‹ Histoire de la Gaule sous l'administration romaineChapitre 4 sur 37 · III. I · texte numérisé non relu

III. I

première rencontre , où ses généraux eurent l'avantage près de la côte, accrut encore sa confiance; mais en pleine mer, et en ligne contre les forces bretonnes et barbares réunies , il en fut autrement. Trop inférieure en nombre , et montée par des marins trop novices , l'escadre romaine tint à peine quelques instants ; elle rentra tout en désordre dans le port d'où elle était sortie On publia, pour déguiser cet échec, que le temps et la mer avaient été contraires; et que Maximien, qui ne s'était retiré que devant la tempête, prendrait bientôt sa revanche1 5 toutefois, il évita prudemment une seconde campagne. Carause , de son côté , fit des avances près des empereurs pour obtenir la confirmation du pouvoir qu'il avait usurpé. Ceux-ci, par une résolution qui honorait leur caractère , consentirent à reconnaître le pirate pour souverain de la Bretagne , à condition qu'il resterait romain, et défendrait l'île contre les incursions des barbares3. Us ne se montrèrent pas non plus trop chatouilleux sur le titre d'Auguste , que le Ménapien s'attribuait dans ses actes et sur ses monnaies; ils le lui laissèrent, sans

* Ezercilibi» nostris, licet invicti» virtule, tamen iu re marilima nons... Eumen. Paneg., Constata., ta. — Eutr. il, aa.

1 Illam inclementiam maris qure victoriam nostram fatali quaJara necessi-

tnte diftiuterat. Eum. toc. cit.

* Ad postremura pax conreott. Eatrop. xx , as. — Soit Carausio renmsum insu la- impcrium, postquani jussis ac munimcnto incolarum , contrt geutes beUicoaas opportunior habitua. Àurel. Vk*., Cms. 3g.

toutefois l'avouer officiellement : c'était déjà beaucoup pour Carause. Dans le but de perpétuer le souvenir de cette convention, il fit frapper une médaille que nous avons encore, et sur laquelle on lit : Paix des trois Augustes l.

Pendant les années ?88 et suivantes* la Germanie fut le théâtre de troubles intérieurs qui ne nous sont pas bien connus, mais auxquels la politique romaine ne fut pas étrangère, puisqu'ils coïncidèrent avec l'arrivée de Dioctétien sur les bords du Danube. Tout ce que nous savons par l'histoire , c'est que les Goths, après avoir battu les Burgondes, semblaient s'acharner à leur extermination, mais que ces derniers trouvèrent un appui chez les Alains et les Thervinges; qu'une autre partie des Goths jointe aux Taîfales faisait la guerre aux Vandales et aux Gépides ; enfin que ces mêmes Burgondes , refoulés sur les domaines des Al amans, leurs anciens amis, en avaient occupé une portion que ceux-ci cherchaient à reconquérir. On eût dit que les nations germaniques de l'est et du nord-est avaient hâte de s'entre-détruire au profit de Rome a.

Cette espèce de trêve permit à Maximien de coloniser paisiblement en Gaule les prisonniers franks qu'il avait ramenés de son expédition. Il désigna à cet effet dans les campagnes des Nerviens, des Tré-

1 Pn Aoggg.— - Cf. Eck., ri. — Mion. Mcd. Rom, Car. 1 Claud. Mamert. Pane g., n, Maximian. Here.t 6.

vires et jusqu'en Àrmorike, des espaces abandonnés où ils furent établis sous le nom germanique de Lètesy en latin Lœti l. Conformément aux usages suivis pour les colonies de soldats romains, le terrain, mesuré et divisé en lots , fut garni d'ustensiles de labourage, de bétail et de vivres, puis on y dirigea les Lètes par bandes, sous bonne escorte. En attendant le moment du départ , on les occupait comme gens de peine dans les cités, soit à des constructions publiques, soit à des travaux de salubrité \ Un écrivain gaulois , qui vit souvent passer leurs bandes à Trêves ou à Autun, nous les représente dans une de leurs haltes , au milieu du jour, accroupis ou couchés péle-méle sous les portiques d'une ville. Il nous peint le guerrier frank tantôt morne et plongé dans un abattement stupide , tantôt saisi de frénésie à la vue de ses fers 3; plus loin , les vieilles mères germaines contemplant avec surprise l'ignominie de leurs enfants; et l'épouse qui rassure et caresse de la voix 4 de jeunes filles et de jeunes garçons enchaînés à ses côtés. <r Ainsi donc , ajoute-t-il , voilà

* Lete on Lite, était un root par lequel les Germains désignaient leurs colons : il signifiait en leur langue hommes inférieurs ou de basse condition. Aug. Thierry, Lettres sur l'histoire de France.

' Quos omîtes provincialibus vestris ad obsequium dislributos, douée ad destinatoï sibi caltus solitudinum ducerentur. Eutnen. Paneg., Const. 9.

* Videmus lotis porticibus civilatum , sedere viros attonita feritate

trépidantes Euro., ibid.

4 Copulatos vinctili», pueros ac puellas familiari murmure hlandientes, Eumen., ubi sup.

« le Khamave et le Frison qui viennent labourer « pour moi; le brigand vagabond, transformé en « manœuvre , la face toute noircie par le travail , va « retourner mon champ ; les sueurs d'un Germain « feront baisser le prix de mon blé Mais que Rome « ait besoin de défenseurs , que César ordonne des « levées , mon colon barbare accourra de lui-même « au recrutement, sollicitera les plus rudes charges « de la milice , et courbera le dos avec joie sous le « cep du centurion , car il est trop heureux de ma- « nier des armes et de porter le nom de soldat a. » Les colonies de Lètes fournirent en effet à la Gaule une pépinière de bons soldats, en même temps que bons laboureurs; nous en verrons même sortir un peu plus tard un empereur romain.

Cependant Dioclétien que des guerres contre les fermâtes et les Germains orientaux avaient ramené une seconde fois en Ulyrie , invita son collègue à le venir trouver à Milan, pour y conférer sur les affaires de l'empire. L'entrevue fut fixée au mois de janvier 290. Maximien choisit pour se rendre en Italie, la route des Alpes maritimes et le défilé d'Hercule Monaecus. Parti de Trêves au commencement de l'automne, il visita les provinces gau-

* Àrat nrihi Charnaviu et Frisiu* , et ille vagus, ille, pnedator, exercitio sqoallidus, operatur, et freqaeutat ounJinas ineas pécore venali... . Eum. Paneg., Coftst. 9.

* Ohsequiîs teritur, et tergp coercetur, et tervire se miliiia* nomine gratulatur. Eumen., ub. $up.

loises qui se trouvaient sur son passage ; et il faut probablement rapporter à ce voyage deux inscriptions trouvées à Cularo, plus tard Gratianopolis , et aujourd'hui Grenoble; inscriptions dans lesquelles il est dit que les Seigneurs Dioclétien et Maximien , empereurs invincibles et augustes , ont réparé les murailles et les édifices publics de cette ville, et donné le nom de Jovia à la porte romaine Maximien n eut garde de négliger Marseille ; il s'y arrêta quelque temps , et son séjour y fut l'occasion d'un événement que l'église chrétienne a consigné dans ses annales au rang de ses plus chers triomphes.

Marseille passait alors parmi les cités de la Gaule, pour la cité païenne par excellence. Chez les descendants des Phocéens , le polythéisme était à la fois religion, art et poésie : sortis du berceau d'Homère, ils défendaient les fables d'Homère comme un héritage de famille. Aussi n'est-il pas d'expressions énergiques dont ne se servent les actes chrétiens pour qualifier le paganisme obstiné des Marseillais. Marseille est pour eux la citadelle des démons, la ville superbe et cruelle qui devient folle de colère quand

• DD. NN. Trop. Des. Caius Àurel. Valerius Diocletianus , P. P. Iotictus, Augustus, et Imp. César Marais Aurelius Valerius Maxhnhius, pios, felix, inviclus Aug., mûris Cularonensibus cum interioribns édifiais, providentia sua institulis atque perfectis, portai» romanam Joriam vocari ju&senint. Inscr. Cularo». Script, rtr. Galiic. et Franc, ap. D. Bouquet, t. i T p. i3y.

le nom du Christ est prononcé dans ses murs l. Pourtant l'ennemi s'était glissé au sein de cette forteresse si bien défendue, car Marseille renfermait quelques chrétiens, probablement étrangers au pays , pauvres'gens d'ailleurs , obscurs et timides , tremblant devant le dernier païen, et s' enveloppant d'un profond mystère.

Dans le corps de troupes qui accompagna l'empereur, se trouvait un officier qui professait le nouveau culte , malgré la sévérité des édits d'interdiction, car les mesures prises par Varu§ n'avaient guère fait d'apostats. Cet officier se nommait Victor. Son premier soin en arrivant fut de s'enquérir si la ville renfermait des frères 5 et quand il eut découvert la modeste communauté , il entra en rapport avec elle, La présence d'un personnage qui approchait l'empereur, d'un militaire de haut grade, donna de la confiance aux chrétiens de Marseille; son exemple les enhardit; ils se visitèrent davantage , et tinrent pendant la nuit des conciliabules plus fréquents. Victor n'en manquait pas un : chaque soir il sortait de sa demeure pour n'y plus rentrer que le matin *. On peut même induire de plusieurs procès qui se rattachèrent au sien , et où

1 Mavsilia civitas ampla Roraanorum D.'emonum sttidiosa cultrix ,

sacrilegarum superstition uni acerrima et frrocissima defrnsatrix superha

et improba Act. S. Vict., ap. Ruîn. Act. sine.

* Singulis noctibus, sauctorum castra sollicite rircumiens, et per domos singulas, servorum Dei corda, confortaodo snccendei». Act. S Vict., a.

figurèrent des soldats, entre autres le légionnaire Défendens, que Victor n'allait pas seul à ces rendez* vous nocturnes, et qu'il existait dans la garde impériale une affiliation dont il était le chef. Quelque prudence qu'il y mît, ses allées et venues éveillèrent les soupçons; on l'épia, une descente des magistrats prit en flagrant délit la petite église marseillaise, et Victor fut conduit devant le préfet du prétoire qui, par égard pour son grade, en référa à l'empereur.

Avec la haine bien connue de Maximien pour tout ce qui portait le nom de chrétien, on peut aisément deviner quelle fut sa colère, quand on lui vint annoncer qu'il promenait à sa suite la propagande des Galiléens; que ses propres officiers en étaient les prédicateurs , et donnaient à tous l'exemple du mépris pour ses volontés, et de la révolte contre les lois. A ses yeux , un tel crime était sans rémission. En attendant le jugement il voulut qu'on infligeât au coupable un châtiment disciplinaire , en le traînant à la longe, pieds et poings liés, sur le pavé de la ville ; ce qui fut exécuté à la grande joie de la populace marseillaise, qui poursuivait le chrétien en l'assaillant d'injures et de coups

La rétractation de Victor semblait, avant tout, chose nécessaire pour l'exemple, ce fut un point sur lequel on tomba d'accord ; mais dans le conseil im-

1 Per tolam cixihilem , brachiis pedibusque ligatis , Chrôtt athleta pertrahitur Conclamal exerulus insanientis popnli Act. S. Vict. 5.

périal , où la question fut agitée , les avis se partagèrent quant aux moyens. Le préfet du prétoire Euticius , partisan des procédés de douceur et de persuasion, sans repousser l'emploi de la force, voulait qu'on la ménageât prudemment ; tandis que le vicaire Astérius, homme impitoyable qui ne connaissait que la menace et les supplices, opinait pour que Victor, sans autre préliminaire , fût livré au bourreau. Les deux avis furent soutenus de part et d'autre avec chaleur; le plus violent finit par remporter », et Ton put croire un moment qu'il était le meilleur, car Victor, pendant la durée d'un long interrogatoire, vaincu par l'accumulation des tortures , sembla prêt à succomber. L'œil fixé vers le ciel , dans les angoisses d'une prochaine défaite , il suppliait son Dieu, d'une voix éteinte, d'avoir pitié de lui, de lui envoyer la force du corps avec la puissance de souffrir. Tout à coup un rayon de joie illumina son visage, il devint calme et presque étranger à ce qui se passait. Quand on lui demanda ce qui l'avait fait ainsi changer, il répondit qu'il avait vu le Christ descendre vers lui , sa croix en main , et qu'il avait entendu ces paroles: « Sois fort! je suis « celui qui souffre dans les Saints, et qui les cou- « ronne après la lutte *. » Que pouvaient les aiguil-

■ Orta rixa dissentitint, pro qua, recrdente Eulicio... Act. S. Vicl. 10.

* Pai tibi , Victor noster ; viriliter âge , esto robustus. Ego fum Jesu»

qui Act. S. Vict. he. Inud.

Ions, les tenailles, tous les tourments de la question contre ces forces mystérieuses qui venaient relever le chrétien dans sa chute , contre cette puissance de l'extase? Les plus indifférents regardaient un tel spectacle avec étonnement ; beaucoup se sentaient troublés.Trois soldats, Longin, Félicien et Alexandre, allèrent trouver le martyr pendant la nuit , dans sa prison , voulurent partager son sort , et se firent chrétiens».

Les débats du procès furent entre mêlés de scènes d'une extrême violence , car on voulait obtenir à tout prix, comme je l'ai dit, l'apostasie d'un officier de l'empereur, et Victor, de son côté, déversait sur le paganisme tout ce qu'il pouvait inventer d'outrages , afin de rendre sa confession plus éclatante. Une fois il renversa d'un coup de pied un autel allumé , où on l'invitait à jeter de l'encens a. À cette vue , et aux cris des prêtres païens , la multitude se soulève contre lui; des forcenés le saisissent: un moulin mû par des esclaves était situé près de là , on l'y porte, on le jette sous la meule, et , comme s'expriment les Actes avec une énergie effrayante , « on commence à moudre le froment de Jésusa Christ 3. » Mais bientôt la machine poussée par

1 Ipsa nocte ad mare duxit (Longinum, Felicianum et Alexandrum) , •bique baptisalos Act. S. Vict. ix.

* Aram de ipsa manu sacerdotis, solo tenus pede prosternit. Àct. S. Vict. »5.

* EJeclum Dei tniroentum. Act. S. Vict. i«.

mille bras à la fois , se détraque et se brise ; quelques-uns crient au miracle, et les magistrats, pour en finir, donnent Tordre de décapiter le chrétien. Alexandre, Longin et Félicien subirent le même supplice à côté de Victor ; puis tous les corps furent lancés à la mer l. Les fidèles, qui faisaient le guet-, suivant leur habitude , pour recueillir ces reliques précieuses, les suivirent des yeux, du côté où le flot et le vent les poussaient ; les ayant vues aborder sur une plage déserte, garnie de rochers, et séparée de la ville par un repli de la mer, ils s'y rendirent pendant la nuit , et enterrèrent les martyrs sous une crypte où fut élevée plus tard l'église Saint- Victor.

Le soldat Longin laissait après lui un jeune fils, nommé Deutérus, qui, pendant plusieurs jours, parcourut toutes les grèves voisines du port, cherchant les restes de son père pour leur donner la sépulture. Un chrétien eut pitié de sa peine et lui indiqua, dans le lointain, la roche sous laquelle reposait celui qu'il demandait avec tant de larmes. Le bras de mer était large : Deutérus , s'y jetant sans calculer ses forces, atteignit le bord à la nage, mais ses forces étaient épuisées, et à peine monté sur la rive il tomba mort a. Les chrétiens creusè-

* Matimianus en ru m corpora in profundo maris brachio qno a meri-

diauo latere civîlas cingilur, a pUcihus devoranda submergi facit. Àct. S. Vicl. 17.

9 Àct S. Vicl. ad fin. — Les Actes dV saint Victor ne sont assurément

rent , pour l'enfant païen, une quatrième fosse sous la crypte , à côté des autres : ils crurent , dans leur foi naïve , que le Dieu obéissant à son père jusqu'à la mort de la croix , ne fermerait pas son sein à un martyr de la piété filiale. D'autres condamnations de chrétiens suivirent celles-ci, et on compte trentedeux soldats, ou hommes du peuple, qui moururent après Victor; leurs noms sont restés ignorés pour la plupart

Telle fut Forigine de l'église de Marseille et de cette grande abbaye de Saint-Victor, fondée par Cassien, qui fut, avec le monastère de fcérins, la régulatrice des doctrines catholiques au cinquième siècle. Si une origine méritait d'être signalée dans l'histoire du christianisme gallican, c'était bien assurément celle-là.

pas originaux : le style et les harangue» fout assez voir qu'il» ont été composé» à loisir et avec étude, el la fin marque que c'était assez longtemps après le martyre du saint. Mais ils ont tous les caractères des hagiographie» qui se publièrent eu Gaule au commencement du cinquième siècle, et auxquelles travaillèrent les prêtres les plus distingués de ce temps, tels que saint Eucber, auteur des Actes de saint Maurice, saint Hilaire d'Arles, Cassien , etc.; et comme Cassien a été abbé du monastère où l'on conservait les reliques de saint Victor, l'opinion la plus généralement reçue lui attribue la rédaction de ces Actes. Au reste, le nom de saint Victor était illustre en Gaule au sixième siècle, entre les martyrs ; nous le savons par Fortunat et Grégoire de Tours. Cf. Gall. Christ., iv, p. 930, teqq. — Tillem. But. ecc.% ix , p. 549, seqq.

1 Voici quelques-uns de ces noms: Dêfendens, Hermès, Adrianus, Gittheus, Félix , Januarius, etc. Cf. Tillem. But. ecc, iv, 54 9.

Gouvernement tétrarohique ; Constance, César et empereur des Gaules. — Guerre des pirates; Caratise s'empare de Boulogne; il est assassiné par Allectui ; Constance recouvre Pile de Bretagne et cbawe les Franks de la Rata vie- — Guerre avec les Alamans ; dangers courus par Constance à Langres. — Restauration d'Autun ; caractère et talent de l'orateur Kumène ; ouverture solennelle des écoles Ménien nés — Bonne administration delà tétrarchie; gloire et prospé-

Gaière se met à la téte du parti païen. — Édu qui exclut les chrétiens du service militaire et des fonclious publiques. — Les grands pouvoir* de l'État forcent Dioelétien à ouvrir la persécution. — Édit de Nicomédie. — Conduite diverse des quatre princes; modération de ^-*oiàst*4 net* • 1 Ciâii'C^ cil cjtdïhpl© des ikiflux de Ifl j^erS4*cuLioQ»

L'entrevue de Milan cimenta encore cette union fraternelle des deux Augustes, qui durait depuis près de six ans. Une pareille concorde était un fait bien rare dans l'histoire de Rome , de cette ville fondée sous les auspices d'un fratricide 1 , et grandie au milieu des guerres civiles; elle semblait merveilleuse, surtout quand on considérait les mœurs d'un empire livré à l'élection militaire. Des médailles furent frappées pour en consacrer le souvenir*, et

• Quod quale qnantumque ait , ab urbis conditore ad nostram astatem

* Concorda Augg.

CHAPITHK II

les panégyristes les plus louangeurs purent broder sur ce thème heureux sans s'exposer à rougir d'euxmêmes. « Très-sacrés empereurs , disait à ce sujet « Claude Mamertin dans un discours prononcé à « Trêves devant Maximien Hercule, en ao,î , au- « cun siècle n'a jamais vu un tel accord avec un tel « pouvoir; non, deux enfants jumeaux ne possè- « dent pas plus équitablement un petit patrimoine « indivis, que vous l'empire du monde 1. Votre fra- « ternité n'est point dne au hasard du sang, mais « au choix de l'affection : ce sont les camps, les « combats , c'est l égalité des victoires qui vous ont

c rendus frères 11 n'est rien de si vulgaire dont

« le partage n'excite une rivalité maligne : l'artisan « envie l'artisan, le chanteur jalouse la voix du « chanteur5; mais vos âmes divines, ô empereurs, « sont supérieures à toute richesse , à toute for- « tune; rien de terrestre ne les saurait atteindre; « elles laissent bien loin au-dessous d'elles jusqu'à « la grandeur de l'empire 3. Le Rhin et le Danube , « le Nil et l'Euphrate , les deux Océans, et tout ce « que ces bornes reculées contiennent de terres , de a fleuves et de rivages, est un bien dont vous jouis-

1 Qui germani geminife firatres indfriso patrimouio ta m xqualiter tituntur, qaam vos orbe romtooPCl. Mamert. Genethl. 6.

» Est inter alios etiam caoora vocis invidia. Cl. Mamert. Genethl. Max.

atquc ipso est major imperio. Mamert. nè. su p.

* sez en commun , comme les deux yeux jouissent « de la lumière du jour1. Ainsi , votre amitié douer ble , pour chacun de vous , la faveur des dieux, o Les lauriers cueillis par Dioclétien, en Orient , en « Rhétie i en Sarmatie , t'ont rempli d'une pieuse a joie , ô Maximien ! tandis que la défaite des Hé- « raies et des Khaïbons , et tes victoires au delà du « Rhin, ont mis Dioclétien au comble de ses vœux. « Les dieux ne peuvent faire de partage entre vous : « ce qu'ils veulent accorder à l'un , ils le donnent « à tous deux *. »

On ne connut bien que l'année suivante le principal objet de la conférence de Milan , lorsque les deux Augustes déclarèrent aux peuples de l'empire qu'ayant des guerres importantes à soutenir 3, et roulant se donner des collaborateurs fidèles pendant leur vie , des continuateurs de leur politique après leur mort, ils se proposaient d'adopter deux Césars. Leur choix se porta sur Constance dont j'ai déjà parlé plusieurs fois , et sur Galérius , soldat de fortune , fils d'un paysan de la Dacie romaine, ainsi que Dioclétien et Maximien, et lui-même surnommé

* Vobis Rhenus, et I»ter, et Niliu, el eu m gemino Tigris Euphrate, et

uterque Oceaous, el quidquid est inter iita terrarum et fluminum et lit—

torum , tam facili sunt oquanimilale coiftmunia , quantum sibi gaudent es»e

* Quidquid alterutri pn£4tatur, amboruni est. Maucrt. Gcnetlil. f j,

* Aurel. Vict. C'<w., 3g.— Eutrop., a, aa.— Lact. Mort, pars., 7.

HO

le Bouvier1, en mémoire de sa première profession; mais ce Bouvier avait le génie de la guerre , la suite le prouva bien. Cette création se liait au système de gouvernement imaginé par Dioclétien ; et , comme je l'ai déjà énoncé plus haut, elle en formait le complément nécessaire. Par leur caractère légal et leur destination , les nouveaux Césars différèrent beaucoup de ceux qui avaient porté avant eux ce titre secondaire , et qui ne possédaient que des attributions incertaines avec une autorité déléguée. Ceuxci furent des empereurs de second rang, mais des empereurs complets. Revêtus comme les Augustes de la puissance tribunitienne , qui était l'essence même de la souveraineté impériale , inviolables dans leur personne, armés dans leur gouvernement de la plénitude d'action, ils, furent empereurs complets vis-à-vis des peuples, quoique subordonnés dans leurs rapports mutuels. De la même manière que les Augustes avaient des provinces séparées où s'exerçait leur autorité immédiate, ils eurent des départements particuliers qu'ils administrèrent directement et souverainement. Ce fut une association de quatre souverains % ou plutôt une monarchie en quatre personnes, et, comme on disait, une tétrarchie.

1 Cui cognomen ArmenUrio erat. Aurai. Vict. Ctes., 3g.

* Quatuor sane principes mundi, fortes, sapidités, benigni , et admodum libérales, unum de repnblica sentiente». Vopuc., Carin. ap. Script. Hist, jiug.

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CHAPITIU 11

Il fallut à Dioctétien tout le génie que lui reconnaît l'histoire, pour maintenir en paix cette quadruple royauté, qu'aucun nuage ne traversa pendant di: ans. Son génie et l'équité de son caractère furent Ja sauvegarde de son institution : un contemporain nous dit que ses trois collègues, confiants et respectueux devant )ui , « le considérèrent longtemps le un père, ou plutôt comme un grand

MJ lllll

L'inauguration de le tétrarchie eut lieu le i#r mars 292 , par la proclamation des» deux Césars , l'un à Nicomédie, F autre à Milan. Galère fut adopté comme fils par Dioctétien , et reçut de lui le gouvernement direct de l'IIly rie et de la Thrace ; Constance, adopté par Maximien , eut pour département la Gaule , la Bretagne, l'Espagne et la Mauritanie Tingitane, annexe ordinaire de cette dernière province a. Les deux Césars resserrèrent par des mariages l'adoption politique dont ils venaient d'être l'objet. Galère répudia sa femme et épousa Valéria, fille de Dioctétien et de F impératrice Prisca; Constance qui n'était point marié , mais qui avait formé une de ces unions imparfaites que la loi romaine reconnaissait sous le nom de concubinat , renvoya sa concubine

• Denique Valerîum, ut parentem, teu Dfd Magni Aorel. Vict.t O**., 39.

* Quasi partilo impvrio, cuncta qiue traus Alpes Galliae sunt , Constantin commuai. Aurel. Vict., /. c.

pour épouser Maxùniaiia Théodora , belle-tille (le Maxiraien Hercule, née d'un premier mariage de F impératrice Eutropia. Le s fêtes de l'adoption et celles de l'hymen étaient à peine achevées, que le César des Gaules dut partir pour sa province , où l'appelaient des événements graves et imprévus.

Constance n'était point un étranger pour ses nouveaux sujets* Ils l'avaient connu en 974, lorsque , chargé par Aurélien de la défense des pays au-delà des Alpes, il arvati arrêté et défait à Windisch, en Helvétie, une invasion de peuples germains Depuis lors, le général victorieux avait entretenu avec la Gaule des relations qui pouvaient aider à sa fortune. Sans rien avoir de ce qui fait l'homme supérieur, Constance était à coup sûr un homme habile et distingué. Doué de pénétration et de réserve, ambitieux et modéré en même temps, il savait déguiser les desseins les plus hardis sous l'apparence du désintéressement naturel et de l'indifférence philosophique. Tout en vantant bien haut les charmes de la retraite et la paix de la vie de famille a, il se rencontrait toujours à point nommé pour épier les circonstances et en profiter. Après cette bataille de Windisch, premier échelon de ses grandeurs, les druidesses gauloises, si bonnes devineresses des sen-

* Ou peut consulter ct-deuus, t. ti, p. 948.

* Euseb., Fit. Constantin. ,1, 17.

timents et de la destinée des hommes, prophétisèrent un bonheur sans limites à ce caractère k la fois ardent et contenu La suite ne démentit point leur clairvoyance. Chaque fois que l'empire s'était trouvé vacant ou près de vaquer, le bruit public avait désigné Constance , encore simple gouverneur de province. Ainsi on prétendit que Carus voulait l'adopter, en a8a , au détriment de son propre fils Carinus1; et si Dioctétien l'oublia une première fois, en se donnant pour collègue Maximien Hercule , il crut devoir songer à lui une seconde , tant la popularité de Constance devenait puissante et impérieuse. Au reste, Constance était bon, affable, ménager de l'argent des peuples, et plus disposé à le leur laisser qu'à le dépenser, même dans un but utile et généreux 3; tout différent en cela de Dioclétien , qui aimak la magnificence par politique et la recommandait aux autres. Bien que Constance , issu d'une des sœurs de l'empereur Claude-le-Gothique 4, v pût se croire et se dire très-noble au milieu de tous

1 Nullius clarius in republicâ nomen quam Claudii posterorum futurum.

Vopisc., Aurtlian., a«4. Cf. ci-dessus, t. n , p. 43».

* Vopisc., Car, Script. But. Aug., p. a53.

modici , ut feriatis diebus , si cum amicis numerosioribus esset epulaudum , pmatorum eis argento ostiatim petite triclinia sternerentur. Eu trop., Brev., x, i. — Enseb., Hist. «cc.,tiii, i3. Fit. Constantin y i, i3, 14.

* Claudia, mère de Constance, était fille de Crispns, frère de Claude.

ces parvenus, ses collègues, il garda toujours vis-àvis d'eux une attitude de déférence respectueuse ou de confraternité sincère. Son éducation avait été négligée mais il y suppléa quand il fut empereur, par un goût réel ou simulé pour les lettres. Une taille élevée, un front dégagé et serein, et une expression d'extrême bienveillance répandue sur son visage, prévenaient tout d'abord en sa faveur 2. Il était habituellement pâle , ce qui lui fit donner par les Grecs le surnom de Chlore , par lequel ils le distinguèrent des autres empereurs de son nom 3.

En matière de religion (ceci est essentiel quand on parle des hommes de ce temps) , Constance était sceptique, non de ce scepticisme athée et épicurien qui précipita, plus que toute chose, l'abâtardissement de la haute société romaine; mais d'un scepticisme raisonné , qui attaquait les formes du culte sans aller au-delà: en un mot, Constance était ^déiste. Il croyait à une intelligence suprême, créatrice et conservatrice du monde 4 : ainsi que beaucoup d'hommes éclairés de son temps, il n'était plus païen, sans être chrétien. Quand on l'entendait

Son père se nommait F.utropius, el appartenait à une famille assez considér.iMe de la Dardauie illyrienne.

1 Quamquam humanitatis paru m Aurel. Vicl., Cafs.t 3g.

• Eumen., Paneg. Constantin , 4.— Incert., Paneg. Constantin. — Lac!., Mort. pers.,*io. — Eutrop , x, 1.

* XXmooç , viridis, patUns.

« Euseh., Hist. eee.9 %ui, i3. rit. Constantin, 1, t.î, 14 , 17.

CHAPITKK II.

poursuivre de ses sarcasmes les symboles grotesques ou les rites infâmes du polythéisme et répéter peut-être là- dessus les plaisanteries des chrétiens, c'était en vue de son abstraction philosophique et nullement au profit d'un autre culte : pourtant il ménageait les chrétiens par douceur naturelle , par politique , par indifférence. Fort jeune encore , et à l'époque apparemment où ses camarades de garnison lui avaient donné le surnom de Pauvre*, il avait pris une concubine, suivant en cela l'exemple des fonctionnaires romains, à qui leur peu de richesses ne permettait pas de se marier3. Celle de Constance, appelée Julia Héléna, avait tenu , disait-on , une auberge en Bithy nie 4 , mais son âme haute et fortement trempée lui gagna le cœur de son mari , qui la traitait avec les égards dus à une femme légitime. Lorsqu'il la quitta pour épouser Théodora, Hélène alla se cacher dans la retraite avec son fils Constantin , âgé alors de dixhuit ans 5 ; mais Dioctétien voulut avoir près de lui ce jeune homme en qui brillaient déjà des qualités

1 Ttk t» t»v ô6t»v x«Ttfv«Aojî woXuôttaç... Enseb. fit. Corut., 1,17.

* Suidas, w, p. 466.

* On peut consulter le rode Théodosien au sujet des précautions que la loi romaine avait prises, pour les mariages des fonctionnaires.

* Stabulariam hanc primo fuisse asserunt , sic Constanlio cognilatn. Ambros. div. 3, p. ia3. — Cf. Zos. n. — Chr. Hier.; Eus.; Alex.

* Constantin était né le 37 février 374 , Tannée même de la bataille de Windbch.

merveilleuses; il l'éleva dans le palais de Ni comédie comme son propre enfant, le confiant parfois à Galère, qui lui enseigna le métier des armes1. Telle était la famille aux destinées de laquelle les nations gauloises commencèrent dès lors à s'attacher.

Voici ce qui appelait le nouveau César si précipitamment au nord des Alpes. Le lecteur doit se rappeler ce traité conclu , en 290, entre les Augustes et Carause, par lequel celui-ci était déclaré souverain indépendant de File de Bretagne *, à charge de ne point inquiéter la Gaule , et de tenir en bride les pirates germains. Carause observa d'abord fidèlement des conventions qui semblaient l'admettre au partage de l'autocratie romaine, quoique Dioclétien ni Maximien n'eussent jamais consenti à le reconnaître pour collègue. Mais lorsqu'il apprit les changements projetés dans la constitution de l'empire , et la prochaine nomination de deux Césars sans qu'on eût daigné songer à lui ni le consulter, il se crut bien légitimement dégagé de sa parole. Armant une flotte en toute hâte, il surprit Boulogne, où il mit garnison ; et comme il ne se trouva pas encore assez vengé , il invita les Franks et les Saxons à se jeter sur la Gaule , offrant de leur livrer, pour

1 Euseb., Fit. Constantin., i, ao.— Cf. Tilltm., Bisl. dts Emm. iv, p. 83,84.

* Sali Caratuio reomsum msulœ imperium. Aurai. Viol., tons. f 5$. — Kumen. Pantg. Constant., 6. Id. Paneg. Constantin., 5.

gage d'une nouvelle alliance, File des Bataves et la côte gauloise jusqu'à l'Escaut l. A cette proposition, accueillie comme on peut le croire, des tribus entières de Frisons, de Caukhes, de Khamaves, se mirent en mouvement ; et Ton eut l'odieux spectacle d'une flotte romaine protégeant une invasion de barbares. La population gallo-romaine s'enfuit dans les contrées environnantes avec le peu de meubles qu'elle put sauver; la Ménapie, patrie de Camuse, faisait partie de la zone abandonnée, et le pirate la livra sans le moindre scrupule. Ces événements méritaient assurément bien la sollicitude des empereurs, et le César des Gaules, s arrêtant à peine quelques instants à Auttin, en mémoire de son grand-oncle Claude-le-Gothique , gagna Trêves et les bords du Rhin.

Reprendre Boulogne était la chose la plus importante, et ce fut la première en effet dont Constance s'occupa. Bononia, autrement Gessoriacum , principal port des Gaules en communication avec l'île de Bretagne, était considérée comme la clef des provinces transalpines du côté de l'Océan. Rien n'avait été négligé pour en faire une place imprenable par terre et par mer, et Carause n'en devait la possession qu'à une surprise. Son port , bien garni d'ouvrages de défense , n'était accessible que par une

* Terra» Balavum tnb ipso quoodam alumno stio a divertis Francorum fenti but occupât am. Fumcn., Pnntg. Constant . ,6. Id. Paoeg. Constantin, S.

passe étroite formée par un double prolongement de la côte ». Depuis que les pirates en étaient maîtres , une division de leur flotte y stationnait sous le commandement d'un lieutenant de Carause, tandis qu'une forte garnison occupait la ville. Avec le peu de état que Constance

pouvait ramasser dans les ports de la Gaule , c'eût été folie de tenter une attaque par mer, et le César n'y pensa pas. Arrivé devant la ville presque à l'improviste , tant ses préparatifs avaient été bien conduits % il l'investit par une de ces circonvallations gigantesques dont le secret n'était pas encore perdu pour le soldat romain. La ligne dans son développement embrassa la ville et le port, et lorsqu'elle eut atteint à droite et à gauche le niveau de la passe, Constance fit jeter, d'un promontoire à l'autre, une estacade de pierres et de poutres , destinée à isoler le port de l'Océan 3. Les Germains suivaient curieusement le spectacle de ces grands travaux, tout nouveaux pour eux, sans en prendre trop de souci, mais le soldat breton en devinait mieux la conséquence prochaine ; et comme il était sans affection pour Carause, il ne songea plus qu'à faire sa paix.

■ Hum., Paneg. Constantin , 5,

* OranU ortui atqoe adrentus tui dudcïos |>ra>verluti. Eumen., Paneg. Constant. , 6.

» OoiQfsn sinum illum portûs defixu m aditu Imbibai, ingestisque

saxis, iQvfum nuribus reddidtsti. Kumeo., Pan*f. Contient., 6. ExcJusit

Effectivement , dès que la circonvallation fut achevée, et que les assiégeants eurent tout disposé pour un assaut général, la ville fit signe qu'elle voulait se rendre ; la flotte en fit autant sans essayer même de combattre , et Constance prit possession de lune et de l'autre Il était temps, car le lendemain, un coup de mer, en démolissant l'estacade, rendait la liberté aux pirates a.

Clément par nécessité , le vainqueur amnistia la plupart de ces marins , pour les retenir à son service, puis, sans laisser respirer ses troupes, il marcha à la délivrance de l'île des Bataves. Il balaya sans peine, de toute la cote, ces bandes misérables encore livrées au désordre d'une première installation 3, rétablit les habitants gallo-romains dans leurs maisons, et revint avec plusieurs milliers de captifs qu'il répartit, à titre de Lètes, entre divers cantons des Gaules.

Ce brillant début était une double bonne fortune pour le César et pour les rhéteurs gaulois à l'affût des événements. Celui d'entre eux qui tenait alors le sceptre de la parole , Eumène , dont nous

mu , iDTicia nuciiDus acte* arborum dilapsa est. Kumen., loia.

5 I!la regio vindicata atque purgata quam , obliquis meatibus, Scaldis interfait, qiiamque divortio soi Rbenas tmplectitur. Eumeo., Ptweg. Constant., 8.

CHAI' mit M.

parlerons bientôt , peignit avec des couleurs assez vigoureuses la piraterie, « cette guerre sans foyer ni « limite , qui menace à la fois vingt provinces ; cet c ennemi multiple et soudain comme l'Océan lui- « même, que les vents poussent devant eux et que « chaque marée peut voiuir au sein des continents *.» La campagne de Batavie l'inspira moins bien. Il nous représente File des Bataves, minée par les infiltrations du Rhin , sous la forme d'une croûte qui flotte à la surface des eaux et vacille comme ferait un plancher 4e navire , « si bien, ajoute-t-il, qu'on « y pourrait exercer le soldat pour lui rendre le « pied marin \ » Ce qu'on peut induire de ces puérilités de mauvais goût, c'est que la cote septentrionale des Gaules était alors d'une extrême humidité et inhabitable en grande partie. Constance , une fois en train de batailles et de succès, voulut se montrer en Germanie ; et il y commença une série de guerres qui, sans particularité bien digne de remarque, occupa les troupes romaines jusqu'en l'année ^96.

Cependant la situation des malheureux habitants de la Bretagne était devenue pire; et (ce qu'on eût

• BeUtim quod cunctis impendere provincm tidebatur , taratjuc late adluunt. Etim., Peint g. Constant., 17.

difficilement cru) une révolution, qui mettait fin au règne de Car au se , n'avait fait qu'aggraver leurs maux. L'événement de Boulogne et la perte d'une partie de la flotte, avaient porté un coup terrible à l'autorité de ce chef sur ses compagnons de brigandage; ils T accusaient presque de trahison ; ils ne lui obéissaient plus qu'à regret , et plus d'un complot s'ourdissait en secret pour le renverser. Longtemps il avatf eu pour son confident et son ministre des finances un autre pirate nommé Allectus, homme digne d'une telle administration et qui avait tant malversé, tant rançonné les provinces et les villes, qu'enfin Carause, pour sa propre responsabilité , s'était décidé à le punir. Allectus le prévint en le tuant1; puis, au moyen de l'argent qu'il s'était procuré, il se fit proclamer à sa place. C'était à peu de chose près l'histoire de Carause lui-même, et l'on y put voir une juste rémunération de ses crimes : aussi nul ne le regretta et n'eut souci de le venger. Mais les chefs pirates , en garantissant les méfaits d' Allectus, stipulèrent leur propre impunité. Toute apparence d'ordre, toute ombre de gouvernement disparurent de cette malheureuse terre, livrée en quelque sorte au régime d'un pillage

tùio ejus permis aumnue rei prwesset, flagitiorum et ob ea per icelus imperium extorserat. Àurel. Vkl. Cas., 39. — Allectus » socitu ejtu , ooridit t atque ipse poat eum BriUnniai tcuuit. tu trop., ix, aa.— - Archipiralam m tel Us ocddit.... Eum., Paneg. Comatmmt.y ta.

permanent. Les citoyens étaient expropriés, les femmes violées, les enfants vendus en esclavage1. Du fond de cet abîme de calamités , les anciens sujets de Rome élevèrent la voix vers l'empereur, dont l'impuissance ou la longue inaction était un déshonneur pour le nom romain ; leur plainte fut entendue, et les quatre princes arrêtèrent qu'un coup décisif serait tenté au printemps de Tannée suivante, 296, Au moyen de la flotte enlevée à Boulogne, et des navires construits depuis sur tous les chantiers de la Gaule , on espérait réunir une escadre suffisante pour opérer un débarquement Une fois le débarquement obtenu , la victoire était gagnée. Afin de détourner l'attention de Tennemi et de l'obliger à diviser ses forces, on fixa deux points de ralliement et de départ pour les navires romains , l'un à Boulogne, l'autre à l'embouchure de la Seine. Le préfet du prétoire , Asclépiodote, fut préposé à la division de la Seine; Constance prit le commandement de celle de Boulogne9; et Maximien Hercule , quittant l'Italie , vint s'établir au palais de Trêves, pour que rien ne

• VioUta* conjuges , liberorum turpe servidum... Eum., Panag. Constant., 19.

nmn, etiam illi exercitui tuo, qnaro Seqnana in Quctus invcxerat, irrevocabilem injecisti menlis ardorem. Eum. , Pane f. Constant., 14.— Asdepiodoto qui prailorianis pracfertus prcerat corn parte classis ac legionom pra>mis.so. Aurel. Vict,, 16, 39. — Eu trop. , ix, a».

troublât .la Gaule pendant la durée de l'expédi-

Le plan de Constance était de débarquer en même temps sur deux points : Asclépiodote devait aborder en face de l'embouchure de la Seine , lui sur la côte du Cantium, et les deux armées d'invasion devaient marcher ensuite vers Londres, qui était déjà, à cette époque, une grande ville marchande et la capitale du pays. Allectus devina leur intention , et afin de faire face à tout , sans éparpiller ses forces, il se posta en observation dans les eaux de la petite ile de YVight, appelée alors Vecta2. Une merveilleuse émulation régnait entre les deux moitiés de l'escadre romaine ; c'était à qui toucherait , la première , la terre de Bretagne , à qui se battrait la première ; et quand Asclépiodote reçut le courrier qui lui annonçait le départ de Constance , son armée demanda qu'on mît à la voile sur-le-champ. \je temps était menaçant ; l'horizon se couvrait de brouillards , la mer était houleuse, et Asclépiodote eût jugé prudent de rester 3; mais comme les soldats se mutinaient, prétendant qu'on voulait ména-

1 Tu emm ip*e, tu, domine Maximiane repente Rheno institisti,

umuemcpit* illiioi limitent, prscscntuB tiwe terrore tutatus as..... Eumeii., Paru g. Constant. , z3.

* Immica rlassis apud Vectam insularo in speculis atque insidiis coliooala. fcumen., Patieg. Constant., i5.

» Cunctantibus duc. bu s, cœlo et mari turbidu inique mari Ou*.

nager un succès à l'armée de l'empereur1, il craignit qu il n y eût plus de danger à rester qu'à partir et fit appareiller sur-le-champ.

Le sort le favorisa. La brume était devenue tellement épaisse que sa flotte passa près de l'île de Wight, sans être aperçue des pirates, et atteignit heureusement la cote. En débarquant sur le sol breton , les soldats d'Asclépiodote poussèrent un cri de triomphe ; et , après avoir livré leurs vaisseaux aux flammes », il s'avancèrent dans l'intérieur du pays. Pendant ce temps-là Farchipirate (c'est ainsi que les Romains appelaient le César de Bretagne), ne remarquant rien du côté de la Seine, s'était avancé plus au nord , et avait appris que la division de Constance, surprise par la tempête, avait été chassée au large et dispersée 3. Il revenait sur ses pas, espérant pour Âsclépiodote un pareil destin , lorsqu'il connut son débarquement et sa marche. Il n'y avait pas à balancer: prenant terre avec ses meilleures troupes, et laissant les autres à la garde de sa flotte, Allectus courut intercepter l'approche de Londres, L'armée romaine et la sienne se rencon-

vibus suif rojecit ignés. Eumen. Paneg., Constant., s S.

* Eumen., Paneg. Constant*, i6, 17.— -C'est du moins ce qu'on peut raisonnablement inférer du récil d'Eumène awe* obscur.

CIUPITRK IL

trèrent près de 1* rive droite de la Tamise , dans «ne plaine entrecoupée de collines

Tout ce que le parti d'Allectws renfermait de pirates déterminés, de Romains compromis, de compagnons dévoués du chef, avait été placé par lui dans la petite troupe dont il avait le commandement. La légion complice de la désertion de Gara use occupait k première ligne , pais venaient les auxiliaires franks et saxons a. On aj>ercevait près de ces derniers un bataillon d'aventuriers de toutes races et d'écumeurs de mer, vêtus, armés, équipés à la manière germaine , et qui , pour plus de ressemblance avec les Barbares , portaient une longue chevelure hérissée et rougie à la chaux Tous ces hommes se battirent en désespérés ; la plaine fut jonchée de leurs morts , mais l'avantage resta aux Romains. AUeotus, se voyant trahi par la fortune, jeta par terre son manteau impérial , et se perdit dans la mêlée , pour y mourir comme un soldat. Après Ja bataille , quand on chercha son corps , on eut peine à le retrouver, tant d était défiguré par les blessures ; ce fut une partie de son vêtement qui le fit reconnaître <. Au moment où la déroute

ruro. Euroen., loc, cit,

* Illa barbara , aut mu tu lions liarbaruc , olim cultu vestis, et prolixo cnnt?

mtilantia coruora. Eumen., ub. iup.

* Lniiis velaminis repertns indicio. W,t ihid.

se décida, les auxiliaires franks , qui n avaient plus rien à faire sur le champ de bataille, prirent le chemin de la ville de Londres , afin de mettre les premiers la main sur cette riche proie et la bien piller avant de partir. Un hasard bien heureux la garantit, car plusieurs vaisseaux de la flotte de Constance , égarés dans leur route , ayant remonté la Tamise, arrivèrent à point nommé pour repousser les Barbares ,. Cependant Constance lui-même avait pris terre sur la cote du Cantium, et les Bretons l'avaient accueilli comme un libérateur et presque comme un dieu. Les pères lui criaient, en élevant leurs enfants dans leurs bras: «César, nous nous dévouons à toi; nous « dévouons nos fils à tes fils, notre postérité à ta « race *. » On baisait avec transport les rames et les cordages de son navire; il y en eut qui se couchèrent à plat ventre sur la plage pour qu'il passât sur leurs corps en débarquant 3. La Bretagne avait été séparée de l'empire pendant dix ans entiers : sept sous le commandement de Carause, et trois sous celui d'Allée tus.

Ce ne fut pas pour le César des Gaules une mé-

* Per errorem nebulosi maris abjuoeti, ad oppidum Londiniense perveneraut. humen. Paneg.t Constant. ,t 17.

* Vobis se, vobis liberos suos, vestris liberis, omnis generis sui posteras devovebaot. Euiuen,, ibid.t 19.

1 Parati te ingredîentem siratis seulire corporibui. Eumeo., ibid., 19.

diocre gloire, d'avoir ainsi reconquis à l'empire la plus grande et la plus belle de ses iles. Mais déjà le continent réclamait sa présence , car Maximien Hercule avait dû quitter en toute hâte les bords du Rhin pour aller combattre une insurrection des Maures dans les vallées de l'Atlas. Constance trouva la Germanie orientale très-agitée , et il eut presque tous les ans , du côté des Champs décumanes, quelques guerres à faire ou à prévenir. En 3o i , une masse innombrable d'Alamans, poussée probablement sur la Gaule par des mouvements intérieurs , passa les Vosges à l'improviste , en se dirigeant sur Langres. L'empereur, malgré toute sa diligence, n'eut pas le temps de couvrir la place, et son avant- garde qu'il commandait, ayant rencontré l'ennemi dans le voisinage, dut se replier sur la ville et le fit en grand désordre. Telles furent l'épouvante des habitants et leur précipitation à fermer les portes , qu'ils ne s'aperçurent pas que le prince restait dehors. Il allait être pris par les Barbares, quand on lui jeta du haut des murs une corde au moyen de laquelle il fut hissé sur le rempart l. Cinq heures après , l'armée romaine arrivait, battait les Germains, leur tuait, dit-on, soixante mille hommes, et restait maîtresse d'un nombre immense de cap-

barbaris ingruentibus iutra civitatem ewet w«.w, , ut, clausis portia, in murum funibus tolleretur.

Eutr., ix , «3.

tifs, qui furent répartis comme Lètes sur les terri* toires de Langres et de Troyes *. Le César fat blessé dans cette terrible journée, où, en moins de- six heures, il s'était vu vaincu et victorieux a.

Constance se délassait de tant de fatigues, en relevant de ses ruines la malheureuse ville d'Àutun. Maximien en avait commencé la restauration, puis il s'était ralenti, peut-être par défaut d'argent, mais Constance donna une grande impulsion aux travaux. En ag5, les temples, les bains, l'amphithéâtre, la plupart des édifices communaux, avalent été remis en état; les aqueducs, agrandis, recevaient un volume d'eau, qu'un écrivain éduen compare à une rivière; enfin, les maisons particulières se reconstruisaient rapidement, à l'aide des subventions du trésor. L'empereur fit même un prêt à la ville 3. Les ouvriers manquant, à cause des grands ouvrages qui s'exécutaient dans toutes les parties de la Gaule, il tira des architectes, des maçons, des charpentiers , de 111e de Bretagne *, où

1 Vît qn raque horis mediis , adventanle exercitu sexaginta fer*

millia Alamannorum occidit. Eutr., ix , ?3. — Orose, la Chronique de saint Jérôme et Zonare reproduisent re nombre de soixante mille morts qui paraît fort exagéré ; Eusèbe n'en compte que six mille.

» Die unâ adversam et iccundam fortanam experttu «t. Eotr., ix, aS.

* Pecuniis ad calendaria largiendis. Eumen., Gnt. oet.t 4.

4 Ex hac britannkae facultate TÎctoria:, plurimos quibus ille provincia* redunclabant accepit artifices. Eumen., Paneg. Constant., a3. — Artifices trammarinoa. Id. Pro rtstaur. schoi. 4.

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Allectus assurément leur avait laissé du loiair. Pour renouveler la population que tant de désastres avaient réduite à rien , on y envoya une colonie de soldats vétérans et de laboureurs transférés des cités voisines f; on y transplanta également, des autres provinces, des familles nobles remplissant les conditions légales du décurionat, pour servir au recrutement de la curie municipale , et on colonisa en quelque sorte le sénat de cette fière cité , jadis Ja tête et l'orgueil des Gaules Mais, au milieu des temples et des maisons réédifiés, un bâtiment en ruine attristait encore les regards ; c'était ce gymnase célèbre fondé par Ménius pour les écoles publiques, et que les Bagaudes n'avaient pas plus , respecté que le reste. Longtemps il avait fait l'admiration des voyageurs par sa noble et simple architecture. Ménius avait voulu qu'il fût placé dans le lieu le plus apparent de la ville 3, près de la porte qui conduisait en Italie, entre les sanctuaires de Jupiter, d'Apollon et de Minerve , afin que la jeunesse eût perpétuellement présentes aux regards la Providence qui dirige tout, l'inspiration qui crée les arts , et la chaste modestie de la science Les écoles

* Coloniam istam. Eumen. Pro restaur. schol. 5. Metœcis trausferendis. là. y Pan* g. Constant., 4.

* Ex ampliuimU prorinciarum ordinibus incolas n<m». Eumen. Pro rtstaur, schol. , S.

* Erant in ipto inorilu advenientium in eam urbem , in pnecipuo loco positas, quari iiRer ipsos oculos civitalis. Eumen., ibid.% 3.

4 Propinqua »unt nuroina arnica doctrine , ubi in proximo juvat Mens

CHAPITKE H.

niéniennes, habilement dirigées , jetaient déjà un grand éclat sur la Gaule , où elles semblaient res* susciter les lettres latines déjà mortes en Italie, quand la guerre civile était venue tout interrompre et tout détruire.

C'était encore la Grèce qui avait présidé, par un de ses représentants, à cette fécondation de l'esprit gaulois. Un Athénien, qui avait enseigné la rhétorique à Rome avec beaucoup d'éclat vers le commencement du troisième siècle, ayant quitté son école dans un âge avancé, était venu se fixer à Autun. Les magistrats voulurent se l'attacher, la jeunesse studieuse voulut l'entendre , et il ne résista pas au bonheur d'être encore applaudi. Il reprit ses leçons aux écoles méniennes; et telle était la flamme qui réchauffait ce noble vieillard, qu'à plus de quatre-vingts ans, il professait encore \ Ses pré-: ceptes et son exemple mirent en vogue parmi les jeunes Éduens le genre oratoire des Grecs, fin, spirituel, un peu recherché, mais qui n'était pas sans analogie avec l'esprit gaulois. C'était, au reste, le seul genre que comportât l'éloquence politique, bornée alors au panégyrique. L'Athénien forma des élèves dignes de lui, entre autres un certain Glau-

divina aapientMB, et cararinum Deus voce m, et Terecundiam Virgo perpétua. Eumen. Pio rotaur. schot. 9.

* niic avum m pu m quoudam d omisse audio, homioem Athenis ortum ,

Roinae diu celebrem , inox in ista urbe major octogeoario docuit.

Eumen. Pro restatw. schol. 17.

eus, que Ton qualifiait « d'attique par le langage, si- « non par la patrie » Mais son plus célèbre successeur sortit de sa propre famille en la personne de l'orateur Euménius, son petit-fils, contemporain des récits de cette histoire , et protecteur zélé des écoles méniennes.

Né sur les bancs de ces écoles, et professeur dès l'enfance, Eumène avait déjà acquis de la célébrité, quand il passa de là dans l'administration publique, car le professorat conduisait à tout II y fit dignement son chemin, et, sous Constance, il devint maître de la Mémoire % place importante, qui donnait accès au conseil impérial , et qu'avaient jadis occupée l'historien Suétone, les jurisconsultes Papinien et Ulpien , et le poète Calpurnius. Au bout de quelque temps, fatigué des affaires, il se retira dans son pays. 11 s'y trouvait déjà en 296, quand la ville d'Autun, voulant complimenter le libérateur de la Bretagne , envoya à Trêves une députation au nom de laquelle il porta la parole. Nous possédons encore son discours , où l'art du rhéteur se marie habilement à la finesse élégante du courtisan. En retrouvant dans son ancien maître de la Mémoire un panégyriste si consommé , Constance se ressou-

• Te GUuce , appello praesentem , quem videmus , non miUte atticuro t sed eloquio. Eumen. Pro rt*t. tchol. 17.

* fera Mémorise magister. Pro restant. tchoL 11. Je dirai plus Us quelles étaient les attributions de cette charge.

vint des écoles éduennes qu'il avait un peu négligées, et se décida à en rouvrir les cours, quoique le gymnase de Ménius eut besoin d'être reconstruit à neuf; il voulut aussi qu'Eumène présidât à cette résurrection des études oratoires. L'Éduen, amoureux de son repos, déclina l'honneur d'une mission dont les fatigues l'effrayaient ; mais, à peine s'était-il réfugié dans sa retraite qu'il y vit arriver une lettre de Constance. Par un raffinement de bonne grâce, le César n'avait pas écrit cette lettre en son nom seul, mais en celui des quatre empereurs, comme s'il se fut agi d'un rescrit politique important *. Voici en quels termes elle était conçue :

ce Nos Gaulois méritent bien assurément que nous m nous occupions de leurs enfants qui étudient les « arts libéraux dans la ville d'Autun ; et cette jeu- « nesse, qui nous a fait si joyeuse garde pendant « notre séjour parmi vous, mérite également bien « que nous songions à cultiver ses qualités natu- « relies \ Or, quoi de meilleur à lui offrir que la « science , seule chose que la fortune ne peut ni « donner ni ravir? c'est pour cela que nous avons « dû te mettre à la tête de ces écoles, veuves par la

• In his Imperatoram et Cacsarum Utleris. Eomen. Prortstaur. sckol. iS.

* Merentur et GalU dos tri ut eorum libcris quorum vitt in Augustodu* nenrium oppido ingenuis arlibus eruditur, et ipsi adolescentes , qui hilari consensu roeum susceptre comitatum , ut eorum indoti consulere rupiamus. Euro. Pro rettaur. tchoi. 14.

« mort de leur directeur, toi , dont nous connaissons « l'éloquence, et dont nous avons éprouvé l'honné- * teté par les actes mêmes de notre administration. « Aussi nous t'exhortons à reprendre la profession « oratoire dans la susdite ville , que nous voulons « rendre, comme tu sais, à son ancienne splendeur. « Tu y dirigeras l'esprit des jeunes gens vers l'étude « d'une vie meilleure 1 . Ne crains pas qu'une pareille « charge te fasse déroger aux honneurs que tu as « acquis précédemment. Une profession honnête « augmente plutôt qu'elle n'amoindrit l'éclat des a dignités *• Enfin, nous voulons que tu touches m une somme de six cent mille sesterces sur les fonds « de la république 3, pour que tu comprennes bien o que la considération que nous faisons de toi est « proportionnée à tes mérites. Adieu, notre très- « cfcer Eumène. » Cette lettre , flatteuse , assurément , produisit sur le solitaire l'effet de la lyre d'Amphion sur les pierres de Thèbes et sur les hôtes des forets; c'est lui qui nous le raconte naïvement 4. u Non- seulement , dit- il, mon esprit en-

1 Salvo îgitur privilegio dignitatts tus , hortamnr ut professionem oratoriara répétas, atquc in supradicta civilate... ad vite mêlions studium adules ceotium excolas mentes. Eumen. Pro rest. schol. 14.

* Cum honeata profeasio ornet potius omneœ quam destruat dignitatem. tu me q. lac, cit.

a gourdi secoua sa torpeur pour se réveiller au goût « de l'étude , mais il me sembla que les vieilles « murailles de nos écoles se relevaient par l'effet « d'une puissance magique *. Quant à moi , com- « ment aurais-je pu résister à cette bonté vraiment « divine? Louer ainsi un homme, ce n'est pas aiguil- « lonner en lui l'orateur, c'est le créer. » Moins désireux d'argent que d'éloges, Eumène n'accepta le salaire de six cent mille sesterces qu'à la condition de remployer à la reconstruction du gymnase a. Il avait pourtant cinq enfants, dont l'aîné, âgé de plus de vingt ans, travaillait dans une administration financière de la province : en retour de son obéissance, il recommanda ce fils à la protection de l'empereur.

L'ouverture des écoles d'Autun et l'installation de leur nouveau directeur furent célébrées par une grande féte que vint présider le perfectissime préfet de la province lyonnaise, dont la cité éduenne dépendait. La cérémonie eut lieu en plein air, sur le forum, au milieu d'un concours immense de peuple. Eumène y prononça un discours, que Fou peut regarder comme son chef-d'œuvre, où il parle

* Non sulum meus ex otio jacens ad pristinas artes animus atolli, verum etiam ipsi quodam modo viterum scholarum parietes et teota consurgere. Eumen. Pro restant, sekol. i5.

* Sexcena i>la , quantum ad honores gpectat , acripi ©portere cemeo , atque muni deleun natria?. et insi notivsimum oneri . in auo studia nostra eelebranda sunt. Eumen. Pro restûur. schol, 16.

avec grâce et simplicité de sa famille , de lui-même, de son désintéressement et de son amour pour les lettres. « Oh ! s'écrie-t-il , qu'il me soit donné de re- « bâtir ces salles où retentissait la voix de mon aïeul « déjà plus qu'octogénaire; qu'il me soit donné surc tout d'y ramener un professeur qui lui ressemble, «et je croirai avoir rappelé à la vie ce bon vieil- « lard 1 ! » Les empereurs, véritables héros de la fête , avaient une* place naturelle dans cette harangue, où ils sont loués, en effet, avec chaleur, mais avec bon goût et parfois avec éloquence. Le fragment suivant donnera tout à la fois une idée du style d'Eumène et quelques détails sur les écoles gauloises au troisième siècle, « Homme très-par- « fait, disait l'orateur au préfet de la Lyonnaise , en « lui montrant le gymnase ruiné qu'on apercevait « dans le lointain; tu as remarqué, je crois, sur les « murs de ces portiques , les représentations du « inonde par lesquelles nous frappons les yeux de . la jeunesse pour mieux les graver dans son esprit. « On y a figuré la terre avec ses nations , ses villes , « ses fleuves et leurs cours depuis leur source jus- « qu'à leur embouchure, les contours des continents, « et F Océan , qui tantôt les embrasse comme une « ceinture* tantôt les sépare par des détroits et se

rêne. Eu m. Pro rest. tchol. 17.

« précipite dans leur sein 1 . C'est devant ces pein- « tures que nous expliquerons l'univers, en racon- « tant l'histoire de nos princes invincibles. Quand la « renommée Ils visitent, en cora-

« pagnie de la victoire , ou la Libye ou la Perse, ou « les rives du Nil ou celles du Rhin, nous dirons à la « jeunesse rassemblée autour de nous : — « Voyez- « vous cette terre? c'est l'Egypte : châtiée par le bras « de Dioctétien, et lasse de ses propres fureurs, elle « repose maintenant repentante et soumise. Voilà « Carthage et l'Afrique : c'est ici que Maximien Her- « cule extermina les Maures révoltés. Cette île est la

« Bretagne, et cette terre humide et hérissée de fo- « rets, c'est la Batavie 2 : Constance les a fait rentrer « l'une et l'autre sous la loi de l'empire. Vous aper- « cevez là-bas l'Euphrate et le Tigre, et non loin * de ces fleuves, le champ de bataille où Maxi- « mien Galère a brisé du pied les arcs et les car- « quois des Perses. Il est beau pour un Romain « d'étudier le monde , lorsqu'il le possède tout « entier. 3 »

1 Si quidem illic , ut ipse vidisti credo, instruendae pueritia; causa

onmk cum noroinibus suis locorum aitus , spatia , intervalla descripta sunt , quidquid ubiquc fluminum oritur et conditur, quacumque se liltorum sinus flectunt, quo rel ambitu ciogit orbem , Tel impetu irrumpit Oceanus. Eum. Pro resta nr. tchol. ao.

* Sub dextera tua, Domine Constauti, Bataviam BriUnniamque squalidum caput silvta et fluclibus exerentem. Eum. Pro restaur. schol. ai.

* Nunc enira , nunc damum juvat orbem spectare depictuiB ^ cuw in illo nihil videmus alicmini. Eum. Ihid.

Réellement y l'empire romain était prospère sous

tion, eût fait un monarque distingué, et qui, réunis et d'accord . coniDosaient un gouvernement d une force et d'une grandeur incomparables. En Orient , Galère s'était relevé d'une première défaite, en portant aux Perses le plus rude coup que les armes de Rome leur eussent encore infligé; il dépendait de Dioctétien de faire de l'empire de Cyrus une province romaine, il ne le voulut point par prudence l. Au dehors les frontières étaient resoectées: la naix régnait au dedans, mais non point une paix oisive; toutes les fortifications étaient remises en état * ; les villes s'agrandissaient, s'ornaient de monuments, et

L'on Dut même renrocher à Dioclétien. comme excèssive, 1 impulsion qu'il donna aux travaux publics La création de quatre grands centres de gouverne- 139 ut ^ t^^ut ^^^n^j^iïit idi^3U?^ s^^ntiï* ^l^mis I^ïs l^^^^^^lxt^^^^ la présence du pouvoir central, remédiait aux

pèce d'hérédité élective, introduite dans la tétrarchie , éloignait les tentatives d'usurpation. Les armées, quoique plus nombreuses, étaient mieux

4 Ni Valeriua, cojds outu omaia gerebaatur, inoerlum qoa causa, ab-

nnisset. AureL Vict., Cees.t 3g.

* Enm. Pfo rtst, schol. 8 , 18. — — Amm . Mârc. xxui • circui. hic monata . hir armorum fabrica Lact.. Mort. mers. t.

contenues , et les populations moins misérables devenaient moins promptes à s'agiter. Nous trouvons de cette bonne administration un témoignage irrécusable dans les paroles suivantes d'un historien chrétien : « On ne saurait raconter , dit Eusèbe , « quelle abondance de tous biens , et quelle somme « de félicité possédait alors l'empire, sous ces quatre « princes, supérieurs à tous les obstacles 1 ? a

Pourtant les impôts étaient lourds*, car ces grands travaux, ce grand état militaire, ces quatre sièges de gouvernement, entraînaient beaucoup de dépense; mais F activité de la vie publique et la sécurité, sans laquelle il n'y a que misère, augmentaient l'aisance des masses. Dioctétien eut la gloire d'achever le cadastre commencé par Auguste, de l'étendre à l'Italie, et de soumettre uniformément tout le territoire romain au régime de l'impôt foncier. Que l'Italie et Rome , qui en étaient exemptes jusqu'alors, réclamassent contre une mesure qui effaçait le dernier de le»rs vieux privilèges, et les rangeait sous la loi de l'égalité 3, elles avaient le droitde le foire, mais la Gaule et les autres provinces durent applaudir. On put alors arriver par des péréquations de

* Oirtaftc dfyflrtiiv t&ircpi'a; xaù tuempta; T^taro, Ttç av t!;ap*saei« XoV.;

6<TTfxîpau irpuoooTK T^ç iÇcuttaç... Eus., Hi$i.t nut i3.

* Enonnitâ* mdîctiomim. L**., Mort, f*n. 7> 9. — Cf. Aard. Vict. Cas. - Euttb., Fit. Constant., i, i3.

province à province et de cité à cité, à la détermination d'une unité imposable, applicable à tout l'empire. Je reviendrai plus tard sur ces opérations administratives, dont la grandeur et la hardiesse ne sont pas moins dignes d'étonnement que les routes, les amphithéâtres et les autres ouvrages que nous a laissés le peuple romain. Mais je ne placerai pas au nombre des bonnes mesures de l'administration tétrarchique , la taxe imposée, en 3oi , sur tous les objets de consommation et sur tous les salaires dans toute l'étendue de l'empire 1 : c'était ce qu'en termes de finances on appelle un maximum. Cette mauvaise économie politique, en vigueur dans les États de l'antiquité , n'eut pas plus de succès alors chez les Romains, qu'elle n'en a eu chez nous il y a cinquante ans. Le maximum de Dioctétien avait pour but de remédier à la disette; il ne fit que la rendre plus certaine : les denrées se retirèrent, les marchés restèrent vides, le travail cessa, et le gouvernement , instruit par l'expérience , se hâta de révoquer sa mesure a.

Mais cette prospérité même tourna au détriment de la paix intérieure, et les esprits, rassurés sur les

Loct., Mort. pen. 9.

plus tard ïédit de Dtoclétieu ,

Mort» ptrs, q.

je ferai l'exposé de*

uigwze

questions politiques, se jetèrent avec passion sur les questions religieuses , que uiocietien avait écartée depuis dix-sept ans avec une volonté si prévoyante. Fidèle à son système de tolérance, il avait effacé, en Orient, toute distinction politique entre païens et cnretiens ; ceux-ci étaient admis partout , dans les fonctions civiles, dans l'armée, dans le palais, et, pour tranquilliser leur conscience, on les exemptait de l'obligation de sacrifier. Le grand chambellan et les principaux eunuques, chrétiens déclarés, cor i espona aient avec les eveques , sur les devoirs de leur service , et en recevaient des instructions L'évéque d'Alexandrie poussait même la confiance jusqu'à dire en parlant de Dioclétien : « Notre « prince qui n'e*t pas encore chrétien * » ; F impératrice Valéria et sa fille Prisca, épouse de Galère, Tétaient déjà ou passaient pour l'être. Les courtisans hésitaient encore , mais la foule se précipitait , par curiosité ou par sympathie , vers les temples d une religion qui marchait, enseignes déployées, à la conquête de la société. Partout on reconstruisait les églises devenues trop petites; on les plaçait dans les lieux les plus apparents, et celle de Nicomédie, bâtie sur un point culminant , semblait dominer la

* Voir dans le SpïciUgium d'Achery, la curieuse lettre de Tbéonaa à un

rnncej>s nonaum ccnMKmaî reiigioiu du^crijiiuç. tjnji. lucon., ap. Acher. Spicil. 297.

ville et le palais ues desars . jues cnrenens expn— niaient cet état si nouveau en disant que le démon , chargé de persécuter les saints , s'était endormi d'un profond sommeil

Il faut l'avouer , la communauté chrétienne ne jouissait pas avec modération de sa liberté. Emportée par Fexcèà de ses espérances- , on la voyait feire paraoe ae ses iorces, Draver i orgueil aes païens et fatiguer déjà l'autorité de ses dissensions. Le relâchement des mœurs, la jalousie entre les chefs, la discorde parmi les inférieurs, en un mot , tous les vices qu'enfante la prospérité (ce sont des écrivains chrétiens qui nous l'apprennent), contribuèrent, pour une bonne part, au réveil du démon des persécutions ^. De leur côté , les prêtres païens, sans crédit près de l'Auguste, au moins pour l'entraîner dans une politique contraire à sa pensée , s'adressèrent ailleurs; et certaines circonstances, habilement exploitées, leur ouvrirent accès près de Galère. L'ancien bouvier, devenu soldat et empereur, avait eu peu de temps à donner à la métaphysique religieuse, et quels que fassent, à bien des égards, préjugés personnels , il les avait sacrifiés aux vo-

palttio tidebatur. Ltet., Mort. ptn. m.

But ÊCC* | TIXI y 4 *

EtiSftl)., But tftft.j YfIXy

1 AfX^rTM» Tt fyxouoi icpeçpirprGrr«§v , Xomv M Xacbc wtrtwraoïa ÎArrtw , ri* Tt bircxçuTifc); içarou xai rfc tfpmiac b\ *fc»crrov fa» xaxiw; wpcïcwrr,;. Eus. H'ut. ëcc.9vmt i.

lontés de Dioctétien. Mais sa mère Romula, qui avait été dans son village prétresse des dieux des montagnes, cherchait à réveiller en lui la haine des chrétiens, qu'elle lui avait fait sucer avec le lait : jour et nuit elle le harcelait avec une énergie sauvage, que les grandeurs ni les années n'avaient point amortie1. Les pontifes des principales divinités de l'Orient lui tenaient le même langage ; et il ne manquait pas de gens pour lui faire entendre qu'à défaut de l'Auguste , c'était au César de faire respecter les lois de l'empire. De telles insinuations touchaient le ooint sensible chez cet homme timide et jaloux , défiant de lui-même et mécontent des autres, qui, gonflé d'orgueil, depuis ses victoires sur les Perses, répétait sans cesse : « Jusques à quand serai- je Cé- « sar 1 ? » Il ne résista pas à l'idée de devenir chef du parti national, et de représenter la religion de Rome, comme il se flattait d'en représenter la gloire; il prit vis-à-vis de Dioctétien une attitude de roideur et d'hostilité; et l'union de la tétrarchie fut détruite en Orient. En Occident, Constance appuyait la politique de Dioctétien , moitié par bonté

1 Erat mater ejus (Romula) , deorum monlium cultrix , mulier admodum

superstition Coucepit odium advenus eos, ac fîlium suum non minus

superstitiosum querelis muliebribus ad tollendos bomines incita vit. Lact., Mort. pers. x i .

* Intantos namque fastus post haoc victoriam elevatui est, at jan de-

tractaret Casaris nomen Trud * ultu ac voce terribili eiclamabat :

Quousque Qesar? Lact., Mort, pen. g.

CHAPITRK II

naturelle, moitié par indifférence; mais Hercule, satisfait de trouver en Galère un collègue qui pensât comme lui, revenait à ses anciennes fureurs et demandait la persécution. Tel était l'état de l'empire au commencement de l'année 3oa.

Dioctétien résista d'abord avec fermeté à toutes les obsessions. « C'est» folie , répondait-il , que d'agi- « ter ainsi le monde à plaisir, et de faire couler « sans motif des torrents de sang. » Quelquefois il s'écriait en parlant des chrétiens : « Ces gens-là a n'ont point souci de mourir 1 ! » Lorsque Galère se voyait au bout de ses arguments, il s emportait, il rudoyait en paroles ce vieillard, habitué jusqu'alors au respect filial de ses collègues, et qui s'arrêtait tout interdit devant des discussions si orageuses. De guerre lasse, il céda sur un point on la raison d'État lui parut dominer le principe de la liberté religieuse; il consentit à éloigner les chrétiens du palais, et à déclarer leur croyance incompatible avec le service militaire, dont elle contrariait fréquemment la discipline a. 11 publia, à ce sujet, un édit que lui-même n'exécuta point, que Constance n'exécuta pas davantage, mais dont Maximien et Galère

1 Diu sénés farori ejus repugnavit, os tend en j quara peraiciotum essel inquieiari oruem, mnui sanguinein niuiiorum, mos uuenier mon soiere. Lad . , Mort . péri, il.

rop ad nefanda wcrificia praecepit, ut qui non paruinent, mililia >oberentur. Lad., Mort /w». 10,— -Cf. Eoieb., Uiu. arc., thi, i.

firent l'usage le plus rigoureux. Constance alla même beaucoup plus loin que Dioctétien , si le fait qu'on lui attribue est vrai. On prétend qu'à la réception de l edit, il fit venir les fonctionnaires chrétiens de la Gaule, et leur donna le choix de quitter leurs charges ou d'apostasier, mais qu'il renvoya ensuite les apostats et garda les autres, en disant : « Qui « manque de foi à son Dieu en peut bien manquer à « son empereur1 p. Cependant, en lllyrie, en Italie, ea Afrique, l'épuration désarmées était une occasion de scènes, violentes que les chrétiens recherchaient, et qui tournaient k leur profit. Ici un centurion s'écriait en jetant loin.de lui le cep de vigne : « Je « renonce au métier de soldat , si le soldat doit ado- « rer des dieux de bois et de pierre 9. » On n'entendait de tous côtés que ee mot : « Christ est le a César éternel , c'est lui que je sers3 ! » Les chefs de corps , les juges eux-mêmes,' pour retenir de braves soldats, étaient les premiers à leur fournir le moyen d'éluder la loi; mais les chrétiens, repoussant tous les subterfuges, partaient par bandes ou se faisaient martyriser.

On était entré dans une voie de terreur, et Galère

1 ni; Tfi? <*v jtvn 6«mXit monv çuXâfc , T6Û« itipt t* xp«trre* «fcfrroç «pciaovoç. Fit, Cotut., i, i6.

• Erce projicio vitem et ciugulum , reauntio signis et mihtare reçu»

Deos vcitros ligneos et lapideos adorai* cootenmo. Aet. S. Marcel. Ont A-

rion. ap. Ruin., p. 3oa.

5 Jeftudirixto régi teterno roilito. Act. S. Marcel, ap. Ruin., p. So».

CHAPFTRE 11. m

n'était pas homme a reculer : au Heu d'une persécution telle que celle-ci , indirecte et déguisée , il lui en fallait une , ouverte et franche , et il revint à la charge, secondé par les jurisconsultes et les prêtres. Les premiers tâchèrent d'effrayer Dioclétien, comme gardiens des institutions de l'empire; les seconds finirent par jeter quelques doutes religieux dans son esprit, car il était, ainsi que nous l'avons dit , polythéiste convaincu ; il croyait aux sorts , à la divination , et passait lui-même pour un aruspice très— expert. Il s'entoura de victimes ; il consulta des oracles ; et les réponses qu'il en reçut le jetèrent dans le découragement *. Rebuté par tant d'obstacles, il renvoya la question à l'examen du consistoire impérial. On connaît la haine profonde , systématique du corps des jurisconsultes romains contre le christianisme ; elle se remontra plus acharnée que jamais dans les délibérations du conseil. Les philosophes , autre secte non moins ennemie de la nouvelle doctrine, prêtèrent les mains aux jurisconsultes, et la persécution fiit résolue. Pourtant Dioclétien hésitait encore ; il ne se décida à signer un édtt d'interdiction , qu'à la condition expresse qu'il n'y aurait point de sang de versé a. Malgré cette réserve , l'édit fut

1 Scrutator rerura futurarum , immolabat pecudes , et in jecoribus earum ventura quarebat. Lac!., Mort.pers. io.— -Cf. Eus., Fit., Constmnt. n, 5o. — Aur. Vict., i6t ig. — Zoi., m.

* Hanc modéra lionem tenerc conatus est, ut eam rem sine sanguine transigi juherW. Lact., Wort.pêrt. tt.

CHAP1TRK II.

rigoureux; il prohiba les assemblées chrétiennes, ordonna la démolition des églises, la destruction des livres sacrés et la confiscation des biens de la communauté ; en second lieu , il exclut les chrétiens des fonctions publiques; ils n'eurent plus la faculté d'ester en justice , et aucun rang ne les exempta de la torture; enfin les esclaves chrétiens perdirent tout droit à l'affranchissement à moins qu'ils n eussent d'abord apostasié *.

Le a3 février 3o3, dès la pointe du jour, les prétoriens , armés de haches et de leviers, investirent l'église de Nicomédie , en forcèrent les portes , et livrèrent aux flammes les livres et les vases sacrés; l1 église fut rasée au niveau du sol. Le lendemain, un chrétien, fonctionnaire de haut rang, s'étant approché de l'édit qu'on venait d'afficher sur une des places , l'arracha en disant : a Voilà un bulletin o de victoire pour les Sarmates et les Go&s a ! j> Il fut saisi et brûlé vif3. Quelques jours après, un incendie éclata au palais, dans la chambre même du premier Auguste ; païens et chrétiens s'accusèrent mutuellement d'en être ies auteurs : ceux-ci prétendirent que Galère avait imaginé ce crime pour

1 Eiueb., Hitt. ecc, vm , p. a. — Lact., Mort. pcrs. i3. — Cf. Mosbem., Comment, de reb. Christ, ant. Constant,, M. 916, seqq., in-4°. 1753. — Tiilem., Hist. ecc, v, 20, seqq.

1 Cuni irridens diccret rictorias Golhorum et Sainialarum propoailat.

Lact., Mort. pers. i3.

* Lact., Mort. ^wv.ii — - Eus*b.f Hist. tec.t tiii, S.

les diffamer aux yeux de l'empire et pour exaspérer son collègue L'empereur voulut diriger lui-même une enquête judiciaire qui enveloppa jusqu'aux chambellans, mais qui n'éclaircit point ses doutes. 11 était plongé dans ces cruelles perplexités quand le feu prit au palais pour la seconde fois. Galère fit à l'instant même ses préparatifs de départ , quoiqu'on fût en plein hiver : « Adieu , dit-il à Dioclé- « tien , je ne me soucie pas de mourir brûlé * ! »

Le sort en fut jeté. Laissé seul vis-à-vis des chrétiens et irrité de ses dangers personnels, Dioclétien entra dans la lutte pour son propre compte. Il exigea d'abord que sa femme et sa fille se lavassent de l'imputation de christianisme en sacrifiant publiquement aux dieux. Elles le firent , selon un témoin oculaire, à regret et comme forcées3.1 Sur ces entrefaites , une insurrection eut lieu dans les murs d'Antioche, ville aux trois quarts chrétienne, puis une autre en Arménie, dans laquelle le clergé chrétien se trouva compromis : celle-ci fut suivie d'un second édit qui ordonna l'incarcération des chefs de toutes les églises , et bientôt les prisons furent tel-

1 L't illum ad propositum crudelissiro% persccutionis irapelleret. lact. Mort. ptrs. 14.

"» mémo nyenus,

î, ne vivu* arderet. Mort, péri. 14.

conjugemque Prise» m sacrifie» pollui Lad., Mort. pers. i5; f, i3.

m CHAPITRE II.

lement remplies d'évêques, de prêtres , de diacres , de lecteurs, d'exorcistes, qu'il ne resta plus de place pour les malfaiteurs. On voulut bientôt obliger les ecclésiastiques à sacrifier, et les supplices commencèrent. Il y avait sept mois que tout cela durait y quand Dioctétien, fatigué et dévoré de regret, se décida à quitter l'Orient Son humeur était devenue sombre et mélancolique ; il ne parlait plus que d'aller célébrer à Rome la vingtième année de son principat, lui qui n'avait pas encore visité cette métropole par une sorte de dédain; et qui, au temps de sa plus grande prospérité , avait toujours refusé le triomphe. Il partit vers le mois de septembre, après avoir remis le gouvernement des provinces d'Asie entre les mains de Galère f.

Voilà ce qui se passait en Orient. En Occident, l'édit du a4 février, qui était général et s'appliquait à tout l'empire, fut accueilli assez diversement. Quand il parvint à Rome, le 17 avril , on donnait des jeux publics au grand cirque; et aussitôt le peuple, se levant comme un seul homme , prononça douze fois cette acclamation : « Par la téte d'Auguste, que « les chrétiens périssent * ! » Cinq jours après , Maximien vint proposer au sénat des mesures qui sur-

» Laet., Mort. pers. 17.— Euseb., Chron.—d. TÏU«n„#/f. des emp.9

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