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* Dictum eftt duodecies : « Per caput Augusli rhrUluui nou siot. » Act. S. Sftbin. ap. balai., u , p. 463.
passaient en rigueur les dispositions de l'édit, et des aDolaudissements éclatèrent sur tous les baocs. Quelques pré têts des provinces d'Afrique , par un empressement barbare ou pour plaire à Maxim ien, avaient même devancé la promulgation régulière des ordonnances des empereurs. U en fut tout autrement dans le département de Constance , en Gaule surtout. Sans se mettre en opposition ouverte avec ses collègues , ce qui n'était pas dans son caractère; sans se refuser à l'exécution d'un ordre revêtu de la sanction légale , ce qui eût été se séparer de la tétrarchie , le César d'Occident éluda les mesures qu'il n'avait pas pu prévenir, il fit fermer les églises et laissa les magistrats les plus zélés en abattre quelques-unes; mais, en même temps, il rassura les chrétiens sur leur vie , sur leurs biens , sur leur tranquillité : il souffrit qu'ils se réunissent clandestinement et sans bruit ; il toléra même , à l'intérieur de son palais , des assemblées d'évêques et de fidèles, où Ton se concertait, où l'on délibérait, où Ton priait. Chose incroyable , si les historiens ecclésiastiques euxmêmes ne l'attestaient, les saints mystères furent célébrés, au plus fort de la persécution, dans le prétoire impérial de Trêves, dans la demeure du collègue de Maximieu Hercule, transformée en église I.
Si Constance fit la guerre aux pierres mortes, dit un contemporain, il respecta F homme qui est la pierre vivante du temple de Dieu Les magistrats des Gaules, qui gouvernaient sous ses yeux et pouvaient se modeler sur lui, se maintinrent dans cette ligne de conduite ; mais en Bretagne et en Espagne, loin de son action immédiate , la persécution fut sérieuse *.
Cependant, sous l'inspiration de Galère qui avait maintenant le champ libre, les édits succédaient aux édits, la terreur régnait partout, le sang coulait partout en Asie. Ce qu'il y avait de plus déplorable, c'était l'effort de l'administration pour susciter des passions publiques qui n'existaient pas; c'était le travail des magistrats pour aiguillonner les instincts féroces de la populace, et réveiller des préjugés sanguinaires que l'équité et le bon sens avaient en grande partie effacés. Les païens eux-mêmes flétrirent de leur réprobation ces manoeuvres odieuses et les magistrats infâmes qui les employaient; beaucoup d'entre eux prêtèrent assistance aux chrétiens, les cachèrent dans leurs maisons, ou leur fournirent des secours 3.
1 Gcmstanthis, De dissentire à majorum praeceptis videretur, conveaticula, id est paricle», qui restitui poterant, dirai pawus est ; verum autem Dei templum, quod est in hominibtu, incolume servavit. Lact., Mort. pers. t5.
* Ruin., Act. martyr, sine, ad ao. 3o3, seqq. — -Tillem., Hut. ecc9
* Euteb., Jfef. eec, na. — Knfio, Bût. «c, Tin. — Lact., /«#/.,▼.—
L'empire romain ressemblait alors à une grande mer, parcourue en tous sens par la tempête, et partout soulevée , hormis un seul point où le flot s'arrêtait, où le vent s'apaisait, où le ciel restait serein; et cette île fortunée, c'était le département de Constance. Dans les déserts, au fond des prisons, dans les mines , dans les amphithéâtres , au pied du tribunal des juges , les regards des chrétiens se tournaient avec regret vers la Gaule et toutes les bouches nommaient Constance , tandis que des actions de grâces , parties des voûtes du prétoire de Trêves , appelaient les bénédictions du Christ sur le César, sur ses fils , et sur les fils de ses fils jusqu'à la dernière postérité.
Cf. TiUwn., Hîtt. ecc., iv, p. 36, seqq. — Moshem., Comment, de rtb. christ, ont. Constant., M. p. a 38 , seqq. — Fleury, HUt. êcc.% toi.
Abdication de Dioctétien ; Constance est nommé Auguste.— Constatai© échappé de Nicomédie arrive en Gaule. — Son caractère. — Il est promu à l'empire par l'armée de Bretagne, k la mort de son père. — Sa conduite populaire en Gaule. — A rend «us ctoétieus Vexera*public de leur culte. — L'Italie se révolte et proclame JUaxeuce empereur ; Maximien Hercule reprend la pourpre , Constantin s'allie à lai et épouse k Trêves sa fiMe Fa us la. - Échec de Galère en Italie; Licinius Auguste. — Séjour de Maximum en Gaule; il tend des cm bûches à Constantin ; il meurt pendu à Marseille. — Dévotion de Constantin pour le dieu Soleil. — Son voyage à Auto» ; il diminue les impôts des Éduens. — Efforts des chrétiens pour convertir Constantin. — Politique de chacun des empereurs au sujet du christianisme. — Maladie de Galère ; il lève la persécution ; effet de cet événement dans tout l'empire. — Guerre de Constantin et de Maxence. — Hésitations religieuses de Constantin ; il rherche un dieu qui le protège; sa confession à ce sujet. — Sa vision et son réve; il attache le monogramme du Christ à son labarum. — Enthousiasme des Gaulois. — Campagne d'Italie. — Défaite et mort de Maxence ; Constantin entre victorieux à Rome.
Le séjour de Rome ne réussit point à distraire Dioctétien de ses sombres préoccupations. Malgré l'empressement que lui montrèrent le peuple et le sénat, malgré des fêtes triomphales qui surpassèrent par leur pompe tout ce qu'on avait encore vu de plus magnifique , il prit en dégoût cette reine du monde dont il ne put supporter la populace turbu-
lente t^t moqueuse1. Plu* blessé de quelques propos railleurs sur son économie que reconnaissant de l'enthousiasme sincère dont il était l'objet, il ne voulut pas attendre les calendes de janvier, et partit brusquement, à la fin de décembre 3o3, pour aller achever l'hiver à Ravenne. Assailli pendant toute sa route par une pluie battante qui le glaçait au fond de sa litière1, il ressentit alors les premiers accès d'une fièvre lente qui ne le quitta plus. Son retour à Nicomédie ne lui rendit ni la santé ni la paix intérieure qu'il avait perdues; il se renferma au fond de son palais, loin des affaires, loin de tous les regards , passant d'une exaltation fébrile a un extrême accablement, et plus malade encore d'esprit que de corps. Le bruit courut plusieurs fois qu'il était mort ou qu'il était fou 3, et il fut obligé de se montrer en public pour démentir l'un et l'autre. Plein d'inquiétude et d'espérance tout à la fois , Galère accourut s'installer près de lui , le gardant à vue, l'assiégeant chaque jour de ses plaintes, «t l'on vit le palais impérial troublé par des débats que la malignité publique grossissait encore au dehors.
1 Cum Hbetiatem populi romani ferre non posset, impatiens et aeger animi, p rompit ex urbe. Lact. , Mort. péri. 17.
* Sed profectus hyeme, ueviente frigore, atque imbribus verberatus, morbum levante perpetumo jraiil ; vexatusque per omoe iter, lecjka piurimuro vehebatar. Lact., ibid. 17.
1 l|a nt ceUi» horis insauirel , cerlia resipisceret. Lact,, Mort. pmrt. 17. — Constant», Orat, adomt. swici., a 5.
m CHAPITRE III.
La plaie cachée qui rongeait Dioctétien , les esprits clairvoyants l'avaient assez devinée : c' était le regret d'avoir livré par faiblesse la république aux calamités qui la désolaient, et détruit en un moment le travail de tout son règne; mais ce que la plupart ignoraient , c'est qu'il avait résolu d'abdiquer. Cette résolution qu'il roulait dans sa tête depuis qu'il avait quitté l'Asie s'était mûrie pendant son voyage à Rome ; il était même parvenu , non sans peine assurément, à la faire partager par son collègue Maximien Hercule. On sut depuis que, pour le lier irrévocablement à ce projet, Dioctétien l'avait entraîné au Capitole , et lui avait fait jurer sur l'autel de Jupiter1, qu'il se démettrait de F empire, au jour et à l'heure que le premier Auguste aurait fixés pour tous les deux. Après bien des hésitations , Maximien s'était rendu ; en soldat fidèle et obéissant , il avait courbé la tête sous une volonté dont il ne comprenait pas la grandeur. Galère venait maintenant, avec une rudesse impitoyable, hâter le dénouement de cette grande affaire. On était convenu qu'il prendrait le rang d'Auguste en Orient, et Constance en Occident ; mais Dioctétien voulait en outre que Constantin , fils de Constance , et Maxence, fils de Maximien Hercule et gendre de ce même Galère, remplaçassent, comme Césars, les
1 Haie illum in capitolini Jorô tetnplo juraue. Eumen. , Pantig., Constantin., 16.
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nouveaux Augustes. Galère s'y refusa; il repoussait Constantin par jalousie pour Constance, et en outre parce qu'il redoutait l'ambition de ce jeune homme; il repoussait Maxence en disant que, mauvais gendre et mauvais fils, il ne saurait faire un bon empereur Ceux qu'il présentait pour succéder à Constance et à lui furent Maximin Daza , son neveu , et un autre Illyrien , nommé Sévère , soldat obscur qui n'avait d'autre recommandation que d'être un instrument dévoué. Quand Dioclétien se récriait sur l'indignité de ces choix, Galère répondait par ce seul mot : « Ils me conviennent — Fais donc ce « qu'il te plaît, dit enfin le vieillard , j'ai cherché « le bien de la république tant qu'elle a été entre « mes mains; c'est k toi d'aviser maintenant, et s'il « en arrive mal , ce sera ta faute 3 ! »
La double abdication eut lieu le i" mai 3b 5 à Nicomédie et à Milan, devant l'armée et le peuple assemblés. Quand Dioclétien, se dépouillant de son manteau, le plaça sur les épaules de Maximin Daza, tous les regards se tournèrent avec étonnement et regret vers Constantin qui se tenait debout près de lui, sur le tribunal ; toutes les pensées se tournèrent
1 Dignus non est; qui enim roe privatus contempsit , quid faciet , cum ioiperium acre périt ?.... Lact., Mort. ptrs. z8.
Probavi eos, inquit. Lact., loc. àt,
» Ego salis laborari et proridi quemadmodum, me iniperanle, respublica Maret incolumU : û quid accesserit adrerci, mea culpa oon erit. Lact., Mort. ptn. iS.
m CÙAPÎT8E lîï.
aussi vers Constantin, quand le peuple et les légions d'Italie entendirent Maximien Hercule proclamer Sévère, César d'Occident. Hercule, en se séparant de cette pourpre qu'il avait portée dix-huit ans, ne put étouffer un soupir; et faisant allusion au surnom de son collègue et à sa propre obéissance , il s'écria: * Tu me F avais prêtée, ô Jupiter! je te la « rends. 1 » Dioclétien , redevenu Dioclès * , prit la route de Salone où il s'était préparé une retraite ; Hercule choisit la sienne sous les beaux ombrages de la Lucanie ; mais il n'y trouva point cette paix que le chef de la tétrarchie emportait avec lui.
Constance, quoique Auguste et premier Auguste, voulut conserver le département des Gaules qu'il avait administré comme César, et où il s'était fait beaucoup d'amis, abandonnant, avec une facilité un peu dédaigneuse peut-être pour la ville éternelle, Rome et l'Italie à son César Sévère. Il écrivit ensuite à Galère pour lui demander son fils , dont la présence à Nicomédie était désormais sans objet: « Je « suis vieux et infirme , lui disait-il , et je désire le
1 Recipe, Jupiter, quod comracxlasti. Incert., Paneg. Maxim. et Constantin, ia.
* Diodes iterum factus, La et., Mon. pert. 19.
5 la Lucaoia quam sedem privatus elegerat, in agris amaenissimis
Eutrop„x. — Zosim., n, p. 47.
* Cum graviter laboraret , niisil litteras ut
• t Mort. pets. 24.
u voir avant de mourir1. » H lui parlait sans doute aussi d'une expédition qu'il préparait dans l'île de Bretagne contre tes Pietés, et où Constantin lui serait d'un grand secours. Mfci9 vainement il envoya lettres sur lettres, Galère, multipliant les prétextes, promettait , puis se désistait, et le jeune homme ne partait point. Lui-même, irrité de se voir traiter en otage, réclamait chaque jour sa liberté, tantôt avec prières, tantôt avec une hardiesse menaçante. Un soir Galère poussé à bout lui délivra le permis nécessaire pour se servir des transports de la course publique , en hii enjoignant néanmoins de ne partir que le lendemain, après avoir pris ses derniers ordres *. Mais Constantin, soupçonnant un piège, se mit en route ftirtivement , à l'instant même, et l'on raconte que , pour empêcher les agents impériaux de le poursuivre , il fit éventrer ou couper au jarret, pendant plusieurs relais, les chevaux dont il n'avait pas besoin a. Grâce à cette précaution , il traversa sans obstacle l'Orient , I'Illy rie , la haute Italie, et atteignit la frontière des Gaules où Constance s'embarquait k Boulogne pour File de Bretagne, avec son armée d'expédition; et déjà il avait
1 Dédit illi sipllum inclinante jam die, praceptfqne ut postridie mane, accepta mandata, proficisceretur. Lact., Mort. pert. a*.
* SublalUque per niansiones militas omnibus equîs puhlicis evolawt. Lart., Mort. ptrs. 14. — Ad fi ustrandos insequentes, publica jumenta, quaque iter agetet, idterficlens. Aurel. Vîct. , Epit. — Ci. Zosim. , n ,
m CHAPITRE m.
ordonné de lever l'ancre *, quand il reçut dans ses bras ce fils qu'il n attendait plus. Il le tint serré longtemps , en silence , contre sa poitrine puis ils montèrent ensemble sur la flotte.
L'apparition de Constantin causa dans les provinces transalpines, si dévouées à son père, une joie universelle; mais les circonstances d'un voyage si périlleux et si long, accompli avec une si rare audace , frappaient surtout les imaginations par je ne sais quoi d'étrange et de merveilleux. « Ce ne sont « point les relais de la course publique, disaient les « païens, qui l'ont amené des extrémités du monde, a mais un char céleste traîné par des chevaux « divins 3. » Les chrétiens le proclamaient un nouveau Moïse , arraché miraculeusement , par le bras de Dieu, à la captivité de Pharaon 4. On aimait alors à raconter des traits de sa vie, où l'énergie du caractère semblait s'unir à la protection visible d'en haut. On racontait comment Galère l'obligeait, presque enfant, à lutter dans les amphithéâtres contre des lions ; comment il le lançait au plus fort d'une bataille pour l'abandonner seul dans la mêlée ;
• Classi jam vela facienti. Eumen., Paneg. Constantin., 7.— Anon. ap Amm. Valcs. p, 657.
• nepi&xXwv Tt «orw tu x»îp«- Eu««b., Fit. Constantin. t t, ai.
5 Non advectus cursu puhlico, sed divino quodam advolaase curriculo. Eumen., Paneg. Constant., 7.
« Toô fUfoXou irpo^tjToo Mcutomc t& fupupia &«a«t(iw. Euseb., Fit. Constantin., i, »o f 19, is.
comment un jour, en Sarmatie, il l'avait envoyé, à travers un marais, couper la tête d'un chef barbare qui commandait l'autre rive, et comment Constantin était sorti victorieux de toutes ces épreuves, calculées pour le faire périr ». On s exaltait à ces récits qui circulaient en Gaule de bouche en bouche; et les païens eux-mêmes s'habituaient à regarder comme un prédestiné le fils d'un homme qui ne croyait pas aux dieux.
C. Valérius Glaudius Constantinus avait alors trente-deux ans. Il était grand, mais ses traits réguliers et fins , ses cheveux naturellement bouclés, donnaient à son air quelque chose d'efféminé dont Julien se moque a. Les flatteurs païens le comparaient à Apollon 3, les chrétiens à l'ange du Seigneur 4. Il tenait de Constance la grâce des manières et r affabilité envers tout le monde, avec plus de libéralité. Il aimait à semer l'argent autour de lui , en spectacles, en magnificences, en choses utiles, et on put lui reprocher une facilité condamnable
* Praxag. ap. Phot. 6a. — Zonar. Diocl., p. *46. — Anon. Y aies. ed. À mm. p. 471.— Cf» Eus., Fit. Çonst., 1, ao. — Lac!., Mort. pers. a*.
۔ov iyw. Julian. C*s.t ad fin.
5 Te illios (Apollinis) specie recognovisti , cum sis, ut ille, juvenis et Istus et salutifer et pulcherrimus imperalor. Eumen., Paneg. Constantin., ai, — Paneg. F et, pass.
4 Voici en quels termes enthousiastes Kusèbe s'exprime sur la beauté de Constantin : « Zapa-ro; (*iv fàp i( xoXXou; »p«v , ja^ôou; ts "tihxioA , dm-rû rpocëoXXûv fttpov. Fit. Constantin, 1, 19.