III
maintenant, k cause du mauvais état de la flotte de transport , dont les bateaux étaient presque tous pourris. Julien en fit construire à neuf six cents 1 sur les côtes de l'île ; mais quand il fallut les introduire dans le Rhin et organiser un service régulier d'importation , on put craindre que les Germains, voisins des bouches du fleuve, n'en empêchassent l'accès. Le préfet du prétoire , Florentius , proposa de négocier avec eux, se faisant fort d'obtenir la liberté du passage au prix de mille livres d'or a ; et Constance appuyait cet avis dans ses lettres. Mais Julien le repoussa comme une indignité, protestant qu'il se ferait respecter suffisamment par la seule voie des armes : en effet, les Barbares ne bougèrent point. Après six mois de séjour sur le Rhin inférieur, il voulut pc >usser une reconnaissance dans la Germanie orientale pour voir ce que devenaient les rois qui avait assisté Khnodomar à la bataille de Strasbourg. Deux d'entre eux , Suomar et Hortar, étant accourus au-devant de lui avec empressement, il promit de les traiter en alliés s'ils s'engageaient à fournir du bois , du fer, des voitures pour la réparation des villes gauloises que leurs compatriotes avaient ruinées autrefois, et à la condition aussi de
1 Julian., ad j4th.f p. 5i3, 5i 4. — Libtn., Orat. 1a, p. a8o, a8i. Amra. Marc, xvir, ag; xvm, a. — ZoiM m.
(wrip ttc -apo'^ou. Jul., ad Atk.% p. 5iî.
restituer tous les prisonniers romains. Il en rentra jus* qu'à vingt mille qui étaient détenus dans les divers cantons de l'Àlamanie1. L'année suivante, Julien revint donner la chasse aux trois autres rois,Urius, Ursicinus etVestralpe, qui n'avaient point demandé la paix. Il les poursuivit , brûlant ou saccageant leurs villages jusqu'à la frontière des terres Alamanes et Burgondes, indiquée par des bornes délimitatives plantées au lieu nommé Palas a. Un roi limitrophe de la grande courbure du Rhin, en face desRaurakes,Vadomar, intercéda pour les trois fugitifs. Dans sa promenade militaire aux extrémités de l'Alamanie , deux frères , chefs importants de ces cantons, Macrianus et Hariobaude , se présentèrent à Julien. Le premier, qui n'avait jamais vu d'armée romaine , ne put contenir son enthousiasme quand il se trouva au milieu des légions et des aigles3. Vail omar se souvint d'avoir assisté à ce spectacle dans sa jeunesse 4, et ne cessa pas d'exalter la beauté de l'ordonnance romaine. Il parait que son goût
• Julian. <u*^A., p, 5i4.— Liban., Oml. ia,p. 179.— Amm. Marc, xvn , 10.
« Ventum ad regionem cui Capellatii vel Pilas notnen est, ubi terminale* lapides, Alaroanorumet Burgondionum confinia distinguebant. Amm. Mare., xvm, ». — On peut consulter sur la situation de ce lieu la Géographie de Maonert. Germ.t p. «96.
5 Inter aquilas adnrnstis et signa , stupebat annorum viriuraque varium decus visum tune prinritus. Amm. Marc., xtm, a.
* Vidisse se lalia sa?j>è ab odolescentia meminerat prima. Amm. Marc., xviii, a.
naissant pour les troupes régulières dégénéra en une véritable passion , car l'histoire nous le montrera échangeant plus tard sa couronne germanique contre les insignes de duc romain dans la Phénicie.
Si tout le monde, en Gaule, bénissait le jeune César qui, en moins de trois années, avait relevé ce pays d'une ruine complète , il n'en était pas de même autour de Constance , et le nom de Julien il excitait a la cour de Milan que la colère ou un dédain affecté. Astreint, comme un appariteur, à des rapports sur tous ses actes , Julien les rédigeait avec modestie et simplicité 1 ; mais chaque fois qu'il y glissait le mot de victoire a, c'était , de la part des courtisans , un concert de huées et de propos amers. « Cette chèvre n'en finira donc ja- « mais, avec ses victoires ! » disaient les uns par allusion à la barbe épaisse de Julien ; d'autres le qualifiaient de singe empourpré , de taupe bavarde et de pédant grec 3. Mais le sobriquet, le plus en faveur près de Constance , était celui de Victorinus, c'est-à-dire le petit vainqueur* : bientôt Julien n'eut plus d'autre nom. 11 se trouva même des géné-
1 Verecunde referens... . tanquam apparitorem Caesarem super omnibus «estii ad Augusti referre scientiam. A mm. Marc., xvi, ia ; xyh, 11.
* In odium venil cum victoriis suis capella, non homo , ut hirsutum Julianum carpentes. Amm. Marc., xvn, n.
* Appelantes loquacem talpatn , et purpuratam simiam , cl litterioncm graecum. Aurai. Marc., xvn, n.
1 Invisi Viriorinnm nominabanf. Amm. Marc, xvi, xa.
raux assez éhontés pour le proclamer un écolier fanfaron et peureux. Mais tandis qu'on s'efforçait d'amoindrir en Italie les résultats de la guerre des Gaules , pour rapetisser le César, on cherchait à les grossir ailleurs pour en faire honneur à l'Auguste. Des bulletins officiels , des édits affichés sur tous les murs des villes d'Asie , n'entretenaient l'Orient que des grands faits accomplis par Constance sur le Rhin , des ponts construits par ses soins , des rois domptés par ses armes. On y lisait comment lui-même avait conçu, dirigé, gagné en personne la bataille de Strasbourg ; et , pour comble d'indignité , on y taisait jusqu'au nom de Julien ». L'empereur se prêtait naïvement à ces mensonges, auxquels , peut-être , il finissait par croire , tant on lui répétait que son étoile avait tout fait ; c'est d'ailleurs une illusion des rois absolus , de croire que la gloire des sujets est un bien qui appartient au maître. Mais, l'étoile de Constance, si brillante sur les bords du Rhin , ne l'était guère sur ceux de l'Euphrate , qu'il administrait directement. Des villes importantes venaient de tomber au pouvoir des Perses; la Mésopotamie était perdue; et la Syrie, tremblante déjà pour sa liberté, réclamait la présence de l'em-
* Exilant denique cjus edicta in labulariis principis publicis condita
describens prelium, aciem ordina&se , et Barbaros fugasse précipites, sibique oblaluni falso indical Chnodomariutn (pro rerum îndignitas ! ) super Jnliani gloriosis aclibus conticescens. Amm. Marc., x*i, ta. — Themist. , Orat.
pereur. Ce contraste lui navrait le cœur. Avant de partir, il arrêta en conseil une mesure dont la portée était double , en ce qu'elle affaiblissait Julien tout en lui procurant à lui-même des troupes excellentes pour son expédition contre les Perses. Cette mesure consistait à retirer des Gaules , pour les envoyer en Orient, les divisions des Celtes , des Pétulants , des Bataves et des Hérules , ainsi que trois cents hommes choisis dans chacun des autres corps de l'armée1 transalpine.
C'était un plan conçu avec une perfide habileté , mais dont l'exécution ne laissait pas d'offrir de grands embarras. L'empereur, n'osant pas s adresser à Julien , chargea le maître de la cavalerie Lupicimis, et Sintula , tribun des écuries du César, d'organiser le départ des troupes; il délégua le tribun et notaire Décentius pour représenter sa personne en Gaule a; et, par une lettre que Décentius dut remettre à Julien , il pria celui-ci de ne rien empêcher 3, comme s'il eut prévu que des obstacles devaient venir de lui. Cela fait , il se mit en route pour l'Orient. Dans l'opération délicate qui allait s'accomplir au delà des Alpes, on avait compté
1 Auxiliares milites Herulos et Batavos cumque Petulantibua , CelUs el
* Amm. Marc., xx, 4. — Julian., ad Atkan., p. 5t8etseq.
5 Èp.oi H iv irpôç p*£èv iwnvbiim «wtcïç frrianiXw. Juliaa. , ad Mhcn., p. 5i8.
Cil A FIT HE VII.
principalement sur Lupicinus, bon général, mais homme intraitable et fier, au verbe haut, au sourcil élevé, et, du reste, avide et cruel *; mais il se trouvait alors au fond de la Bretagne, où Julien l'avait envoyé avec les Hérules, les Bataves, et deux légions de la Mésie , à la fin de l'hiver de 35g, pour délivrer l'île des Pietés et des Scots qui l'infestaient. Le tribun Décentius n'eut donc que Sintula pour le seconder et porter avec lui la responsabilité des événements.
Julien , quelque vive que fût la blessure, la reçut sans se plaindre, ne songeant plus d'ailleurs qu'à se démettre de fonctions qu'on voulait lui rendre impossibles ou déshonorantes : il affirme que ce fut là sa résolution *. 11 fit pourtant une juste observation au représentant de l'empereur ; c'est qu'il n'avait enrôlé les Germains auxiliaires que sous la promesse de ne les jamais conduire au delà des Alpes ; que la parole de l'empire était engagée parla sienne; et que trompés dans une condition si essentielle , ces peuples refuseraient désormais le service de Rome 3. Sans daigner répondre à ces raisons , Décentius se
1 Bellicosum sane sed supercilia erigentem ut cornua, et de tragico, quod ahint , cotburno strepeotem : super quo diu ambigebatur, avarus esset potiu», an crudelH. Amm. Mare., xx, t.
9 nâeav Â*op pti|<«c rit» fcaOuw «o)amX*ix* , *où ko? aoxtvto, w»x«&»- Juliao , tdAthtn.y p. 519.
% Vereudum esse ne voluntarii barbart mililaret, hoc cognito deinceps arcerentur. Amm. Marc,,xx, 4'
mit à choisir, parmi les auxiliaires comme parmi les Gaulois, ce qu'il y avait de plus vigoureux , de plus leste et de mieux exercé. Une autre crainte agitait Julien , qui connaissait le caractère un peu sauvage de ses troupes et leur ardente affection pour lui , c'est que leur séparation n'amenât quelque tumulte; et il réclamait, pour s'éclairer lui-même, l'avis de ses grands officiers. Mais les deux principaux étaient absents : Lupicinus se battait en Bretagne; et le préfet du prétoire, Florentius, sous prétexte de rassembler des approvisionnements, était parti pour Vienne avec une précipitation qui donnait à son voyage toutes les apparences d'une fuite. Cet homme avait bien quelque motif d éviter le contact de l'armée. Outre sa mauvaise administration, appréciée de tout le monde, outre son inimitié persévérante contre le César, il avait été, nul ne l'ignorait, un des plus chauds provocateurs de la mesure qui s'accomplissait; et Julien entendait qu'il prit à son exécution la part qui lui revenait de droit comme conseiller. Il lui écrivit donc lettre sur lettre pour l'efigager à regagner son poste : Florentius répondait par de vagues excuses , ou ne répondait point. Passant de la prière au commandement , Julien lui ordonna de rentrer à Paris sur-le-champ, ' menaçant de déposer lui-même sa pourpre de César si son préfet du prétoire persistait à lui désobéir1.
1 Adjectumque est , quod si procurare dissimnlaret, ip»e propria «ponte
CHAPITRi: VII.
Florentius ne s'en émeut pas. Le César n'apercevait plus autour de lui que des fonctionnaires en révolte ; et à ses plaintes, à ses supplications, à ses ordres , une seule réponse semblait suffire : « J'ai « les instructions d'Auguste J. »
Il fit alors tout ce qu'on voulut : et l'ordre fut expédié aux divisions désignées de se préparer à partir, car on touchait au printemps de l'année 36o. Cet ordre fut le prélude d'une vive agitation partout où il arriva. Le tumulte commença par les femmes des soldats, qu'on vit se promener par bandes dans les quartiers d'hiver, leurs nourrissons sur le sein , ou traînant par la main leurs enfants plus âgés, les yeux en pleurs, les vêtements souillés, et poussant des cris de désespoir \ En même temps des libelles, où l'on prophétisait la perte des Gaules, et que rédigeaient et distribuaient des officiers, étaient répandus à profusion parmi les soldats. Un de ces écrits , ramassé près des enseignes des Pétulants, contenait ces mots : « On nous relègue comme « des criminels aux extrémités de l'univers , pena dant que nos femmes et nos enfants , arrachés , « au prix de notre sang, à une première captivité,
projiceret insignia principatûs ted vicit pnefecti proposition pertinens.
Amm Marc., xx, 4» — Juliao., ad /tthtn.j p. 5a I.
1 Panri querelas Osa ris duoens , Augusli jusais obtempcrabat. A mm. Marc., xx, 4*
• Liban., Orar.,p. a83-a84. — Zos., in, c. 9.— Amm. Marc, xx, 4.
« vont retomber sous l'esclavage des Germains f. » U fut porté au César, qui en fit lecture dans le conseil ; et déclara que , la plainte lui paraissant légitime , les soldats seraient autorisés à emmener avec eux leurs familles, au moyen des transports militaires. Cependant, le jour du départ était venu. Les Bataves et les Hérules , employés à la guerre de Bretagne , ne devaient rejoindre que plus tard , à l'expiration de la campagne ; mais Sintula se mit en route avec les corps d'élite que Décentius avait triés, homme à homme, jusque dans la garde du César. Il restait encore les Celtes et les Pétulants , divisions redoutables, dont on n'attendait pas le départ sans quelque anxiété a.
Pour se rendre de leurs quartiers au point de la frontière de l'est, où elles devaient quitter la Gaule, ces divisions avaient deux routes à suivre, Tune traversant Paris , l'autre l'évitant. Julien voulait qu'on prît la seconde , Décentius la première ; et plus le César insistait sur son avis, plus Décentius concevait d'ombrage : il s'imagina que Julien n'avait pas d'autre but que de provoquer la résistance de ses soldats , en leur faisant croire qu'on leur refusait jusqu'à la consolation de saluer en partant leur général. Il fut
1 Nos qaidem ad orbis temrum extrema ut onii tolhmnr et ritales vero nostrae Alamannis denuo servient, quas oaptivitalc prima post ernecivas liberavinius pugoas. imm. Marc, xx, 4.
1 Àinm. Marc, xx, 4. — Zos., ui. — Julian., ad Athen,, p. 5ig-5»o.
donc résolu que les légions passeraient par Paris. Le César, selon la coutume, vint les recevoir à l'entrée du faubourg. En traversant le Champ-de-Mai s, qui touchait au palais, il monta sur son tribunal, et dans une courte harangue, il les exhorta à se soumettre sans murmure aux volontés de l'empereur, « qui était généreux, leur disait-il, et récompenserait « dignement leur fidélité \ » Les troupes ne répondirent que par un morne silence $ mais les habitants de la ville et des campagnes voisines, réunis en grand nombre, se jetèrent dans les rangs des soldats , dont ils embrassaient les genoux, qu'ils suppliaient de ne point partir, de ne point les abandonner à la ruine et à la mort a. Les légions se retirèrent , en proie à l'émotion la plus violente. Julien* pour faire honneur à ses anciens compagnons d'armes, invita les principaux officiers à dîner; et , pendant le repas, il s'enquit avec bonté de chacun d'eux en quoi il pourrait le servir. Ces hommes rentrèrent dans leurs logements, pénétrés de reconnaissance et touchés jusqu'aux larmes.
"Vers la première heure de la nuit on entendit , sur tout ce vaste terrain où campaient les troupes ,
1 IiMJem advenlanlibua in suburbanis princeps occurrit ex more,... aniinabat lenibu» verbia, ut aJ Augustum alacri grariu pergerent, ubi potistas est ample potens et larya. Amm. Marc, XX, 4.
• Liban., Orat. la, p «84. — Cf. Au». Marcel., uk. sup. — JuUau., ad Athtn ,p. 5iy, 5ao.
un de ces bourdonnements sourds qui annoncent les tempêtes de la multitude. Bientôt des clameurs éclatent l; les soldats se mêlent , s'animent, se concertent; enfin, par une explosion terrible, ils investissent le palais pour que personne n'en sorte, et appellent à grands cris Julien Auguste. Cette attente, ces cris durèrent toute la nuit % car Julien ne parut point : après avoir fait fermer les portes, il s'était retiré avec l'impératrice dans une des chambres supérieures. Son premier mouvement, en entrant dans cette chambre, avait été de s'approcher d'une ouverture d'où l'on découvrait toute la voûte du ciel , et d'adorer Jupiter 3; puis entendant le tumulte s'accroître grossi encore par les échos du palais il supplia les dieux de lui indiquer leur volonté par un signe. U raconta plus tard à ses confidents5 que le Génie de l'Empire lui était alors apparu, et lui avait dit d'un ton sévère : « Depuis longtemps, Julien , je me tiens u à ta porte , et tu m'as toujours refusé ; si tu me « refuses encore , ce sera pour la dernière fois; tu « ne me reverras plus. Cependant, écoute bien ceci,
» Nocte cœptante , in apertum irrupere diuidium. Amm. Marc. , xx , 4.
a Exspectare coacti dum lux p ro ni i caret. Amm. Marc. , xx, 4*
* Eito 6uî8tv, AviimrraTO ^àp 6 toîxoc, irpoatxwuaat tùv Aca. Julian., ad Athen.f p. 5a 1.
4 rtvopivflc iv. {«tÇovoç rffr (tari;, xxl fopuÇcuptvoiv iraVruv h totç (kwi- Xiiotç. Julian., ad Mken.t p. 5a 1.
0 Sanctioribus proximis reiulerat imperator... Amm. Marc., xx, 5.
« je n'habiterai pas longtemps avec toi » Les soldats mirent fin à ses perplexités en enfonçant les portes; et, aux premiers rayons du jour , Julien fut enlevé du palais malgré son opposition. Les historiens sont unanimes pour témoigner de la sincérité de cette résistance : on le vit tantôt repousser les soldats avec indignation , tantôt leur tendre des mains suppliantes, en les conjurant de ne pas déshonorer leur commune gloire a. Il s'engagea même à les laisser en Gaule, se faisant fort du consentement de T Auguste. Mais les choses avaient été poussées trop loin pour qu'il fût possible de reculer; les soldats étaient trop animés , les officiers trop compromis ; on lui parla avec colère , on le menaça même de le tuer , s'il n'acceptait pas le titre d'Auguste.
Vers neuf heures du matin , il céda. Les soldats le plaçant debout sur un bouclier de fantassin , le dressèrent en l'air aux cris de « Julien Auguste 3 ! » On voulut qu'il mît un diadème , et comme il affirmait qu'il n'en avait point , on lui proposa, pour en tenir lieu, le collier de l'impératrice : < Non, dit-il, « ce serait commencer un règne sous de trop fâ-
' Ici tamen retineto imo corde, quod tecum non diutias habitabo. À m m. Marc., ax, 5.
* Ille mente fundata untversis resistebat et singoUs, nuuc indignari semet ostendens... Amm. Marc., xx, 4.— Libaniu* , Orat. 5', p. 179 » «8oi Orat. il, p. a84. ~ Julian., ad Atken.,y. 5aa.~Zos., m. — Zonar, xiii. Cf. Eulrop., lib. uli. — Socrat., Sozom., etc.
* Impositus scuto pedeatri , et suhlatùu eminens, nullo «lente, Augustns
« cheux auspices que de le commencer paré comme « une femme *. » Pour qu'il eût au moins quelque signe particulier , on lui présenta une aigrette de cheval , qu'il rejeta avec mépris. Alors un portedragon des Pétulants , nommé Maurus , détachant le collier d'or qui distinguait son grade *, et se faisant hisser hardiment près de Julien, lui en ceignit le front. Le nouvel Auguste promit à chaque soldat , pour don de bienvenue , cinq pièces d'or et une livre d'argent.
Julien rentra dans le nalais triste et agité. Il ne porta point le diadème, il ne sortit j>oint, il ne s'occupa d aucune «flaire de gouvernement, quoiqu'il en eût de bien urgentes 3 : sous le poids des événements irrévocables qui venaient de s accomplir, il restait comme accablé, dans la compagnie de quelques amis. Cette inaction rendit le courage à ses ennemis ; ils se mirent à intriguer, à semer l'argent pour ramener les soldats; et comme on ne l'aper-
reminciatur. A mm. Marc., xx , 4. — Êiri tivoç àarî5o« |Arrt»aov «Zpomc Zoaim., m, 9.
1 Primis auspiciU non congroere aptari muliebri mundo. A mm. Marc. , xx, 4.
* Abslractum sibi torquem , quo ut draeonarius utebatur, capiti Juliani
impoMiit coofid coter. Amm. Marc. , xx, 4. — Xp6<re&v orptirr©> XiÔci>;
lyovr* yjpiwiiï irait . Zonar. , xtti. — Liban. , Orat. 5, p. 180.— Socr., nx, 1.
* Hisque gestis haod minore quam antea cura constriclui, futuraqu»' céleri provident corde, nec diadema t;e*lavit , nrc procedere ausua esl usquam, nec agere séria qu» nions urgebant. Amm. Marc., xx, 4. — Jal., ad. Atk.^ p. 5aa, 5a3.
cevait nulle part , même dans le palais , le bruit se répandit qu'il avait été assassiné par l'eunuque qui lui servait de chambellan , et que Ton savait attaché à Constance x. U n'en fallut pas davantage pour exciter une seconde émeute plus rapide, plus tumultueuse que la première. Les soldats, désertant leurs campements, sans guide, sans ordre, l'épée ou le javelot en main , forcent l'entrée du palais , cherchent partout, appellent , menacent , et ne se rassurent qu'après avoir contemplé leur empereur siégeant dans son consistoire en habit d'Auguste a. Sur ces entrefaites , on vit rentrer dans Paris les détachements partis avec Sintula , qui , informés en route ce qui se passait , avaient forcé leur commandant à rebrousser chemin 3. Les habitants des villes et des campagnes voisines, accourus en grand nombre , remplissaient Paris d'une multitude qui s'accroissait d'heure en heure. Pour mettre un terme à toute cette agitation , Julien se décida à faire sans plus tarder acte officiel d'Auguste. Ayant convoqué au Champ-de-M ars l'armée et le peuple , il monta sur son tribunal , au milieu des aigles et des drapeaux , et harangua solennellement l'assemblée.
• Liban. , Ont. ta , p. a85. — Julian. , ad Athen. , p. 5a3. — Amm. Marc , xx, 4.
guslo babitu couspexissent. Amm. Marc, XX, 4*
mis auuiiis, piiam un quos anicgrcsîos rewuimus, uucenie oiiuuia, cum eo jam secmi Parisios revcrtiifittir. Aram. Marc., xx, 5.
Ses paroles furent calmes et graves. Il dit aux soldats, qu'il appela « ses défenseurs et ceux de « la république » , qu'après avoir élévé leur César au faîte de la puissance , il fallait qu'ils l'aidassent à extirper les maux qui avaient rendu une révolution nécessaire ; que la première mesure à prendre , pour que cette révolution portât de bons fruits , c'était d'assurer au mérite sa récompense , à l'intrigue son châtiment. « Oui, s'écria-t-il , je dé- « clare , sous votre autorité et en face de votre « respectable assemblée , que désormais aucun ma- « gistrat civil , aucun officier de l'armée , ne sera « promu à un grade supérieur par la recommandait tion de qui que se soit, et au-dessus de son mérite ; « et que celui qui sollicitera pour un sujet indigne, « sera lui-même noté ignominieusement » On vit alors une scène curieuse qui peint bien les hommes de tous les temps. La déclaration du César avait été accueillie avec enthousiasme par les soldats qui, depuis longtemps sacrifiés à l'intrigue, se voyaient enlever, au profit des créatures de la cour, les grades et les dignités; et tout à coup les Pétulants et les Celtes demandèrent, collectivement, à Julien que leurs intendants fussent nommés à des gouvernements de
1 Idsub révérend a concilii vestri facie statuo , ut neque avilis qnUquani judex necimliti.T rcrtor, alio quodam praeler mérita sutfragaute, ad polioreni veniat gradum, non «De detrimento pudotis co, qui pro quolibet petere tentnvrrit, ditcesMiro. A m m. Marc., xx, 5.
province. Julien devait repousser cette demande , il le fit sévèrement, et les soldats ne s'en offensèrent point f.
Le sort était jeté, Julien en attendit les chances avec une hardiesse calme qui mettait de son côté toutes les apparences du bon droit. Il commença par s'assurer de la personne de Lupicinus, avant qu'il pût remuer en Bretagne; trois autres fonctionnaires furent arrêtés en Gaule, mais Florentius échappa : au premier bruit des mouvements de * Paris , il avait franchi les Alpes, laissant à Vienne sa femme et ses enfants. Julien eût pu légitimement retenir ceux-ci, car il savait que le préfet du prétoire semait contre lui dans sa fuite les plus abominables calomnies 9 ; mais il les laisssa libres ; il leur envoya même un brevet de la course publique pour se rendre, s ils le voulaient, en Italie. Au reste, le nouvel Auguste ne se pressa point d'écrire à Constance, soit qu'il reculât devant l'ennui des explications, soit plutôt que, résolu maintenant d'aller jusqu'au bout, il prit peu de souci des dispositions de son parent. Enfin il lui adressa une lettre longue et détaillée , dont les historiens nous ont conservé le
1 Statimque, ne turbande disposition! consulta tempus saltem brève conrrderetur, pro actuariis obsecravere Pétulantes et Celtœ, utrecturi quas placuisset profincias , mitterentur : qoo non impetrato abiere nec offensi > nec tristes. Atnm. Marc., xx, 5.
* Julianum ut perduellem mullis criminibus tppelebat. Amtn. Marc. , xxf 8, 9. — Julien., ad Athen., p. 5 1 5.