acas TBis l'vnité fab la pao^AttAnoR rai loias noctALMU
S 1. Caractère de lalittératare latine en Italie.*— Sef caractérea Yariés danf lef dlYerseï provinces. — Ëpoqoe hifpano*latiM ; Sénéqae,
, Lucain, Martial, Qaintilien. —La littératare grecqae te ranime souf Adrien et lef An tonins. — Époque pœno- latine; Fronto, Apulée , TertaUien. — Époque gallo-latine.
On sait comment les Romains apprirent à balbutier la philosophie et le^ lettres : formes et idées I théories de l'art, mètres poétiques, sujets même des compositions littéraires^ ils reçurent tout des Grecs. « Ce ne fut pas, dit énergiquement « Cicéron, un faible ruisseau détourné de Grèce c dans nos murs; ce fut un fleuve abondant et raie pide *; » et ce fleuve emporta ce que les littératures primitives de l'Italie centrale pouvaient renfermer d'original et de vraiment italique, oc De- « mi-Grecs eux-mêmes, dit encore un autre écria vain romain, les plus anciens de nos savants, <c poètes et orateurs à la fois, ne furent que les a interprètes des études helléniques ^ » Ainsi, l'idiome rude et grossier du Latium dut à des mains étrangères les premiers essais qui l'assouplirent
* Inflttiit enim non tenuU quidam e Grncla rivuluf in hanc urbem, ied abundantissimus amnU. Dé repuhL, ii, 19,
INTRODUCTION. âDi
et le façonnèrent. Livius Andronicus, Ennius, Pacuvius étaient* tous Grecs de l'Italie méridionale; Caecilius Statius venait de l'Insubrie cisalpine ; Naevius, qui menaçait la langue latine « d'é« « tre oubliée après sa mort^, » était Campanien; et ce fut encore un étranger, l'Africain Térence, qui, avec Plante l'Ombrien, se chargea de démentir cette orgueilleuse prétention. En histoire, en grammaire y en philosophie , comme en poésie, les créateurs des lettres latines ne furent point des Latins; l'éloquence et le droit, produitsxle la constitution politique, purent seuls revendiquer l'indigénat romain . ' ' !
Il s'écoula assez longtemps avant que le pays qui donnait la langue donnât aussi les écrivains; puis, tout à coup, vers les dernières années de la république, une foule d'hommes éminents sortirent de l'Italie centrale : Lucrèce, Cicéron, Salluste, César, Yarron, etc.; et le génie italien, mûri par l'étude des Grecs, s'éleva à la hauteur de ses modèles.
Mais presque aussitôt, on vit la suprématie littéraire quitter le centre de Tltalie, pour se trans^ porter dans les colonies et les municlpes du nord, dans ces belles campagnes de la Cisalpine, où les
* Itaque poilquam est orcino coDilitus thesauro , Obliteî 8i|nt Eomé loquier lingaa latina.
an INTBfiNCTIOM.
esprits moÎDS agités qu'à Rome, nudgré le ecmtre* coup des discordes politiques^ trouvaient plus de loisir et de calme. Ces villes superbes, peuplées d'émigrés romains et latins , renfermaient des éco* les capables de former de grands écrivains. Celles de Crémone et de Milan préparèrent Virgile ^ ; Pa« doue donna Tite-Iive; Vérone, Vitruve; Hostilia, Cornélius Nepos. Déjà Crémone avait produit le satirique Bibaculus, que les critiques plaçaientà côté d'Horace; enfin Rome devait aux rives du lac de Garde, à la presqu'île pittoresque de Sirmio, € la c perle des iles et des presqu*iles 'y, Catulle, le plus gracieux de ses poètes. Je n'ai transcrit ici que les noms les plus illustres; et cette gloire de l'Italie du nord fut continuée, dans le siècle suivant, par les deux Plines, par Valérius Flaocus, surtout par l'éloquent et vénérable Paetus Thraséa. Rien que, à l'époque d'Auguste, l'usage des idiomes gaulois et venète eût cessé dans les municipes cisalpins, le latin qu'on y parlait était entaché de tours et de locutions que les puristes du Latium n'admettaient pas ' ; et si Virgile eut le bonheur d'être reconnu pour un des types de la pureté classique,
« Cremona Hedlolanam translii. Don., TU. Virg. * Peninsalaram, Slrmlo, insalaramqae
Ocelle Catall., xzxi.
' Id tu, Brute, Jam inteUiges qaum in Galliam venerii; audiei tu
beaMCoup de ses compatriotes partagèrent vrid^ semblablement le destin de Tite-Live, dont on attaquait) comme on sait, Ir patai^iniié \ Malgré ces nuances 9 imperceptibles pour nous, le mouvement littéraire circumpadan se confond dans celui de l'Italie centrale, dont il reproduit tous les ca«ractères , et avec lequel il forme ce qu'on peut appeler I4 période italienne des lettres latines»
Ces locutions étrangères, qu'on reprochait aux écoles de l'Italie supérieure, durent se rencontrer plus nombreuses et plus fortement marquées dans celles de la Gaule narbonnaise, quand le goût des études latines s'y développa ; et il s'y développa promptement. Le terrain , en effet , avait été merveilleusement préparé par l'influence de Massalie ou Marseille, cette rivale savante d'Athènes et d'Alexandrie, qui, à la fin du premier siècle de notre ère , méritait encore cet éloge : a que l'élé- «c gance des Grecs se mariait heureusement chez a elle à la sévérité des mœurs provinciales ^ » Sans parler d'Antonius Gniphon, enfant exposé en Gaule, élevé en Egypte, qui devint le précepteur de
qaidem Yerba qandam noE trlta Borna; sed hcc muUri dediseique possant. Gicer.» Clat. Qrat.
< QniDtil. , Inst. s viii , 1.
* Masslliam» locum grsca comitate et proviociali paretmonia miftum ac bene compositum. TacU., Agr,» 4.
Jules Cësar et Tun des mattres de Cicéron % mais dont la science ne fut pas un produit indigène, on vit sortir des écoles narbonnaises plusieurs écrivains distingués I et dans le nombre : Valérius Caton, que ses contemporains appelaient c la sirène « latine, » et qui, poète et grammairien , c savait c seul, disait-on, lire et former les poètes ' ; » Varron, surnommé Âtacinus, parce qu'il était né sur les bords de l'Aude, autre poète savant, auteur d'ouvrages didactiques en vers et d'un poème historique sur la guerre de César en Séquanie; enfin Cornélius Gallus, né à Fréjus', premier préfet de l'Egypte, sous Auguste, estimé chez ses contemporains pour des élégies qui sont perdues, mais à jamais célèbre, dans tous les sièdes, par l'amitié de Virgile, et par les beaux vers que le poète mantouan consacra aux folles amours de son ami *. De tout ce que produisirent les écoles narbonnaises jusqu'au temps de Néron , rien ne nous est resté qu'un abrégé de l'histoire, de Trogue Pompée, fait par Justin, et le trop fameux Salyricon de Pétrone.
' Saet. , lUuitr, gramm, , 7.
* Gato grammaticus, latina Siren. i^
Qai solDS leglt et facit poetas. Suet;, Ihiâ.yU.
* Forum Jttlli» colonie et port militaire lur la edie deUprOTioce narboDnaifle.
iVlrgil^Mclog., x.
INTRODUCTION. i»5
Originaire du pays des Vôconces^ de cette contrée montueuse d'où descend la Durance, la famille gauloise des Trogues avait cherché fortune au service de Rome, à l'époque où la guerre de Sertorius n'agitait pas moins la Gaule méridionale que l'Espagne. Pompée prit en amitié le chef de ces Transalpins, le fit citoyen et lui donna son nom. Plus fidèles à l'étoile de leur famille qu'à celle de leur patron , les enfants du nouveau Romain se partagèrent bientôt , comme le monde d'alors, entre César et Pompée; l'un fut soldat pompéien, l'autre porta les armes sous César dont il èevint le secrétaire et le garde du sceau ^ : de ce dernier naquit l'historien Trogus Pompeius.
Ce fut pendant le principat d'Auguste, que Trogue Pompée publia un ouvrage en quarantequatre livreis, intitulé : « Histoires philippiques , « contenant les origines du monde entier et la a description de tous les pays ^. » Sous ce titre un peu bizarre, se cachait une véritable histoire ' générale, embrassant la destinée de tous les peu-
* Patrem sub Galo ciesare miliUsse, epfstolarnmqQe et legationum^ simnl et annull caram habuisse. Justin., Hi$t„ xuii, ad fin,
* HUtorianim pbilippicaram et totios mnndl originnm, et lerr» litos, UbrIxuY; a Nlno adCasarem Aogiutam. C'est anail le titre de l'abrégé de Joetln. à
pies connus, pendant une durée de deux mille ans, depuis la fondation de l'empire de Babylone, jusqu'à la chute de la république romaine. Les premiers livres contenaient le récit des empires d'Asie , et celui des entreprises des rois de Perse sur l'Europe, en particulier sur la Grèce; puis venaient les affaires des nations grecques; le mou<* vemeat de réaction de l'Europe sur l'Asie ; les conquêtes d'Alexandre et la formation des royau* mes macédoniens, avec leurs durées et leurs fortunes diverses. Les derniers étaient remplis par la lutte de Carthage et de Rome; ils présentaient le tableau des accroissements successifs de la puissance romaine, jusqu'à ce qu'elle eût tout absorbé Asiatiques et Grecs, Carthaginois et fiarbares, Orient et Occident. A cet exposé des conquêtes de Rome se rattachaient les origines barbares occidentales, et la géographie de l'Afrique, de l'Uly** rie, de la Gaule et de l'Espagne.
C'était la première fois que le grand travail d'une histoire universelle, déjà essayé en grec, s'exécutait en latin; et, d'après le témoignage des contemporains, le succès fut incontestable. Trogue Pompée prit place aussitôt parmi les écrivains les plus distingués de Rome. S'il était possible de retrouver la pensée du livre original sous les mutilations d'un abrégé, fait sans beaucoup d*intel-
iigenœ , on reconnaîtrait peut-être que Thistorien narbonnais jugeait toutes choses avec élévation et calme; qu^il ne sacrifiait pas tout à Rome comme les historiens romains , ni tout à la Grèce comme trop souvent les écrivains grecs; que son patrio* tisme romain se montrait même assez peu ardent; qu'enfin , s'il se décelait en lui quelque prédilec* tion potir une époque et pour un peuple, c'était pour répoque d'Alexandre et pour la civilisation macédonienne , dont la peinture était le but prin« cipal de son livre. Peut-être encore y reconndtraitonFesprit des écoles de Marseille , où sans doute il avait étudié, et cet orgueil grec qui , même chez la vieille alliée du peuple romain , ne devait ad<mirer que la Grèce. La dernière partie de l'abrégé est tronquée et imparfaite, et c'est là surtout qu'il eût été curieux de voir le nouveau Romain du temps d'Auguste, le provincial sorti d'une nation barbare , décrire et juger cette grande révolution qui, parcourant le monde entier, commençait à transformer jusqu'à sa patrie d'origine.
Si la Gaule narbonnaise put se glorifier des Histoires philippiques deTrogue Pompée, elle dut rougir du Satirycon^ malgré le talent gracieux et l'élégance de style qui n'en font point pardonner l'immoralité. T. Petronius Arbiler était né à Marseille, d'une famille probablement romaine; mais
SMS INTRODUCTION,
il parait avoir passé une partie de sa vie dans les provinces grecques, surtout dans l'Italie méridionale, où il place les récits de son livre, dont il peint avec trop de complaisance les mœurs dissolues, dont il analyse du moins Tétat social avec une remarquable sagacité. Le Satyricon, dans son fragment le plus important, le souper de Trimalcion, n'est que la peinture satirique de cette nouvelle société qui se formait alors, et qui, en Italie, depuis la guerre sociale, ne se recrutait plus que parmi les affranchis. Actifs, industrieux, âpres au gain, concentrant dans leurs mains le commerce et les professions lucratives, les affranchis deve* nus citoyens s'emparaient de la tête de la société, entraient dans les sénats municipaux, occupaient les magistratures locales, et remplaçaient peu à peu les anciennes familles libres qui , partageant le préjugé romain, dédaignaient les moyens d'entretenir et de restaurer leur fortune.
Le type de ces nbuveaux Romains est merveilleusement représenté dans Trimalcion , ce Lucul-* lus grotesque qui possède des provinces entières, couvre la mer de ses flottes et mesure Tor au boisseau^; mais qui parle à peine sa langue, et malgré ses barbarismes, se pose en protecteur des
* Nnmmos modio netitttr. Petron. Arbit. Safyr.^ 37.'
lettres /parce qu'il ramasse à sa table des rhéteurs afTamés et des parasites vagabonds; cet Homme fastueux et 'grossier qui, dans ses magnificences vulgaires, s'enivre, bat sa femme *, et enchaîne ses convives, malgré eux, à des festins interminables. Autour de lui se groupent nombre d'originaux eu* rieux, de la même classe, depuis le Sévir Habinas, marbrier en tombeaux, et magistrat important, qui ne marche qu'avec des licteurs, et suit par sensualité les repas funèbres ^, jusqu'à ces libérés des ergastules qui ont peine à oublier qu'ils ne sont plus esclaves, et le sont en effet toujours de cœur et de souvenir \ Mais du sein de cette triste et brutale société , jaillissent parfois des sentiments qu'on eût cherchés en vain dans des classes plus élevées, et qui sont le produit des éléments mêmes qui la composent. Là l'esclave et le maître se touchent; et la servitude de fait est plus humaine que la loi. ce Mes amis, dit Trimalcion, les esclaves sont (c des hommes comme nous; ils ont sucé le mêmB a lait, quoique la mauvaise destinée les ait frap** c pés. Je veux que de mon vivant et bientôt. Us «boivent tous de tenu libre ^\.... »
^ Petron. , Sali^n 76, 77.
a Ibid., 65-66.
"^/M^l., 57, 56,6tfaffim.
4 Amicî, inqttit, et servi homînes snnt, et «qne onamlaetem bibe* I. i4
Tout fait présumer que ce livre fut écfi% sous le& principats de Claude om de Néron, lin peu avaqt. cette époque, ua ai^tre Gaulok, Domitius Afer^ l'orateur de Tibère ^ , brilla au^ pi^emiefs rangs du Forma et du sénat ; il fut un des délateurs, habituels de ce règue funeste et ^e celui de Ca,ius : « plus heureux par SO0 génie f dit Tacite , « qu'estimable par son cs^ractère et ses mœurs ^ » D'après ce que nous savons de son genre d'éloquencÇy il appartenait à l'école hi^ano - latine dont nous allons parler tout à l'heure.
Plusi tardt sous Domitien^ Marcus Aper se distingua pareiUeiiïen.1 comme orateur; enfin, sous Adrien y on cita le rhéteur Favorinus d'Arks» homme d'une instruction profonde, rénonmé surtoii^t p^r sa science dans l'archéologie latiae.
Mais ce mouvement littéraire se passait surtMt dans les nombreuses colonies de la province; il ne seinhl^ pas que la population indigène s'y soi( associée bien intimemeBt, quoiqu'elle ait foufiii Trogue*Pompée. iic cercle d'activité intisUectuielie ne comprenait encore que le midi de k Qauiè^ et quelques points isolés à l'est et au nopd,: %a)s'qtt6
runty etiam si illos malus fatos oppresserit : tamen, me salvo, cito «qaam liberam gustabunt. Satyr., 71 .
* Taclt., Ann., iv, 52.
, * Prosperiore eloqoentiae quam moram fama/uit. Tacit, ibi/At* 9à,
INTRODHCTION. 211
Augusto-duBum ou Autun chez les Edues^ et Du* rocortorum chez l^ Rèpies. Tandis que la jeunesse de quelques villes plus avancée^ venait s'essayer au concours de Lyon, réglé d'une manière si extravagante par le caprice de Caligula, la masse des peuples gaulois se formait peu à peu aux habitudes romaines, étudiait la langue, la pliait à son génie, se préparait, en un mot, pour une époque encore éloignée. Le mouvement de la Narbonnaise resta donc un phénomène local et borné : ce fut un reflet de l'Italie projeté sur quelques colo* nies italiennes, et voilà tout.
£n Espagne, au contraire, le développement des
études latines, préparé de longue main, se produi«-
sit, au temps d'Auguste, avec un caractère origi^^»
nal. On vit alofs lés amusements littéraires des
proconsuls et kss institutions fondées par Setto*
rius dans un but politique, Cordoue et Osca, porter
en même temps des fruits ^ ; ce fut bien le génie
ibérien qui se fit jour sotfs lès mots latin» et sous
les idées romaines. ï)éjà, du temps d'Ennius^ on
avait dit, à propos de l'emphase du lataga^é, « c'est
« parler en espagnol et non pas en romain '; » cent
quarante ans plus taihd, Gcéron reproduit àiix
* Voir plus haut, page 117 et siiiT.
* Hlspane Bon romane ioqnl;
2lâ INTRODUCTION,
poêles de Cordoue le même luxe de figures , la même tension de style, et « cette boursouflure a étrange * , )» qui choquait son goàt délicat et contenu. Ce défaut subsistait toujours, quoique atténué notablement par l'étude, lorsque, au temps de la bataille d'Actium, cent quatre-vingtneuf ans après le premier établissement des Romains en Espagne, des rhéteurs espagnols et parmi eux Porcins Latro, vinrent ouvrir à Rome une école de déclamation latine. Il y avait là de la hardiesse, sans doute; mais cette hardiesse réussit. Latro présentait un type remarquable de l'esprit hispano - latin. Doué par la nature d'une prodigieuse faculté de travail et d'une imperturbable mémoire, véhément, élevé, il était inégal et ne savait pas éviter l'emphase. Il affectait de mépriser les lettres grecques dont il proscrivait absolument l'étude, et que d'ailleurs il ignorait \ Sa voix qu'il dédaignait de travailler, de fléchir aux artifices des modulations italiennes, était âpre et rude, mais commandait l'attention '. Latro, avec ce mélange original de mal et de bien , entraînait ses
* Ut eilam Cordvb» natts poetis plngtte qniddam fonanilbiis au que peregrinum, tamen (Metellas) anres fuag dederet. Giceir., Pto Âreh.^ 10,
* Grocos et contemnebat et ignoralMt. M. Sen., Contrùo.^ y, 8S.
* Voi robnsta fed sordida lucabrationibiis et negllgentlai non na- Inra inftafcata Nulla nnqaam illi enra vocU eiercend« foity lllum
auditeurs. Tout ce qu'il y avait de littérateurs à Rome se pressait aux controverses où l'Espagnol devait jouer un rôle : oh y voyait Mécène, Asinius PoUion, Tillustre et infortuné Cremutius Cordus, Messala Corvinus, Passienus, etc., et surtout le poète Ovide, un des athlètes les plus assidus à ces luttes de la parole facile ^
Mais Latro n'y figurait pas seul le génie de son pays : il s^était groupé autour de lui toute une colonie d'orateurs et de poètes espagnols, arrivés deCordoue, d'italica, de Cadix bu de Calagurris, et dont le nombre grossissait chaque jour. A leur tête se plaçaient, par un talent reconnu , Junius Gai» lion, à qui le goût romain reprochait du cliquetis et qu'Ovide prit pour son modèle et son ami'; Marcus Annaeus Seneca de Gordoue, écrivain de mérite, mais dont la gloire a été effacée par celle de* ses trois fils ; et le poète Sextilius Hena qui chanta la mort de Cicéron '. Ou y comptait aussi Stato-
fortem, agrestem et hlspaaiasi consnetadinis morem non poterat dédiscere. M. Sen., Controv,, i, Prmf,
* OYldins Naso Latronif admirator erat. M. Sen. . Cowtrov. , 1.
*TinoUas Gallionis. Tacit., de Caus. eorrupt. eloq, -- QulniW- , IX, Siiu, l.<^OYid., Jffto^M llb. IV. —M. Sen., Contrtn)., 9; Swu. 3. — On peut consulter Andr. Schott. , Clar., ap, Senae. rM.
' Il était de Gordoue. On cita de lui un morceau sur.la mort de CI > céron commençant par ce vers :
Deflendus GIcero est» Latisque siientia lingus.
M. Sen. Sua$,, 6.
rius Victor ^ et Temphatique et guindé Sénécion qui représentait le côté ridicule de la grandilo* quence. Il était vraisemblablement né en Bétique, comme Hérennius Sénécion dont nous parlerons fJus bas. Sa boursouflure l'avait fait surnommer Grandio; et Ton assurait, en plaisantant, que voué aux grandes choses, il n'achetait que de grands meubles, ne portait que de grands souliers, n'avait que de grands valets et que des maîtresses d'une taille gigantesque ^.
A côté de ces exercices purement littéraires, se formait aussi une école de savants espagnols parmi lesquels brillèrent Hygin ', qui fîit préfet de la Bibliothèque palatine sous Auguste; Moderatus Columella, né à Cadix, poète et naturaliste , qui écrivit sur l'agriculture, avec une élégance trop recherchée peut-être pour les matières qu'il expose; Turanius Gracilis dont on citait les observations physiques et géologiques sur l'Espagne; et au-dessus de tous, le géographe Pomponius Mêla qui traita cette science aride dans un style
* Il ^|aH aufsi 49 Cordoue. M. Sen. ^uai., s.
* Guplebat grandia dieere adeo ut noyisslme hujns rel morbo et teneretur et rideratur; natn et servos nolebat babere ni»! grandes, et argentea vasa non nisi grandie.... concubinatn ingentie stature habebat.... vocari caQpit Senecio Grandie. AL Sen. Swk9*% i s >•
* Suet., Iflufl, sframm.t 80.
INTRODUCTION. Si5
à la fois grave et orné, imité par Pline Tancien '. Cette première génération d'hommes remalrquables en préparait de plus illustres. Des écoles ibéro-latines sortirent leà trbis fils de M. Seneca : L.Ann8eus, que nous appelons Sénèque, philosophé et poète tragique; Junius AntiëBUs Gailion, cé« lèbre par son éloquence \ et Â^nnseiis M^la, hotnmé distingué'^ mais connu surtout pour avoir ét^ le {)ère de Lucain. A côté de Lucain , dans la gé*^ nét*ation suivante, brilla Silius Italiens que Topinion la plus probable fait originaire d'ttalica \ Après eux, vinrent l'historien Hérennius Sénécion^, qui paya de sa vie, sous Domitien, les éloges qu'il avait donnés à Helvidius Priscus; Quintilien , de Calagurris , fils et petit-fils de rhéteurs , et lui-même le rhéteur le plus célèbre qu'aient produit les lettres latines; le poète Martial de Bilbilis; plus taM, l'historien abréviateur, An-
* Il était né à Mellaria, comme il le dit lui-même, ii, 6. ,
^ 11 se nomma d'abord Marcus Annsus Nofatus. Son compatriote Janias Galllon l'ayant adopté, il prit a on nom. Dnlcem Gailtonem. Stat. Silv, S. Geneth. Lucan, — Egregins doclamator. Chron»^ Euseb.
Et docti Senecs ter numeranda domus* Martial.
* Annœum Lucanum genaerat, grande adjumentam claritudinis. Taclu, ^nrto xVi, W. — Plln., xix, 6.
4 On croit qu'il était né à Italica, vingt-cinq ans après J.-C, cer pendant la question .est controversée. F. entre^ autres Funcc, d$ fmttiln. £. L, Smect, et Schœll., ffist abrégée de la Litt, rom.^ ii.
<* Il était né en Bétique. €. Pline, i, Epit, 5 ; ui, 2. — Tacit. , Vita Àgric,, i, 45.
naeus Florus^^ et le rhéteur liilianus dont on admirait, au sièclQ des Antonins, l'éloquence, l'érudition et les vastes connaissances dans l'ancienne littérature romaine ^^ L'histoire ne nous a fait connaître , avec quelque détail, que les chefs d'école. Autour de ceux*ci accouraient, à chaque génération, une foule de littérateurs espagnols, qui venaient solliciter, au moyen de leurs compatriotes en crédit, la faveur du public et celle de César.
La race ibérienne exerça donc sur cette période des lettres latines une grande action, non pas seulement à cause de la multitude d'écrivains supérieurs ou distingués qu'elle lui fournit, mais à cause du caractère général imprimé aux productions de cet âge, de sai manière, qui rappelle si évidemment les tendances du génie espagnol. On a peine à s'imaginer l'engouement qui accueillit, dès l'origine , cette importation de qualités et de défauts également incisifs et brillants. La jeunesse romaine se précipita aux leçons de Porcins Latro; on l'admirait, on le copiait en toutes choses. On singeait jusqu'à sa voix rude et saccadée, jusqu'à son attitude rustique, jusqu'à la pâleur olivâtre de son teint; et comme on attribuait à l'usage du
* Ce nom d' Annsus fait supposer qu'il appartenait à la famille des Sénéques. — Cf. Funcc. , de /mmtn. L, L. SmecL , 596. ' Aul Gell., Noct, ait, ix, 15; xvm, 5 ; xix, 9.
cumin la propriété de rendre pâle, il se fit à Rome, si l'on en croit Pline, une énorme consommation de cette graine \ Le style de Sénèque fit école dans la prose, celui de Lucain dans la poésie. On blâma le nouveau goût, mais on y céda ; et les esprits vigoureux et graves que produisait encore l'Italie, les deux Pline, Juvénal , Tacite lui-même, se laissèrent entraîner sans trop dç résistance \ Quintilien, jaloux de Sénèque et partisan d'autant plus zélé du siècle d'Auguste, eut beau prêcher le retour aux anciens modèles, il ne parvint lui-môme à se dépouiller entièrement ni du goût de son temps, ni des tendances natives qu'il avait pu rapporter de Calagurris'.
Les arrêts de la critique ont prononcé que, dans le passage du siècle d'Auguste à celui de Néron et de Trajan, il y avait eu décadence ; j'y souscris sans hésiter, quelque respect que m'inspirent d'ailleurs les noms de Sénèque, de Lucain, de Tacite; car, pour mon compte, je préfère la noble simplicité des écoles grecque et italienne, à un style trop souvent tendu, à une recherche d'effets , qui à la
* Omne cominam pallorem bibentibus gignit, ita certe ferunt Porcii Latronis, clari inter magistros dlcendî , adsectatores , similitudinem coloris stadiis contracti, imitatos. Plin., xx, 14.
* Cf. Tacit., da Caus. corrttpt. eloq,
' Des critiques modernes ont accusé Quintilien d*hi$pawité* comme Tite-Live Vavait été autrefois de patavinité, V. Funcc. , Immin. £. I. 5en«c/. . 370
longue produit la fatigue. Il est possible , assurément, que Tapparition de Técole hispano-laline à Rome ait décide la crise que subirent aWs les études classiqiiesy et précipité là chute des bonnes traditions liltéraires, déjà ébranlées. Mais qui peut nier en même temps que TEspagne n*ait pîiyé no*btement à l'Empiré sa part de génie; et qui regretterait de voir les noms de Lucain, de Sénèque, de Quintilien inscrits dans l'histoire de kome, à côté de ceux d'Adrien et de Trajan ?
A partir du règne de Trajan , la fécondité littéraire de l'Espagne décline et .s'éteint, jusqu'à ce que le souffle du christianisme vienne régénérer la patrie de Prudence, d'Orose et de tant de grands évéques. Des mains dés Espagnols, et après quelques moments de repos, le sceptre passa dans celles des Africains.
Ce temps d'arrêt fut rempli par ime sorte de réveil des lettres grecques. Rome, tout en produisant elle-même, tout en égalant sur beaucoup de points les modèles de l'antiquité hellénique , n'avait montré ni froideur ni dédain pour la littérature grecque contemporainè| biep déchue pourtsint, quoique toujours fière et exclusive. Dès les temps de César et d'Auguste, elle avait cherché à soutenir, soit en Egypte, soit dans ses propres murailles, ces études précieuses auxquelles elle devait tant.
INTROMICTION* 3i9
Marc-Antoine répara les pertes de la bibliothèque d'Alexandrie, en partie brûlée pendant k première guer»e civile^ ; l'empereur Claude y ajouta un nouveau Musée *. A Rome , par une rivalité heureuse, les riches particuliers et l'administration luttèrent de zèle pour rassembler des livres , de toutes les parties du monde romain , et en former de grands dépôts publics. Lucullus attacha son nom à la première de ces fondations utiles '. Jules César, Auguste, Tibère, Vespasien, Domitien, Trajan, les multiplièrent à l'envi , par goût et par désir de gloire, autant que par devoir de gouvernement *. Non contents d'accumuler ces trésors littéraires, les Césars s'occupèrent du sort des gens de lettres, et les Grecs ne furent point oubliés. Les professeurs reçurent un salaire public; et l'état entretint dix grammairiens latins et autant de grecs, trois rhéteurs latins et cinq grecs , un philosophe probablement grec, et deux jurisconsultes \ On voit que Rome maintenait la balance bien égale entre les deux langues, entre les deux grandes divisions de l'Empire.
' Dio. , XLii, 38. — Plut. Cœi, , Anton.
« Suet.,Cîau(i., i2.
> Plat., LueuU.,S3,
* Suet. , Aug,, 29; Domit,, 20. — Ovid. , Trist. . m, 60, 69. — Plin. , Eist. nat. , vu , 50 ; xxxv, 2. — Plut. ,* Marcel, — Dio, lui, 1. A. Gell. , XI , 17 ; xiii , 18 , seq<ï. ; xvi , 8.
** Consulter Schœll. , Jïtit. d$ la litérature grecques iv» 8> 9.
Sous Trajan , Adrien et les Antonins ^ quand la sécurité fut rentrée dans les affaires, et que, libres de souci public, les esprits purent se livrer tout à leur aise aux débats de la critique et à la lutte des systèmes , les études grecques prirent en Occident, à Rome surtout, une faveur qui alla jusqu'à l'engouement. Les princes eux-mêmes donnèrent l'exemple. Les Césars devinrent pour les littérateurs écrivant l'idiome hellénique, ce qu'avaient été autrefois les Ptolémée et les Âttale, avec cette différence, que le lien politique resserrait ici et fortifiait le patronage littéraire. On vit donc une foule de gens de lettres, sophistes, historiens, rhéteurs, grammairiens, poètes, savants, accourir, de tous les points du monde oriental, à Rome, où ils trou valent accueil empressé, secours d'ai^ent, bibliothèques , et une porte ouverte à toutes les ambitions. Plutarque y vint de Chéronée; Arrien, de Nicomédie; Lucien, de Samosate; Hérode Âtticus , de Marathon ; Pausanias , de la Lydie. Mais, quoique le courant qui attirait à Rome les lettres grecques refluât aussi, avec quelque force, de Rome vers la Grèce et l'Asie, il ne s'y produisit rien d'original que des systèmes philosophiques \ La
* Voir ci-dessous ce qui est dit sur les travaux des Néo-Platoniciens.
rénovation, stimulée si vivement par les Antonins, n'eut guère d'autre résultai que de mieux &îre connaître aux Orientaux les Romains, leurs mœurs et le\ir histoire \ et de répandre parmi ces derniers une plus grande masse d'idées appartenant à l'Orient : c'était beaucoup déjà, et cet échange tourna, sans nul doute, au profit de tous.
Que devenaient, au milieu dé tout cela, les Grecs européens don f; on parlait la langue à Rome, dont les grands hommes étaient dans toutes les bouches, et devant lesquels on s'inclinait toujours par reconnaissance et par habitude ? Rois dédaigneux de cet empire qu'on leur faisait, ils se tenaient, vis-à-vis du gouvernement romain , plus isolés et plusraides que les Grecs d'Asie, ou les Orientaux hellénisés. Rome avait peine à se faire pardonner^ dans la patrie d'Épaminondas et de Périclès, sa* domination, ses lois, sa langue barbare^ et jusqu'à sa gloire littéraire , qu'on lui déniait, ou qu'on feignait d'ignorer.
Des rhéteurs ou des magistrats imprudents agitaient encore ce peuple avec l'ombre de son passé. Adrien et les Antonins, par leur condescendance envers des esprits superbes que l'humiliation avait aigris, et par des concessions sans péril pour l'Em-
* Piularqae y contribua plus ifue tous les autres ensemble.
2tt INTRODUCTION,
pke, le& rallièrent un peu à la société romaine; mais le vice originel était toujours près d'éclater. Mutarcpiey qui s'est oocupé de cette disposition morale de ses compatriotes^ dans le but d'y apporter remède y leur adresse à ce sujet des conseils pleins de bon sens, où une spirituelle ironie frappe tour à tour les maîtres elles sujets; ceux-là pour ne se souvenir pas assez , ceux-ci pour ne savoir rien oublier.
n Quand nous voyons, dit-il, entre autres choses, «ries petits en&nts vouloir chausser les souliers (T de leurs pères, et se coiffer par jeu de leurs <c-couronnes, trop larges pour de si petites têtes , a nous ne pouvons nous empêcher de rire '. Ainsi (c font pourtant les magistrats de nos villes , lors- « qu'ils présentent sansGes9e et follement à l'esprit a de la multitude, dans la vie brillante de nos ance cêtres , une grandeur de courage et des actiona a disproportionnées à notre état actuel et à notre <x temps. On nous fait faire par là quelquefcÀs des « choses dignes de risée; et puis , il n'y a pas à rire <( pour tout le monde, à moins que vous ne soyez <r si humble et si obscur, qu'aucun coup ne vous a puisae atteindre...
* TàfAiv «^àp (Aucpà irai^ia twv iraTtpuv épûvTiç JTnxctpouvra rkç xprj- Plot. , Mpub. germd. prmepUt^ t. n, 8f4, éd. ia^r. Paris, l<ii«.
a II y a cejrtes encore moyen de suivre ses aïeux « de près^ea mille bonnes choses; mais la bataille (c de Marathon , et celle de la rivière Eurymédon,, « et celle de Pl^ée ^ et tels autres exemples qui ne afoAt qu'enfler vainement la multitude, à quoi ftsejrve,nt-ik? U faut les laisser aux écoles des so- « pl;iiste$ et aux déclamations des rhéteurs K
a Lorsque tu prends ta robe , il ne faut pas seule- « ment te refuettre en mémoire ce que Périclès se « disait à lui-même, quand il prenait sa robe de « magistrat, pour paraître en public : «Périclès, <( pen^e bien que tu commandes à des hommes li- « bres , que tu commandes à des citoyens qui te (c valent, que tu commandes à des Athéniens. » (( Voici ee que toi, tu dois surtout te répéter à toia même : « Tn commandes , étant commandé ; tu « gouvernes* étant sujet ; tu administres sous un « proconsul romain , ou sous un procurateur et un « lieutenant de César. €e n'est plus ici une Uceoù « l'on joiîte, la lance au poing : il faut porter sa <( robe plus modeste; du palais où logent te$ ma* « gérais , il fout aVoir toujours l'ceil au «iiégie im- « périal, et ne prendre pas trop de cœur pour
et porter une couronne sur la tête, en remarquant « que les souliers des magistrats romains sont enflc core au-dessus \ »
Cependant une nouvelle période de la littérature romaine s'ouvrait dans les écoles de l'Afrique.
Jusque-là, les provinces libyennes , à rexception de la Cyrénaïque , n'avaient produit que des écrivains isolés, qui, pour la plupart, et, sous Tinfluence de Cyrène , avaient préféré l'idiome grec à l'idiome latin , et les études philosophiques aux études purement littéraires. Leptis, la première, sous le principal de Néron, donna aux lettres latines le philosophe stoïcien Annœus Cornutus, le mattre et l'ami de Perse et de Lucain , et une des victimes les plus innocentes de ce règne sanguinaire ^.
Sous un autre tyran, Domitien, Leptis donna encore aux lettres latines un de ses enfants, SeptimiusSeverus, qui parait avoir été un des ancêtres de l'empereur Sévère. Soldat et poète, Septimius n'eut que des succès, dans ce redoutable voisinage des Césars, où le philosophe, son compatriote, avait trouvé l'exil et la mort. Stace, le poète impérial,
' EûvToXsfftipav ^tt T^v x^f^O^a iroutv , xal €Xéirsiv àiro tou fn^9.vn=
Touc xoXtiouc iiroévo r^c ju^aX^ç. Plut, loe, laud.
^ Cornutus ftit relégué, en 66, par Néron, dans une Ile, où le tyran le fit ensuite mourir. Il avait composé en latin, sur Térence et Virgiie, des commentaires , qui ne nous sont point parvenus.
INTRODUCTION. dS5
était son ami, et le vante beaucoup. Dans de jolis vers qu'il lui adresse, il lui donne, tout Grec^ qu'il est lui-même, un brevet de beau langage romain, sans plus de scrupule que n'en mettaient non plus le Bilbilitain Martial ou le Calagurritain Quintilien, à faire, en maîtres, les honneurs du nom de Rome et de la langue latine ^.
« Est-il vrai, lui dit-il, est-il vrai que Leptis t'a <c enfanté au milieu des syrtes sauvages? Alors, elle (c peut produire aussi les parfums de Tlnde ; elle <x peut disputer le cinname aux sables odorifé- <x rants de Saba ^.
a Mais non , tu n es pas Africain ; ni tes maniè- « res, ni ton langage ne sentent Carthage : tu es, ce tu es Italien ! La Lybie élève donc aujourd'hui oc des enfants dont Rome et les escadrons romains « peuvent être, fiers * ! »
* p. Papiniiis Statins, né k Naples d'an famille originaire de Selles en Ëpire.
* ^9jei.9Epigr.yU,90i ix,100; x, SS,73;xn,31. — Quintll., In$tit,,pàssïm.
* Te-ne in remotts syrtibus avla Leptifl creavit? Jam feret indicas
Messes, odoratisqne rara
Ginnama preripiet Sabœis.
Stat.,5ylt;.«iv, 5,30.
* Non sermo pœnns , non habitus tibi Extema non mens; Italas , Italns!
Sunt nrbe, romanisqne tnrmis , Qni Libyam décorant alumni.
Sut. , îfr/d. f seqq.
Si6 INTRODUCTION.
Ces faits et quelques autres ne se liaient qu*ittparfaitementà Fé^at du pays, où l'idiome latin, en hitte avec le punique et le greci ne s'ëtait pas en-* cote tout à fait naturalisé. Ce furent les besoins , et bientôl: la prospérité du commerce africain, surtout du commerce de Garthage , pendant le premier siècle de notre ère , qui donnèrent une impulsion décisiTe aux études romaines. Carthage, ambitieuse de prendre place en tout à c6té de Rome^ se fit centre littéraire, et eut, comme œlle^cî, ses grandes écoles de philosophie et de déclamation ^, ses lectures et ses improvisations publiques à la bibliothèque et au théâtre-^. La curie municipale, à qui par déférence on donnait le nom de sénat, provoquait elle-même de brillantes solennités littéraires, où la province entière accourait. Elle attirait près d'elle tout ce que l'Afrique produisait d'hommes distingués j à force d'honneurs, d'argent , de statues \ elle s'attachait à leur faire oublier l'Italie; et ceux-ci, en r^our, saluaient Garthage des titres superbes de Itfttse céleste , et de Camènedes hommes portant la toge ^
« Duœ urbes littera?iini latinarum artifices, Roma atque Gartfaago. S. Attgust.
• Apul., Florid., pawim. — Angust. , Con/bw. — Salv. mass., de Guh. Dei, 7.
» Apul., Ftorid., IV, 18.
^ Apul. , Ftortd., m , 1 seqq.
'^ MuM cœlestU , Camœna togatornm. Apul. , FloHd, , ir, il.
INTR(H>UeTiON. m
A l'exemple de la Muse céleste^ les autres villes de ces provinces ouvrirent des écoles et se livrèrent aux études oratoires et poétiques^ avec une passion tout africaine. Dans ces écoles j où Ton écrivait et déclamait en grec, en latin et en punique % il se forma une sorte de goût mixte que pourtant le génie punique domina; et la langue des Romains, altérée en outre parla manie de l'archaïsme, prit dans ce contact quelque chose d'impétueux, d'acre, de subtil, qui contrastait avec son caractère originel. De là sortit un âge littéraire remarquable sans doute , inférieur pourtant de beaucoup à l'âge ibérien, non moins qu'à l'âge italique, et manquant à la fois des beautés accomplies du second et de la majestueuse grandiloquence du premier : fleur éclatante , mais un peu sauvage , éclose sous un ciel ardent , à la limite du désert.
Ce fut vers la fin du règne de Marc-Aurèle que les écoles pœno-Iatines reçurent tout leur développement : elles avaient déjà fourni le jurisconsulte le plus éminent du siècle , TAdrumétain Salvius Julianus , rédacteur de l'Édit perpétuel. Les études de juri^rudence, qui plaisaient et convenaient au caractère punique, disputeur et subtil,
* On rapporte que l'empereur SéTére était plus éloquent en punique qu'en latin et en grec. Aurel. Vict., MpiU — Cf. Apul., Apol^,, p, a38,ed.Panck.
y furent toujours en grande faveur. Sëvère avait été avocat du fisc impérial, avant de prendre la carrière des armes qui le conduisit à l'empire ; le Maure Opélius Macrinusy un de ses successeurs, était comme lui jurisconsulte *. La plupart des Africains, dont la fortune politique fut brillante, avaient cultivé les lettres: Albinus d'Adrumète, qui prit la pourpre en même temps que Sévère, passait pour connaisseur érudit^; et le consul Eutychius Proculus, natif de Sicca, avait professé la grammaire'. Toutes les gloires littéraires de l'Afrique pâlirent d'abord devant le Numide Corn. Fronto, que l'engouement public proclama l'égal de Cicéron ^, mais dont nous ne connaissons point les œuvres oratoires, et en qui nous devons estimer surtout le précepteur et le vertueux ami de Marc-Aurèle^ Fronto fut oublié pour le spirituel Apulée, le plus africain de ces génies d'Afrique , l'oi^ueil et l'idole de son pays, l'auteur envié et adulé, qui trouva de ce côté des mers assez d'honneurs et de fortune pour ne désirer ni l'Italie ni Rome®. Apulée pré»
' Dio f LZXTUi « 11. — Herodian , it« — J. GapiU , Macrin- » 94.
* Dio , LXXY , 6. — J. Gapit. , Albin. , 80. 85.
* 1. Gapit. , Mare, Aureh . 83.
* Non secundam, sed alteram decns. Eumen. — A. GelU, n» M; SIX • 8. — Macrob. , Sotum., y , 1.
" li. Corn. Fronton , Epistoh , éd. Àngel. Mal.
* ÀpuU, Florid.ei Àpotog. ^ pàêsïm.
sente^ sous la couleur punique, le type delà grâce et de l'élëgance, comme TertuUien celui de la force. Après hii , les études profanes faiblissent et ne donnent plus guère que le poète carthaginois Némésianus K L'ardeur du génie africain semble alors se concentrer dans le christianisme, qui jette sans interruption un éclat magnifique sur cette contrée, depuis Tertullien et Minutius Félix % jusqu'à saint Cyprien', Arnobe, Lactance^ et saint Augustin ^
La protection spéciale accordée par la maison de Sévère à la science du droit, fît fleurir cette branche importante des études romaines, dans la Phénicie, au cœur des pays de langue grecque. Tyr produisit Papinien et Ulpien®, écrivains aussi distingués, qu'admirables jurisconsultes; et l'école de droit fondée à Béryte , vers ce temps , rivalisa bientôt avec celle de Rome , et mérita d'être appelée la nourricière des lois ^. On retrouve dans Pa-
* n écrivit vers Tannée 882 , sous Garns et ses deux fils Garinus et Nomérianus.
* Ils vécurent sous les princes de la maison de Sévère. ' Martyrisé sous le principat de Valérien , en 268.
4 Contemporains de Dioclétien et de Constantin. » Né en 354, mort en 430.
* Papinien écrivit en latin et en grec. On peut consulter sur le caractère de sa latinité Funcc. , De veget, h I. setiect. ^ 5to.
* Berytensium pulclierilma civitas> quam et legum nuiricem bene quis appellet. Digest. prsfat, , de Jur. doc. rat*
âdO INTRODUCTION,
pinien, dans Ulpien et dans leurs discii^es, quelque chose qui rappelle non seulement les idées et les doctrines, mais les formes de style de TOrient : ce cachet asiatique a été signalé par les jurisconsultes modernes y qui Font désigné sous le nom de semi-judaisme ^ .
Tandis que ces choses se passaient en ÂlGrique et en Asie, l'Europe septentrionale préparait une nouvelle ère à la science romaine. Les provinces de Gaule, d'Illyrie , de Bretagne s'étaient développées en silence et lentement: les dernières conquises, et conquises sur des barbares , elles avaient été les dernières à plier leur génie sauvage au génie de Rome ^. La gravité des événen^ents politiques, vers la fin du troisième siècle , servit à révéler leurs progrès et à leur assigner le rang qui leur appartint dès lors, le premier rang dans les lettres, comme dans la guerre.
Contiguë à l'Ulyrie et à la Bretagne, et plus avancée que ces deux territoires , soit en culture morale, soit en prospérité matérielle, la Gaule les embrassait tous deux dans sa sphère d'action. Si d'un côté l'Ulyrie, qu'on pouvait comparer à un vaste camp, fournissait plus d'hommes de guerre
/ * Otto, Thu, jur., n, prttf. SI. — Ànto». Aiifiist. BmMdat. IT. S. — Gilb. Reg. , EnaMi^.jur. eio. , ii , ao. . ' Consulter ci-dessm, page 119etiQiv.
INTROnUGTiW. m
(elle en produisit en effet beaucoup et de bieu grands), la Gaule, d'un autre côté, concentrait autour de ses écoles, à Bordeaw, à Toulouse, à Autun, à Trêves , à Durocortorum ou Reims, presque tout le mouvement des idées. Cette rëappari* tioQ de la vie intellectuelle en Occident forma 1# quatrième âge de la littérature }atine, âge important, surtout sous le point de vue de l'histoire, puisque ce fut l'influence gauloise qui vint ranimer alors le goût des lettres , dans la patrie de Virgile et de Cicéron. Tout ce qui concerne cette époque sera traité plus tard avec détail , dans les récits de mon livre. Pour le moment, il me suffira de dire que les contemporains même reconnurent, à Tâge gaulois un cachet particulier, qui le distinguait des âges précédents* : ainsi, quand les critiques du quatrième siècle voulaient caractériser le nouveau style gallo-latin, par opposition à la vieille manière italienne, ils accordaient au premier l'abondance et l'éclat, à l'autre la gravité V
Si l'on rapproche tout ceci de ce que j'ai dit plus haut, au sujet de l'administration politique de l'empire, on çn pourra conclure, ce me semble.
* Ut abertatem gallici nitoremque sermonis gravitas romana con- 4irH. ft. Bieronym. , Spi$U 95 ad JRuil. mon. ,
que chaque province fournit successivement à la communauté romaine le tribut du génie , comme celui de la richesse et du sang; que chaque race, à son tour et à son heure, fut appelée à tenir les rênes de ce gouvernement de peuples, et que chacune a laissé, dans cette histoire du progrès humain, la trace impérissable de son passage.
S 2. Idéei lociales. —Peu nombrenies encore cheslei èerifaiii9 da siècle d'Auguste, elles se développent dans la période suivante. — Propagation des doctrines d'égalité entre les peuples ^ et de fraternité entre les hommes. —Éloquence et poésie des nouvelles Idées. — Point de vue historique de Rome ciyllisatrlce. ~ Apothéose de la ville éternelle.
Maintenant, si Ton veut chercher , à travers toutes ces variations de la littérature romaine , la marche des idées sociales, on trouvera que la période italienne en contient encore assez peu; que les droits de l'humanité, qui commencent à s'y faire jour d 'une manière philosophique et abstraite, n'y sont guère compris comme règle pratique. La poésie politique semble s'y résumer dans ces vers fameux : « Souviens-toi , Romain , que tu es fait <c pour régir les nations ; pour imposer autour de toi « les habitudes de la paix; pour épargner tes enne- (c mis soumis, pour écraser tes ennemis rebelles;
tf voilà tes arts, à toi ^ ! » Lors même que la révolution impériale est accomplie , les poètes courtisans d'Auguste ne voient pas le caractère principal, le but réel de cette révolution^ qui commence pourtant à fructifier; s'ils Taperçoivent, c'est indistinctement^, et ils n'y arrêtent pas leurs yeux. Il est évident que les faits politiques ont devancé l'intelligence populaire, dont la poésie est l'organe. En philosophie, les ouvrages de Cicéron ne démontrent rien autre chose que l'incertitude de ses opinions : tout s'y trouve confondu ; les théories philosophiques, souvent hardies, venues de la Grèce \ s'y amalgament, comme elles peuvent, avec les idées romaines exclusives. Salluste , agitateur au Forum, et conseiller de révolutions, n'admire que le passé dans ses livres. Qu'aurai-je à dire de Caton et de Brutus? Tite-Live seul fait un moment illusion. A là chaleur avec laquelle il exprime parfois les souffrances des provinciaux , on croirait qu'elles font plus que traverser son âme ; que lui-même y entrevoit, qu'il y veut un remède efficace ^ Mais on ne tarde pas à s'apercevoir qu'on
> Ta i^egere iinperio populos. Romane, mémento, H» tibi ernnt artes ; pacisque imponere morem, Parcere subjectls, et debellare superbos.
Virg.y JEn., ti, 85i| seqq.
> Vlrg., Eelog., iv ; Georg., i, 501. — Hor., Od., iv, 5. ^ Cîc, de Leg.y i ; de Offic, pasnm,
* Tit.-Li¥., X, 16; XXM, el aM6.
se tromperait. Sa philanthropie D'est guère qu'une inspiration et comme une divination de son tar lent ; car Tëcrivain pompéien se Lusse prendre tout le premier à ces magnifiques évocations de la vieille Rome^ par lesquelles il sait si bien fasciner ses lecteurs. Peut«être Trogue-Pompée fournirait-il dans cette période quelques indices d'un esprit nouveau ; mais qu'avons-nous à dire de lui, sinon des choses conjecturales * ?
Entre cette période et la suivante, ou l'esprit provincial domine, on voit au contraire qu'un grand progrès s'accomplit; les idées exclusives s'adoucissent } les doctrines d'égalité, de philanthropie se formulent et se propagent, en même temps que s'établissent les institutions unitaires.
L'histoire, d'abord, porte l'empreinte de ce progrès : plus dégagée du vieil orgueil et des vieux préjugés , elle aperçoit plus nettement quelle force fatale, après avoir poussé hors d'elle-même Rome conquérante, la contraint ensuite d'ouvrir ses murs aux peuples qu'elle a vaincus. Velléius Pa* terculus, qui écrivait sous Tibère, reconnaît la légitimité de la guerre sociale, d'une guerre qui amena presque l'anéantissement de sa patrie; il proclame le bon droit des alliés : «c La justice était
* F. ei-desBUS, p. 805 et suiv.
((de leur c6té|)»dit*il^ Florus appelle cette guerre sociale et civile à la fois % attendu que les Etrus* quesy les Latins^ les Sabins, etc., «formaient avec « les Romains un même peuple, une nation unici que quoique diverse, un seul corps en plusieurs « membres'.» Des termes non moins explicites sont employés par les mêmes historiens à propos de la révolution impériale. Suivant Florus : a La multi- . «tude des éléments épars et discordants voulait «pour s'agglomérer l'autorité d'un seul; il fallait c qu'une volonté unique devint l'âme et l'intelli* agence de ce vaste corps ^d Tacite déclare, en propres termes, que la chute de la république fut non-seulement agréable, mais salutaire aux provinces. Quoique l'écrivain aristocratique se tienne sévèrement en garde contre les nouveautés, quelles qu'elles soient, bien des demi-mots, bien des aveux plus formels révèlent chez lui le progrès des temps ^. Enfin les jurisconsultes professent
* Arma adversus Romanos eeplt, gaoram ot fortuna atrox, itt , causa fuit justissima. Vell. Patcrc, ii, 15. — Flor., m, 18.
* Sociale bellum vocetur licet ut ^itenaemus inyidlam , si yeram tamen volumus illud civile bellum fait. Flor., in, 18.
^ Corpus fuit ex membris, et ex omnibus anus est pepulus* Xd.» (M.
* Quod (imperii corpus) ita haud dubie nnmquam coire et conseatire potuisset, nist unius prssidii nutu quasi animA et mente regeretur. Flor., ly, 3.
" Neque provincio illum rerum statum abnuebiuit, suspecto senatûs populique imperio ob certamina potentium et avaritiaro magistra-
dès lors, comme solidement établie par l'histoire ^ cette doctrine : que la révolution impériale avait été faite dans l'intérêt des nations conquises , et en vue de la bonne administration que le peuple et le sénat ne pouvaient plus leur procurer ^
La philosophie, à qui appartient le domaine entier des sentiments et des idées, fut naturelle* ment plus hardie, plus nette encore que l'histoire : elle stimula, elle dirigea l'action politique. Il est peu de questions, applicables à la société contemporaine, que Sénèque n'ait traitées, et souvent avec une liberté d'esprit qui nous étonne. <c L'homme, <x dit-il quelque part^ doit regarder le monde ce comme la commune habitation dû genre hu- <K main. Tout ce que vous voyez est un; nous <c sommes les membres d'un grand corps. La so- « ciété ressemble à une voûte, qui ne se soutient tf que par l'appui mutuel et l'agrégation de ses «parties^. » Plein d'attachement pour l'Espagne, pour sa chère Cordoue, la ville de ses aïeux, d'où sa mère l'avait apporté dans ses bras, il n'y renferme pourtant point son âme. — «Je ne suis pas né
tuum; Invalldo legnm auxilio , qn» yi^ambita, postremo pecnnia urbabantar. Tacit., Ann,^ i, a.
' Eveoit ut necesse esset reipublic» per unam consali ; nam senatas non perinde omnes provincias probe gerere poterat. Pompon., de Orig. juHs. L. a. D. de Orig,, S ^^^
> Societas nostra lapidum fornication! similllma est, qus casara nisi inyicem obstarent, hoc ipso sustinetur. Senec, Epi$t,, 96.
« pour un coin de terre , dit-il; mon pays, c'est le r< monde; et Rome est notre commune patrie ^ » Ce mot, d'une vérité si élevée, devint plus tard, dans le droit romain , ainsi que nous Favons déjà dit , la définition même de la ville universelle ^ Il faut voir avec quel dédain le philosophe parle des divisions des états, des séparations des provinces : « Que l'homme est ridicule avec ses frontières ! Le « Dace ne franchira pas l'Ister; le Strymon servira « de borne à la Thrace ; l'Ëuphrate sera une bar- « rière contre les Parthes ; le Danube séparera la a Sarmatie de l'empire romain ; le Rhin marquera « où s'arrêteront les Germains; les Pyrénées élève- « ront leurs cimes entre l'Espagne et les Gaules; « de vastes déserts s'étendront entre l'Egypte et tt l'Ethiopie. Si l'on donnait aux fourmis l'intelli- «gence de l'homme, ne partageraient-elles pas «aussi un carré de jardin en cent provinces^? »
Les idées cosmopolites le conduisent naturellement à la condamnation de la guerre, comme contraire à l'ordre naturel. Il voit l'application de ce principe dans les nouveaux rapports que Rome établit entre les nations; la domination romaine,
* Non sum uni angalo natus ; patria mêa totas est hic mundos. MpiiU^ 38. — Roma yelat com munis patria est. Com. ad Helv., 6.
* Roma commanis nostra patria est. l. 33. n. Ad munMp. — Omniom est patria. l. 19, n. M^dAct. et ttUg, y etc.
^ Senec. , Epitt. » 47.
tW INTliaMGTlQN.
c'est la paix roauune ^ Cette magnifique exprès- (don est répétée par Pline TAncien '; on la trouve aussi inscrite au frontispice d'un temple bâti par Trajan sur TEupbrate K Le moraliste espagnol ne recule devant aucune des questions sociales les plus brûlantes; il compose sur TesclaTage une lettre célèbre , qu'on ne peut assez admirer ^
J'ai puisé mes citations dans Sénèque, de préférence à tous les autres philosophes, parce qu'il est le premier, par le temps comme par la gloire^ et que d'ailleurs il appartient à la secte qui a le plus influé sur le développement de ces sentiments et de ces idées. Sénèque était stoïcien. Par un contraste bizarre, le Portique, où tant de nobles âmes engouées du passé se réfugièrent, parce qu'on y trouvait, au milieu des orages politiques, delà force pour supporter et s'aèstenir ^, le Portique fournissait, dans sa doctrine^ le plus énergique dissolvant de ces mêmes idées, qu'adoraient les amis du passé. L'unité de l'univers, l'unité du genre humain,
* Omnes considéra gentes in quibus romana pax desinit. Senec.
* Plin.» Mitt. maL, xxm» t.
' Zeugma latin»
Pacifl iter....
Stat. , Sylt).
Cf. Pat. Nom. T. Anton., à propos d'une médaille d'Antonin le Pieu, leprésentant le temple de la paix à Zeugma.
* Senec, EpUU AT-
fNTROMICTIOM. SS9
l'existence de lois génëraies gouvernant la commjEtnauté des êtres , étaient des systèmes de physique et de morale, mis en avant par les stoïciens, dans un but purement spéculatif; tnais les conséquences pratiques de pareils principes étaient faciles À déduire, et la politique en fit bientôt l'application aux nécessités du monde romain.
Ces théories étaient séduisantes, ces maximes morales étaient belles; elles allèrent au cœur des poètes. Lucain célébra, en vers sublimes, le citoyen du monde , « l'homme qui ne se croit pas né pour « lui-même, mais pour le genre humain * ; et qu'ait nime l'amour sacré de l'univers *. »
Le mouvement ne s'arrêta pas à la philosophie et à la poésie. Gn vit les esprits les plus habitués aux investigations calmes des sciences naturelles, les esprits même les plus sceptiques se laisser entraîner, comme malgré eux, à cette nouvelle manière d'envisager l'ordre du monde, et de comprendre l'humanité^ Pline l'Ancien* ne parle qu'avec une profonde émotion, de t immense majesté de ia paix romaine ^ qui ne rapproche pas seulement les nations, mais les mers, mais les montagnes, mais toutes les productions de la nature ^
* Kon sibi sed toto genitmn se credere mando. Lncan., Phan, a Sacer orbis ainpr«..t id,
* Imniensft roman» pacis majestate.PIin., xxyii, 1.
Il croit reconnaître, dans le rôle que joue Fltalie, siège de l'empire, un caractère fatal, le signe d'une prédestination surhumaine : a La Provia dence des dieux Fa choisie, dit-il, pour réunir « les royaumes dispersés, pour adoucir les mœurs, a pour rapprocher, par le commerce de la parole, ce tant de peuples discords et tant d'idiomes sauce vages ; pour donner aux hommes une même « langue et une même civilisation ; enfin, pour que « toutes les nations de l'univers trouvassent en ce elle leur commune patrie ^ »
Cette idée de fatalité prend, sous la plume du religieux Plutarque, une couleur singulièrement niystique : a Rome, dit l'écrivain grec, est l'ancre « qui fixe à jamais au port le monde longtemps abattu et errant, sans pilote, au gré de latem- « péte. » Il compare la domination des Romains à un ciment éternel, qui est venu relier des éléments mobiles, discordants, épars. Semblable aux forces créatrices qui ont organisé l'univers, au milieu des luttes du chaos, Rome a organisé la grande société humaine , au milieu des luttes acharnées que se livraient les peuples et les races*.
* NamiDe Deûm electa (Italia) qus.... sparsa congregaret imperia, ritusque moUiret, et tôt populorum discordes ferasque Unguas, sermonis commercio contraheret ad colloquia, et humanitatem homini daret. Plin. , Hist. naU , m , 6.
* Plat.» <leF(»r(iifi. hfm, , t. ii , p. 317. Paris , 1624.
Ainsi donc tout se coordonnait suivant de nouvelles idées : histoire, philosophie, poésie, et jusqu'aux sciences naturelles, en tant qu'elles is'occupaient de l'homme comme être sociable.
Comment les sentiments d'équité et de bienveillance mutuelles ne se seraient-ils pas développés, sous l'empire de cette paix romaine qui avait fait taire, dans une si grande étendue du globe, les haines de races et les haines de gouvernement? Depuis la bataille d'Actium jusqu'à la mort de Commode, c'est-à-dire dans une période de deux cent vingt-deux ans , la tranquillité intérieure ne fut troublée qu'une seule fois gravement, par les guerres civiles qui précédèrent l'élévation de Vespasien. A l'abri de ce long repos , on vit se créer une prospérité matérielle dont rien n'approcha jamais, et dont les vestiges disséminés partout confondent encore aujourd'hui l'imagination.
A la rapidité de ce développement, à l'espèce de passion avec laquelle les peuples s'y précipitèrent , on eût dit qu'ils avaient hâte d'épuiser un bienêtre si nouveau dans la vie de l'humanité. « Certes, « écrivait Tertullien, le monde devient chaque jour « plus orné et plus magnifique; aucun de ses re- « coins n'est resté inaccessible; tous sont connus,
* Gerie qnidem ipse orbis in prompta est cultior de die et instrnctior prlstino.Tertul.y de ^nima^ 30.
»S INTRODDCtlON.
fc fréquentés, tous sont le théâtre ou l'objet d'affai-
«res. Cherchez les déserts naguère fiuneux : de
« fratches campagnes les recouvrent. Le cdianip
« dompte la forêt; la bête fauve Êiit retraite devant
« les troupeaux d'animaux domestiques ; on ense*
a menée le sable ; on broie la pierre ; on transforme
c les marais en terre ferme. Il y a plus de villes
a maintenant qu'il n'y avait jadis de maisons. Qui
« redoute encore une lie? qui frémit devant un
flc écueil? on est sûr de trouver partout une habi-
ce tation ; partout un peuple, un état^ partout h
« vie... Nous pesons sur le monde * ! »
Il dut y avoir, il y eut alors en effet parmi les hommes un instant d'orgueil et d*enivreraent véritable. Ainsi va l'esprit humain : à chaque pas qu'il fait, il croit avoir atteint le but de sa derànée; puis sa confiance l'abandonne, et le découragement le saisit, quand il voit qu'il ne touche pas aux bornes du possible.
«Romains, disait le Grec Aristide, parlant devant «l'empereur Marc-Aurèle, le monde sous votre do- « mination semble célébrer un jour de fête : il a « déposé le glaive qu'il ceignait depuis si longce temps. Beaucoup d'entre nous ont peine à s'ima'- <c giner qu'il ait existé des guerres , et ils scmt tentés
* Jam nec insul» borrent, Dec scopuli terrent, ubiqae domos, ubigae
populus » ubiqae respubllca, ubiqae rita Onerosl snmas mando.
Tertul. , de Anima » SO. .
ff d'en reléguer le souvenir pfirmi les fables. De a temps en temps un bruit lointain de bataille a nous arrive des extrémités de la terre, où vous «repousses le Goth sauvage, le Maure affamé, «l'Arabe que sa misère agite; mais bientôt ce a bruit se dissipe, ne laissant presque d^ns la mé- « moire que l'impression fugitive d'un songea ce «sont d'autres rivalités, d'autres combats que « vous excitez dans l'univers} combats d'orgueil, « rivalités de magnificence entre les provinces et « les villes. Par vous les gymnases, les aqueducs, « les portiques, les temples, les écoles se muUi-^ a plient; le sol même se ravive, et la terre devient a un vaste jardin* kh\ sans doute, ceux-là sont à a plaindre, qui ne. participent pas à tant de biens, « parce qu'ils manquent à votre empire*! »
fi Si Rome nous a garottés, disait un poétê, c'est a de la chaîne qui réunit les frères • 'a
Un autre ajoutait :
a Home, cette grande cité, supérieur» à tout ce <r que le ciel environne; cette cité dont notre re- « gard ne peut embrasser retendue ^ notre esprit a concevoir la puissance, notre parole exprimer la a gloire; reine par les lois comme par les armes,
* Domitosfraternainvincla redegit.
Prad. eonUSyfnmaeh, nr, 608.
su INTRODUCTION.
« elle a conquis le monde pour le placer sous remue pire du droit ; elle est bien plutôt la mère que « la maîtresse du genre humain.
« C'est à son pacifique gouvernement que nous « devons tous de trouver partout la patrie; de «déplacer à volonté nos foyers; de pouvoir, en « nous jouant, visiter Thulé, et pénétrer dans des « retraites jadis remplies d'efTroi; de boire à notre <r gré les eaux du Rhône ou celles de l'Oronte; en- « fin de n'être tous qu'une seule nation *.
L'éternité de la puissance romaine était comme un dogme de foi universelle; on n'osait pas, on ne pouvait pas concevoir l'idée qu'elle se retirât du monde, dont son action réglait les mouvements. Les chrétiens eux-mêmes le crurent d'abord aussi fermement que les païens, «c Tant que dureront les « siècles , écrivait TertuUien, cet empire durera ^ ! »
La même croyance inspira de beaux vers à une femme grecque, poète comme Sapho ou plutôt comme Âlcée; Ërinne était son nom, et elle vivait,
* Hujufl pacificifl debemus moribus omnes Quod veluti patriis regionibus utitur hospes, Quod sedem matare licet; qnod cernere Thulen Rursus, et horrendos quondâm penetrare receMus, Qnodbibimus passim Rhodanum, potamus Orontem , Quod cancti gens ana sumus.
Glaudian. in StUic. , ni , 154 seqq.
* QttOttiqae s»culum stabit, tamdiu ènim stabit. Ad Scap. de
U^TRODUGTION. 24$
suivant l'opinion la plus probable, vers Tépoque des Ântonins. Rien ne nous est resté d'elle que les vers dont je parle : c'est une ode adressée à la ville de Rome, morceau d'une inspiration élevée et d'une vigueur de style remarquable, qui doit nous faire regretter vivement l'injuste oubli du temps» J'essaierai d'en donner ici la traduction.
« Je te salue, ô Rome, fille de Mars^ reine à la «coiffure d'or, au cœur intrépide, qui, environnée oc de majesté, habites sur la terre, un olympe in- « corruptible \
c<Les Parques n'ont remis qu'entre tes mains a un sceptre qui ne se brise point; afin que par-^ a tout tu domines , et que tu régisses tout.
« La terre et la mer écumante, que tu brides par « un frein puissant, fléchissent> attelées au joug « de ton char; et toi, tu gouvernes avec tranquil- < lité les villes des nations.
ce Le temps qui change tout, qui fait passer in« «cessamment la vie, tantôt ici, tantôt là, laisse « pour toi seule soufQer toujours et dans toute sa « plénitude le vent de la puissance ^;
* navra 8i orf àXXuv d {AS'yiaTo; atùv
Kal (aTairXàoattv ^tov âXXoT* ôSXXo; ,
•M INTROMCntm.
« Car toi seule tu prodais une raoe gmiide et vi«^ , c gaureiue} et^ comme le sein de la tetre porte lea « moiasoDS de Oérès, ton sein porte des moiasoiis « d'hommes M s
En lisant cette ode^ on est frappé du ton religieox qui y règne : c'est un hymne en eflTet, et Rome civilisatrice fut divinisée ainsi que Rome conquérante.
Dès l'an 195 avant notre àre> la tille de Rome eut des autels en Asie. Les Smyrnéens^ qui ee glorifiaient de lui avoir élevé son premier temple^, furent imités bientôt par les habitante d'àkbanda en Carie \ puis par presque tout TOrient. Sous le gouvernement impérial | le génie de la ville universelle devint naturellement le commun génie de tous les peuples^ et son culte se réunit à celui des Césars , en qui se personnifiait l'esprit de la société universelle* Divinité de fotve violente et de conquête , dans la première phase de son apothéose, Rome demeura toujours une divinité de force^ mats de force appliquée a la civilisaition , une
Sol (A^a irXY)9'nQ<ncv oSpov àpx«C OO (uraëaXXtt.
* EfiaTaxviv Aapkarpoç oiruc éeiïiQOL
£rinAft,ap.6tob.
> Se prlmos templam urbis Rom» alatttUsâ. Tactt. » à/m. , iv , 56* » Tlt.-Liv. , xnu ,6.
divinité de protection padfique et de concorde. Ses médailles continuèrent à la représenter sous la figure d'une femme casquée ; mais on grava souvent au revers deux mains jointes^ symbole d'union, ou bien un aigle, aux ailes ployées, reposant à l'ombre d'un olivier^
J'ai parlé de la tendance que montrèrent les écrivains du premier et du second siècles à expliquer la douûnation de Rome par des causes surnaturelles de providence ou dé fatalité; j'ai fait voir Pline le naturaliste rattachant l'existence de cette ville et la topographie même de l'Italie à la marche préétablie du monde; Plutarque reconnaissant dans cette souveraineté bienfaisante comme un ci'* ment jeté par une main divine entre les nations^; Tacite enfin déclarant, par la bouche de deux person** nagea de ses histoftes , qu'ébranler le colosse de l'empire serait ébranler l'univers, et que l'éternité de la âôciété humaine était attachée à l'éternité de la société romaine^ : Rome effectivement avait foi en sa durée illimitée comme en sa nécessité. Les inscriptions de èes monuments^, le texte même de
* Dea Borna, eeà i>wfi.a.
* Pattn. laq^. , Ami. mifn.^ p« a^ «.
* V«nitti«t liienittuBtpaxgentiiiAiittcoliimitate «enaUii irmantar. Tacit., Hitt., 1.
4 Ob instaurâtes urt»t8 «tvnianuroi, i^Hai ae lurtes .. Inscript, placée au-dessus d'sM dei portos M ttome.'
ses lois' le témoignent aussi haut que les paroles de ses philosophes y ou les chants de ses poètes. Ces idées modifièrent son culte : il se spiritualisa; l'encens ne s'adressa plus au génie, protecteur secondaire d'une ville ou d'un empire passager, mais à quelque chose de plus élevé y de plus rapproché de la destinée ) qui régit jusqu'aux dieux mêmes.
La ville éternelle, sainte, nécessaire, juste, foyer de toute lumière, source de toute vertu sociale \ (expressions communes chez les écrivains de l'empire), cette ville ne fut plus un instrument dans la main des dieux; ce fut un dieu véritable résidant parmi les mortels et, suivant l'expression d'Erinne, a habitant sur la terre même un olympe incorrupcL tible. »
Elle fut déesse au même titft que les grandes divinités du ciel, que Minerve qui créa l'arbre nourricier de l'Attique, que Bacchus qui inventa le vin, que Triptolème qui fabriqua la charrue, qu'Ësculape qui donna la médecine aux hommes , qu'Hercule enfin , le héros des conquêtes utiles '• Quand le polythéisme ruiné de toutes parts,
' SancU, sacrostncta, prastantissima in omni vlrtnte, Tirtntiini omniam latissimum templnm, nrbs cœlestis, lamen gentinm, clariMimum omniam terrarum lumen , etc.
• Infentrix ole« Golitnr» Tiniqae repertor.
Et qui primas bamo preiaittratra paer ;
INTRODUGTIOIf. 349
inclina Vers les symbolismes pythagoricien et platonicien, on expliqfua la divinité de Rome , comme on expliquait toute chose dans ia religion : Rome fut une émanation du dieu universel. L'âme du monde 9 vivifiant par mille canaux la nature matérielle et la nature morale, se révélait, disait-on , dans la sphère des existences sociales, par Rome^ principe de toute société policée, régulatrice du genre humain, tête des nations ^ Cette conception originale de Rome et de TËmpire vint imprimer au sentiment patriotique, un caractère bizarre d'exaltation mystique et de tendresse rêveuse : elle en fit une sorte de dévotion de la patrie. Le poète Rutilius Numatianus me fournira un exemple de cette dernière forme, sous laquelle le patriotisme romain nous apparaît dans l'histoire.
Né en Gaule vers le milieu du quatrième siècle , et parvenu, par son mérite, aux plus éminentes dignités de l'état, entre autres au consulat et à la préfecture de la ville, Rutilius comptait parmi ces
Aras Pœoniam merait medlcina per artem , Factus et Alcides nobiUtate deus ,
Ta «luoquey
Rutil. Nam.» /I<fi./i, 7a.
* Quale per «therios mandaBi Terticis axes
Gonnabittin sammi credimus t%9» Del*
m otmoDocTiON.
pal«nê convftincud > dont Symmaque ëtait le chef , et qui combattaient avec lui sous le drap' au du polythéiame expirant* Tout oe qui pouvait briser un coeur ëpria de la vieille Rome et abtmé dans la con*tcmplationdd ses grands souvenirs , le GaUo^Romain l'avait ëprouvé par deux fois : il avait vu de sas yeux un empereur faisant enlever de Tassem^ blée du aënat Tautel et la statue de la victoire < ; puis Alaric occupant avec ses Goths le forum et le Ca« pitole** Force de quitter Rome, pour retourner en Gaule ) où des affaires l'appelaient, ainsi qu'il le raconte lui-même dans son itinéraire écrit en beaux vers^ il ne peut se décider à partir ; une force mystérieuse semble l'attacher malgré lui au seuil des portes! il se jette à genoux, il couvre de baisers et de larmes ces pierres sacrées*.
a Écoute-moi y s'écrie-t-il, reine de ce monde « qui t'appartient I RomCi qui as pris place au ciel « étoile I Écoute-moiy mère des hommes ^ et mère « de tant de Dieux) toi dont les temples nous rap- « prochent de l'Olympe! C'est toi que je célèbre , a et tant que je vivrai, tu seras l'objet de mes « chants. Qui pourrait vivre et t'oublier? Avant « que ton image s'effhce de mon âme, ingrat et
• L'empereur Oratlen, rân m\ de Vétû ehrétienne.
* Rome fut prUe par Âtarlc eu 409.
> Rutil.NUttnlau., niMr.,i, 43et8eqq.
c saortiége ^ j'oublientiâ plutôt le «olml ^ ealr les « bknfiiiiB myoîitietit coaune sa lumière , àu ddà « tks bornes du mondé h&bitablé. Lui-métne , « dsins Son orbite immense , semble ne rôtiler que Œ {Maiir toi : il se lèvièsur tes domaines, il se couche ce encore sur tes domaines \
« Aussi loin que d'ët^nd d'un p6l6 & TàUtre l'é- « nergid vitale de là nAturê, àussiloin ta vertu a <t pénétre la terre*. À tant de nations diverses tu «assures une même patrie; ceux qui luttèrent « contra toi ont été contraints de bénir ton joug. a Offmnt à tei vaincus le partage de tes lois, tu as « fait une ville de ce qui était avant toi le monde'.
* Exaudi , regina tui pnlcheriinMi mandl , Inlèf stdereol ftomà fêcêpU polos; BiMdl ^ geaitrix bomiBom , genitrixiiaf deonim ;
Non procnl a cœlo per tua templa sumua* Te caniinti , sempèniiiè , slù^kit dum tkta , canemas :
Sospes nemo potest immemor esse VàU Obnierint citius scelerata obllvia solem ,
Quam tans ex Dostro corde recédât honos :
Nam solis radils ftqnalia mnbera tetidis, Qua circumtttsils flacttiat Oeeantas; VolTitur ipse tibl , (tnl continet omnia , Phœbas , Eque tais ortos in tua condit equos.
I Ratil.,i,49etseqq.
* Quantum yitalis nattira tetendit in axes , I Tantnm virtuti per?ia terra tu».
, IN<t.^i,61etseqq.
' Fecisti patriam diversts gentibus unam ; Profuit (ntitis , te dominante , capt ; Dumque offers yictis patrii consortia jnris, Urbem fecisti quod prius orbis erat.
/M<l.«i> 6a,seqq.
2Mt INTRODUCTION.
« O déese, des derniers recoins de l'univers ro- « main , s'ëlève un hymne à ta gloire. Nos têtes sont a libres sous ton joug pacifique. Pour toi, régner « est moins qu'avoir mérité de régner; et la gran* a deur de tes actions dépasse encore tes vastes desa tinées^ »
Au moment où le poète païen traçait ces lignes , son idéal pâlissait : la société romaine, dont l'œuvre était terminée , faisait place déjà à une autre société, plus puissante qu'elle, de toute la supériorité de la loi religieuse sur la loi civile. Mais, par une singulière coïncidence, et comme pour réaliser l'éternité tant promise à Rome, la nouvelle cité établissait son siège au même lieu que l'ancienne; la croix dominait le Capitole ; et l'on continuait d'entendre , et longtemps encore on entendra descendre de là l'antique formule civilisatrice : La ville etlenwnde^!
* Quod régnas, minas est quant quod regnare mereris ; Excedis factis grandla fata tuis.
Rutil.ytfiloc. latMt.
■ l7rMeeorW.
INTRODUCTIOIf. 253