‹ Histoire de la Gaule sous l'administration romaine (volume 2)Chapitre 10 sur 18 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

J'ai essayé de tracer, dans cette introduction , une esquisse de l'histoire de Rome , considérée du côté qui nous importe surtout, à nous, enfants de l'Europe moderne; du côté où cette histoire se rattache à nos histoires, comme leur commune origine, et leur inévitable point de départ.

J'ai fait voir comment la vaste destinée de Ronae se trouvait contenue, pour ainsi dire, fatalement, dans sa constitution primitive; comment la petite association des bords du Tibre fut le germe de cette société qui, s'élargissant de siècle en siècle, finit par embrasser tous les climats et tous les peuples.

Entrant dans le détail des faits , j'ai exposé la formation successive de chacune des unités dont la réunion constitua la société romaine; et j'ai recherché la loi de cette formation.

J'ai montré comment l'association romaine s'étend d'abord par des agrégations matérielles ; comment ensuite interviennent les concessions de droits. Lesalliés etles vaincus italiens; classés autour de Rome dans des conditions diverses et inégales, s'élèvent graduellement jusqu'à elle. Le parti démocratique favorise l'extension de la communauté et le nivellement des conditions; le parti aristocratique

combat Tun et Tautre. La guerre sociale éclate ; elle a pour résultat Funité de l'Italie.

Le tour des provinces arrive bientôt. Dan^ le but d'obtenir aussi une place à droit égal dans l'association, elles s'allient au parti du peuple, contre celui du sénat; la république est renversée, et le principe de l'égalité universelle est reconnu sur les ruines de la liberté aristocratique.

Alors commence, sous la direction du gouvernement impérial, un long travail de centralisation administrative et politique. Chaque province est admise, plus tôt ou plus tard , suivant son degré de civilisation, à la jouissance des institutions de la cité et à l'égalité des droits : la constitution de Garacalla établit l'unité politique de l'empire.

En même temps, par l'action des écoles publiques, par la propagation des langues latine et grecque, par l'étude des mêmes modèles, parla mise en commun de toutes les idées, il se forme, parmi tant de nations diverses, une sorte d'unité intellectuelle qui marque de son cachet, d'un bout à l'autre du monde, les sciences, la littérature et les arts.

Le droit des gens, droit des nations vaincues, après s'être élevé à côté du droit quiritaire, droit primitif de Rome, se substitue à lui peu à peu, et l'unité du droit civil est créée.

INTRODUCTION, m

MaUf vainement le gouvernement romain tra^ vaille à fonder l'unité religieuse par la réunion et la fusion de tous les cultes de l'empire , le chris* tianisme , appuyé sur la conscience de sa vérité , lutte seul contre tous, triomphe de tous, et apporte à la société rocnaine sa dernière unité.

C'est sous cette forme que Rome se présente à nous au moment où , de son territoire démembré, sortent les nations modernes. Mai» l'unité politique ^ brisée par l'épée des barbares, a seule disparu : l'association subsiste encore longtemps dans ses autres unités, sous les conditions politiques les plus diverses et malgré le mélange de la barbarie. Nous mêmes. Européens du dix-neuvième siècle j quels idiomes parlon^nous pour la plupart? À quel cachet est marqué notre génie littéraire? Qui nous a fourni nos théories de l'art? Quel système de droit est écrit dans nos codes, ou se retrouve au fond de nos coutumes? Enfin, quelle est notre religion à tous? La réponse à ces questions nous prouve la vitalité de «ces institutions romaines , dont nous portons encore l'empreinte après quinze siècles; empreinte qui, au lieu de s'effacer par laction de la civilisation moderne, ne fait^ en quelque sorte, que se reproduire plus nette et plus éclatante, à mesure que nous nous dégageons de la barbarie féodale. C'est donc pour nous un devoir

d'aborder, avec conscience et sans prévention, l'étude d'une époque jusqu'à présent trop négligée, et, je ne crains pas de le dire, trop injustement méconnue.

Des deux parties dans lesquelles se divise l'histoire romaine, la première, celle de la république, a le privilège d'attirer tous les regards, d'absorber tout l'intérêt du lecteur,parce qu'elle présente, il faut l'avouer, un merveilleux développement de l'énergie individuelle et des vertus du citoyen. Tout contribue à ce développement ; c'est l'époque des conquêtes au dehors, et des luttes politiques au dedans. La liberté y jette une lumière magique qui, grandissant les hommes posésau premier plan, les fait saillir de toute l'obscurité dont le reste .est enveloppé. On aime à se croire , par l'imagination, le contemporain des Scipions et des Gracques. On se place à cette tribune du forum, autour de laquelle grondaient de si beaux orages; ou bien, comme Cinéas, on se laisse éblouir par la majesté de cette assemblée de rois, qui foulait le monde sous ses pieds. Telle est l'illusion poétique qui entoure l'existence des aristocraties qu'elle se perpétue jusque dans l'histoire. Saisis par l'intérêt du spectacle, le lecteur et quelquefois même l'historien ne songent pas assez à quel prix se jouait, sur le théâtre des sept collines, ce grand

drame qui avait pour incidents l'esclavage du genre humain et la dévastation de la terre.

Les temps de l'empire n'offrent plus cette vie ardente concentrée en quelques individus ; la vie s'éparpille et se répand dans les masses. La liberté politique n'est plus, mais l'égalité civile domine; elle se propage, elle s'affermit sous la protection d'un gouvernement central, armé du despotisme, en haine de l'aristocratie. L'époque des conquêtes est passée, celle de l'administration est venue* D'autres besoins exigent d'antres vertus. Les Vespasien, les Trajan,les Adrien , les Marc-Aurèle les Alexandre-Sévère , les Dioclétien, les Constantin , sont les héros de la nouvelle Rome. Dans ce mouvement profond qui travaille et transforme le monde, les individus s'effacent, les masses se dessinent et occupent la scène. Les personnages du drame de l'empire, ce sont ces nations, ces races diverses qui se rapprochent, s'élèvent, gouvernent tour à tour la communauté;* qui, vêtues de la toge romaine, viennent, toutes à leur tour, manier la plume de Virgile et l'épée de César. Il y a là , pour qui sait le sentir, un inépuisable foyer de poésie. Après tout, ces nations sont nos ancêtres, et leur histoire fait partie de la nôtre.

Heureuses les époques où la liberté règne sans que les droits de l'humanité soient méconnus!

Mftift ne détournons point nos regards des temps où l'aflermissement des droits de tous, où des n6« cessités d'organisation sociale ont fait prédominer sur elle l'action du pouvoir. Le pouvoir et la liberté sont deux formes qui s'appliquent à la société suivant ses besoins, deux instruments dont la Providence se sert pour l'accomplissement de ses desseins sur les hommes. Aucune époque, renfermant une portion notable de la vie des peuples, si stérile qu'elle soit d'ailleurs en individualités brillantes, n'est méprisable aux yeux de l'histo* rien) toutes ont leur raison d'être et leur but final; toutes se rattachent les unes aux autres, comme principe ou comme conséquence; toutes apportent leur fruit abondant ou rare, doux ou amer, dans la grande moisson du progrès social. Les unes sèment, les autres récoltent. Le niveau sous lequel la Providence fait passer les siècles ressemble parfois au bâton de Tarquin-le-Superbe : il mutile, il brise tout ce qui dépasse la commune mesure de l'humanité; mais, dans le jardin du roi romain, après la chute des grands pavots, l'air, le soleil, la vie n'ont point manqué aux petits; ils ont pu croître, fleurir, et propager à leur tour.

FIN DE l/lNTRODUGTlON.

État4e la Gaole sous les Antonlns. — Activité du travail de civiliiation; routes de terre; navigation des fleuves; agriculture; fibriques; mouvement intellectuel; foroes militaires. "- Trajan » Adrien , Antonin-le-Pieux , Marc-Auréle , Commode. — Pertinax et Didius JuUanus. — Révoltes de Niger en Syrie , de Sévère en It-> lyrie , d'Alblnus en Bretagne. —Sévère se rend mattre de Rome. ^ Il bat Niger en Orient. —Il passe en Gaule pour combattre Albinus. — Situation de ce pays: guerre civile ; Nnraérianus ; bauille de Lyon gagnée par Sévère.

 l'aide de la puissante machine administrative, qui, sous la main de Rome, brisait si bien les nationalités; à l'aide aussi de cette vive intelligence qui distinguait les races gauloises, la Gaule y une fois qu'elle eut accepté sa destinée*, travailla à devenir

• F. ci-dessus , page f7, et VBiitoin éhiGauMip m , 0i fm.

promptement romaine. Quelques monuments encore debout et des débris sans nombre, qu'on peut rapporter au premier et au second siècles de notre ère 9 témoignent de l'ardeur avec laquelle les têtes et les bras s'appliquèrent à cette œuvre de transformation. La Gaule présentait alors quelque chose du spectacle que nous donne y depuis cinquante ans, l'Amérique du Nord, terre vierge , livrée à l'activité expérimentée de TEurope : de grandes cités s'élevant sur les ruines de pauvres villages ou d'enceintes grossièrement fortifiées; l'art grecet romain déployant ses magnificences dans des lieux encore à moitié sauvages ; des routes garnies çà et là de relais de poste y de magasins, d'étapes pour les troupes, d'auberges pour les voyageurs, traversant des forêts séculaires; des flottes de commerce allant dans toutes les directions, par le Rhône, par la Loire, par la Garonne, par la Seine , par le Rhin, porter les produits étrangers et rapporter les produits indigènes; enfin, pour achever le parallèle, un accroissement prodigieux dans la population. Pausanias, qui écrivait au temps des Antonins, cite la Gaule pa'rmi les provinces les plus peuplées de l'empire *.

Auguste avait fait ouvrir quatre grandes

< Paatan. , Attie., p. 16^ Harwv. « in V, 1613.

voies qui , partant de Lyon , coupaient le territoire transalpin dans quatre directions^, nord, nordouest, sud-ouest et sud. Celle du nord aboutissait au Rhin et à l'Océan germanique , par Chàlonssur-Saône, Langres, Metz, Trêves et Coblentz; celle du nord -ouest gagnait par Autun, Sens et fieauvais , les grands ports de l'Océan et le détroit de Bretagne; la voie du sud-ouest conduisait, par les montagnes d'Auvergne, au golfe aquitanique, en traversant Limoges et Saintes; la quatrième enfin longeait le Rhône sur sa rive gauche, et, se bifurquant à Tarascon , allait rejoindre Narbonne et Marseille \

Cette première création fut la charpente d'un grand système de viabilité, complété successivement par des embranchements sur les métropoles, par des communications de cité à cité, de municipe à municipe. Chaque territoire eut par la suite, son système propre qui s'engrena dans le système général, et des bornes milliaires, indiquant la distance de chaque point de la cité à la métropole, y convergèrent comme les quatre grandes voies convergeaient à Lyon. Je dirai ailleurs comment ces différents chemins se classaient, et d'après quel mode ils étaient tracés, construits, entretenus»

* V. l'excellent ouvrage de M. le baron VV^alckenaer , Géographie aneimna hiitotiqut $t comparée dss Gaulei « etc. Paris , t83§. I. 2a

SM UHAFlTftE I.

Le grand conmierce inlérieur et la communica* tion de la Méditerranée avec l'Océan , à travers la Gaule, avaient eu lieu» de temps immémorial , par trois dirèctious principales :

l"" De la Saône à la Seine an moyen d'un portage; Les gros navires de l'Italie, deTÀfrique, de l'Orient^ remontaient le Rhône, puis la moyenne Satee; lés marchandises débarquées et emmagasinées dans Aen entrepôts étaient transportées de la, par des chariots ou à dos de mulets, jusqu'à la Seine, ou de légers bateaux les recevaient et les descendaient^;

2» La difficulté de la navigation du Rhône à la remonte fit établir un portage à travers les Ceven^ Ms, entre le littoral de la Méditerranée et le premier point navigable de la Loire ^;

B^ £nfin une troisième voie, utile surtout au midi de la Gaule et à la côte occidentale d'Espagne, remontait l'Aude pour gagner la Garonne, apràs un portage de sept ou huit cents stades. Narbonne, sur la Méditerranée, Bordeaux, près de l'Océan^ furent de bonne heure les grands entrepôts de cettà dernière ligne '.

L'administration romaine améliora ces vieilks

< Strab. , IV , IS», Parlf , in«4^ , 16S0. ^ OT. JTift. an GaéL , m

et m.

•SU«b.,foo.faNML

routes du commerce gaulois, soit par des travaux d^ navigation sur les fleuves, soit par rétablissement de bonnes voies terrestres auK portages, et par la régularisation des transports. Elle apportai! à la navigabilité des fleuves et à leur canalisation la jpMme importance qu'aux communications par terre* Drusu^, frère délibère, commença, pour endiguer le Rhin, d'immenses travaux qui ne furent achevés que sous Néron ^ Un des lieutenants de ç^ dernier prince, L. Yétus, conçut le projet d'i^n canal qui, perçant les Vosges, réunirait la Sa^ne supérieure à la Moselle, et, par une ligne directe et continue, la Méditerranée à l'Océan^ : gigantesque ^itreprise, qui fut abandonnée par swte des calamités da ce règne, et que depuis divhuit ^ecles nul gouvernement n'a plus osé aborder.

Sii barbare et si négligée autrefois, l'agriculture prenait déjà un grand essor. Malgré lesordonnances de Domitien restrictives de la culture de la vigne dans tout l'empire, et qui ne furent qu'imparfaitement exécutées ', la précieuse plante se mukî-

* PauUinuf Pompeini... incfaoatnm ante très et seuginta annos a I^VM aggerem coercendo Rbeno absolvit. Tac. , Ann. , xin , 53.

* Vctiislloienain atqae Ararim, faciainter uirumqae fossa, conne&tere parabat, ut copi» per mare , dein Rhodano et Arare subvect« , per eam fossam, moi fluvio Mosella, in Rhenum , eiin in Oceanum dtcnrrereDt. Xac. , Am. , xiii , 57.

3 Suet. , DomiU* 7. — Cf. Gic. , é$ RepM. « m » 7. « Nos vere Jus-

pliait sur les coteaux de la Gaule et même sur ceux de nie de Bretagne \ La récolte en blé était ass^z abondante .pour permettre des exportations au midi des Alpes , car Fltalie , siège de l'empire et rendez- vous des plus riches provinciaux, négli* geait depuis longtemps les cultures alimentaires pour se réserver aux cultures d'agrément et de luxe, aux jardins et aux immenses parcs des villas.

La fourniture des armées et les caprices des modes, qui de Rome gagnaient les provinces^ développèrent, sur une grande échelle, les vieilles industries gauloises de tissage et de teinture. Ârras fabriqua , pour la confection des saies militaires , des draps rouges très-estimés, dont les qualités supérieures égalaient, disait-on, la pourpre d'Orient ^. Langres et Saintes fournirent des capotes et des capuchons de gros drap à longs poils , appelés Oiculesj vêtement d'hiver et de voyage dont l'u-

tisf imi homtnes , qui Iransalpinas gentes oleam et vitem serere non sinimas, qoo ptoris sint nostra oliveta noitrcque Tine«... » Domitien Be faisait que renouveler en Gaule cette ancienne interdiction qui remontait au temps de la république. Il est. évident, d'après les détails que Pline nous donne sur la culture des vignes au-delà des Alpes, que celle-ci y était trop répandue pour pouvoir être anéantie par une simple ordonnance du gouvernement.

• Voplsc. , PTfsib- , 233.

« Trebcl. Poil. , Gallim. , 178. — Vopisc. , Cortn. , «68. — Cf. Suidas , not. Salmas. in TreM. Po{{ton.

sage devint général en Italie \ Dans nombre de villes , on tissait ces longues robes appelées cara^ colles ^j pour lesquelles les Romains se passionnèrent, et dont ils donnèrent le nom à'un de leurs empereurs. Les toiles blanches ou peintes, sorties des manufactures gauloises, étaient également trèsrecherchées. Le Transalpin conserva toujours sa supériorité dans la préparation du cuivre, comme l'Espagnol dans celle de l'acier ^. Les industries ordinaires de l'Italie suivirent en Gaule les besoins de la civilisation; l'esprit gaulois, ingénieux et imitateur, ne tarda pas à se les approprier.

La division faite par Auguste de l'ancien territoire chevelu en trois provinces , Belgique , Lyonnaise et Aquitaine, subsistait encore et subsista jusqu'à' Dioclétien : seulement l'importance des réunions permanentes de troupes dans la zone riveraine du Rhin y fit créer deux subdivisions provinciales, et deux centres particuliers d'administration, sous

* SantoDico vêlas adoperta cucullo.

Juv. , SaU Yiii , 147.

On difait aussi bardocucuUus :

Gallla santonico vestit te bardocncoUo.

Martial., XIV, 133.

Lingonicns bardocncallns. /d. « i , 54. — Cf. Not, Saltnas. in JuL Capitol, Pêrtin.^ 128.

' Spartian. , CaracaU. . 89.— Cf. ffoU Salmas. în 2oc. ct(.

' On peut consulter, pour tous ces détails , XRi%X, des Gaul. , u , P*i7etseqq.

les noms de Germanies inférieure et supérieure *. Lyon continuait d'être la Rome transalpine^ la cite prépondérante entre toutes; mais elle iroyâit grandir une rivale dans le nord ^ au milieu des camps : Trêves , résidence des lieutenants impé^ riauxy et visitée souvent par les Césars , prenait une importance politique chaque jour croissante. A l'autre extrémité de la Gaule , une ville d'Aqui^ taine, Bordeaux, sortait rapidement de l'obscurité. Tandis que ses fraîches collines et ses belles eaux attiraient à elle les riches colons romains ^^ son port commençait à réunir les flottes marchandas de la Bretagne et de FEspagne. Narbonne dominait toujours la province qui portait son nom^ mais elle pouvait redouter déjà raccroissttment de Ton» louse 9 la Palladienne ^, dont les quatre enceintes de briques^ renfermèrent des éocJes plus tiid si célèbres. Vienne n'avait point déohu de et première importance; et Nimes^ toonverte de

■ Germania superior , Germajiia inferior.

* Juga frondea subsnnt. . . .

Salve, fons ignote ortu , sacer, aime , perennia, Vitrée • glaace , profunde , sottore , ftllmis, opace ,

Salve, urbisgenitts

Auion. , CJar, tir&.« Burdig<àa.

s Marcus Palladie non inQcienda Tolosœ > Gloria.

Martial.,», ni.

^ Ou® modo quadruplices ex se cam effadet'U «rbei coctilibus mûris...

Aason., Cl/ar. uf6.« ToUiK.

«nottumefite par Auguste ^ par Adrien , par le^ Antonins , semblait i|n théâtre privyégi4^ où les Césars venaient rivaliser de mggntficenee. Marseille ^t$iit toujours uii« ville grecque dans TOccident ; 6li« eoaservaity avec le dépôt des lettres hellèair quesy la Iradîtic^ def aioMrs sévères et écoçomes^ Hiais elle se laissa gagner enfin a la corruption , et, vers le temps de Septime- Sévère, le proverbe, a Fais voile pour Marseille \ » n'indiquait que trop la dissolution de mœurs qui y avait remplacé Tantique austérité phocéenne *. Si la Narbonnaise sou* tenait encore, par des écrivains assez distingués, sa vieille réputation de savoir et d'études , les cités chevelues ne pouvaient se vanter encore d'avoir fait sortir de leurs écoles aucun homme de quelque renom. Cette gloire, depuis un siècle, avait appartenu à l'Espagne, qui la laissait échapper, au profit de la province d'Afrique : le vent soufflait de Carthage, et le jour de la Gaule était encore loin '. Telle on peut se figurer la situation intérieure de ce pays à la fin du second siècle. Dans ses rapports de coordination avec les autres provinces d'Occident, il se trouvait moins avancé en civilisation que f Espagne et l'Italie, plus avancé que l'U-

. I Ô6sv xal irapoipa ivapfiX6ey, iMtaoAÇ £tç MoaaoïXtav. Athen.y xn « 5« * nist. des Gaul » il, p. 120, seqq.

> V. cMefias, Introci.^ p. S34, seqq.

aeo CHAPITRE I.

lyrie et Tile de Bretagne : des premières il recevait l'impulsion, il la communiquait aux dernières. Ce fut une des causes qui lui valurent, sur la Bretagne et rUlyrie , une grande influence morale qui prit même souvent le caractère d'une suprématie politique. La Gaule entraîna presque toujours ces deux provinces dans sa sphère d'action ; elle y ra* mena plus tard l'Espagne déchue ; elle fut le noyau puissant auquel vinrent s'agréger les provinces occidentales, à toutes les époques de grands efforts ou de grandes commotions.

En effet, la Gaule couvrait contre les invasions germaniques une grande partie de l'occident de Tempire; ses populations formaient l'avant-garde de défense du côté du Rhin; et elles fournissaient aux légions établies sur le fleuve des recrues vigoureuses , aguerries par le voisinage de Tennemi. Une ligne de châteaux et de camps fortifiés bordait le fleuve \ et, au moyen d'un retranchement palissade , se reliait avec une autre ligne qui longeait le Danube jusqu'à son embouchure. Cette barrière fermait l'Europe dans sa largeur, depuis la Mer- Noire jusqu'à l'Océan germanique.

Huit légions avaient été cantonnées par Auguste dans la partie de cette ligne qui touchait le Rhin ;

■ Flor. f IV , IS. — Tac , Ann* , xn, 30 et pasitm.

trois occupaient la Haute*Germaniet sur le cours supérieur du fleuve , et cinq la Basse \ La partie bordant le Danube, quoique beaucoup plus étendue, n'en comptait que six. Mais les attaques des peuples germains, qui harcelaient alors la frontière rhénane , ayant changé de direction , et les grands efibrts des confédérations sarmato*teutoniques s*étant concentrés vers le Danube, il fallut que le gouvernement romain renforçât l'Ulyrie , en y faisant passer plusieurs des légions de la Gaule. Ces mouvements eurent lieu vers le temps de Trajan. Vers celui de Septime Sévère, les forces romaines cantonnées entre le Pont-Euxin et les mers à Fouest de la Bretagne se divisaient de la manière suivante :

Dans File de Bretagne trois légions : deux au nord près des monts Grampiens, une àTintérieur de la province;

Sur le Rhin , trois légions : une dans la Haute- Germanie, deux dans la Basse;

Sur le Danube, onze légions, savoir : deux dans la province transdanubienne de Dacie, conquise par Trajan ; en deçà du fleuve, quatre en Fannonie, troi&^en Mœsie, une en Norique et une en Rhétie. Ces deux dernières, placées en seconde ligne, gar-

' Tac. , Ànnn , iv, 5 ; MUt. , pattim. ^ Dio , &▼]« aS.

tribue à Tuti et à Tautre la plupart des mouuments qui décorèrent la Narbonnaise et le midi de l'Aquitaine. Commode, leur indigne successeur, ne suivit pas leur exemple ; son mauvais gouvernement laissa naître et s'aggraver des désordres qui firent enfin peser sur la Transalpine d'insupportables calamités.

Dans l'année 186, un soldat des garnirons gauloises nommé Maternus, homme couvert de crimes et condamné au dernier supplice, sut échapper à ses gardiens. Il ne lui restait qu'à se faire brigand; et il composa, de soldats déserteurs comme lui, une bande avec laquelle il ravagea les champs et rançonna les villages. Le nombre de ses compagnons s'étant accru rapidement, il attaqua les villes , en prit plusieurs par surprise , quelques-unes ménaeà force ouverte. Partout, sur son passage , il brisait les portes des prisons et faisait appel aux vagabonds et aux gens flétris; après ses expéditions, les bois et les montagnes lui servaient de retraite pour se cacher, ou de forteresse pour résister aux attaques des cohortes de police. Se voyait-il poursuivi trop vivement , il se jetait dans les Pyrénées, passait en Espagne, puis rentrait en Gaule, à l'improviste, chargé de butin *. Il fal-

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