‹ Histoire de la Gaule sous l'administration romaineChapitre 7 sur 37 · III · texte numérisé non relu

III

prenaient une vivacité plus grande, en passant chez les races enthousiastes et ardentes de la Transalpine; et que les ambitieux Romains venaient puiser, à leur contact , une audace qui les entraînait eux-mêmes.

Rien ne put d'abord arrêter ce torrent. Suze ayant essayé de résister, Constantin fit jeter des torches sous les portes et escalada la muraille au milieu de l'incendie. Turin était défendu par une division de cavaliers bardés de fer : la légère infanterie gauloise s'entr'ouvrit devant eux , et enveloppa leurs lourdes masses qu'elle assomma à coups de levier l. Verceil fut presque anéanti; Milan, Brixia, Aquilée se rendirent ; mais Vérone , protégée par les meilleures troupes de Maxence , coûta beaucoup de sang au vainqueur. La fortune parut ensuite vouloir déserter le labarum, que des échecs multipliés assaillirent coup sur coup : Constantin n'en marcha pas moins résolument dans la direction de Rome a. Arrivé devant cette ville avec une armée affaiblie et découragée, il sentit sa propre confiance l'abandonner. Ce fut alors qu'il eut ce songe dont parle Lactance, à la suite duquel il ordonna à chaque soldat d'in-

1 Iocert., Paneg. Constantin., 5, 6, 7, 8.

* Dimicatum , et Maxenliani milites pnevalebant , donec poslea confirmât*) aojno Constant inus, et ad utrumque paratus, copias omnes ad uibcra pro-

pius admovit. ï«act., Mort. pert. 44.

scrire le monogramme du Christ 6ur son bouclier et sur son casque , comme pour en multiplier la puissance. Derrière ce rempart mystérieux , ils attendirent tous avec plus de sécurité l'événement décisif1.

Il eut lieu dans une plaine appelée les Roches rouges, sur laquelle débouchait le pont Milvius, aujourd'hui Ponte Mole. Maxence vaincu tomba dans le Tibre tout armé, et fut étouffé par la vase*. Cette bataille se livra le 28 octobre 3 12. Le lendemain , Constantin entra dans Rome au milieu d'une foule immense de peuple , mais ne monta point au Capitole. Le parti chrétien triompha tout entier avec lui , lorsqu'il vit le sénat romain , ce gardien des dieux nationaux , prosterné , suivant l'usage, devant les étendards des légions, adorer sur le labarum un symbole qu'il avait si longtemps proscrit. Le sénat fit plus, il reconnut que son libérateur, en prenant les armes, avait obéi à l'impulsion secrète de la Divinité (il n'osa pas dire des dieux); et cette mention fut insérée dans l'inscription d'un arc triomphal qui est encore debout aujourd'hui. Enfin , un

1 Commonilos est in quicte ut oeleste signum Deinotaret in scutis... Transversa X littera , summo capitc circumflexo , ChriMum in scutis notât. Lact , Mort.pert. 44.

• Incert., Paneg. Constantin., 14. — Lact., Mort. pers. 44. — Eus., rit. Constantin. 1, 38. — Àurd. Vict., Cas., 40. — Aurel. Vict., Epit. 40. — Eutr., x. — Zos., u, 60.

édit signé de Constantin et de Licinius , et auquel Maximien Daza consentit par frayeur, donna à la victoire son véritable caractère, en proclamant au milieu de Rome la liberté des religions; nous verrons ce qu'il en résulta pour l'empire.

Portrait de Licinius. — Édit de Milan, charte religieuse de l'empire; sou caractère, sa portée. — Le christianisme devient une seconde religion de l'État. —Les douatistes demandent des juges en Gaule.— Rhéticius d'Autun. — Concile d'Arles. — Licinius , aidé par les chrétiens, enlève l'Orieut à Maximin. — Première guerre de Constantin et de Licinius. — Naissance du jeune Constantin à Arles.— Crispus, César des Gaules. — Lactance vient à Trêves. — Exil des frères de Constantin. — Licinius se détache du parti chrétien; ses persécutions contre l'Église, — Constantin de plu* en plus favorable aux chrétiens. — Seconde guerre contre Licinius qui est défait et tue. — Constantin seul maître de l'empire ; son orgueil et sa cruauté. — Ses TÎcennalcs célébrées à Rome; meurtre de Crispus et de Fausta. — Il se retire en Orient. — Jugement porté sur sa vie. — Sa mort. — Massacre de ses frères et de ses neveux.

Licinius 1 était né dans la Dacie romaine , d'une famille de laboureurs; sa main avait tenu longtemps la charrue avant de prendre Fépée ; et Ton retrouvait encore sous la pourpre le paysan spirituel, railleur , ambitieux , incrédule , qui n'avait jamais connu d'autres dieux au monde que la force, la ruse et le succès. Grossier dans ses propos, cynique dans ses moeurs, sanguinaire dans ses vengeances, il

* Il s'appelait , depuis son élévation à l'empire , Caïus Flavius Valerianus Licinius.

CUAPITRK IV.

était à coté de cela ménager de la fortune publique , habile à conduire les hommes, bon envers le soldat, quoique rigide sur la discipline. U aimait le peuple dont il représentait les qualités et les vices, surtout celui des campagnes; et il l'aimait d'une affection active, car les historiens nous apprennent qu'il améliora sa condition, sans pourtant nous expliquer comment x. Avec ces instincts populaires, Licinius avait dû prendre en haine les courtisans et les eunuques qui formaient dans ce siècle l'entourage des empereurs; il les appelait en effet des teignes et des rats de palais , et il leur fit , tant qu'il vécut , une guerre implacable a. Mais cet homme ignorant et brutal, animé d'une secrète jalousie contre les classes éclairées de la société, étendait son aversion sur les écrivains, les philosophes, les avocats, sur les lettres même , qu'il traitait de peste et de poison publics 3. Mettant un plaisir féroce à ravaler ceux qu'il ne comprenait pas ou qu'il ne pouvait pas égaler, il infligea plusieurs fois à de nobles philosophes (c'est ainsi que s'exprime l'histoire), les châtiments réservés aux esclaves4. On ne pouvait, d'ailleurs, lui

1 Agrariis plane ac rusticantibus salis utilis. Anr. Vict. Epit.f 41.

1 Spadonum et aulicoruni omnium vehemens domilor, tineas soricc&juc palatii appeUans. Àur. Vict., ibvi.

* Infestus litteris, quas per inscitiam immodicam , virus ac pestem pnblicani nominahat, pracipuè forenaem iuduftriam. Aur. Vict., /. c.

4 Lidnio ne inioutium qoidem ac oobilium pbilotophorum servili mort cruciatusadbibiti. mcium fecerc. Aur. Vict., 4».

contester les talents d'un bon général , ni ceux d'un politique adroit; et, s'il se montrait le digne rival

moins par la ruse patiente, par l'art difficile de se contenir, et le surpassait encore par l'indifférence des moyens.

mais le vent qui soufflait du côté des chrétiens , lui fit adopter le rôle de protecteur du christianisme. Il signa l'édit de tolérance; il parla plus haut que son collègue, et mérita d'être qualifié par ses nouveaux alliés de prince très-religieux, prédicateur de paix et de piété x.

Ce fut à cet homme assez peu recommandable , comme on voit, que Constantin livra sa sœur Constanua, en accomplissement des promesses faites avant la campagne. Le mariage se célébra à Milan, au milieu d'une vive agitation des esprits, causée par les derniers événements. On ne s'entretenait que de la guerre religieuse et de ses conséquences. Les empereurs, soit en particulier, soit en public, affectaient de traiter sans ménagement le culte national ; à leur exemple , les courtisans faisaient assaut de railleries sur les dieux vaincus : on crachait à la face des idoles, suivant l'énergique expression d'un écrivain du temps3. La mort de

Mit. éCC.y IX , 9.

Dioctétien, arrivée peu de mois après, fut presque un épisode de ces noces politiques. Les empereurs, qui croyaient encore avoir besoin de l'autorité de sa présence, l'ayant invité à s'y rendre, il s'était excusé sur son grand âge , mais ceux-ci lui avaient répondu par des lettres menaçantes , où ils l'accusaient de complicité avec leur ennemi Maximin , et qui le jetèrent dans un trouble extrême Plus que jamais dégoûté de la vie, il résolut d'en sortir à la manière des vieux Romains, ses modèles, et se laissa mourir de faim 3. Les ingrats qui venaient de le tuer lui décernèrent l'apothéose 3. Son nom resta grand dans la mémoire des hommes; et, cinquante ans après , on visitait encore avec respect , dans le palais d'Aspalatum , près de Salone , son tombeau éclairé perpétuellement par une lampe et recouvert d'un voile de pourpre 4.

Les chrétiens profitèrent des fêtes de Milan pour introduire près des empereurs leur première réclamation. Peu satisfaits de l'édit de Rome 5, qui con-

1 Quippecum à Constantino atque Licinio vocatus ad festa nuptiaram, per seoectam , quominus intéresse valeret , excusavissel , rescriptis minatibus acceptis, quibus increpabatur Maxentio favùse , ac Maximino favere, suspectant necem dedecorosam Aurel. Vict., Epit. 39.

* Famé atque angore confectus est. Lact., Mort. pers. 4a. — D'autres disent qu'il s'empoisonna. Aur. Vict., Epit. 39.

1 Eutrop., ix, a8. — Euseb., HuU ccc, ix, 10.

4 Atnmian MarceJl., xvi, 8.

B Eus., ttut. ecc.,*, 5.

fondait sous la même formule de liberté des religions, et dans les mêmes termes généraux, le christianisme avec les branches dissidentes du polythéisme, ils repoussaient cette confusion et demandaient une reconnaissance spéciale , explicite , de leurs droits ; ils demandaient également qu'on spécifiât la restitution des biens confisqués sur eux pendant la persécution, mesure sur laquelle il parait que l'édit de Rome gardait le silence. Ce qu'ils réclamaient leur fut accordé par un second édit rédigé à Milan et promulgué quelques mois plus tard , dans lequel furent établis, d'une façon plus catégorique, leurs droits à l'exercice public de leur culte, l'abolition des lois faites particulièrement contre eux, et la remise des biens confisqués. Il fut statué , quant au dernier point , que l'État restituerait purement et simplement aux communautés chrétiennes les églises et les terrains encore sous sa main , et qu'il indemniserait les détenteurs de ceux qui auraient été déjà concédés ou vendus *. Constantin partit ensuite pour la Gaule où l'appelait une nouvelle invasion des tribus frankes. Cette guerre eut peu de gravité et se termina, comme de coutume , par une grande chasse donnée dans l'amphithéâtre de Trêves, où les captifs les plus

• Hiqui emtruot, Tel qui dono erunt consenti i, si polaverint, de DOttra )>em-\olentia aliquid vicariutn postulent. Edicl. Mediolau. ap. Lad,, Mort, ptrt. 48.

beaux et les plus vaillants furent dévorés par les bêtes, sous les yeux mêmes de l'empereur l.

L edit de Milan ayant été pour ainsi dire la charte religieuse du monde romain jusqu'au temps de Théodose, nous chercherons à en déterminer d abord, autant qu'il nous sera possible , le vrai caractère et la portée. L'édit de Milan était une loi déiste , qui fondait la liberté des religions sur l'idée d'un Dieu suprême, jaloux de l'adoration des hommes, mais indifférent aux formes du culte, ou plutôt les approuvant toutes également. Il reconnaissait à chaque homme, à chaque peuple le droit d'honorer ce Dieu à sa manière ; et les empereurs espéraient que la proclamation d'un droit aussi sacré et son observation équitable, rendraient favorable et propice, k eux et à leurs sujets, la Divinité qui habite les demeures célestes aj c'est ainsi que s'exprime l'édit. Le mot Divinité, acceptable par les polythéistes tout aussi bien que par les monothéistes , fut dès lors le terme officiel et légal pour désigner cette intelligence souveraine, cette essence divine, dominant tous les dieux particuliers, et vers laquelle étaient censés conver-

1 Tantam captivorum multitudinem besliis objici... Inc., Pan. Const., a 3.

• Qood quidquid divinitatis in sede cœlesti est, nobis atque omnibus qui sub potestate nottra sunt conslituti, placatum ac propitium possit existera.

Ul possit nobis summa divinitas cujus rdîçioni liboris tncntibus ob cqui niurj in omnibus solituui favortni..... lidict, Mcdioltiii. ap. I^ct.j .Vvrt.

pers. 48.

ger tous les cultes et toutes les croyances. Cette formule ne blessait personne; et le sénat romain, sans cesser d'être païen, put écrire sur Farc de triomphe , qu'il élevait à Constantin, que ce prince avait combattu le tyran M axence par une impulsion de la Divinité x. Du style des lois et des inscriptions la formule passa dans le langage oratoire , et devint une sorte de terrain neutre, où les païens et les chrétiens purent se rencontrer, quoique d'ailleurs on comptât autant d'interprétations différentes du mot officiel qu'il y avait de religions et peut-être d'individus. Un orateur gaulois, polythéiste, parlant devant Constantin, définissait ainsi la Divinité en s1 adressant à elle : a Souverain créateur des choses , a toi qui as autant de noms qu'il existe d'idiomes « parmi les peuples, car nous ne pouvons savoir «nous-mêmes comment il te plait d'être nommé; « qui que tu sois , âme et force divine , mêlée aux « éléments du monde , et mouvement sans moteur, a ou puissance qui résides au-dessus du ciel , et 9 contemples, des hautes citadelles de la nature , « cet univers, ton ouvrage * Conserve à jamais

detyraimo,qnam de oroni ejus factione, uno tempore, justis rempublicam

ultus est amis Inscript, arc. Constantin. Rom.

* Summe rerum sator, cujus tôt nonûna sunt , quot gentium tioguas esse voluisti (queni en un te ipse dici velis, scire non possumus) : sive in te , qu;edam vis, meusque divins est , qua loto infustis mundo omnibus misceans démentis, et *inc ullo extrinsecus accedente vigoris impulsu, per te ipse roo-

« notre prince ; rends éternel comme toi ce que tu « as créé de meilleur! » Assurément, une telle définition et une telle prière ne devaient pas être du goût des chrétiens.

Ainsi que l'avaient voulu les nouveaux alliés de Constantin , la large place accordée à leur religion , dans les dispositions de l'édit de Milan, la sépara nettement des autres religions dissidentes, ou plutôt la question se trouva resserrée dans ces deux termes : d'un côté , le corps des cultes polythéistiques, ayant pour tête le polythéisme national, et de l'autre, le monothéisme chrétien. Il devait résulter de cette situation légale une conséquence qui ne tarda pas à se produire. Liberté , tolérance avaient été le mot d'ordre des chrétiens sous les empereurs précédents ; ils n'avaient jamais prétendu , leurs apologistes n'avaient jamais réclamé pour eux autre chose que la tolérance et la liberté 1 ; c'était à leurs yeux le seul droit désirable ou possible. Quand ils se virent placés seuls vis-à-vis de la religion nationale, ils en jugèrent autrement, et, non contents de la liberté, ils demandèrent l'égalité. Le culte romain , en qualité de culte de l'Etat , avait des privilèges, des faveurs, un caractère public : les chré-

vearis : «nre aliqua supra omne cœlum potestas es , qu« hoc opus taum ex altiore nature arce despicias ; te oramus et cjujesumu*... Incert., Pane g. Constantin.,, a 6.

1 TerluU. Apol. pass.

tiens exigèrent tout cela pour eux. Le paganisme était subventionné : ils voulurent des subventions du trésor et ils en obtinrent. Les ministres du paganisme étaient exemptés par la loi des charges municipales, exemption très-précieuse et très-convoitée à cette époque : le clergé chrétien la voulut et l'obtint *. Les pontifes païens avaient un rang, des honneurs , des rapports officiels , des correspondances avec l'empereur, avec les gouverneurs des provinces : les évéqiies prirent une position pareille; ils devinrent des fonctionnaires. Mais, en même temps que le christianisme s'élevait aux prérogatives d'une religion de l'État, il en subissait les servitudes; il se plaçait sous la main du prince, chef et régulateur, et non pas seulement protecteur des religions de l'État. Ainsi, l'empereur était souverain pontife du paganisme : il se fit dans le christianisme le légat de Dieu, l'évéque du dehors ou, pou r mieux dire , l'évéque laïque des évêques \ Il présidait les conseils des aruspices , fixait les rites sacrés, interprétait les livres mystérieux : il convoqua et présida les conciles chrétiens, approuva ou cassa leurs décisions, jugea sans eux des questions de discipline ou de dogme, et imposa des formules

* Eu»b., Hist.ecc., x, 7. — Cod. Theod. t. 6, p. m, 1; t. 1 t,l.i, 2 , 7, clc. — Soi., 1,9.

* £è twv <xrè« vww 6igû xodwTOfuvoç fcrioxoireç ittiv ft« £pot tfa

*at «ùtôç tm<jxow&*. Eu*., VU. Const.t vrt ?4 etpass.

de foi. Ce fut une conséquence logique, inévitable, de l'égalité des deux cultes. Les vrais chrétiens eurent souvent à gémir d'un triomphe qui les rendait esclaves; plus d'un évéque, comme Hilaire et Athanase, se prit à regretter, sous les princes chrétiens, la vieille pauvreté et jusqu'aux, persécutions de l'Église ; mais il fallait que le christianisme traversât la servitude administrative pour arriver à la domination.

Constantin fit en Gaule , dès Vannée 3i3, son apprentissage d'évêque du dehors, il le fit même assez rudement. Comme la persécution avait été cruelle dans les provinces d'Afrique , elle y avait rencontré beaucoup de faibles, même parmi les prêtres et les évêques ; les uns avaient livré les Ecritures, d'autres avaient feint «le les livrer, en remettant aux magistrats, pour être brûlés, des livres inutiles ou hérétiques. 11 y avait loin , assurément , de la prudence de ces derniers * rhéro)isme des martyrs $ mais il était injuste de les confondre avec ceux qui avaient réellement livré , et que , pour cette raison , on appelait Iraditeurs ». C'est pourtant ce qui arriva : une secte rigide* conduite par Donatus, évéque des Cases-noires en Numidie, homme remuant, ambitieux et disputeur opiniâtre , rangea les uns et les autres sous la même qualification et sous un commun anathème. Organisés en église dissidente , ces

1 TraMtorn, d'où rôtit traîtres.

sectaires combattirent l'Église établie , opposant des évèques à ses évèques , des ordinations à ses ordinations, des conciles à ses conciles. Us se montraient acharnés surtout contre Gécilien, diacre de l'église de Carthage , que les fidèles de cette métropole venaient d'instituer évèque en remplacement de Mensurius qui était mort. Leur haine poursuivait à la fois l'ancien évèque et le nouveau. A les en croire, Mensurius et Cécilien, après avoir livré les Écritures de leur église, avaient voulu faire disparaître les témoins de leur lâcheté , en laissant mourir de faim les confesseurs détenus dans les prisons de

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les fidèles d'apporter aux prisonniers leurs provisions journalières; tandis que son diacre , armé d'un fouet et escorté de soldats, se tenait aux portes, chassant les frères, brisant les vases remplis d'eau, et jetant les vivres aux chiens *.

Oue ce fussent là d'odieuses calomnies, l'élection de Cécilien le prouvait assez; toutefois, les intrigues de ses ennemis réussirent à créer un schisme nombreux. Un concile de soixante-dix évèques africains donna gain de cause aux donatistes, après des dé-

Cécilien ayant jugé prudent de s'absenter, quelqu'un demanda qu'on le fît venir : « Oui! s'écria un

1 Lora et flagra cum arniaiis... Pocula frangebaiitur, cibi canibus spargehanlur. Pass. SS. Dativ. Saturn. etc. a Donnl. quod.

UIAPITRK IV.

« des évêques, qu'il vienne, qu'il vienne, et qu'au « lieu de lui imposer les mains pour l'épiscopat, on « hii casse la tête pour sa pénitence 1 ! »

On ne parlait en Gaule que de ces querelles et de ces violences, lorsque Constantin y arriva. 11 écrivit aussitôt au proconsul Anulinus qui gouvernait l'Afrique , pour avoir sur tout cela un rapport et son avis : Anulinus pouvait donner l'un et l'autre avec pleine connaissance de cause , car il avait déjà gouverné l'Afrique à l'époque de la persécution ; il s'y était même acquis, parmi les païens, la réputation d'un homme habile à surprendre les apostasies, et à se faire livrer les Écritures chrétiennes *• Aujourd'hui, changé avec les temps, il était devenu le conseiller de Constantin et le canal par où les faveurs impériales arrivaient aux chrétiens d'Afrique. Son rapport fut défavorable aux donatistes, qu'il représenta comme des brouillons et des séditieux. Quand les sectaires apprirent qu'on informait sur eux, leur premier mouvement fut inspiré par un noble orgueil, et on les entendit s'écrier : « Qu'ont de « commun des chrétiens avec les rois et des évêques « avec la cour3? » Puis ils se ravisèrent, en pensant que Constantin, ennemi des princes qui avaient

1 Exeat hue, quasi imponatur ilti manus in episcopatu , et quassetur iUi caput de pcenitentia. Optât., 1 , ai.

* ArtâàoM crudeliUs. Optât., m, p. 76. — BoU., 11 febr. p. 5i5.

» Quid christiania cum regibus, aut quid episoopis cm m Palalio? Optai., 1, a5. — Quid est iraperatori cura Rcclesia. /</., m.

persécuté en Afrique , ne manquerait point de sympathie pour ceux qui avaient résisté avec courage à la persécution. Dans cette confiance , ils réunirent les pièces qui plaidaient pour eux, les enfermèrent dans un sac de cuir et les envoyèrent à l'empereur avec une requête ainsi conçue : « Très-excellent prince , « nous nous adressons à toi , parce que tu es issu « d'une race juste1, et fils d'un père qui n'a point « trempé ses mains dans le sang chrétien. Un dis- « sentiment , touchant la tradition des livres sacrés, « s'est élevé entre quelques-uns de nos collègues et « nous. Comme ce crime est resté étranger à nos « frères des Gaules, qui n'ont point eu à subir la a persécution a , nous désirons qu'il nous soit donné « des juges pris parmi eux. Que ta piété veuille « donc bien faire examiner notre querelle par des « évèques que toi-même désigneras dans les églises « transalpines. » L'empereur, faisant droit à leur requête, choisit en effet trois évêques gaulois, Maternus dé Cologne, Rhéticius d'Autun et Marinus d'Arles; mais il leur adjoignit des évèques italiens , et voulut que le concile se tînt à Rome , dans le palais de Latran , sous la présidence de Tévêque de la ville éternelle.

te quoniam de generc justo es, cujus pater inter

-seculioorm non exercuil. Opt., i, a5. « Ab hoc facinore immunu est Gallia... Id., toc. cit.

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