‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 112 sur 353 · LIVRE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I

temps de Tannée 21/|, et sa nombreuse cavalerie se mit à ravager les champs déciimates K Caracalla entra en campagne contre elle, la fit rétrograder, et la vainquit sur les bords du Mein -; puis, la poursuivant à outrance dans la forêt hercynienne, il mit tout le pays à feu et à sang. Cette expédition ne fut pas sans difficullé pour les légions c{ui ne pouvaient atteindre, dans leur marche pesante, à travers les bois, les agiles cavaliers alamans et une infanterie presque aussi agile, habituée à suivre le cheval au pas de course. Ce fut aux archers osrhoëniens auxiliaires de Rome, que revint, en majeure partie, la gloire de la campagne. Ces Orientaux, qui égalaient les Parthes, leurs voisins, pour l'adresse à manier Tare et pour la sûreté du coup d'œil, se rendirent Teffroi des barbares, dont toute l'armure défensive était un mauvais bouclier. Les historiens rapportent que, dans une rencontre avec les Cennes, qui formaient une division des Alamans, les Osrhoëniens firent pleuvoir une grêie de llèclies si habilement dirigée et si bien nourrie, que les barbares, transportés de rage, rompaient leurs rangs, et venaient attaquer les légionnaires corps à corps. On les voyait arracher avec leurs dents les traits dont ils étaient criblés, réservant leurs deux mains pour saisir et frapper leur ennemi •'. Ils furent aisément accablés, et leur camp, où se frouvaient les femmes et les enfants, tomba dans les mains du vainqueur. La fierté des femmes germaines était connue; Caracalla voulut la mettre

1. AlamannoSj geiUoin populosam, cquo miritice pugnaiitcm. Aur. Vict., Caes.

2. Prope Mœnuin amncin devicit. Ici., ibid. — Spartian., Carac, 9.

3. Quos ferunt taiita ira incitatos in Roinanos irruisse, ut tela, quibus illi ab Osroenis vuinerati eraut, deiitibus evellereiit ex corporibus, ne maiius a Romanis ctedendis avertcrent. Dio, iaxmi, 14.

128 U1ST0I1U-; DH LA GAULh).

encore à rëpreuve : leur ayant fait demander ce qu'elles préféraient, de mourir ou d'èlre vendues comme esclaves, elles r(''|)on(lii('nt d'une commune voix qu'elles aimaient mieux mourir. On les livra pourtant aux trafiquants d'esclaves qui suivaient l'armée-, mais elles se tuèrent presque toutes, et celles qui avaient des enfants les tuèrent avec elles K

Caracalla resta quelque temps sur le territoire alaman, réparant les anciens forts, et en reconstruisant de nouveaux auxquels il donnait son nom. Son attitude agressive intimida les peuples de l'Ouest, qui ne remuèrent point ; ceux du Nord lui envoyèrent même une ambassade pour protester de leurs intentions pacifiques. On reprocha au fils de Sévère d'avoir acheté cette paix dont il s'enoif^iieillissait : « Les Germains, dit un au- (( leur contem|)oiain, se prévalant de sa faiblesse, le me- « naçaient poui- en tirer des présents. Ces présents, « qu'il se laissait arracher, il avait soin de les accompa- « gner de paroles hautaines et dures, dont ceux-ci se « souciaient fort peu, pourvu qu'ils vissent de l'or. Il « avait bien soin encore, ajoute l'historien cité, de ne (( leur donnei" que de l'or de bon aloi, tandis qu'il gar- (( dait pour nous sa fausse monnaie ^. » Depuis Iontemps, la politique romaine se servait de l'argent et des présents pour se créer des alliances parmi les barbares et pour les diviser entre eux. Il se peut que Caracalla, dans l'intéièt de sa propre vanité, eût abusé de ce moyen qu'on n'avait pas reproché à de meilleurs empe-

1. Interiogatoe ab Antonino, utnim vendi, an occidi mallent, mori se malle, responderunt; quumque essent postea venditae, omnes mortem sibi consciverunt; nonuuUae una liberos interfecerunt. Dio, lxxvii, 14,

2. Quippe ils vere aureos nummos donabat, quum Romanis non nisi adalteratum aurum et argentum prœberet. Id., ibid.

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reurs; il se peut aussi que le mépris qu'il iuspii-ait ne permît pas d'être juste à son égard ; mais ce qui est certain, c'est qu'il laissa la Germanie transrliénane entièrement pacifiée, et la Gaule délivi'ée de ses inquiétudes.

Des bords du Rhin, il se rendit sur ceux du Danube, força les Marcomans à rompre le pacte qui les liait aux Vandales depuis ïMarc-Aurèle, et, sur une accusation dont nous ignorons le sujet, il se fit livrer et mit à mort le roi des Quades '. En Dacie, où il passa ensuite, il combattit contre les Gotlis qui renouvelaient leurs dévastations -, Pendant ces différentes campagnes qui remplirent les années 2U tout entière et 215 en majeure partie, le fils de Sévère montra, sinon une intelligence bien parfaite de la guerre, au moins une grande habitude des camps et certaines qualités propres à l'y faire aimer, <( 11 menait là, dit Hérodien, son contemporain, la vie d'un vrai soldat. Fallait-il creuser un fossé, Antonin se présentait le premier la pioche à la main-, fallait-il jeter un pont, élever un rempart, c'était encore Antonin qui ( donnait l'exemple. Sa nourriture ne différait en rien ( de celle du dernier de l'armée : des^ases de bois, du ( pain commun, souvent fabriqué par lui-même, gar- ( nissaient d'ordinaire la table impériale ^. Dans les ( marches, on le voyait rarement à cheval ou en voi- ( ture; son plaisir était de faire la route à pied, portant ( ses armes et s'emparant même quelquefois des en- ( seignes militaires qui, longues et chargées d'orne- ( ments de bronze, fatiguaient les plus robustes. L'ar- ( mée voyait avec une surprise mêlée de contentement

1, Dio, Lxxvii, 13 et seqq.

2, Spartian., Carac, 87, 89,

3, Tritico enim molito sua manu, quantum salis erat silii soli, massaqup inde facta, atqiin in rarlinuihiis dfrnrta Vfsrphatur. Ilrrndian., i\ , OO.

(( col hoiiiiiic, |)ciil el maladif, siiriiioiitci' (1(^ Icllcs l'a- « tigues ; elle applaudissait à ses goilts, à son énergie, (( et aimait en lui un camarade *. » Dion ajoule qu'on le vit fréquemment pro\o(|uer à des comljats singuliers les chefs ennemis dont il remarquait la belle prestance ou la force. Au reste, comme la mesure manquait toujours à cet esprit médiocre et passionné, il outrait le goût de la vie militaire jusqu'à se faire en quelque sorte Germain: car le Germain, dans sa grossière bravoure, lui paraissait l'idéal du guerrier. La chasse, la lutte, la course à cheval, (ous les amusements des barbares étaient les siens. Il se plaisait au milieu d'eux, s'habillait comme eux et se couvrait souvent la tête d'une perruque rousse pour leur mieux ressembler - ; une garde de Germains d'élite, qu'il avait pris à sa solde et qu'il appelait ses lions ^ ne le quittait jamais. Ces folies donnèrent naissance à mille bruits fondés ou non, mais conformes à l'idée qu'on avait de Garacalla, et accrédités par la haine publique. On prétendit que, dans ses conférences particulières avec les rois germains ou leurs ambassadeurs, il leur dévoilait les côtés les plus vulnérables de lEnqjire, les engageant à passer les Alpes sans hésitation, s'il lui arrivait quelque mal à lui, leur ami ^. Pour que rien iie transpirât de ces odieuses provocations, à la suite de chaque conférence, il faisait,

1. Ob luoc et liis siniilia, taïKiiiaui hoiiio luilitaris ab ipsis amabatiir, et ut vir fortis admirationi erat. Herodian., iv, 96.

■2. Gomasqiic cajiiti imponebat flavas ad tonsuram Germaiionim concinnatas. Id., iv, 95.

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