III
teau de pourpré l; Les conjurés se levant à sa vue, le saluent à grands cris dés ncims d'empereur et d'Auguste ; ceux qui n'étaient point dans le secret imitent les autres par crainte , par entraînement , par trouble d'idées provenant de l'ivresse. On court au palais; les coffres du trésor sont enfoncés, et Ton répand, à pleines mains, l'argent parmi les soldats et le peuple ; en même temps , Mâgnence fait partir uti officier frank, nommé Gaïsoft, avec une petite troupe d'hommes dévoués pour aller surprendre et tUer Constant. Mâii, malgré toutes les précautions des conjurés, celui-ci avait eu vent de l'affaire et s'était mis à fuir à travers les bois, accompagné de quelques gârdes qui refusèrent de l'abandonner \
De forêt en forêt, de montagne en montagne , le fils de Constantin traversa TArvernie , les Cévennes et la haute Narbonnaise , poursuivi sans relâche, traqué comme une bête fauve. Il espérait, parla promptitude de sa fuite , gagner l'Espagne, ou se mettre en sûreté dans quelque gorge des Pyrénéès , car il n'osait se confier aux Gaulois; et Gaïson, à tout prix , voulait l'avoir mort ou vif. Poursûivant et poursuivi se rejoignirent enfin dans la petite ville
' Habitum venerabilem capit. Aur. Vict , Epit. 41.— Ba(nXu»jv <nOx*. Zos.t utu6. tnp, '
8 ToÔto;v i Kfcvorav; «ÙtOc^vo;, a^at... »?^t. Zos., „, p. ;o. — Conslans, fugire conaliw. Aur. Vict., Epit. 41.
d'Héléna, aujourd'hui Elne1, située sur les bords du Tech» entre Ruscinon et la frontière d'Espagne. Héléna , l'IUiberris des temps celtiques j restaurée et fortifiée par le grand Constantin, avait pris , eh reconnaissante, le nom de sa mère; mais ce nom ne porta pdint bonheur au petit-fils. Le& envoyés de Magnence le découvrirent tapi , tout tremblant, au fond d'un temple; on le reconnut malgré son déguisement; etGaïson le traînant dehors, le perça de son épée a. De tous les soldats de Constant un seul restait, le Frank Laniogaise, candidat ou surnuméraire dans un des corps de la garde impériale : il essaya de défendre son maître et fut blessé 3. Ainsi, les Franks figuraient déjà comme personnages héroïques dans les grands drames de l'empire romain : un d'eux tuait le fils de Constantin, un autre le défendait , un troisième s'asseyait à sa place sur le trône des Césars.
Marcellinus , homme d'État consommé , soutint de son influence et de ses conseils l'Empereur qu'il avait fait : il fut l'âme de cette révolution. On l'appelait dans les rangs de Constance « le
1 Apud Helenam oppidum Pyreoœo positum. Àur. Vie!., Epit. 4*' — Haud iongè ab Hispanis id castro, cui Helena? oomen est Zbs., n. — ôros., tu, au.
* KaraXt^tic Offi r«ï<T«vcç, itç tcvto fitTa tivwv lm\lxTt»v ctoXivtoç| omtpîtoi.... Zo»M ti, p. 70. — À Gaisone cum lectissimb misao iultrficilur. Aur. Vict., Epit. 4».
* Amm. Marccll., *y, 5.
« pédagogue du tyran. » Pour être plus utile à la cause qu'il avait fondée, il accepta le poste de maître des Offices, puis celui de maître des armées. Ce qui distinguait entre tous l'ancien préfet du trésor, c'était sa haine profonde, implacable, contre la maison de Constantin1. Magnence, de son colé, montrait assez d'intelligence de toutes choses et principalement de la guerre : en quelques jours , il eut transformé la Gaule en un vaste camp, où Ton ne voyait que passages de troupes et convois d'armes, où Ton n'entendait que le bruit du marteau sur l'enclume, et le cri des instructeurs qui exerçaient des recrues. 11 profitait, en même temps, de ses liens de consanguinité avec les Franks et les Saxons % pour tirer d'eux de bons auxiliaires à bon compte. Au milieu de ces préparatifs , il essayait d'endormir Constance par des négociations, lui demandant sa sœur pourfemme, et lui offrant en retour sa fille, car, en ce moment, l'empereur d'Orient était veuf. Ces propositions furent portées en Asie par deux évéques et deux notables Gaulois qui eurent ordre de prendre par la Libye et l'Egypte3, afin de voir Athanase en passant, d'excuser près de lui le meurtre de Constant, et de renouer, s'il
1 Ô ireu£c7pténc tgû Tvpawoo. Julian., Oral., n, p. 108.
xoi Sofrviç. Julian., Ont., i, p. 63.
* Atban , ap. e. 9, to.
était possible 9 l'alliance catholique entre l'Orient et les Gaules. Le coup était habile, mais Athanase en sentit le danger. Sans vouloir écouter les ambassadeurs, sans permettre qu'ils l'entretinssent en particulier, il les conduisit à l'église , et s adressant au peuple , il dit à haute voix j « Prions tous pour a le très-pieux empereur Constance! » Le peuple répondit : « Christ, assiste Constance1! » Mais, malgré cette prudente démarche , malgré les qualifications d'impie, de diable, de bête cruelle, que l'évèque d'Alexandrie affecta d'accumuler sur Magnence , pour détourner le soupçon 1 de complicité , il resta gravement compromis dans l'esprit de l'empereur : car ses ennemis avaient trop d'habileté pour laisser tomber une pareille accusation , et Constance trop d'aveuglement pour n'y pas croire.
Athanase était-il fondé à traiter M agnence comme un païen ? c'est ce qu'on serait tenté de croire , malgré les apparences de christianisme dont le nouvel empereur s'entoura jusqu'à la fin. Un de ses premiers actes fut d'autoriser les sacrifices nocturnes, que les lois défendaient , et que les païens honnêtes avaient toujours réprouvés comme des provocations à la débauche 3 ; mais la populace de Rome
' Xpiori, f^TÔii Kci*v<rravr{M. Athan., ap, c. 10.
* Athan. ap. c. 6, 7, 8, of 10, et pas*.
* On peut consulter à ce sujet Y Histoire de ta destruction du Paganûme
lui en sut gré. L'histoire montre qu'il avait, dans cette ville, un parti où figuraient des sénateurs illustres, tels que le préfet Titianus, et que ce parti marchait àvec lui , par tous les moyens, à l'extermination de la race de Constantin. Un neveu du grand empereur, Flavius Népotianus, homme d'ailleurs plus que médiocre , ayant réclamé la pourpre comme un droit de sa famille, fut abandonné par les Romains aux soldats de Magnence, pt sa mort devînt l'occasion ou le prétexte d'une proscription terrible que Marcellinus en personne vint diriger. Ce fut un massacre général de tous ceux qui , hommes ou femmes , avaient quelque alliance avec la maison Flavienne parles filles, car Constance s'était chargé lui-même des autres ; on eut dit que Y impitoyable Marcellinus n'avait qu'un désir et qu'un but : enlever à jamais l'empire à la famille du premier empereur chrétien *. Qu'il y eût dans la politique de Magnence une couleur de réaction païenne, les faits le disent assez haut; pt cette couleur se retrouvera dans toutes les grandes luttes qui se succéderont jusqu'à Théodose ; mais ses croyances personnelles restèrent toujours douteuses , même pour ses contemporains, dont les uns le déclarèrent chré-
aytiïfa, 4îto<t« toù {îauiiXttou f s'voy; fitTttxo*, dtyaptvov, o5ti Çov £stu.art , gù£i iv ttç ip^pOXtov çovov &avGT&i) $pur;, TraXajAvafcvç nvà; xat paarccaî $t»ç, xai tyopapivoc U toû (Mûtojxaroç. Jul., Onat., xi , p. 108.
tien , les autres païen. Jl est probable que le rusé Barbare , regardant la religion de la coifr comme une obligation de discipline, pratiquait, étant sol- dat, un christianisme mélangé de beaucoup de paganisme; et que, devenu empereur, il s'efforça de garder un pied dans les deux camps l.
L'année s'écoula en commotions intérieures, en préparatifs, en négociations qui n'aboutirent à rien : les chefs du parti de Magnence ne voyaient, ne voulaient que la guerre. Une fois Constance faiblit, jusqu'au point d'abandonner au meurtrier de son frère le département transalpin : * Ce n'est pas « cela , lui dit insolemment Titianus , envoyé près « de lui en ambassade; traite pour ta vie, car ton « père et vous tous avez fait trop de mal à la réa publique *. » La prudence conseillait d'attendre en Italie ou dans les défilés du Borique , l'armée d'Orient épuisée par une longue route; mais les Gaulois préférèrent l'aller chercher eux-mêmes en Pannonie , au risque de laisser une partie de leurs forces sur leurs derrières pour garder l'Italie et les Alpes. La mère de Magnence, qui suivait
1 On voit par ses médailles qu'il faisait profession de christianisme. Tiliem . , Ht st. Rmp,, iv, p. 355.— Philostorge a cm qu'il était païen. Zosime, Libanius et même Julien lui sont assez favorables.
* Ô; xatrà Kwxrrotvrîv&u xot rtàv i\ aùrcû -yt^ovoTov ircra nùXk ouu^popwoc, xoù xh twv -oXiwv âffûXtta» t$ «tpl rfa *px*v ixjxsXiîa, rijç
àp/Ti; èxtXeucv «arrivât MerYvivTu* Kwvarocmov , tt Kft «urû^ir* 4<rç>flOa«ç
OVp^WÎTIttiV SfClTrÔlVTOl. Zos.f XI y p. 7^.
son fils et qui, sous la toge des impératrices, donnait le spectacle d'une Véléda germaine, combattit énergiquement ce plan de campagne et leur prophétisa leur défaite , s'ils franchissaient les montagnes de rillyrie 1 : Magnence balançait; la passion des siens l'entraîna. Il pénétra dans les grandes % plaines que traversent la Save et la Drave, et, après un premier combat qui lui fut favorable, il alla provoquer une action décisive aux portes de la ville de Murse.
Constance avait sous ses drapeaux quatre-vingt mille hommes ; Magnence n'en comptait plus que trente-six mille, à cause des réserves qu'il avait dû laisser après lui ; mais c'était la fleur des troupes gauloises et des auxiliaires germains3. Rangées au bord de la Drave , les deux armées restèrent longtemps en présence à se mesurer des yeux sans oser faire davantage ; enfin , F aile gauche des Orientaux commença 3. Le nombre était pour eux , l'habitude de la guerre pour leurs ennemis . Les uns et les autres, avançant et se repoussant tour à tour, se disputèrent longtemps le terrain 4. Il paraît qu'à la vue de tant de braves gens qui s'égorgeaient ainsi pour
xwXuwoyk int lttupiooç ftiaSantiv ^wiîtowi. Zo»., n, p. 73.
* Zod.» xiii. 8.
3 Jul.f Onu., 1, », p. 65 et 106.
* Zos., m, ub. mp. — Julian. /. c.
une cause personnelle, le cœur de Constance s'émut; il fit signe qu'on s'arrêtât, et envoya des parlementaires proposer un accommodement; mais les légions gauloises, crièrent qu'elles ne voulaient point de paix, et retournèrent plus animées au combat x. L'armée orientale ne montrait guère moins de passion. La nuit qui survint ne sépara point les combattants ; ils continuèrent à se frapper à l'aveugle, sans mot dire , épée contre épée, bouclier contre bouclier; et l'on n'entendait, dans ce silence lugubre, que le cri des blessés et la voix des chefs qui encourageaient leurs soldats. Une charge de la cavalerie cataphracte décida la victoire pour Constance : cette masse d'hommes et de chevaux, bardés de fer, s enfonçant en coin dans les rangs de l'infanterie gauloise, la rompit et la culbuta3. Ce fut une déroute complète; les Gaulois, voulant fuir, rencontrèrent le fleuve et y périrent en grand nombre. Dans ce pressant danger, Ma gn en ce mit pied à terre, attacha sa chlamyde impériale à la selle de son cheval , lança l'animal dans la mêlée pour faire croire qu'il était mort 3 , et s'enfuit lui-même. Quand l'aube du jour vint éclairer le champ de bataille on le trouva jonché de cadavres, mais les pertes
1 IIpôc fUtÇova Xûooow iîrxpôt'vrcç cl Maptvri» auwibmÇopiwt , oùdi vwctô; fAax°f**'v"« fctiXdoûoii; frwuioavTO. Zos., 11 , p. 77.
* Julian., Ormt.t i, a, p. 67, uo, ut.
* T» pamXtû» \iptm rk irapctoufta imtyuvo*... Zoo., xtu, 8.
de Constance dépassaient celles de son ennemi.
Marcellinus, après avoir combattu avec un acharnement sans égal , toujours au premier rang , disparut tout d'un coup, sans qu'on sût jamais ce qu'il était devenu x. Peut-être s'était-il noyé au passage de la Drave ; peut-être courut-il se tuer dans quelque endroit caché des montagnes , afin de dérober son corps aux outrages de Constance. Moins héroïque , mais plus pieux que ses deux rivaux , celui-ci s'était esquivé au plus fort du combat pour aller prier % dans une chapelle de martyrs , voisine de Murse , en compagnie de l'évéque arien de la ville , nommé Valens. Yalens sortait de temps à autre pour recevoir de la bouche d'un ange des nouvelles qu'il transmettait à l'Empereur : c'est ainsi que Constance apprit la victoire que ses soldats venaient de remporter 3. Telles étaient et l'impudence de TÉglise arienne et la crédulité puérile où descendait parfois le fils de Constantin. Maître de la situation , le vainqueur de Murse se prépara à poursuivre ses avantages en Italie et en Gaule.
Cette province que Magnence , en partant, avait
Tupaéwoo. Julian., Or., n, p. 107. — Ibid;, p. 109.
* Constantin» descendere in conspectum pugnae non ausus, in basilic* martyrum , extra oppidum sita , Valentc tum ejus loci episcopo in solatium assurapto, diversatus est... Angelura sibi fuisse nuncium, respondit. Sulp. Sev., Hist. ccc.) n, 54.
* Liban., Or. ta, p. ad9.-Z1Os.yif, p. 78. — Àmm Marc, xvi.
laissée à la garde de son frère Décentius, promu au rang de César, ressentait déjà cruellement le contre-coup de la guerre. Constance, pour qui tout moyen, juste ou injuste, était légitime, avait écrit aux nations germaines, voisines du Rhin , qu'elles pouvaient passer le fleuve en toute assurance, et que le territoire qu'elles acquerraient sur l'autre rive resterait leur propriété; il leur envoya mérne de l'argent, pour les exciter à s'y précipiter en masse1. Plusieurs chefs, profitant de l'occasion, entrèrent en Gaule, les lettres du fils de Constantin à la main3, et exercèrent, sous cette garantie, les plus effroyables ravages. Khnodomar, roi des Alamans , marchant droit au César Décentius , l'attaqua près de Cologne , et le vainquit en bataille rangée. Quand le César vpulut rentrer à Trêves, les habitants , soulevé^ par un officier romain , qui se nommait Péménius, lui fermèrent leurs portes; aucune ville ne voulait se compromettre, en le recevant dans ses murs ; et les Alamans, libres de toute opposition, se répandirent sur le pays comme une mer débordée. Prenant leur point fixe au nord, ils poussèrent de là leurs courses sur les contrées du
1 Liban., Or. ia , p. 969, a73.
* Decentium Casa rem supwavit, œqao marie congre«us. An» m. Mnrceil.,
3 Cmtates erutas multas vaslavit et opulentas, licenliusque diu, nullo refragrante, Gallias persultavit. Amm. Marcell., xvx, x*.
centre et du midi où il y avait de grands pillages à faire.
Le chef le plus féroce de toutes ces bandes, celui qui causait le plus d'épouvante à son approche, et laissait le plus de ruines à son départ, était un certain Rhrok ou Krosk, dont les uns font un Alaraan , les autres un Vandale Il s'attaquait aux pierres non moins qu'aux hommes, mettant un plaisir sauvage à renverser les monuments les plus anciens et les plus beaux, qui faisaient l'orgueil des villes gauloises. On racontait que sa mère lui avait soufflé , dès l'enfance , cet esprit de destruction : un jour qu'il lui demandait à quoi il fallait attacher sa gloire: — « à détruire», avait répondu la vieille Germaine ». Khrok , à son amour de la destruction joignait une impiété ardente, et, pour ainsi
' Chrocus ille, Atamannorum rcx. Greg. Tur., Hist., i, 3o.— Wandxlorom harbara et geotilis ferocitas... Cum rege eorum Crosco. Act. S. Destd. episc. Lingon. Bolland. a3 mai. a.— Wandali dure Croseo. Sigeb. Chron. ad ann. 4ti. — Il y a une grande ioccrlitudc sur l'époque où il convient de placer l'invasion de Kbrok : les uns la mettent en a64 , du temps de Gallien , les autres la reculent jusqu'à l'année 4x1. L'une et l'autre hypothèses présentent des impossibilités radicales. En 264 , on ne voyait assurément pas d'évêques défendre des villes; et, en 411» les temples païens n'étaient déjà plus debout. De toutes les époques où Ton pourrait placer cette invasion des Alarnans, celle que nous avons adoptée concorde le mieux avec la vrobemfcemhlance historique.
* Per cousilium, ut aiunt, matris inique, cunctas «des quae autïquitns fabricat» fuerant à fundamentis subvertit. Gregor. Turon., Hist. 3i.— Consilium matris nequissiroie ulens, dura ei dixisset : « Si novam rem vo-
• lueris facere , et nomeu acquirere f quod aiii aedificavenint cuncta
• destrue. • Fredeg., schol. 711,
dire, fanatique : c'était aux prêtres et aux temples qu'il destinait toujours ses premiers coups , trai- tant d'ailleurs avec une parfaite égalité le christianisme et le paganisme. A Langres, qu'il prit d'assaut malgré l'héroïsme des habitants, ayant aperçu Tévêque Désidérius, qui s'avançait vers lui en habits pontificaux pour essayer de le fléchir, il lui adressa, dans sa langue, que le prêtre ne comprenait pas, une allocution remplie d'injures et de railleries, qu'il termina en lui faisant couper la tète *. Chez les Arvernes, où il porta ensuite ses ravages, ce fut le paganisme qu'il attaqua. U y avait à Augustonémétum , depuis Clermont, un temple fameux dédié à Vas, génie de la guerre et de la . mort, et la Bellone du polythéisme gaulois. Du nom de la divinité, le temple s'appelait Vasso \ C'était, au dire d'un historien , qui put en contempler les ruines, un édifice tout empreint de cette magnificence dont les Arvernes aimaient encore à donner des preuves. Les murs, épais de trente pieds, étaient garnis en dedans d'incrustations de marbre et de
1 Princepa bar ha rus, barbara locutione, hoc sancto Desiderio , despecta rcspoiuiooe , narrarit, quod beatua anlisles, oulla potuit inldligeotia: capacitale coguoscere... Caput aoopulari pracepit. Act. S. Desid. 4, ap. Script, rer. G*U. D. Bouq., i.
* Veniens tero Àrrcrno», dclubrum illud , quod gallica lingua Vasso Oalatae vocant, inceodit, diruit atque aubvrrtit. Greg. Tur., Hht. i , 3i.— On croit que Pas* élait le dieu de la guerre. 0<t*, t'as, en gaclic aignilie mort, destruction.
mosaïques. Des dalles de marbre formaient le pavé, et la toiture était recouverte en plomb Après le passage de Rhrok, ce chef-d'œuvre de F âge galloromain n'offrait plus qu'un amas de débris. Comme pour prouver son impartialité en iriâtière de religion , Khrok , qui venait de brûler un temple païen , fit mourir sous le bâton, à Grèzes, Féveque des Gabales, Privatus *. L'église d'Angoulême vit aussi couler par ses mains le sang de l'évêque Ausonius. Ce torrent fatal vint enfin së briser contre les murs d'Arles, où se tenait une forte garnison commaridée par Marianus , préfet de la province. Khrok, fait prisonnier, fut promené comme Une bête féroce dans quelques villes, ët mis à mort3.
Ces nouvelles parvinrent à Magnence pendant qu'il essayait de rallier une seconde armée dans la haute Italie; il en fut effrayé; et, pour ne point se laisser enlever complètement la Gaule ^ son dernier refuge, il alla camper dans les Alpes Cottiennes, près d'un château appelé Mons Seleùcus, anjour-
1 Miro enim opère faclum fuît atque firnintum. Hahnit paries itlc cra&* situdinera pedes trigiuta. lutrin sec us vero mannore ac musivo variatura ent. Pavimentum quoque aedis niarmore stratum, desuper vero plumbo tectum. Grcg. Turon., Hist., i, 3i.
* Tamdiu fustibus caxiitur, quoadusqueputaretur eianimis. Greg. Turon., Hist. 1 1 , 3a.— Grèzes, castrum Gredonensc.
5 Croscus tandem à Mariano prœside Arelale caplus, el per vicias urbrt ignomiuiose retraelus, ad mortem lormcnlatur. Sigeb. , Chrvn, au. 4i<- — Greg. Turon., Hist., i, 3a. — Frcdeg. 711.
d'hui Monsaléon, dans une position d'où il pouvait observer à lâ fois les mouvements de Constance et ceux des Germains. Les généraux romains l'y vinrent forcer et le défirent dans une grande et dernière bataille. Les braves qui l'avaient si fidèlement servi , restèrent comme frappés de vertige Sous ce nouveau coup de la fortune : quand il Voulut les haranguer, le cri de : « Vive Constance Au- « guste! » leur échappa, au lieu de celui de : « Vive t Magnence! » *, non qu'ils songeassent à le trahir, mais parce qu'ils avaient en quelque sorte perdu la tête. Loin de passer au vainqueur, ils se dispersèrent par bandes sur différents points de la Gaule où , pour se procurer des vêtements et du pain , ils 6rganisèrent une petite Bagaudie.
Cependant Magnence, fugitif, était arrivé à Lyon avec qùelques gardes seulement, ceux-là le trahirent : ils le désarmèrent et le tinrent prisonnier dans sà maison. Le moment décisif approchait ; l'armée victorieuse débouchait des Alpes, et Lyon se déclarait polir Constance. Dans Cette extrémité, Magnence ressentit un transport d'héroïsme sauvage. Saisissant une épée qu'il était parvenu k cacher, il se jeta sur sa mère qu'il égorgea, sur son
1 6î & tt.v ouvxôtj tcî; (k<nX«$mv eùçy.jxtav ^êc^oat {ta>Xo'(utvct , wap à •pwuy.v i-Ki tcv Kwvflrravricv t<xûtt,v p-ÉTOuplfoumv * cù f àp M*yvévticv , àXXà Kwravrtcv A{rpj<rrcv x&ivf îravre; îSvr.aav. Socr. u , 3a. — Cf. Sozom., iv, 7. — Eulr. x, 4i. — Aur. Vict., Cœs.y 4t. — Zon.t p. 16. — Cliron. d'Alcxand., p. 68o.
Digitiz£d by-£ioogle
frère Désidérius qu'il laissa pour mort, sur ses plus chers amis, sur tous ceux qui l'entouraient, et appuyant enfin le pommeau du glaive contre la muraille , il s'enfonça la lame dans le corps jusqu'à la poignée f. Il tomba, vomissant des flots de sang par la bouche et par les narines. La vieille Germaine , sa mère , expira près de lui; Désidérius, qui n'avait été que blessé , fit sa soumission ; mais le César Décentius , plus fidèle à la dignité de sa race, s'étrangla dans la ville de Sens', qui avait fini par lui donner asile , et où il essayait vainement de ranimer la guerre. Ainsi disparut cette dynastie barbare que la captivité avait amenée sur le sol romain , et qui avait préludé par les fers à la domination d'une moitié du monde.
Cette catastrophe arriva le 10 août de Tannée 353, et, dès le 6 septembre, Constance publiait à . Lyon un édit d'amnistie conforme à son caractère; édit qui promettait à tout le monde repos et sécurité3, hormis à ceux qui seraient coupables des cinq grands crimes que les lois punissaient de mort.
* Apud Lugdunum coangu statu», gUdio occulte proviso, ictum pulsu pa~ rieli» juvans, transfosso latere , ut erat vasti corporit, valnere naribusque et ore cruorem effunden»... exspiravit. Àur. Vict., Epît. 4*. Âvaûpit rv* iautcû u>vrrtfpa, àvtXwv $t xat -riv àî*X<pov... Socr., u, 3i. — Eufr., x. — Zos., fi, p. 78.— Oros., vu , 19. — Hieron., Chron.
* Apud Senones, laqueo vitam fiuivit. Oros., tu, 39.— Hieron., Chro*. 2o*.. «. P- 79-
* Es» securos. Cod. Theod., Ht. «, lit. 38 , 1. 1.
Or, le crime de lèse-majesté était du nombre. Des poursuites commencèrent donc contre tous ceux qui avaient servi la cause du tyran, ou que Ton soupçonnait de l'avoir servie. La destitution paraissant une peine trop douce pour les prétendus coupables, des officiers de Tannée, des citoyens notables des villes étaient traînés, chargés de chaînes devant Constance , qui les condamnait à la confiscation , au bannissement , à la mort. Bien souvent l'accusateur n'articulait aucune preuve à l'appui de sa poursuite, quelquefois même il n'y avait pas d'accusateur : les choses n'en marchaient pas moins; la cupidité ou le caprice présidaient au choix des victimes. On voyait les routes de la Gaule couvertes d'agents de l'administration en tournée , et leà villes tremblaient à leur approche. Il y en avait un surtout dont le nom semait au loin l'épouvante : l'Espagnol Paulus, notaire ou secrétaire impérial, qu'on avait surnommé la Chaîne, à cause de son habileté à combiner des faits indifférents pour en faire un crime , et à rattacher les innocents aux coupables Un seul trait fera connaître suffisamment cet homme. Envoyé en Bretagne pour examiner la conduite des officiers de l'armée , dans les derniers événements, il dirigea l'enquête avec une mauvaise foi si odieuse et les interrogatoires avec
1 Id complicandis nc^otiis artifcx diras, udJc ci CatctiK inditum est cognomentum. A m tu. Marc, xiv, 3.