DB L'HUTOIRB BOMÂUIB AU POINT DB VUB DU CHRISTlANISVB
Deux époques dans les témoignage» chrétiens touchant Rome et l*empire romain : l'époque de la persécation et celle du triomphe*
— Rome prédestinée à TéUblissement du christianisme : doctrine de l'Église à cet égard. — Ëloge de Rome par Prudence. — Système historique de saint Augustin. — Histoire universelle de Paul Orose.
— La société chrétienne continue la société romaine.
Dans le rapide tableau que je viens de tracer du travail de Rome sur le monde J'ai puisé mesautori* tés, presque exclusivement, chez les écrivains pro**
m INTBODUCTION.
faqes, comme obez le9 interprètes le3 plus légitime^ de la pepsée romaine^ che^ ceuj^ qui nous en ont traP9mi9 l'^Kpre&sion 1a plus directe et la plus fidèle.
Mais k Qàié de cette source des témoignages païeps , upe autre source non moins importante nous est ouverte dans les témoignages chrétiens. Les chrétiens se sont trouvés mêlés de la manière la plus intime % ce grand travail. L'empire a agi sur euY^i Us ont agi sur l'empire. Comment Tont-ik jugé? Qu/ont»ils pensé de cette société qu'ils ont fini par se soumettre, de cette organisation poli» tique dont ils ont recueilli l'héritage? Gomment s'expliquait , se formulait tout cela au point de vue chrétien? Qu'était*oe que Rome, et sa puissance, et son action universelle > et son hut final i dans les rapports de cette grande destinée avec la religion chrétienne ? Ces questions touchaient de trop près aux fondements mêmes de l'église, pour que celleci ne s'en fût pas préoccupée de bonne heure i de bonne heure j effectivement, elle les avait posées et résolues.
D'abord, il faut distinguer, dans les livres chrétiens, deux époques : celle de la persécution, où le nom de Rome et la mention du gouvernement romain apparaissent souvent avec les signes d'une irritation bien justifiable ; et celle du triomphe,
OÙ l'apprëciation des mêmes faits est entourée de plus d'impartialité et de calme.
Dès les premiers temps, on voit naître une doctrine qui rattache y dans les desseins de Dieu, le règne temporel de Rome au règne spirituel de Jésus-Christ. Suivant elle , la réunion des nations sous un même sceptre a eu pour but de prépa^rer la conversion des gentils; le gouvernement universel ouvre les voies à la prédication universelle ; la paix romaine est à la fois l'instrument et le symbole d'une autre paix que Dieu est venu donner au monde.
Ainsi les premiers chrétiens reconnaissent formellement les Césars comme les régulateurs providentiels des choses de l'univers; ils leur prêtent obéissan ce à ce titre ; ils prient pour eux, quoique persécutas. Les Césars sont nécessaires ^ ; Rome est le lien qui retarde la dissolution du monde ' : dernière des puissances terrestres, elle fermera la série des siècles; sa chute annoncera le bouleversement de la terre, et alors le mystère dini" quité s'accomplira par le règne de l'Antéchrist '.
* Si aat Gesares non essent ssGulo necessarii. Tertuli. , Apolog. s t II, p 651, éd. Paris. 156«.
' Pro mora finis. l\M, . p. 69S.
> Cette opinion s'appuyait sur ie passage suivant de saint Paul : — Mysterium jam operaiur iniquitatis, ^ntumet qui tenet nunc, teneai , doneo de medio fiât» Thessai* , ii , i, 7.
Telle est la doctrine des successeurs des apôtres.
« Il y a 9 écrivait TertuUien y une bien grande (K nécessité que nous priions pour les empereurs, a pour tout rétat de Tempire, pour l'ensemble « des choses romaines; c'est que leur existence re- « tarde la clôture du siècle et l'effroyable déluge tf de maux qui doit fondre alors sur le monde, oc Nous supplions Dieu d'éloigner de nous ces ce épreuves 9 et par là nous prolongeons la durée « de l'empire '. »
Les premiers chrétiens furent donc bien loin de renier le titre de Romains; ils le revendiquaient au contraire, quand on venait le leur disputer: « Eu a quoi difTérons-nous de vous, disaient-ils aux « païens, si ce n'est parce que nous n'adorons pas a votre Dieu ^? C'est vous qui créez une exception et contre nous, en nous privant seuls du culte qui « nous appartient ^ » Us ne prétendirent jamais former un peuple à part, mais seulement une association fondée <x sur la conscience de la religion.
* Est alla major nécessitas nobis orandi pro imperatoribua , etlaoi pro omnl statu imperii rebusque romanis , quod vim maximam uni- . verso orbi imminentem, ipsamque clausuram sœculi acerbitates borrendas comminantem, romani imperii commêatu «cimus retardari. Itaque nolumus eiperiri , et dam precamur differrl , roman» diuturnitati favemus. Tertuli. , Apolog, , 678.
' Nec Romani habemur quia non Romanorum deum colimns. Tertuli. , Apohg. , 664 i ad Seapui:, 16S , 163.
' Nos soli arcemur a religionis proprietate. Ibid, » 86 , 66i.
« sur la vérité des règles morales j sur la commu- « nauté des espérances \ ^ Ils admettaient la beauté de Tordre matériel établi par l'empire. J'ai déjà cité à ce sujet un passage remarquable de Tertullien, en voici un autre : « A quoi bon chercher « dans l'antiquité des exemples de changement , ce quand le char roule si vite, que nos yeux ont a peine à le suivre? Comme ce siècle a transformé « le monde! Que de villes nous voyons naître, ou re- « vivre ou s'agrandir, par la triple vertu qui anime «cet empire (Septime- Sévère et ses deux fils)! « Quelles masses de richesses sur les registres du «cens! Quelle liste de peuples!... En vérité, le « monde est comme le jardin .de l'empire, campa- « gne merveilleusement cultivée, d'où Rome a ex- « tirpé tout poison d'inimitié, toute épine de per- « fides alliances. C'est le verger d'Âlcinoûs chargé « de pommes d'or, c'est le jardin de Midas planté « de rosiers^.» Sans doute, il se mêla souvent à ces déclarations de fraternité des plaintes contre l'injustice du gouvernement, la cruauté des magistrats, l'aveuglement de la multitude ^^ et des accusations
* Corpus sumus de conscîenlia religionU et discipline verilate et spei fœdere. Tertall. , Apolog, , 693.
' Rêvera orbis cultissimum hojus impcril rus est; eradicato omni aconito hostUitatis , et cacto et rubo subdol® familiarltatis , consltum etamenam super Alcinoi pometum et Mid» rosetum. Tertull., de
contre rimmoralité des religions païennes ; mais ces accusations et ces plaintes , si bien motivées d'ailleurs, ne contredisaient pas le fond de la doctrine.
Après le triomphe du christianisme, et dans les temps postérieurs à Constantin, on la voit se reproduire avec plus de développement et de netteté. Les écrivains de l'église avouent sans réticence leur admiration pour Tœuvre de Rome; ils proclament l'élévation de ses idées sociales, sa grandeur morale, et la reconnaissance que lui doit l'humanité. A l'enthousiasme avec lequel ils s'expriment quelquefois , on croirait entendre , sous des formules nouvelles, la voix de Plutarque ou d'Aristide, les chants de Rutilius ou de Claudien.
La querelle fameuse excitée par Symmaque, à propos de l'autel de la Victoire, fournit aux chrétiens une occasion de renouveler solennellement leur profession de foi sur cette grave question. Dans sa lettre aux empereurs Valentinien , Théodose et Arcadius , l'orateur païen avait fait intervenir l'image de Rome plaidant pour ses dieux , au nom de sa gloire, et demandant merci pour ce culte « qui lui avait soumis l'univers *. » — « Men-
* Hic cultus in leges meas orbem redegit, ergo dits patriis, diîf ffl-
INTRODÎÎCttÔN: Sfâ
< songé ! s^écrîèreut de toutes paHs tes chl^tiehs, « vos dieux ne sont pour rien dans cette grandeui^ « dont nouô sommes aussi fiers que vous\ ^
et O Romain , dît à ce sujet Prudetice, qui à pa- « râphrasé, en assez beaux vers, la réponse de saint « Àmbroise à la lettre de Symmaque; Romain , « veux-tu que je te dise quelle fut la cause véritable a de les triomphes, le foyer cacbé dé là gloire , lé « bras qui enchaîna le monde pour toi? -^ C'est tDieu*.D
a Depuis les bords de l'Océan octîidenlal jUs- « qu'aux mers étincelantes où le jour se lève , la a guerre brouillait les choses humaines. Des mainS « cruelles , toujours armées, ne savaient qtie frap- « per et blesser. DieU voulut refréner cette rage } « il apprit aux peuples à courber la tête sous utië a loi unique , à devenii* tous Romains ^ , et ceux »qui habitent près du Rhin et du Danube, de
digetibus pacem rogamus. Symmacb. Epist. i>dd Valmt. Tkeod, et Àread, Auggg.* % , 54.
* Cf. D. Ambrog. eptsc. Bpisî. li ) tonttù Syt/^ùich,
* Vis dfcatd qaœ causa ttids , Rotnatie , laborei In tantum extoleiit ? quels glorla fotibiis âneul Sic cloat , imposltis ut mundum frenet liàbêiill..i Régna Tolens sociare Deus
AnreU Prudent. , contra iSymnâéh.
' Hanc frenatnrus rabiem Deus undique ^ntes Inclinare caput docuit sub legibus tsdem ,
Romanosque omnes fieri
Prudent. , tbid,, 60 1 et seqq.
« l'Elbe au lit profond, du Tage au sable d'or , et « ceux dont le Pô traverse les villes, ou dont le Nil, a aux eaux tièdes» féconde les campagnes, avant de « se perdre par sept embouchures. Un droit égal a les a faits tous égaux; un même nom les a i*alliés; ce la chaîne qui assurait leur obéissance est deve- « nue une chaîne fraternelle. Nous vivons sur tous « les points du monde, comme des concitoyens a nés l'un près de l'autre, renfermés dans l'en- (c ceinte d'une même ville, grandis au même foyer « domestique \ y*
« Voilà ce qu'ont produit les travaux de l'empire « romain et ses victoires. Le Christ peut venir; la « voie est frayée^ la paix et l'union publique rè- « gnent partout sous lin gouvernement modéra- « teur ^. Rome et la paix sont les deux liens de « l'universqui se confondent dans un seul. O Christ! « tu ne permets point la domination de Rome sans « la paix; et pour que la paix te plaise, il faut qu'elle
Jas fecit cemmune pares, et nomine eodem Nexuit , et domilos fraterna In Tincla redegit. Vivitur omnigenia in partibtus, haud secua ac al GlTes congenitos concludat mœnlbus unis V^ba patria , atque omneslare concillemur afito.
Ihid. s 607 et seqq.
Hoc actnm est tantU anccessibus atque triumphia Romani imperii : Gbristo Jam tum ventent!
Crede , parata via est , quam dudum publica noslra Pacis amicitia struxit^ moderamine Romœ.
Ihid. » 618 et seqq.
« arrive sous l'égide de Ronie^ qui^sait gouverner a comme elle sait vaincre \ »
Le poète chrétien aime à revenir sur cette idée; il la reproduit dans ses autres ouvrages^ et parfois avec des formes dont la crudité un peu sophistique dut faire sourire ^ je le suppose, les païens qu'il combattait.
Ainsi, d'après lui, le véritable fondateur de Rome n'est pas Romulus , c'est Jésus-Christ. Il fait dire à saint Laurent étendu sur son brasier : « O « Christ, fondateur de ces murs, qui as placé le « sceptre de Rome au sommet de toutes choses , a décrétant que le monde obéirait à la toge quiria rinale ^ !
a Voici que la race mortelle tout entière est com-
Pax et Roma tenent : capita h»c et culmina rerum Esse jubés , nec Roma tibi sine pace probatur, Et pax ut placeat facit excellentia Rom» , Quœ motus varios simul et ditione coercet Et terrore premit.
Ihid, , 635 et seqq.
O Cbriste , numen unicum
.0 splendor , o virtus Patris ,
O factor orbis et poli ,
Atque auctor borum mœnium :
Qui sceptra Romœ in verlice Rerum locasti , sahciens Mundam Quirinali togee Servi re et armis cedere.
Aurel. Prudent. , ITepKrreçavwv , ii, hymn. S. Laurent, I. 22
MB INTRODriQxiON.
M^iseïÉii te lOjttHgg de Rëmus; voici que les « peuples les plus divers .sentent et proclament « une même chose ^ ;
« Prends pitië de tes Romains ! fais qu'elle de* ft vienne chrétienne aussi, cette ville, au moyen de tt laquelle tu as semé une même croyance dans les «( autres. Quand les membres rejettent la superstiit tion, que la tête ne reste pas impie; que Romulus « devienne fidèle , et que la foi conquière jusqu^à a Numa ^ ! »
De la polémique et de la poésie, ce po*nt de Vue passa dans la science chrétienne, à titre de vérité historique, et n'en sortit plus.
Toutes les fois qu'une grande idée s'empare du
* En omne sub regnum Rémi
Mortale conce8sit genus ; Idem loquuntar dissoni Eitus , et ipgnm lentittiit.
/d. , loo. Imud.
> Da , Ghriste , Romanis tuls
Sit christlana ut civitas ; Per quam dedisti , ut csterii Mens una sacrorum foret.
Confœderantur omnia Hinc inde membra in symbolum ; Mansuescit orbis subdituf »
Mansuescat et summum caput.
Fiat fldelis Romulus Et ipse iam credat Numa.
J&td.
INTRODUCTION. 8lt
mondç et veut le dominer, il faut qu'elle prouve sa légitimité à rintelligence, comme elle la fait sentir au cœur; que pour cela elle pénètre dans toutes les branches de nos connaissances, qu'elle s'approprie la science humaine, en la refaisant à son usage. Il faut surtout qu'une telle idée , qui aspire au gouvernement de la société, établisse bien nettement son origine et sa nécessité logique dans l'histoire, car il n'y a que les utopies sans avenir qui naissent d'elles-mêmes et vivent isolées^ qui , ne se liant à rien , redoutent le passé et rom-^ peut avec lui. Cette reconstruction de la science autour d'un même principe constitue ce qu'on appelle de nos jours une encyclopédie» Tout* grande idée sociale a nécessairement la sienne, sont un nom et dans une forme quelconques : celle du christianisme fut tracée d'une main ferme et aveo une hauteur d'esprit admirable par saint Augustin» C'est dans le livre célèbre de la Cité de Dieu ([Vit le plus savant des Pères de l'église, discutant une i une les sciences cultivées de son temps, a donné une base chrétienne à la théologie ^, à la métaphy*sique % à la morale ^, à la physique même ^ et t
* S. AugQSt. , de Civ. De%,yi, th.
» Jbtd.«Tni,ix,x,xi.
» ibid^, xm,xiT.
4bid. , XII , XX , XXI et passim.
rhistoire^ Ce livre coDlient, avec la critiqjiie des systèmes enseignes dans les écoles païennes, un plan complet de reconstruction de nos connaissances d'après le principe du christianisme.
En ce qui concerne l'histoire , voici l'idée de saint Augustin. Les événements de ce monde ne sont ni fortuits ni isolés; la providence divine les dirige, les coordonne, les fait concourir tous vers un même but, le triomphe de la vérité et de la justice, telles qu'elles ont été révélées une première fois au peuple hébreu, et que Jésus-Christ est venu les confirmer et les annoncer aux nations ^. Quiconque écoute la voix d'en haut et la suit appartient au peuple des élus, à la cité de Dieu, près de laquelle marche la cité de la terre, attachée aux intérêts d'ici-bas, cité superbe, dominatrice, persécutrice des saints, mais qui n'en travaille pas moins , par des moyens qu'elle ignore , au règne de Dieu. Ainsi fit Babylone en Orient, ainsi fait Rome en Occident, toutes deux reines des peuples, toutes deux annoncées par les prophéties , toutes deux prédestinées à répandre, la première, les révéla?tions de l'Ancien Testament, la seconde , celle du Nouveau '.'Le règne de Rome fut universel, parce
* 8. Angnst. , de Civ. Dûi,YpXnp xTii, seqq.
* Ibid., r^ i^n, la, 13, seqq, > Ihid.,xî,xn ,xui el seqq.
que tel devait être le règne du Christ ^ £t comme la loi ancienne n'était qu'une préparation à la loi nouvelle , tout dans le monde ancien convergea vers Rome et vers l'avènement de Jésus-Christ; de même que tout , après cet avènement^ a concouru au triomphe et à l'universalité de la foi chrétienne^. Jamais Rome ne fut si puissante que depuis qu'elle s'est rattaché, par la communication de la religion du Christ, les peuples barbares acharnes autrefois à sa ruine. Les Gaulois incendièrent Rome soumise aux faux dieux; les soldats d'Annibal n'en auraient fait qu'un monceau de pierres : Alaric, chrétien, recule devant la destruction de Rome chrétienne ; il s'en rend maître et la con-
serve ^.
Cette vue historique était puissante. Elle subordonnait, dans les événements du monde, tous les faits à ceux du christianisme ; les gloires de la Grèce, la grandeur de Rome n'y tenaient plus qu'une place secondaire; le christianisme occupait tous les temps , et il montrait dans l'avenir à la cité de la terre la cité de Dieu domptant par la persuasion
* s. Augusi. , dé Civ. Dei» xvi , iTii. — Paul. Oros. , ii , 3; vu ,s. ~ Cf. TertuU. , adv» Judœoi , S17 ; adv. Mareion. « 837.
* S. Augnst., de Civ. Dei, xvin, 17 §eqq.; xix, S7. — PaoU Oro8.,Yi,i,31, M; VII, 1,3, 3.
' 8. Aagii8t.,d6at). Dei,if 7;ii,3; ili, 13,30; v, 15,35,33. — Paul. Oros., vu , 39 , 40 , il.
ees races barbares, que l'empire ne pouvait s'assi» miler. Saint Augustin attachait, sous le rapport de Tutilitë présente, comme sous celui de la doc* trine, une telle importance à ce système que, non content d'en fixer les points principaux dans le plus profond de ses ouvrages, il fît composer sous ses yeux, dans les mêmes idées*, une histoire universelle par un de ses disciples , le prêtre espagnol Paul Orose. L'ouvrage d'Orose, calqué sur le plan de saint Augustin, eut un succès qui dure encore. C'est lui qui a fourni le patron sur lequel ont été taillées depuis lors toutes les histoires universelles écrites chez les peuples chrétiens, y compris celle que nous a donnée le grand Bo&* suet.
Il y avait quelque chose de fortifiant , quelque ehosè de viril, dans cette prédication de la perpé» tuité de Rome par ses doctrines, quand son gouvernement croulait, quand la ville inviolable était prise et pillée, quand l'univers entier, pour me servir de l'expression d'un chrétien contemporain, « semblait renversé dans une seule ville'; » il était grand de dire alors à la société romaine : c Vous « existez malgré toutes les révolutions; malgré « tous les démembrements, le monde vous appar-
. • Paul. Orof . Eiit» prmf. . I. !{. i. vii , o4 /In. » 5. Hieronym. , Pr. in 1. 1. et m XiÊch.
<i tient toujours par la vërité et par la science ; « Q*ast là votre éternité, et la barbarie ne prëvaua dra point contre elle. »
L'église défendit donc pied à pied le terrain de la société romaine; elle en fut, sous le gouvernement politique des barbares, la représentation éclairée et courageuse ; elle en recueillit , elle en protégea la gloire passée. C'est à elle principalement qu'est due la conservation* de-ee droit admirable, qui partage encore aujourd'hui avec le christia* nisme la domination morale, chez les peuples civilisés. Un écrivain du quatrième siècle, l'auteur des Constitutions apostoliques^ attribuées fausse^ ment à saint Clément, faisait dire aux apôtres : c< Nous n'avons pas été seuls choisis de Dieu pour «c répandre la lumière de sa justice dans le monde, a il a voulu aussi la faire briller et resplendir par a les Romains \ » Un pape du neuvième, s'adressant à un roi de^ Franks lui recommandait « de véc< nérer ces lois romaines, que l'esprit de Dieu « avait promulguées parla bouche des princes *. » Ces lois ont régi l'église et souvent servi de guide
^ Neque volait ut per nos tantum lex justiti» eniteat , sed volait at per Romanot quoque laceret et splenderet. Conttit. apost. « ti » Si.
* Sed venerand» romanœ leges divinitùs per ora principum promalgat». Corp, Jur, ean,, i, 274, éd. Pith., 1687. —Cf., ibid, , 1,6,9.
à ses calions ^ Mais l'église a plus fait que de les conserver, elle les a continuées et complétées. Elle y a introduit un principe devant lequel l'autorité civile avait dû reculer^ parce que, bouleversant la société antique par ses bases, il ne pouvait sortir que d'une rénovation religieuse, et être accepté delà terre qu'en venant du ciel : ce principe, c'était l'abolition de l'esclavage \
* Savigny , BUt, d. dr» rùm* aumoy, âge» ch. xy. Droit romain eoMervé parle clergé « t. ii , p. SM et tulv. de la trad. fraoç.
* Je n*aTais à rappeler ici qu'une des Dombrenies améliorationi introduites par le christianisme dans la civilisation de Tancien monde. Sous ce point de Tue, comme sous celui de la poésie et de i*art, l'histoire du christianisme n'est plus à faire : elle est écrite en pages inef- j fàçables dans ce beau livre » intitulé trop modestement Éttide» fcisto- j riquee, où le travail patiept de l'érudit et l'inspiration du philosophe I ont su revêtir des formes de langage si magnifiques.