Clovis une lettre de félicitation qu'il lui envoya par un prêtre nommé Eumérius. « Nous avons voulu , lui écrivait-il, te faire part de notre satisfaction, afin qu'en l'apprenant tu croisses en bonnes œuvres , inett^t ainsi le comble à notre joie, et afin que

(i) Loc. cil.

4^2 BÈGNE

l'église elle-même se réjouisse de ravancement d'un si grand roi qu'elle vient de donner à Dieu. Sois donc pour cette église, pour cette nouvelle mère, une couronne de fer; et nous, louons le Seigneur d'avoir ainsi pourvu aux besoins de son église, en lui donnant pour défenseur un si grand prince, un prince armé du casque du salut contre les efforts des impurs^. »

Une autre lettre adressée à Clovis dans la même circonstance, et plus remarquable encore que la précédente, bien que ne venant pas de si haut, lieu , ce fut celle d'Avitus , évêque de Vienne. J'en citerai quelques traits; ils feront naturellement suite à d'autres passages des lettres du même évêque que j'ai déjà rapportés précédemment comme autant d'indices des plans des meneurs du clergé gallo-romain relativement aux chefs barbares de la Gaule.

ce Enfin , écrivait Avitus à Clovis , la Providence vient de trouver en vous un arbitre à notre époque. Tout en choisissant pour vous, vous décidez pour nous tous. Votre foi est notre triomphe. Que la Grèce (l'Empire d'Orient) se réjouisse d'avoir un prince de notre loi 1 Partout sont célébrés les neureux triomphes que ce pays obtient par vous. Nous-mêmes nous ne sommes pas étran-

(i) Dominum coUaudamus qui» io tanto principe provint £crlesiaB , qui possit eam tueri , et contra occurrentes pestifcrorum conatus galeam salutis induerc.

^ers à un si grand bonheur , et chaque combat que vous livrez là où vous êtes est ici une victoire pour nous^.»

De telles protestations, adressées à Clovis par un des chefs du clergé bui^ondien j avaient assez l'air # de reproches indirects, de menaces vagues contre le gouvernement arien de laBurgondie, menaces bientôt suivies d'événements qui semblèrent n'en être que Taccomplissement.

Une conspiration fut tramée contre GondeBaud, conspiration à la tête de laquelle se mit Godegisile, son frère, qui régnait sur un tiers de la Burgondie dont Genève était le chef-lieu. Cette conspiration avait été concertée avec Qovisf II ne s'agissait de rien moins que de détrôner Gondebaud et de donner le royaume entier des Burgondes à Godegisile, qui s'était engagé à reconnaître le roi des Franks pour chef et à lui payer tribut*.

La conspiration éclata au point et de la manière convenus. En l'an 5oo , Qovis , à la tête de ses Franks , entra hostilement en Burgondie, et Gondebaud s'avança aussitôt contre lui avec son frère Godegisîle. Les armées se rencontrèrent à Dijon, sur la rivière d'Ouche. La bataille à peine engagée, Godegisile passe du côté de Clovis, et leurs forces réunies écrasent i'armée de Gondebaud. Celui-ci

(i) Tangitetlam nos félicitas ; quotiescumqaeillic pu^atis, viorcimus.

(2) Gregor. Turoû. Hist. H. 32.

44 RtelfE

prend la fuite et vole d'un trait s'enfermer dans Avignon. De son côté Godegisile^ triomphant et déjà maître en idée du royaume de so» frère, en traite avec Clovis et court s'établir à Vienne^. • De son côté Clovis, décidé à poursuivre ses succès et à prendre Gondebaud dans Avignon , se met aussitôt en marche dans cette direction , brûlant, dévastant tout sur son passage et poussant captives devant lui les populations des villes où il est eûtré. Arrivé devant Avignon il y met le siège. Gondebaud, qui ne s'y attendait pas, en est fort trpublé , et dans son péril il consulte Aridius , * Gallo-Romain dans lequel il avait mis toute sa confiance. « Je sui« de tous côtés environné de soucis, lui dit-il; voilà que ces Barbares sont venus contre nous pour nous égorger et détruire tout ce pays, et je ne sais quoi faire ^. »

Il est curieux d'entendre le chef des Burgondes traiter les Frauks de Barbares, et à quelques égards il eu avait le droit. La suite de l'histoire n'est pas moins singulière, ail te faut apaiser la férocité de cet homme ou périr , répondit Aridius à Gondebaud. Si donc tu l'agrées , voici ce que je pense faire. Je feindrai de t'abandonner et . de passer à Clovis, et pne fois que je serai auprès de lui je ferai si bien qu'il ne détruira ni toi ni le pays. Fais seulement ce qu'il te demandera par mon conseil,

(i) Id, loc. cit.

(a) 1(1. loc. cil.

jusqu'à ce que Dieu daigne rendre de nouveau tes affaires prospères. — Je ferai tout ce que tu voudras, dit le roi. »

Là-dessus Aridius prend congé, et se rendant auprès de Clovis : « Roi très pieux , lui dit-il , j'ai abandonné ce misérable Gondebaud pour venir humblement offrir mes services à ta puissance ; et si ta piété daigne abaisser les yeux sur moi, je serai pour toi et les tiens un serviteur fidèle et pleinement dévoué. » •

Clovis accueillit Aridius. avec empressement et le retint volontiers auprès de lui; car il était, dit Grégoire, agréable parleur, excellent conseiller, juge équitable et fidèle à s'acquitter des choses qui lui étaient commises. Un jour, tandis que Clovis entourait la ville avec son armée, Aridius lui dit : «0 roi! tu n'as pas besoin de conseils; si néanmoins ta glorieuse^ altesse daigne accueillir quelques paroles de son humble serviteur, je dirai fidèlement ce que je crois être de ton intérêt et de celui des villes par lesquelles tu dois passer. .Âquoi bon, continue-t-il , retenir ici ton armée, tandis que ton ennemi occupe une place aussi forte? Tu as beau ravager les campagnes, faire dévorer les -prairies, couper les vignes par le pied, abattre les plantations d'oliviers, anéantir toutes les productions du pays; tu ne fais a\icun mal à ton ennemi. Envoie-lui plutôt des messagers pour le sommer de te payer un tribut annuel. S'il consent à le* payer et à te reconnaître pour chef, tu

46 HÈGK B

épargneras la contrée; s'il refuse, fais alors ce qui te plaira K »

Clovis, approuvant le conseil , se hâte de conclure avec Gondebaud un traité par lequel celui-ci s'engagea lui payer un tribut annuel , et il se retire aussitôt avec son armée ^ enchanté d'avoir deux tributaires au lieu d'un; car, tout en faisant la paix avec Gondebaud y il ne rompit point avec Godegisile. Bien loin de là; il lui laissa, en quittant la Burgondie, une assez forte troupe de Franks auxiliaires, dont il prévoyait sans doute qu'il allait avoir besoin.

Et en effet, à peine délivré de Qovis et de ses Franks , Gondebaud sort d'Avignon , rallie ses forces dispersées et marche rapidement contre son frère Godegisile, qui s'enferme à Vienne. Il l'assiège , le prend et lui &it couper la tête , sans épargner ses complices, les uns Burgondes, les autres Gallo-Romains de famille sénatoriale. Il régna seize ans encore après cette expédition , sans payer de tribut à Clovis, sans être de nouveau inquiété par lui et malheureux seulement d'être un moment, son allié.

Cette conspiration manquée ne fut pas sans in* fluence sur le sort des pays gouvernés par Gonde«> baud. Ce fut après avoir si promptement et si heureusement Recouvré son royaume que ce roi donna à ses sujets, tant Romains que Burgondes, les

(i) Jd. loc. cil. . .

DE GLOVIS. 47

codes dont j'ai tâché ailleurs de donner une idée; et il est assez vraisemblable que le désir de se ren» dre populaire , pour mieux se mettre à l'abri du mécontentement des évéques catholiques et des conspirations armées que ces mécontentements devaient naturellement provoquer , eut quelque part aux adoucissements apportés alors à la condition des Gallo-Romains du royaume de Burgondie*.

Le péril dç Gondebaud avait été un avertissement pour Alaricy roi des Visigoths, et un avertissement d'autant plus significatif qu'il y avait déjà eu, entre ce dernier et Clovis, des sujets de que^relie qui , plus tôt pu plus tard, ne pouvaient manquer de se renouveler.

On ne sait précisément ni à quelle époque ni à quelle occasion s'étaient manifestés les dissentiments dont il s'agit; mais c'était trois ans au moins avant la première guerre de Burgondie, par conséquent vers 497 au plus tôt, et c'était peut-être à propos de la guerre de Clovis contre les Thuringiens, peuples auxquels nous avons vu que le puissant Ëuric, roi des Visigoths, avait accordé une sorte de patronage, et aux affaires desquels il eût été tout simple qu'Âlaric prit intérêt. Mais quelle qu'en eut été la cause , le démêlé avait été assez grave pour que le bruit en fiit allé jusqu'à Théodoric I" , roi des Ostrogoths en Italie.

(i) Burgundionibus leges mitiores instîtuit, ne Romanos oppri-* merent. Gregor. Tur. Hist. IL 33.

Je n'ai point eu Toccasion de parler des Goths orientaux y depuis Tannée tvjki époque où j'ai laissé la moitié de ce peuple en lUyrie, sous le commandement de Théodoric, fils de Théodomir, à peine âgé dç vingt ans. Vers le même temps une autre tribu du même peuple était cantonnée en Thrace , ayant pour chef un autre Théodoric , fils de Triaire, selon toute apparence, le parent du premier.

Durant les huit ans qui s'écoulèrent de 474 à 4^2, l'histoire de l'Empire d'Orient n'est guère remplie que des démêlés de ces deux chefs et des troubles qu'ils excitèrent, chacun des deux exigeant la proscription et la ruine de l'autre, et mettant à ce prix son obéissance à l'empereur et l'engagement de ne point dévaster les provinces où il campait. En 482 , Théodoric, fils de Triaire, mourut, et la portion des Ostrogoths à laquelle il avait commandé se joignit à ceux de Théodoric, fils de Tbéodomir, lequel se trouva dès lors à la tête d'une force assez considérable pour des entreprises dignes de son activité et de sa bravoure.

Il conclut avec l'empereur Zenon une espèce de traité par lequel il s'engagea à passer avec tout son peuple en Italie, à la conquérir sur Odoacre, et à la gouverner au nom de l'empereur d'Orient*.

Après une marche lente et pénible comme celle

(i) Il faut chercher dans les historiens byzantins et dans Jornandès les particularités de la vie de Théodoric et de son passage en Italie.

de tout un peuplt émigrant en . masse , Thëodoric arriva, le 38 août 489, aux bords de Tlsonzo, où il trouva Q|}oacre avec une armée , prêt à lui disputer le passage. Il le battit, passa et arriva le 27 septembre sur TAdîge qu'il traversa de même de vive force, après avoir gagné une seconde bataille. Mais, arrivé dans les plaines de la Lombardie, il éprouva un échec, à la suite duquel il n'eut rien de mieux à faire qu'à se jeter dans Pavie, où il fut aussitôt assiégé par Odoacre.

Il y aurait probablement été pris, et c'en était fait de lui, si le roi des Visigoths, Âlaric, informé de la détresse d'un peuple et d'un chef de sa race, n'eût envoyé aussitôt à leur secours des troupes qui obligèrent Odoacre à lever le siège de Pavie et délivrèrent Théodoric. Odoacre résista encore qudque temps, mais enfin, assiégé dans Ravenne, il capitula, et fut assassiné quelques jours après, (au mois de mars 493)- Théodoric régnait depuis lors paisiblement et sagement sur l'Italie , où il semblait s'être imposé une tâche plus difficile et plus glorieuse que de la conquérir, celle d'y restaurer les lois et la civilisation romaines.

liiéodoric avait un double intérêt à ce qu'il n'arrivât rien de fâcheux aux Visigoths; d'abord un intérêt de famille , ayant donné une de ses filles pour femme à Alaric, et puis un intérêt général d^ politique. Le flot des invasions germaniques était plutôt ralenti ou suspendu qu'arrêté; il menaçait incessaniment de débordements nouveau^ les pron. 4

5o RÉGNE

vifices de TEiupira d'Occident déjà occupées par d'autres Barbares.

Dans cette incertitude , Thëodoric deyai^r^garder comme un coup de bonne fortune pour les deux grands corps de la nation gotbique de se trouver ^ comme ils Tétaient, en contact sur les frontières de la Gaule et de l'Italie, et d'être au besoin l'un pour l'autre un point d'appui et un renfort contre les autres Barbares , à venir ou déjà venus. Mab plus cette situation était avantageuse pour les deux peuples et plus Théodoric désirait qu'elle ne fût point gratuitement compromise par une guerre évitable, et où il avait l'air de croire que les chances de succès n'étaient pas pour Alaric. Enfin il avait aussi dés raisons de ménager Glovis, dont il avait épousé une sœur ^.

A peine eut-il entendu la première rumeur dés mécontentements réciproques des deux rois, qu'il s'interposa pour le maintien de la paix, se déclarant d'avance l'adversaire de celui des deux qui aurait provoqué la guerre. 11 fit écrire par Cassiodore diverses lettres qui avaient toutes pour objet de prévenir cette rupture périlleuse^.

A son gendre Alaric il recommandait de ne pas trop se fier à sa puissance ni aux glprievix souvenirs des exploits de son peuple, a Vous pouvez, il est vrai, lui disait^il, vous glorifier de ce que ce

(i) Joroatid. de Reb. get LVIII.

(%) Cassiodori Yariar. III. i, 3^ 3, 4*

P£ GLOyjb. 5l

colosse d'Attila ait été renversé par la bravoure des Visigoths; cependant considérez que les fiers courages 46S peuples s'amollissent dans la paix; prenez garde d'aventurer trop brusquement au jeu de la guerre cjes hommes qui depuis si long -temps en ont persil Thabitude. Attendez , avant de prendre parti , que pous ayons envoyé nos nies$agers au rdi des Ff^nks, afin qu'une intervention amicaje mette fin à vpjtre querelje. »

Les dëtnarphes de Théodoric eurent d'abord du succè$; Ajaric et Clovis s'envoyèrent réciproquement des and^assadeurs et convinrent d'une entrevap qui eut lieu dans une petite ile de la Loire située vis-à-vis d'Amboise, aujourd'hui l'île de Saint-Jean. Au dire des historiens, les deux rois ponférèrent, mangèrent , burent ensenible^ et ne se quittèrent qu'après s'être accordés sur toute cho^e , et réciproquepaent promis amitié ^.

Il çst fort douteux que Clovis fût de bonne foi dans cette promesse. Bien que déchue de son ancienpe prospérité , l'Aquitaine était une proie qui avait encore de quoi le tenter lui et les Franks; et le clergé catholique était là pour accroître, pour secopfjer la tejptation; il était là jntHgant, conspirani; çans Relâche pour mettre sous la domination <{i| nouveau Constantin tout ce que les ^riens posjiédai^At dans le Midi.

Ces intrigues catholiques avaient commencé

(i) Giegor. Tur. Hist.II. 35.

5a HKGRE

immédiatement après la conversion de Govis. Dés l'an 496? Volusien, évêque de Toui^, avait été déposé de son siège par le gouvernement visigotb.

Emmené d'abord prisonnier à Toulouse, il avait été un peu plus tard conduit en Espagne, où il était mort bientôt après. Les catholiques n'avaient pai( manqué d'en faire un martyr; les Visigoths prétendaient l'avoir traité comme un intrigant, comme un conspirateur ligué contre eux avec les Frànks*.

Alaric savait sans doute bien que le complot de Volusien n'était pas un complot unique et isolé; il ne pouvait guère ignorer que le clergé catholique de ses États était partout contre lui danis des dispositions équivoques ou décidément hostiles;, et n'aspirait qu'à se donner Clovis pour roi. Bien loin toutefois de le persécuter en masse, il avait eu plutôt l'air de chercher à le gagner par des * marques de considération et en lui offraiit des occasions de se populariser par des services publics. J'ai déjà dit, et l'on se rappellera, quelle part il l'avait admis à prendre à la réforme des lois romaines.

En 5o6 Alaric eut une autre occasion de faire voir qu'en punissant certains évêques catholiques, ses ennemis déclarés, il n'entendait nullement persécuter l'église catholique. La portion de la Gaule alors soumise à sa domination formait trente-qua-

(1) ... Hic pontifex suspectus habitus a Gotbis , quod se Francoruin ditionibus subdere vcllet. Gregor. Tur. Hist. X. 3i.

tre diocèses épiscopaux. Or, les trente-quatre évêques se réunirent librement en concile, à Agde^ pour statuer sur divers points de discipline ecclë-! siastique, et le concile fut ouvert et clos par des vœux et des prières solennelles pour Alaric^.

\ n'en juger que par les faits subséquents, on serait tenté de soupçonner que l'objet réel, bien que non avoué, de la plupart de ces évêque^, en se réunissant de la sorte, était de se concerter entre eux pour l'accomplissement de leur projet favori, celui d'appeler Clovis à la conquête du royaume d'Alaric ou du moins de la portion gauloise de ce royaume.

Le fait est que, rentrés dans leurs diocèses, la plupart de ces évêques, qui venaient de prier pour Alaric , se mirent à intriguer résolument contre lui en faveur de Clovis et des Franks. Mais l'histoire n'en a signalé que quelques-uns qui, apparemment plus zélés ou moins adroits que les autres , firent de leurs projets plus de bruit qu'il ne fallait pour la réussite.

Du nombre de ces indiscrets fut Quintianus, évêque de Rhodez. Il eut avec quelques Gallo- Romains catholiques une querelle, dans laquelle ceux-ci, emportés par la colère, lui reprochèrent ses menées pour livrer le pays aux Franks. Avertis par-là des trames deTévéque, les Goths se réunirent pour délibérer sur leur sûreté et résolurent

(i) Labbe CoDcil. an. 5o6.

d4 tiiiGÎ^E

de tuerQuinliaiius avant qu'il ueùt ëoilsoiuiu^ ses desseins. Prévenu du danger , celui-ci se réfugia chez les Àrvérnes, où il ^tait encore sous la domi-* nation des Visigoths, mais où il trouva pour protecteur un évêque moins susjpect que lui de dévouement aux Franks *.

L'évëque dé Tours n'en fut pas quitte pour si peu. Cfet évêque était Verus qui, ayant succédé à Vôlusien, avait renoué le fil de ses intrigues avec le clerjgé des pays soumis aux Franks. Il fut traité comme son pi'édécesseur, c'est-à-dire déposé et déporté en Espagne, où l'on ne sait ce qu'il devitit.

Galactorius, évêque de Béarn, alla plus loin que tous les autres; il ne se contenta pas d'ihtrigtier en faveur de Cloyis ; il prit les armes pour lui et Jes fit prendre à une partie du peuple de son diocèse. Son plan , qui devait coïncider avec ceux de Clovis, était de se porter au-devant du iiouveau Constantin et dé l'aider par les armes à la conquête du pays; niais soit fatalité, ^itinïprudence, Galactorius fut surpris par un détachement arme de Visigotbs avant d'avoir passé la Garonne, et périt en combattant*.

A toutes ces nouvelles Clovis coitiiprit qu'il ne devait pas différer plus long-temps son expédition contré Âldric, ni donner à celui-^ le temps de découvrir et de rompre toutes les trames càtho-

(i) Gregor. Tur. Vi^ae Palrum. IV. Uislor. IL 36. '2} Voir Marca, Histoire du Béarn, où tout ce qui concerne Gahctorius a été soigneusement recueilli.

DE CLOtlS. 5§

tiques ourdies à son profit. C'était aussi Tavis du cierge des pays franks. Saint Rémi qui, par suite de la bonne fortune qu'il avait eue de baptiser Clovis, était devenu son conseiller politique et le représentant auprès de lui de tout le clergé patfao^ lique, saint Rémi, qui prétendait assurer à ce clergé la direction., aussi bien que les fruits d'une guerre contre l'arianisme, écrivit alors à Clovis une lettré dont quelque$ traits allaient assez naïvement au fond deis* choses : a Tu dois, lui disait le politique cvéquê; tu dois te donner des conseillers qui puissent c»rner ta renomniée. Tes bienfaits doivent être chastes et honnêtes. Tu dois honorer les prêtres et recourir toujours à leurs conseils ; car ^i tu es enbotane intelligence avec eux, ton gouvernement s'en trouvera plus solide^. )>

Du reste , cette nouvdle expédition des Franks ressembla à toutes les autres. GovÎB convoqua ses guerriers à Paris, pour leur faire part de son projet et savoir s'ils l'approuveraient; car il ne s^agissait nullement de les mener malgré eux là où ils li'aui^îent pas cru de leuir intérêt d'alleir. Quand ils furent réunis il ieût- tint ce discours : «Il me déplaît fort que ces ariens dé Goths occupent la meilleure partie delà Gaulé; dhassons-les-en , et, comme le pays est très bon, soUmettons-le à notre puissance^. » La proposition plut aux Franks; et Clovis partit à

(i) S. Remigii Epist. ad Clilodov. aDte betliim gothic. an. 507. Scriplor. rer. Franc, lom. III.

(2) Greg. Tur. Histor. II. i;. Gcsta Francor. XVIT. '

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leur tête avec la bénédiction de saint Reuii^ qui lui garantit la victoire. Us traversèrent la Loire à Tours» marchant à grandes journées, et d'autant plus rapir dément que des ordres sévères avaient été donnés de ne j)iller ni église ni monastère.

Alaric n'avait pas ignoré tout ce qui se prép£M*att contre lui et s'était avancé^ dans les parties cen* traies de l'Aquitaine, afin d'y disposer toute chose pour sa défense. Son armée était composée de Goths et de Gallo-Romains. Les Àrvernes commandés par leur comte, Apollinaire, le fils du célèbre Sidpine, mort évéque deClermont, faisaient une partie considérable de cette armée *.

L'histoire d'une guerre qui intéressait si fort Iç clergé gallo-romain , d'une guerre inspirée et célébrée par lui , ne peut pas être exempte de particularités merveilleuses; c'était la poésie du temps. Aussi est-il dit que Clovis , partant pour l'Aquitaine, emporta avec lui un flacon miraculeux de vin béni, qqi se remplissait de lui-même de nouveau aussitôt qti'il était épuisé. Il est dit qu'arrivés aux bords de la Vienne, les Franks ne savaient comment traverser, cette rivière gonflée par les pliues. Mais leur embarras fut de courte durée; une biche parut qui , rejetant dans le courant,, gagna aisément l'autre rive par un gué qu'elle indiqua de la sorte aux guerriers de Clovis. Çrégoire de Tours, qui raconte ce dernier miracle, ajoute que Clovis, campé aux

(i) Greg. Tur. Hist. loc. cil.

environs de Poitiers, vit de loin sortir de la basilique de SainNHilaire un globe de feu resplén* dissanty qui, s'avançant jusqu'à lui, l'illumina miraculeusiement , comme pour l'enhardir à son entreprise contre ces mêmes ariens auxquels le bienheureux évêque avait autrefois livré tant de combats dont il était sorti victorieux *.

Informé de l'approche des Franks , Âlaric fit un mouvenient rétrograde , comme pour se porter derrière la Charente. Il n'en eut pas le temps; Clovis l'atteignit dans la plaine de Vouglé,à dix millet audessous de Poitiers, sur les bords de la petite rivière du Clain, et là se donna une bataille qui eut une immense influence sur les destinées de la Gaule. On ne sait point la force des deux armées, et^ rien n'autorise à présumer qu'elles fussent très considérables. Celle d'Alaric devait être la plus nombreuse, et peut-être l'était-elte trop; car il est plus que probable qu'une bonne partie des Gallo- Romains catholiques qui s'y trouvaient n'y était venue que con|;rainte et avec de^ dispositions sinistres pour Âlaric. Clovis, outre les guerriers de sa propre tribu, avait sous lui des auxiliaires, en nombre inconnu, fournis par l'une au moins des autres tribus frankes encore alors indépendantes de lui et dont les chefs le servaient volontairement.

Indifférents aux détails, aux incidents, aux hasards de cette bataille, les écrivains ecclésiastique»

(i) Histor. IL 37.

58 KiGirfi

li'en oùt rapporté que la catastrophe et le résultât^ et encore ne les ont-ils pas rapportés sans obscurité ni sans incohérence. Les Goths furent battus; Âlaric fut tué de la main de Clovis, qui courut luimême le risque d'être tué par deux Goths qui l'avaient as^illi à la fois. Les Àrvernes furent particulièrement tnaltraités; il resta sur le champ de bataille plusieurs personnages sénatoriaux. Apollinaire entre autres y fut tué *.

Aussitôt après la bataille de Vouglé, Govis divisa son arittée en deux corps, dont il se réserva lé principal / et donna l'autre- à commander à Thierry, l'aîné de ses fils. A la tête de ce dernier, Thierry se porta rapidement dans la partie orientale de l'Aquitaine polir la soumettre ; il traversa l'Albigeois, le Rouergue, qui s'appelait encore alors le pays des Rutènes , et de là remonta dans l'Arvernie ^. Dans ces divers pays , toutes les villes s'ouvrirent devant lui; il n'est nulle part question de ta moindfe résistance opposée à ses armes ; le clergé catholique lui avait partout aplani les voies.

Les mouvements de Thierry l'amenèirent sur la frontière occidentale de la Burgondie; il la fran* chit, et ce fut non pas en ennemi, mais en allié de Gondebaud; Ce fut pour-aller joindre aes forces aux forces de celui-ci ej: poursuivre en commun avec lui la gUerre contre les Visîigojths. Cette

(i) Gregor. Tur. loc. cit.

[i) I(L loc, cit.

alliance avait quelque chose d'étrange. Était-elle ancienne 9 c'est-à-dire antérieure à la bataille de Youglé et jusque là restée secrète? ou bien étaitelle un résultat brusque et imprévu de la victoire de Clovis? Cest un point sur lequel ITiistoire né décide pas et sur lequel il n'y a que des conjectures à faire. Quoi qu^il en soit, les Franks et les Burgondes réunis descendirent ensemble la vallée du Rh6ne et s'emparèrent de la plupart des villes que les Visigotbs possédaient dans le voisinage de la Durance , tant iaii nord qu'au midi de cette rivière. Ils prirent entre autres celles d'Orange, dé Carpentras, de Vaison, d'Apt, d'Aix, qu'ils traitèrent toutes fort mal, aii risque d'y faire regretter la domination des Visigoths, si ariens qu'ils fussent. Ils se jiôrtèrerit à la fin sur Arles, qu'il leur fallut assiéger dans les formes, mais dont la soumission devait entraîner celle de la Provence entière *.

Les moiivettients de Clovis, à la tête du gros de ses forces , furent moins rapides ou peut-être un jieii plus contrariés cjue ceux de Thierry. Tl alla id'abord occuipler Bordeaux, où nul historien lie dit qu'il éprouva de la résistance, mais où les faits ultériétiVs semblent indiquer qu'il en avait prévu tjiielqu'ùrie. Il y p^assa l'hiver avec ses Franks, qui eurent ainsi le loisir dé faire connaissance avec les vins et les autres ptôdùclions du Midi, et av^c c^

(ij Vila S. Cœsari'. in Histor. Ffanc. Scriplor. tom. IIL p. 38/|. srjq.

6o RhCNE

qui restait encore alors du luxe des grandes villes de cette riche portion de la Gaule ^.

La saison des armes revenue, Clovis avait à choi* sir entre deux partis. Il pouvait se reporter en arrière sur la Charente, où les Visigoths tenaient encore quelques places et entre autres Angouléme, on poursuivre sa marche vers le Midi , où se trouvaient les principales villes de l'ennemi , Narbonne, Carcassonne et Toulouse, jusque là la capitale de toutes les provinces visigotbiques^ tant au-delà qn 'en-deçà des Pyrénées. Ce dernier parti lui parut le plus décisif. Il remonta donc le long de la Garonne jusqu'à Toulouse, et entra sans obstacle dans cette ville où il trouva, dit-on, une partie du trésor des rois visigoths qu'il enleva*. De là, poursuivant sa marche, il arriva bientôt sous les murs de Carcassonne.

Cette ville, fortifiée parles Romains avec toute la puissance de leur art, était réputée dès lors, comme elle le fut dçpuis durant tout le moyenâge , une citadelle d'une force merveilleuse. Clovis ne pouvait méconnaître l'importance de cette place; il lui suffisait de la voir pour former le projet de la prendre et de s'y établir comme dans un poste élevé d'.où il surveillerait et contiendrait au loin une grande partie des pays enlevés aux Visigotl^p. Une autre raison lui en faisait désirer vive-

(i) Grcg. Tur. Hist. II. 37.

(a) Id. loc. cit.

DE CLOVIS. 6î

ment la conquête. C'était là, disait la renommée , que les rois visigoths avaient enfermé leur fameux trésor, <?elui qu'Alaric et Ataulfe avaient tiré du pillage de Rome et dont la crédulité populaire grossissait encore les merveilles. C'était, disait-on, la fleur de vingt pillages fameux. Là brillait le trésor de Salomon, avec une infinité d'autres objets précieux que les Romains avaient enlevés de Jéru*^ salem. L'idée seule d'un tel trésor aurait été, pour Clovis et pour les Franks, un motif suffisant d'assiéger Carcassonne, et ils l'assiégèrent.

C'en était fait, selon toutes les apparences, de la portion gauloise du royaume des Visigoths. Cependant le danger du pays tenait plus encore au défaut d'ordre et d'harmonie qu'au défaut de moyens. Immédiatement après la bataille de Vouglé , les Visigoths épars dans les villes de l'Aquitaine , craignant avec raison d'être égorgés ou emmenés captifs^ par les Franks, s'étaient retirés en* toute hâte devant les vainqueurs et concentrés dans la Septimanie. Ainsi l^s hommes ne manquaient pas, et ces hommes étaient braves; mais il n'y avait dans le gouvernement ni concert ni confiance , ou plutôt il n'y avait plus de gouvernement.

Le dernier roi des Visigoths, Alaric, avait deux fils, l'un bâtard, Gesalic^ qui, à l'époque de la guerre avec les Franks, était déjà d'âge viril; l'au- Ire, nommé Amalaric, qu'Alaric avait eu de Theudiscle, fille de Théodoric, n'était encore qu'un

6ql nkc^E

eufant de huit ou neuf ans. Tous lef^ dewi, «"étaient trouvés à la bataille de Youglé^ et tous les deuji^ s'étaient enfuis , chacun avec un parti de Yisigoths dévoués. Amalàric avait cherché un refuge en Espagne ; G esalic s'était arrêté à Narbonne, où il avait été couronné, ayant fait faire aussitôt à CIovisy disent certains historiens, des propositions de soumission et de paix qui avaient été acceptées^. Mais tout est incertitude et confusion dans Tliistoire de ce règne d'un moment. La chose seule . certaine et claire, c'est que Gesalic n'était pas l'homme qu'il fallait pour arrêter la marche victorieuse des Franks et conserver aux Visigoths quelque chose de ce qu'ils avaient possédé en-deçà des Pyrénées .

Mais cet homme existait; c'était Théodoric, le roi d'Italie. k\i premier bruit de la bataille de Vouglé, il intervint avec autant de promptitude que de décision dans les affaires des Visigoths, et, soutenant dans la Gaule le rôle glorieux qu'il s'était donné en Italie, il prit sans délibérer, contre les Franks, l'attitude d'un défenseur de la ciyilisation autant que celle de défenseur d'un peuple frère du sien. Il assembla en toute hâte une armée composée des Goths vainqueurs d'Odoacre, qui n'avaient, pas encore eu le temps de s'amollir au milieu des fiélices 4e ^'Italie, d'ailleurs bien amorties par lesi j^nvasions des Barbares. Ne pouvant conduire )qi^

(i) Isidori Cbron.

DK CLOVLS. G3

rnéme cetlô armée, il la donna à commander à Ibhas j l'un de ses plus braves et de ses plus habiles généraux ^.

Ibhas «passa les Alpes , probablement les Alpes maritimes, et marcha droit sur Arles, assiégé, comme nous l'avons vu, par les armées réunies des Frauks et des Burgondes.

Les biographes de saint Césaire, qui était alors évéque d'Arles, nous ont conservé de l'histoire de ce siège quelquei^ traits importants en ce qu'ils se rattachent au motif général de l'expédition de Clovis contre Alaric. Il y avait alors à Arles, comme dans toutes les autres villes de la Gaule méridionale, un parti catholique opposé aux ariens, les abhorrant à Texcès et toujours prêt à favoriser les Franks contre les Visîgoths. Saint Césaire fut constamment soupçonné par ceux-ci d'être , en Provence, Tame de ce parti et plus d'une fois persécuté comme tel. Néanmoins il triompha de toutes les accusations élevées contre lui à ce sujet; et son biographe, qui était en même temps son disciple, le jusliïie:expressément sur ce point, de sorte que l'historien doit hésiter à le comprendre dans la conspiration moitié religieuse et rtioitié politique des évêques catholiques du Midi contre le gouvernement visigoth.

Ce qui est certain , c'est qu'à Arles, comme ailleurs, le parti opposé aux ariens s'appuyait 3ur \^

(i) Jornandes de reb. get. LYIII. — Cassiodori Chronic.

64 RÈGIÏB

portion la plus énergique et la plus active du clergé catholique. Mais , d'un autre côté , les Visigoths avaient à Arles des partisans dévoués , aussi forts par le nombre que par le zèle ^ et à la tête 4&esquels figuraient les Juifs, formant dès lors dans cette ville une classe riche, puissante et privilégiée. Dans cet état de choses le parti catholique d'Arle9 ne pouvait rien tenter de décisif en faveur des Fraiiks , bien qu ils fussent aux portes et que l'approche des Goths d'Italie rendit , urgente pour ceux-ci la nécessité de s'emparer de la ville. Le seul incident connu du siège que l'on puisse rattacher à ces tentatives servit plus aux assiégés qu'aux

assiégeants.

Un clerc se signala par une action d'une grande témérité. Il se laissa glisser, de nuit^ par unecorde» du haut des remparts, et le jour venu il courut à la tente des généraux ennemis, se remit entre leurs mains et leur dit ce qu'il était sans doute chargé de leur dire ; car il n'y a pas moyen de croire au biographe qui rapporte le fait , quand il affirme que ce clerc avait agi de son chef, par. la seule crainte d'être emmené captif de la ville , par étourderie et par méchanceté contre saint Césaire, motifs disparates et contradictoires qui se démenlent réciproquement. ^

Il se peut qu'il ne fût pas de connivence avec saint Césaire; mais il réunissait en lui les conditions les plus capables de faire croire qu'il n'avait rien tenté que par l'ordre el pour le service de ce

bE cLoVis. 65

ifernier, cai* îl ëkait son compatriote et son proche parcfdC. Aussi Tévasion nocturne du clerc et sa présentation aux généraux ennemis àpeine ébruitées dans Arles y 'causèrent une émeute violente fcontre Févèque.* Les Juifs , les ariens et les autres adversaires des assiégeants se répandirent dans les rués en vociférant contre lui et en Taccusant d'avoir envoyé un de ses parents aux ennemis pour leur livrer' la^ ville. La vie de Césaire courut quelque danger; cependant les Vi^goths se contentèrent de-le tenir enfermé soûs bonne garde et avec uue sorte de mystère, de façon que les catholi- (\aesy né sachant pas s'il était vivant ou mort, n'osaient plus rien entreprendre*.

Cependant lès Goths d'Italie approchaient , et lesFrankSy ainsi que leurs auxiliaires burgondes, aTaietit résolu de les attendre. Il se donna , sous les murs d'Arles ou danrs le voisinage, une grande bataille dont les écrivains franks ne parlent pas du tout et dont lès écrivains des Visîgoths ne pstrlent qu'en lertiies vagues. Tout ce que l'on^peut dire d'après eux, c^est que lès Franks furent vaincus, avec une perte énorme. Jornapdès dît qu'il y en eût plus détente mille de tués; mais nous sommes aocoiutumés à ne pas croire aux chiffres de Jôrnandès*.

Les Burgondes, qui avaient eu leur part du dé-

(i] Yiu. S. Coesarii.

{%) De reb. gel. LVIII.

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